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Full text of "Polybiblion; revue bibliographique universelle"

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^  Cri 


Toronto  PublTc  Library. 


Référence   Departr  cnt. 


THIS  BOOK   MU5T  NOT   BE  TAKLN    OUT  OF    TtlE    R  00  M 


MAY  :'  ;  192, 


POLYBIBLION 


REVUE 
BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


JANYita  J893.  X.  LXVII.  i. 


POLYBIBLION 


REVUE 


BIBLIOGRAPIIIQLE  UNIVERSELLE 


PARTIE  LITTÉRAIRE 


DEUXIE.UE    «iERIE.  —  TOME   TRE:«;TE-SEPTIE«E 

(SOIX.KNTK-SEPTIÈME    DE    LA   COLLECTION) 


^-71éV^ 


PARIS 

AUX    BUREAUX    DU    POLYBIBLIOX, 

O,    RUE    SAINT-SIMON 
1893 


4^(^^^, 


BESANCON.  —  IMPR.  ET  STLK.  PAUL  JAC'JUIN. 


/ï55^ 


MAY  2  2  1922 


POLYBIBLION 

REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 

DERNIÈRES   PUBLICATIONS   ILLUSTRÉES 

1.  Paris  ignoré,  par  Paul  Strauss.  Paris,  Librairies-imprimeries  réunies,  May  el  Molte- 
roz,  s.  d.  (1833),  gr.  ia-4  de  486  p.  et  L50  dessins  inédits.  Rel.  fers  spéciaux,  25  fr.  ; 
lel.  d'amateur,  40  fr.  —  2.  Les  Écoles  et  Les  écoliers  à  travers  les  âges,  par  L.  Tarsot. 
Paris,  Henri  Laurens,  1893,  in-8  de  339  p.,  orné  de  130  grav.  do  L.  Libonis,  etc.; 
broché,  10  fr.  —  3.  Devant  l'ennemi,  par  le  P.  Fréd.  Rouvier,  S.  J.,  quinzième  mille. 
Paris,  V.  Retaux  et  fils,  1893,  gr.  in-8  de  342  p.  Broché,  4  fr.  —  4.  Les  Françaises 
à  toutes  les  époques  de  noire  histoire,  par  H.  Gourdox  de  Genouillac.  Paris,  Hen- 
iiuyer,  1893,  gr.  in-8  de  ix-462  p.,  illustrations  de  F.  Lis,  P.  Merwart,  J.  Geoffroy, 
J.  Girardet,  etc.  Broché,  9  fr.  —  5.  Autour  de  la  Méditerranée.  Les  Côtes  barbares- 
ques.  De  Tripoli  à  Tunis,  par  Marius  Bernard.  Paris,  Henri  Laurens,  s.  d.,  gr.  in-8 
de  374  p.,  orné  de  120  illustrations  ni  d'une  carte-itinéraire.  Broché,  9  fr.  ;  relié, 
12  fr.  —  (j.  A  travers  les  tropiques,  par  lad  y  Brassey,  trad.  de  l'anglais,  par 
Gaston  Bonnefont.  Paris,  Charavay,  .Mantoux,  Martin,  s.  d.  (1893),  gr.  in-8  de 
3l4  p.,  orné  de  300  grav.  Broché,  9  fr.  ;  relié  toile,  fers  spéciaux,  12  fr.  —  7.  L'Héri- 
tage de  Marie-Noël,  par  Locis  .Mai>-aud.  Paris,  Charavay,  Mantoux  et  Martin,  s.  d. 
(1893),  in-i  de  320  p.,  illustré  par  Leroux.  Broclié,  9  fr.  ;  relié  toile,  fers  spéciaux  or 
et  couleurs,  12  fr.  —  8.  La  Lutte  pour  le  devoir.  Mademoiselle  Volonté,  par  Fernaxd 
Galmettes,  Paris,  Charavay,  Mantoux  el  Martin,  s.  d.  (1893),  in-4  de  290  p..  illustre 
par  l'auteur.  Broché,  9  fr.  ;  rel.  fers  spéciaux,  tr.  dorées,  12  fr.  — 9.  Trop  mondaine, 
par  M"*  Jules  Samson.  Paris,  Hennuyer,  1893.  in-8  de  440  p.,  avec  de  nom^r.  illus- 
trations dans  le  texte  et  hors  texte  par  Paul  Merwart.  Broché,  7  fr.  ;  relié  toile  bleue, 
dos  et  coins  genre  crocodile,  non  rogné,  tête  dorea,  10  fr.  —  10.  Les  Cinq  Nièces  de 
l'oncle  Barhe-Bleue,  par  Jacques  Lermont.  Paris,  Charavay,  Mantoux  et  Martin,  s.  d. 
(1893),  in-4  de  227  p  ,  illustré  de  60  dessins  de  Mas.  Broché,  6  fr.  ;  relié,  9  fr.  —  11.  le 
Roi  Bou-Bou,  par  Edgar  Mo.nteil.  Paris,  Charavay,  Mantoux  et  Martin,  s.  d.  (1893), 
in-4  de  228  p.,  illustration  do  Mes.  Broché,  6  fr.  ;  relié,  fers  spéciaux,  8  fr.  — 
12.  Louis  et  Louiselte,  par  M"'  Marie  Miallier.  Paris,  Ducrocq,  s.  d.  (1893),  in-4  de 
27C  p.,  avec  80  compositions  de  L.  Maîtrejean  et  L.  Laguey.  Broché,  5  fr.  ;  relié  toile, 
fers  spéciaux,  8  fr.  —  13.  Notre  pays  de  France.  En  cheminant.  {Auvergne),  par 
Edouard-D.  Labesse  et  h.  Pierret.  Paris.  Ducrocq,  s.  d.  (1893),  in-4  de  246  p.,  avoe 
100  compositions  de  Clair,  Guyot,  L.  Mouchol,  Toussaint  el  Bélichon.  Broché,  5  fr.  ; 
relié  toile,  fers  spéciaux,  8  fr.  —  14.  La  Guerre  à  toutes  les  époques,  par  le  D'  Ques- 
NOT.  Paris,  H.  Laurens,  s.  d.  (1893).  petit  in-8  de  309  p.,  orné  do  128  grav.  Broché, 
3  fr.  50.  —  15.  Les  Voleurs  de  locomotives,  grand  roman  d'aventures,  par  Fernand- 
HuE.  Paris,  Lucène  el  Oudin,  1893,  gr.  in-4  de  318  p.,  illustré  par  G.  Roux.  Broché, 
&  fr.  —  16.  Le  Coq  rouge,  aventures  de  deux  pellles  Parisiennes  en  Russie,  par 
Constant  Amého.  Paris,  Lecône  el  Oudin,  1893.  gr.  in-8  de  315  p.,  nombr.  illustra- 
tions do  Bélichon.  Broché  3  fr. 

1.  —  Privât  d'Anglemoct,  créole  «  emparisienné  »  et  bohème  par 
tempérament,  mort  en  1859,  a  publié  un  volume  singulier,  dont  la 
gaieté  est  parfois  assez  rabelaisienne  :  Paris  inconnu.  Entre  ce  livre  et 
celui  que  M.  Paul  Strauss  vient  d'écrire  sur  Paris  ignoré,  rien  de  com- 
mun. Piivat  d'Anglemonl  n'était  qu'un  humoriste;  M.  Strauss  est  un 
observateur  sérieux,  qui,  grâce  à  sa  situation  de  conseiller  municipal  en 


la  «  Villo-Lmuière,  «  n'a  trouvé  close  aucune  des  portos  administratives 
auxquelles  il  lui  a  plu  de  dire  :  Sésame,  ouvre-loi  !  Disons  tout  de  suite 
que  l'auteur,  beaucoup  plus  connu  que  le  Paris  dont  il  nous  parle,  a  une 
manière  de  penser  entièrement  opposée  à  la  nôtre.  Mais  nous  sommes 
trop  juste  pour  ne  pas  reconnaître  le  mérite  chez  nos  adversaires.  Or,  Pa- 
ris ignoré  a  droit  à  des  éloges.  Sauf,  d'ailleurs,  quelques  rares  passages 
oùM.  Strauss  encense  discrètement  la  Révolution  de  1789  ou  la  troisième 
République  (cette  navrante  et  actuelle  restauration  du  Veau  d'or),  l'œuvre 
entière  neconlient  rien  qui  soit  de  nature  à  froisser  personne.  —  Les  mor- 
tels ordinaires  ne  pénètrent  pas  facilement  dans  l'intérieur  des  nombreux 
établissements  fermés  à  leur  curiosité,  tels  que  les  refuges  de  nuit,  les 
asiles  d'aliénés,  les  prisons,  les  écoles  professionnelles  et  autre?,  les  hô- 
pitaux, les  hospices;  aucun  guide  ne  les  conduit  dans  les  sous-sols  des 
halles,  dans  les  caves  des  entrepôts,  à  l'usine  à  gaz,  dans  les  coulisses 
du  INlont-de-Piété,  de  la  Morgue,  de  la  fourrière,  au  laboratoire  muni- 
cipal, dans  une  caserne  de  pompiers,  à  la  Préfecture  de  police,  aux  abat- 
toirs, aux  postes,  télégraphes  el  téléphones,  etc.;  aucun  livret  ne  leur 
révèle  l'intimité  des  services  publics,  le  fonctionnement  de  l'octroi,  la 
navigation  de  la  Seine  et  des  canaux  (l'un  des  chapitres  les  mieux  faits 
du  volume),  le  rôle  des  mairies  et  de  l'hôtel  de  ville,  en  un  mot  l'en- 
semble particulier  de  la  vie  municipale.  En  conséquence,  M.  Strauss  a 
voulu,  dans  Paris  'ignoré,  nous  montrer  une  notable  partie  de  ce  que  la 
grande  ville  renferme  de  plus  mystérieux,  et  il  y  a  réussi.  Doux  remarques, 
entre  parenthèses:  constatons  d'abord  (p.  20o)  le  piteux  échec  de  la  cré- 
mation, qui  «  s'accomplit  d'une  manière  trop  brutale,  »  manière  que  l'au- 
teur décrit  brièvement  et  qu'il  qualifie  de  «  procédé  grossier.  »  Notons  en- 
suite (p.  30(3)  que  «  THôlol-Dieu  est,  avec  l'hôpital  Saint-Louis,  le  seul 
établissement  qui  soit  encore  desservi  par  des  religieuses.  »  Mais  ce  que 
rauleur  oublie  de  nous  dire,  c'est  :  1"  Si  ces  religieuses  remplissent  leur 
fonctions  mieux  ou  moins  bien  que  les  laïques;  2°  Si  elles  coûtent  plus 
cher  ou  moins  cher  aux  contribuables.  Ces  deux  choses-là  ne  manquent 
cependant  pas  d'intérêt.  Mais  ne  cherchons  point  noise  autrement  à 
M.  Strauss  et  di'-clarons,  en  résumé,  que  son  livre  est  un  travail  instruc- 
tif, visiblement  composé  à  vue  de  documents  officiels  et  aussi  au  moyen 
des  renseignements  fournis  par  différents  chefs  de  service,  très  au  cou- 
rant de  Ifur  affaire.  Quant  à  l'illustration,  elle  ost  des  plus  ciu'ieuses  et 
des  plus  artistiques  :  elle  a  été  exécutée  sous  la  direction  de  M.  Constant 
Chmielenski,  connu  en  littérature  sous  le  nom  de  Constant  de  Tours,  le- 
quel n'en  est  plus  à  faire  ses  preuves  comme  talent  et  comme  bon  goût* 
2.  —  M.  L.  Tarsot,  rédacteur  au  ministère  de  l'inslriiclion  publi(}ue,  a 
écrit  un  beau  livre  sur  les  /'écoles  cl  les  écoliers  à  travers  les  âges.  Re- 
montant jusqu'à  l'antiquité,  il  nous  présente  le  jeune  Spartiate,  In 
jeune  Alliénien,  le  jeune  Romain.  Il  consacre  une  page  émue  à  l'enfant 


que  le  Ghrisl  dit  de  laisseï-  venir  à  lui.  Au  moyen  âge,  il  a  de  chaleu- 
reux accents  pour  constater  les  services  rendus  par  les  moines  et  Char- 
lemague.  Son  histoire  de  l'Université  de  Paris  au  moyen  âge  est  très 
nette,  sans  sécheresse  aucune.  Lisez  l'horaire  du  collège  de  Montaigu  et  les 
souvenirs  de  Francion  (Charles  Sorel)  au  collège  de  Lisieux.  L'instruc- 
tion populaire  ne  prend  de  développement,  d'après  M.  Tarsot,  qu'avec 
la  fondation  du  bienheureux  de  la  Salle.  11  ouvre  la  période  des  temps 
modernes  par  un  brillant  tableau  des  jésuites  jugés  par  leurs  élèves  : 
Voltaire  et  Marmontel;  de  Port-Royal,  avec  l'épitaphe  du  bon  Racine; 
de  l'Oratoire,  avec  l'appréciation  de  M.  Compayré.  A  côté  de  ces  grands 
éducateurs,  le  rôle  de  l'Université  est  bien  faible.  A  peine  y  a-t-il  lieu 
de  parler  du  Collège  de  France,  de  Rollin  et  du  concours  général  avant 
1789.  La  Révolution,  c'est  l'esprit  de  Rousseau,  de  Condillac,  de  Dide- 
rot, qui  domine;  c'est  l'anéantissement  de  l'organisation  scolaire  qui 
en  résulte.  Pour  héros,  on  n'a  à  citer  que  Bara  et  Viala.  Le  tableau  mo- 
derne, incomplet,  est  écrit  un  peu  rapidement:  M.  Tarsot  a  oublié  quel- 
ques-unes 'de  nos  grandes  écoles  :  l'École  des  chartes,  l'École  des 
langues  orientales.  Il  a  surtout  voulu  balancer  les  éloges  qu'il  avait 
donnés  avec  raison  aux  éducateurs  chrétiens  par  d'autres  éloges  à  la  Ré- 
volution, à  son  système  anti-croyant,  par  des  accusations  imméritées,  par 
des  paroles  fâcheuses  (p.  184,  188,  293,  etc.).  C'est  regrettable,  et  c'est 
là  ce  qui  nous  empêche  de  dire  que  ce  beau  livre  est  un  bon  livre. 

3.  —  Devant  l'ennemi.  Sons  ce  titre  le  R.  P.  Fréd.  Rouvier  lait  paraître 
une  nouvelle  édition  illustrée  (15®  mille)  du  bel  ouvrage  qu'il  a  consacré 
au  souvenir  de  la  guerre  de  1870-71.  Avec  le  talent  qu'on  lui  connaît,  il  a 
passé  en  revue  tous  les  laits  relatifs  à  la  part  prise  aux  événements  mili- 
taires par  le  clergé  séculier,  le  clergé  réguher,  les  frères,  les  religieux, 
les  éièves  des  collèges  religieux.  Ce  sont  les  actes  des  martyrs  de  la  foi 
et  du  patriotisme  que  l'aulenr  fait  passer  sous  nos  yeux.  Le  succès  qui  a 
accueilli  son  livre  ne  peut  que  s'accentuer.  Tout  le  monde  voudra  lire 
et  faire  lire  ces  pages  émouvantes  remplies  des  détails  les  plus  admira- 
bles et  les  plus  touchants. 

4.  —  Les  Françaises  à  toutes  les  époques  de  notre  histoire  est  «  l'his- 
toire des  femmes  à  travers  la  civilisation  française.  «  Celte  simple  défî- 
nilion  de  M.  H.  Gourdon  de  Genouillac  nous  paraît  exacte.  En  très  bons 
termes,  cet  auteur  nous  fait  d'abord  le  tableau  de  la  situation  des 
femmes  avant  et  après  la  venue  du  christianisme.  Il  passe  ensuite  au 
moyen  âge,  puis  à  la  Renaissance  et  arrive  aux  deux  époques  caractéris- 
tiques de  la  France  au  siècle  de  Louis  XIV.  Le  xviii*  siècle,  la  période 
révolutionnaire,  le  Consulat,  l'Empire,  enfin  les  temps  présents,  sont 
également  passés  en  revue  par  M.  Gourdon  de  Genouillac.  Vaste  kaléi- 
doscope où  défilent,  avec  des  clnges  ou  des  critiques  méritées,  les  physio- 
nomies des  personnalités  les  plus  diverses  :  religieuses,  femmes  de  lettres 


—  8  - 

OU  de  théâtre,  femmes  guerrières  ou  bienfaitrices  de  l'humanité,  etc. 
Livre  intéressant,  brillamment  illustré  et  qui  convient  surtout  aux  per- 
sonnes instruites. 

o.  —  M.  Marins  Bernard  entreprend  une  série  de  très  belles  publications 
sous  le  litre  :  Autour  de  la  Méditerranée;  elle  ne  comprendra  pas 
moins  de  neuf  volumes  qui  paraîtront  successivement,  d'hiver  en 
hiver.  Le  premier,  que  nous  avons  sons  les  yeux,  décrit  la  Tripolitaine 
et  la  Tunisie  et  recevra  certainement  du  public  l'excellent  accueil  qu'il 
mérite.  L'auteur  n'est  pas  un  enthousiaste;  il  voit  les  choses  et  les 
hommes  sans  optimisme  et,  d'ailleurs,  ne  s'occupe  que  fort  peu  des 
questions  de  colonisation.  Il  s'attache  seulement  au  côté  pittoresque, 
en  semant  quelques  anecdotes  de  voyage  à  travers  ses  descriptions.  Il 
constate,  on  passant,  le  peu  d'intérêt  que  présente  la  Tripolitaine  au 
point  de  vue  de  son  exploitation  par  une  puissance  européenne.  Le  sud 
de  la  Tunisie  lui  laisse  une  impression  analogue  ;  mais  à  mesure  qu'il 
monte  vers  le  nord,  ses  appréciations  se  modifient.  Il  s'intéresse  vi- 
\ement  à.  la  ville  sainte  de  Kairouan  et  plus  encore  aux  souks  de  Tunis, 
où  il  trouve  des  sujets  d'études  vraiment  inépuisables,  et  qu'il  peint  de 
main  de  maître.  Son  style  est  coloré,  animé,  attachant,  surtout  lorsqu'il 
décrit  le  kaléidoscope  des  foules  grouillantes  dans  les  bazars  orientaux. 
11  se  montre  vraiment  sympathique  aux  missionnaires  et  aux  religieuses 
et  il  proclame  que  seule  la  religion  catholique  peut  inspirer  de  tels  dé- 
vouements. Mais  il  se  trompe  lorsque,  voulant  blâmer  la  croisade  anti- 
esclavagiste du  cardinal  Lavigerie,  qu'il  juge  prématurée,  il  affirme  que 
l'Évangile  autorise  l'esclavage.  Nous  voudrions  aussi  que  le  récit  de  la 
mort  de  saint  Louis  à  Garthage  lût  conté  sur  un  ton  plus  ému  ot  plus 
respectueux.  Signalons  une  description  un  peu  trop  réaliste  de  la  fa- 
meuse danse  du  ventre.  Par  contre,  on  ne  peut  qu'approuver  les  con- 
sidt^rations  pleines  de  sagesse  et  de  modération  sur  la  question  juive  en 
Tunisie  :  ni  persécution  ni  naturalisation.  Les  gravures  qui  ornent  ce 
bel  ouvrage  sont  bien  faites  ;  l'édition  est  soignée. 

0.  —  Lady  Brassey  était  la  femme  d'un  des  chefs  du  parti  libéral  qui  fut 
premier  lord  de  l'Amirauté.  Digne  en  tous  points  de  son  mari,  elle  joi- 
gnait ta  un  goût  déclaré  pour  les  voyages  maritimes  une  intelligence  et 
une  instruction  très  remarquables.  Avec  son  yacht  Su7ibcam,  commandé 
par  sir  Brassey  en  personne,  elle  fit  de  nombreux  voyages  dans  les  di- 
verses jiarlifs  du  monde  et  on  publia  de  charmants  récits  sous  dos  titres 
appropriés  :  Voyage  d'une  famille  autour  du  monde  ;  Voyage  d'une 
famille  dans  la  Méditerranée,  et  A  travers  les  tropiques;  elle  mourut, 
il  y  a  cinq  ans,  au  cours  d'une  dernière  campagne  racontée  par  son  mari 
dans  un  quatrième  volume  intitulé  :  Last  Voyage.  Ce  qui  caractérise  les 
œuvres  de  lady  Brassey,  c'est  la  simplicité  et  la  sincérité  :  c'est  une 
bonne  mère  do  famille  qui  se  soni  Iiourouse  de  nioltro  le  public  dans  la 


—  9  — 

confidence  de  ses  joies  et  de  ses  fatigues.  Le  volume  que  nous  avons 
sous  les  yeux  donne  ses  impressions  sur  une  croisière  aux  Antilles,  dont 
l'itinéraire  comprend  Madère,  la  Trinité,  la  Jamaïque,  les  îles  Baliama, 
les  Bermudes  et  les  Acores.  On  y  sent  un  fond  de  Irislesse  dû  à  l'état  de 
sa  santé,  déjà  fort  délabrée,  et  cependant  elle  lutte  de  son  mieux  contre 
cette  dépression  morale.  La  traduction  est  fort  bien  faite;  toutefois  nous 
nous  permettrons  de  signaler  à  M.  Gaston  Bonnefont  une  légère  erreur  : 
les  ananas  ne  croissent  pas  sur  les  arbres,  comme  il  le  laisse  entendre  en 
bon  français.  Les  gravures  sont  absolument  charmantes.  C'est,  en  somme, 
un  beau  livre  d'étrennes,  que  Ton  peut  mettre  entre  toutes  les  mains. 

7.  _  Une  enfant  trouvée,  Marie-Noël,  petite  servante  dans  une  ferme, 
est  distinguée  par  un  vieux  châtelain  qui;,  pour  «  faire  pièce  »  à  d'avides 
collatéraux,  lui  lègue  son  immense  fortune.  La  fillette  est  soigneusement 
élevée  et  devient  une  «  vraie  demoiselle.  »  Elle  vit  tranquille  en  ses 
domaines,  lorsqu'un  jour  elle  découvre  un  testament  postérieur  en  date 
à  celui  qui  l'a  mise  en  possession  de  la  fortune  dont  elle  jouU.  Alors, 
après  une  courte  hésitation,  elle  restitue  cette  fortune  au  neveu  que  son 
bienfaiteur  a  désigné,  puis,  sans  crier  gare,  elle  quitte  le  pays  et  se  place 
comme  institutrice  dans  un  intérieur  étrange  où  elle  trouve  le  moyen 
de  faire  beaucoup  de  bien.  Enfin  les  circonstances  deviennent  telles  que 
l'héritier  légitime,  pour  lequel  Maiie-Noël  s'est  dépouillée,  est  heureux 
d'épouser  celle-ci.  Tout  est  bien  qui  finit  bien;  mais  tout  cela  serait 
mieux  encore  si  Dieu  n'avait  pas  été  considéré,  par  l'auteur  de  i Héritage 
de  Marie-Noël,  comme  quantité  négligeable,  à  très  peu  de  chose  près.  La 
reliure  et  l'illustration  de  ce  \olume,  aussi  honnête  qu'émouvant,  sont 
tout  à  fait  charmantes. 

8.  —  Raymondc  ^lac-EIluys  est  une  jeune  demoiselle  de  dix-huit  ans, 
habituée  à  tout  voir  plier  devant  ses  caprices  et  qui  se  glorifie  de  ne  jamais 
céder  à  rien  ni  à  personne.  Mais  le  voyage  qu'elle  a  entrepris  de  pousser 
jusqu'au  Caire  en  voiture  —  une  manière  de  se  distinguer  des  autres,  — 
par  les  accidents  accumulés  et  souvent  peu  vraisemblables  auxquels 
elle  se  heurte,  brise  son  orgueil,  dessille  ses  yeux  et  fait  de  Mademoiselle 
Volonté  une  personne  aimable  en  lui  faisant  perdre  les  défauts  qui  ter- 
nissaient ses  qualités.  Telle  est  du  moins  l'impression  que  M.  Fernand 
Calmettes  s'est  proposé  de  nous  laisser.  Mais,  encore  une  fois^,  son  ima- 
gination lui  a  trop  fait  trouver  de  choses  invraisemblables.  L'ouvrage  est 
amusant  par  endroits,  mais  le  sentiment  religieux  en  est  absent,  ou,  s'il 
s'y  trouve,  c'est  trop  à  la  façon  d'Agrippine. 

9.  —  Quel  joli  roman  mondain  que  Trop  mondaine  !  Pour  avoir  été 
coquette  au  delà  de  ce  qui  est  permis  à  la  femme,  Jeanne  Leclerc,  recher- 
chée en  mariage  par  un  sien  cousin,  Roger  Meyrianne,  garçon  sérieux  et 
charmant  tout  à  la  fois,  paraîtra  suffisamment  punie  d'être  finalement 
réduite  à  agréer  les  hommages  d'un  sceptique  auquel,  d'ailleurs,  sa  na- 


—  10  — 

ture  frivole  semblait  la  destiner.  Mais,  d'antre  pari,  sa  sœur  Gilherle, 
une  manière  de  Gendrillon  devenue  avec  l'âge  semblable  à  la  princesse 
du  conte  de  fées,  recevra  sa  récompense  en  épousant  ce  même  Roger 
dédaigné  par  Jeanne,  le  seul  homme  qu'elle  eût  distingué,  le  seul  mari 
que  son  cœur  put  accepter.  Écrit  d'un  style  agréable,  très  moral,  rempli 
d'excellentes  leçons,  le  livre  de  M""^  Jules  Samson,  aussi  bien  illustré  que 
gracieusement  relié,  plaira  beaucoup  aux  jeunes  femmes  et  aux  jeunes 
hommes  aussi. 

10.  —  Dans  les  Cinq  jiièces  do  l'oncle  Barhc-Bleiie,  nous  faisons  connais- 
sanceavecM.  Marandayqui,  après  avoirréalisé  une  fortune  dans  le  Nouveau 
Monde,  a  épousé  une  jeune  créole  et  s'est  fixé  au  Mexique,  où  sa  femme 
possède  d'immenses  propriétés.  Un  tremblement  de  terre  ensevelit  sous 
les  ruines  de  la  «  casa  »  sa  femme  et  ses  deux  fils  aînés.  Échappé  à  ce 
désastre,  Maranday  ramène  en  France  son  fils  cadet,  cruellement  puni 
de  ses  désobéissances  par  la  fracture  des  deux  jambes  survenue  pendant 
la  traversée.  Le  malheureux  enfant,  désespéré,  a  pris  en  grippe  le  genre 
humain  tout  entier,  et  il  refuse  obstinément  de  voir  d'autres  personnes 
que  son  père  et  une  négresse  qui  l'a  élevé.  Sur  l'avis  du  médecin,  il  faut, 
pour  ramener  le  pauvre  estropié  à  une  vie  normale,  faire  appel  à  des 
influences  bienfaisantes  et  salutaires.  C'est  le  rôle  de  cinq  gentilles 
nièces,  expressément  invitées  à  cet  efl'et  à  passer  les  vacances  près  de 
leur  oncle,  qu'elles  appellent  Barbe-Bleue  à  cause  de  sa  sombre  humeur. 
Les  caractères  des  jeunes  filles  sont  finement  analysés,  leurs  récréations 
narrées  avec  beaucoup  de  grâce  et  de  vie.  De  sa  prison  volontaire,  le 
pauvre  garçon  suit  leurs  ébats,  leurs  allées  et  venues,  prend  parti  pour 
les  unes  ou  pour  les  autres.  C'est  la  délicate  et  gracieuse  Valenline  qui 
guérit  son  jeune  cousin,  et  elle  en  sera  magnifiquement  récompensée, 
comme  bien  on  pense.  Ce  livre  se  ferme  sur  des  impressions  de  paix  et 
de  bonheur.  Aussi  regretterons-nous  d'une  façon  d'autant  plus  vive  que 
la  note  chrétienne  ne  résonne  pas  dans  ces  pages  si  attachantos, 

11.  —  La  faveur  qui  s'attache  dans  le  public  aux  explorations  afri- 
caines faitéclore,  comme  on  pouvait  s'y  attendre,  des  fantaisies  plus  ou 
moins  ingéniouses  à  l'usage  de  la  jeunesse.  Le  thème  varie  peu  :  c'est 
toujours  un  jeune  voyageur  qui  découvre  un  nouveau  royaume  nègre, 
dont  il  séduit  le  souverain  au  point  de  le  décider  à  l'accompagner  en 
France  pour  y  contracter  alliance  avec  le  Président  de  la  Képuhlique  et 
visiter  l'Kxposilion  universelle  de  18H0.  Naturellement  la  naïveté  du  roi 
et  de  sa  suite,  qui  ne  connaissent  rien  aux  usages  les  plus  élémentaires 
de  notre  civilisation,  donne  lieu  aux  incidents  les  plus  cocasses,  sinon 
les  plus  imprévus,  et  pour  couronnement  de  celte  équipée  grotesque,  en 
rentrant  dans  ses  Klats,  le  nouvel  allié  de  la  France  veut  y  transformer 
toutes  choses  pour  reproduire  sous  le  soleil  africain  les  merveilles  qui 
l'nnf  ébloui  dans  la  vinilln  Europe.  Toi  p|;iit  le  thème  du  fiai  des  ftaln- 


—  11  — 

poifos,  dont  nous  avons  parlé  récemment,  tel  est  encore  celui  du  Roi 
Bou-Bou  ;  la  ressemblance  entre  ces  deux  livres  est  telle  qu'on  pourrait 
croire  que  l'un  des  auteurs  a  pastiché  l'autre.  Le  Roi  Bou-Bou  est  irré- 
prochable au  point  de  vue  moral,  maison  ne  trouve  pas  dans  tout  le  vo- 
lume nn  seul  mot  qui  fasse  allusion  à  un  sentiment  religieux  quelconque; 
c'est  vrainjent  se  conformer  nn  peu  trop  scrupuleusement  à  la  neutralité 
officielle.  Les  illustrations  sont  assez,  bonnes  ;  quelques-imes  sont  spiri- 
tuelles. 

12.  —  C'est  assurément  un  livre  honnête  que  celui  publié  par  M"°  Marie 
Miallier  sous  le  titre  de  Louise  et  Louiselte.  il  prouve  qu'avec  du  cœur, 
du  courage,  de  la  persévérance,  les  déshérités  de  ce  monde  peuvent  arri- 
ver à  vaincre  la  mauvaise  fortune  et  se  faire  une  place  au  soleil.  Il  est 
permis,  toutefois,  de  ne  pas  partager  absolument  l'avis  de  l'auteur,  qui 
(p.  64)  range  sans  restrictions,  parmi  les  «  grands  historiens,  »  Michelet 
et  Thiers  :  leurs  œuvres,  certes,  ont  été  assez  justement  critiquées  el  à 
des  points  de  vue  multiples.  Quant  à  la  pensée  religieuse,  sans  être  ici 
totalement  absente,  elle  nous  apparaît  bien  effacée.  Au  fond,  cependant, 
nous  le  répétons  :  livre  honnête. 

13.  —  En  cheminant  avec  MM.  Labesse  et  Pierret,  on  parcourt  l'Au- 
vergne, en  joyeuse,  aimable  et  savante  compagnie.  Ce  volume  donne 
des  détails  surtout  en  matière  de  géologie.  On  y  apprend  aussi  un  peu 
de  botanique  et  d'histoire  naturelle,  sans  compter  que  les  auteurs 
touchent,  à  l'occasion,  quoique  assez  rarement,  au  domaine  de  l'his- 
toire et  de  la  légende.  Tout  cela  est  intéressant  ;  mais  pourquoi 
MM.  Labesse  et  Pierret  ont-ils  gâté  leur  joli  livre  par  quelques  ré- 
flexions d'ordre  peu  grave  heureusement,  mais  qui  ne  laisseront  pas 
cependant  de  contrarier  des  catholiques? 

14.  —  La  Guerre  à  toutes  les  époques  constitue  une  agréable  leçon  d'his- 
toire générale.  M.  le  docteur  Quesnoy,  ancien  inspecteur  du  service  de 
santé  des  armées,  esquisse,  dans  ce  volume,  un  tableau  assez  complet 
de  la  guerre  depuis  les  temps  préhistoriques  jusqu'à  l'époque  actuelle. 
C'est  la  France  toutefois  qui  a  fait  l'objet  principal  de  l'étude  du  docteur. 
Ce  nouveau  volume  de  la  Bibliothèque  d'histoire  et  d'art  éditée  par  la 
maison  Henri  Laurens,  illustré  avec  soin,  eût  certainement  mérité  nos 
éloges  sans  restriction  si  l'auteur  n'eût  laissé  apercevoir  en  quelques 
endroits,  notamment  à  propos  des  croisades,  un  léger  bout  d'oreille  que 
nul  ne  qualiiiera  de  clérical. 

15.  —  Le  Polybiblioa  a  déjà  rendu  compte  (t.  XLVII,  p.  306)  des 
Voleurs  de  locomotires.  Ce  volume  de  M.  Fernand-Hue  est  un  épisode 
fort  dramatique  de  la  guerre  de  sécession,  qui  prêtait  réellement  à  l'illus- 
tration. M.  Georges  Roux  s'en  est  tiré  d'une  manière  satisfaisante.  La 
présente  édition  peut  servir  à  deux  fins  :  comme  cadeau  à  un  adolescent 
el  comme  récompense  scolaire. 


—  J-2  — 

U'}.  —  Faire  «  chanter  »  le  Coq  rouge,  cela  veuf  dire,  en  langage  révo- 
liilionnaire  :  mettre  le  feu  à  un  château.  C'est  la  propagande  par  le  fait 
avant  la  dynamite.  Gomment  Michel  Zaleski  tut  amené  à  incendier  le 
chàtean  de  .Margravven,  dont  les  propriétaires  avaient,  il  faut  bien  le 
dire,  un  peu  mérité  leur  sort,  c'est  ce  qu'on  voit  dans  le  récit  de  M.  C. 
Aniéro.  Mais  la  partie  la  plus  touchante  du  livre,  c'est  l'histoire  des  deux 
peli;es  Parisiennes,  dont  l'une  est  la  propre  lille  de  Michel  Zaleski  et 
l'autre  sa  fille  adoptive.  L'une  et  l'autre  ont  beaucoup  à  souffrir  de  cette 
fâcheuse  parenté  qui  les  rend  suspectes,  et  aussi  et  plus  encore  de  la 
jalousie  de  la  comtesse  Augusta,  qui  craint,  non  sans  raison,  de  voir 
son  fiancé,  le  comte  Gabrilofi,  prélerer  Tune  des  gentilles  Parisiennes  à 
sa  très  désagréable  future  et  cousine.  Et,  en  effet,  Louise  Zaleski  finit  par 
épouser  à  Paris  le  bel  officier,  et  Marie,  sa  sœur  adoptive,  enrichie  par 
un  héritage  inespéré  dont  ello  cède  une  bonne  moitié  à  Louise,  donne  sa 
main  à  Albert  Morand,  qui  depuis  longtemps  avait  gagné  son  cœur. 
Quant  à  Michel  Zaleski,  il  continuera  à  faire  chanter  le  Coq  rouge,  au 
désespoir  de  sa  femme,  qui  a  déjà  beaucoup  souflertet  qui  souffrira  pro- 
bablement encore  à  cause  de  lui.  Hisloire  émouvante,  mais  où  l'inspira- 
tion chrétienne  n"a  aucune  part.  Visk.sot. 


ROMANS,  CONTES  ET  NOUVELLES 

.  La  Terre  promise,  par  I'aul  Bourget.  Paris,  Lemorre,  iSOi,  inlSdo  420  p.,  3  fr.  50. 

—  ?.  L' Histoire  d'Angklii  Valoij,  par  Edmond  TAnuii.  Paris,  Calmanu  Lévy,  1892,  in-18 
de  358  p.,  3  fr.  50.  -  3.  Peau  de  salin,  par  Paul  Ponsolle.  Paris,  Savinc,  ls;)2,  in- 
18  de  304  p.,  3  fr.  50.  —  4.  Une  Mec,  par  Georges  Heaume.  Paris,  Pion  cl  Nourrit, 
1892,  in-18  de  284  p.,  3  fr.  50.  —  5.  Jlonlorgueil  (5*  vol.  do  la  Comédie  mondaine), 
par  le  comte  Léo>"ce  de  Larmandie.  Paris,  Cliamuel,  1892,  in-18  do  318  p  ,  ;î  fr.  50. 

—  G.  Souvenirs  d'un  grenadier  {Étapes  du  Iterry  en  Alsace),  j)ar  A.  Laisnel  de  la 
Salle,  illustrations  de  Jules  Groulicr.  Paris,  Savine,  1892,  in-18  de  200  p.,  3  fr.  50. 

—  7.  Les  Combats,  par  Eugè.ne  Oranger,  avec  une  lettre-préface  do  Jean  Riclicpin. 
Paris,  Jouausl,  1892,  in-12  de  324  p.,  3  fr.  50.  —  8.  Le  Cuirassier  blanc,  par  Paul 
Margueritte.  Paris,  Lccône  et  Oudin,  1802,  in-12  do  328  p.,  3  fr.  50.  —  !).  Au  pays 
des  étapes,  notes  d'un  légionnaire,  par  (]haules  des  Kcorres,  illustrations  do  Baïon- 
nelto.  Paris,  Cliarics-Lavauzello,  1892,  in-12  do  372  p.,  3  fr.  50.  —  10.  L'Argentier 
de  Milan,  par  Pierre  Sales.  Paris,  Marpou  et  Flammarion,  1892,  in-12  de  37G  p., 
3  fr.  50.  —  11.  Périnaik,  par  J.  Cantel.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1892,  in-18  do 
286  p.,  3  fr.  50.  —  12.  l'o agate ke[f,  d'après  le  roman  russe  du  comte  Pai.iuas  dk 
ToiiRNEMi.NE,  par  CaNdiam.  Paris,  A.  (]olin,  1892,  in-12  de  300  p.,  3  fr.  50.  —  La 
Comédie  des  champs,  par  Charles  d'IIiîricaijlt.  Paris,  Firinin-Didol,  1892,  in-12  de 
300  p.,  3  fr.  50.  —  14.  L'Élu  du  peuple,  nKcurs  d'à  présent,  par  Joseph  Maurain, 
avec  une  prcfaco  d'Edouard  UruuKjnt.  Paris,  To()ui,   1892,  in-t2  de  29i>   p.,  2  fr.  50. 

—  15.  Les  Kx/iérienccs  d'un  uiailrc  d'école  allemand,  [lar  1"hi';déric  Polak  ;  traduction  de 
A.  flossiLET.  Paris,  Firniiu-Didol,  1892,  2  vol.  in-12  de  3S2  et  3'.)G  p.,  lî  Ir.  —  10.  L'InS- 
tilulrice  des  Cliantcpol,  ])ar  .Mary  Flora.n.  Paris,  Firniin-Diilot,  1892,  in-12  do  370  p., 
2  fr.  5i).  —  17.  Une  lumière  dans  la  nuit,  roman  imité  do  l'anglais,  par  .M.-L.  Rous- 
seau. Paris,  nediomnic  et  lirigiiol.  1892,  in-12  de  322  p.,  3  fr.  —  18.  La  Châtelaine 
de  Trélivier,  par  M"»  (jauriklle  d'Éthami'es.  Paris,  Delliomnio  et  liriguel,  189,',  in-12 
do  324  p.,  3  fr.  —  l'J.  Miss  l.ouisa,  par  I''.  Jérusai.i';my.  Paris,  Téijui,  I8!)2,  iii-12  de 
2S0  p.,  '.'  fr.  50.  —  20.  Le  Crime  de  Kéralaiii,  par  la   comlcss!  de    IIiaurki-aiiu-;   db 


—  13  — 

LouvAGNY.  Paris,  Téqui,  ISO'i,  iQ-12  de  352  p.,  2  fr.  —21.  LUeitre  maiulile,  par  la 
comtesse  de  BKAunEPAiniî  de  Louvagny.  Paris,  Tcqui,  1892.  in-12  do  302  p.,  2  fr. — 
22,  Les  Chevaliers  de  La  ibjiiamile,  par  Lucien  Thomin.  Paris,  Téqui,  1892,  in-12 
do  2r>4  p.,  i  fr.  —  '2i.  Hnaneur  el  bonheur,  par  B.  de  Bu.xy.  Paris,  H.  Gautier, 
1892  in-12  do  324  p..  2  fr.  50.  —  24.  Noëlle,  par  Champol,  illustrations  de  Poirson.' 
Paris,  H.  Gautier,  1892,  in-12  de  324  p.,  3  fr.  —  2...  i'n  porlrail  de  famille,  par 
Maryan.  Paris,  H.  Gautier,  1892,  in-12  do  :48  p  ,  2  fr.  —  26.  La  Dernière  Ikilaille 
du  général  Berger,   par  Jacques    Bret.  Paris.    H.    Gautier,   1892,   in-12    de   252  p., 

2  fr.  —  27.  Monsieur  le  maréchal,  scènes  de  l'Ukraine,  par  Etienne  Marcel.  Paris, 
Firmin-Didot,  1892.  în-12  de  312  p.,  2  fr.  ôO.  —  28.  Messine,  ou  les  Martyrs  d'Al- 
sace-Lorraine, par  Pascal  Lauroy.  Paris,  Dolliomrne  et  Briguet,  1892,  in-12  do  28G  p., 

3  fr.  —  29.  La  Conversion  d'un  franc-maçon,  par  M""'  Morisson-Lacombk.  Paris, 
Tolra   et    Haton,  1892,  in-IO  de    177  p.,  1  fr.  —   30.  Jeunes  filles  et  jeunes  femmes, 

esquisses  morales,   par  Loisda.  Paris,  Vie  et  Amat,  1892,  in-12  de   2G8   p.,  2  fr.  

3t.  Pour  lire  en  irain  express,  par  Maxime  .Iuillet.  Paris,  Relaux,  1892,  in-12  do 
144  p.,  2  fr.  —  32.  Croquis  honnêtes,  par  I^uristian  de  France.  Mulhouse,  GangiolT, 
189"^,  in-16  de  188  p.,  2  fr.  —  3:5.  Un  amant,  par  Émily  BRONTii,  trad.  française, 
précédée  d'une  introd.  par  Th.  de  Wyzéwa.  Pari.s,  Savine,  1892,  in-18  de  38i)  p., 
3  fr.  50.  —  34.  La  Fille  à  Lowrie,  par  misiress  Fhances  IIogson  Burnett,  Irad.  de 
l'anglais  par  Robert  de  Cérisy  et  précédé  d'une  étude  sur  M"  Burnett  par 
M™"  Th.  Bontzon.  Paris,  Helzel,  1892.  in-12  de  384  p.,  3  fr.  50.  —  35.  Lioudmila. 
par  Polevoï  :  trad.  du  russe  par  Xavier  Marmier.  Paris,  Calmann  Lévy,  18!)2,  in-18 
do  304  p.,  3  fr.  50.  —  36.  Pochékhonié  d'autrefois.  Vie  et  aventures  de  Nicanor  Zatra- 
jiezny,  par  Ghtchédrine  ;  trad.  du  russe  par  M"""  Polonsky  et  G.  Debesse.  Pa-is,  Savine, 
1892,  in-18  de  350  p.,  3  fr.  50.  —  37.  Études,  souvenirs  et  récits,  par  J.  Bonneton. 
Paris,  Lemerre,  1892,  in-8  de  240  p.,  5  fr.  —  38.  Les  Soirées  de  Calibangrève.  par 
Émii.e  Berger.^t,  illustrations  de  M.  de  Lambert.  Paris,  Marpon  el  Flammarion,  1892, 
in-18  do  340  p.,  3  fr.  50. 

1.  —  Si  im  pareil  litre  n'fiùt  paru  à  M.  Paul  Bourget  trop  ambitieux, 
son  nouveau  roman  :  La  Terre  promise,  se  fût  appelé  :  Le  Droit  de 
Venfant.  Le  problème  particulier  qui  s'y  trouve  posé  se  rattache,  en 
efïet,  à  cet  aulre  pins  général  :  Jusqu'à  quel  point  le  fait  d'avoir  donné 
le  jour  à  un  être  nous  engage-t-il  envers  lui?  Cette  question  si  vague 
devient  très  précise  dans  la  pratiqne,  el  la  portée  en  est  infinie.  Suivant 
la  façon  dont  la  conscience  y  répond,  on  est  pour  ou  contre  le  divorce, 
pour  ou  contre  certains  seconds  mariages,  pour  ou  contre  la  recherche 
de  la  paternité,  pour  ou  contre  l'absolution  de  ces  terribles  vengeances 
dont  les  séducteurs  sont  l'objet  et  que  notre  littérature  qualifie  si  com- 
plaisamment  de  crimes  passionnels.  Sciemment  ou  non,  M.  Paul  Bour- 
get nous  paraît  avoir  répondu  à  la  question  dans  un  sens  chrétien.  Seu- 
lement, le  sujet  qu'il  traite  est  des  plus  scabreux.  C'est  bien  le  droit  de 
l'enfant  à  la  protection,  à  la  tendresse,  au  dévouement,  à  l'éducation, 
qui  préoccupe  le  romancier;  mais  Tenfanl  qui  a  tenté  son  analyse  n'est 
ni  reniant  légitime  ni  l'enfant  naturel  :  c'est  l'enfant  adultérin,  «  in- 
trus innocent  du  foyer,  wdontM.  Paul  Bourget  montre  la  situation  fausse, 
l'isolement  possible.  Tranchons  le  mot,  dans  la  Terre  promise,  il  s'agit 
de  la  paternité  dans  l'adultère  et  de  ses  irréparables  conséquences.  Cette 
«  terre  promise^  »  où  l'écrivain-psychalogue  conduit  le  principal  person- 
nage de  son  livre,  n'a  rien  de  matériel  ni  de  sensuel.  Il  s"agit  d'une  vie 
renouvelée  à  la  flamme  du  sacrifice,  toute  consacrée  désormais  au  de- 


—  u  — 

voir.  En  ses  jeunes  années,  Francis  Nayrac  a,  pondant  douze  mois,  une 
liaison  criminelle  avec  une  femme  mariée,  Pauline  Raffraye.  La  jalousie 
de  Francis  et  la  coquetterie  de  Pauline  ont  amené  une  rupture.  Ils  se 
sont  séparés  après  des  scènes  aUoces  et  des  outrages  féroces.  Dix  ans 
plus  tard,  Francis  Nayrac  rencontre  à  Palerme  une  jeune  fille  accomplie, 
Henriette  Scilly,  dont  le  père,  un  officier  supérieur,  a  été  tué  dans  la 
dernière  guerre.  Il  en  devient  passionnément  épris  et  demande  sa  main. 
La  demande  est  agréée  par  la  mère  d'Henriette,  qui  accorde  toute  sa 
confiance  à  Nayrac,  croyant  celui-ci  libre  de  tout  passé  compromettant. 
Une  reste  plus  qu'à  fixer  l'époque  du  mariage.  Un  événement  imprévu 
survient  qui  dérange  et  détruit  tous  ces  projets.  L'ancienne  maîtresse  de 
Francis  Nayrac,  arrivée  à  Palerme,  est  descendue  dans  le  même  hôtel 
qu'Henriette  Scilly  et  sa  mère.  Contre  Pauline,  Francis  se  sent  fort,  car 
c'est  de  la  haine  qu'il  éprouve  maintenant  pour  elle.  Mais  celle  femme 
n'est  pas  seule  :  elle  est  accompagnée  de  sa  petite  fille,  Adèle.  Or  l'en- 
fant ressemble  trait  pour  trait  à  Francis.  Il  reconnaît  à  n'en  pouvoir  dou- 
ter qu'il  en  est  le  vrai  père.  Le  trouble  que  sa  paternité  lui  cause  et  le 
sentiment  du  devoir  impérieux  qu'elle  lui  impose,  —  maintenant  que 
Pauline  Raflraye  est  veuve,  —  le  jettent  dans  un  tel  désarroi,  dans  une 
telle  perplexité,  qu'il  se  trahit  et  laisse  échapper  son  douloureux  secret. 
Henriette  Scilly  est  une  fleur  de  pureté.  Elle  ne  sait  rien  de  la  vie,  et 
pour  la  première  fois  elle  a  la  révélation  de  ses  réalités  misérables.  L'idée 
que  l'homme  qu'elle  aimait  si  chastement,  si  profondément,  a  pu  lui 
cacher  la  vérité,  faillira  l'honneur,  lui  est  odieuse.  Henriette  n'est  sau- 
vée de  sa  crise  d'âme  que  par  sa  foi  religieuse  et  un  admirable  vœu  (Vim- 
molalion.  Francis  a  commis  plus  qu'une  faute  :  un  crime.  Henriette 
expiera  pour  lui  dans  un  couvent  du  Carmel.  ,\vant  de  quitter  le  monde, 
elle  demande  à  son  crucifix  le  cour.ige  d'écrire  à  celui  qui  fut  son  fiancé  : 
«  Nous  ne  pouvons  plus,  lui  dit-elle,  être  l'un  à  l'autre,  et  vous  n'avez 
qu'un  moyen  de  vous  réhabiliter,  c'est  d'épouser  la  mère  de  votre  en- 
lànt.  Accomplissez  ce  sacrifice,  comme  j'accomplis  le  mien.  »  Épouser 
la  mère  de  son  enfant,  Francis  Nayrac  s'y  résoudrait  aujourd'hui  certai- 
nement. Mais  Pauline,   bien  que  revenue  à  des  sentiments  chrétiims, 
est  vindicative  jjar  caractère  :  elle  nepeut  oublier  les  soupçons  injurieux 
dont  l'abreuva  jadis  l'homme  qui,  à  cette  heure,  sollicite  son  pardon.  Le 
coupable  demeure  seul,  sous  le  poids  de  sa  double  détresse  :  il  com- 
prend enfin  qu'on  ne  viole  pas  impunément  la  loi  morale.  Cependant 
Dieu  a  pitié  du  pécheur  repentant.  P.iuliuo  Itaffraye  meurt  d'une  maladie 
de  poitrine,  et  Francis  Nayrac  peut  se  consacrer  tout  entier  à  l'éduca- 
tion de  sa  fille,  à  qui  néanmoins  il  ne  jjourra  jamais  avouer  sa  paternité, 
car  ce  serait  faire  rougir  de  sa  mère  l'enlant  innocente. 

1!  y  aurait  peut-être  témérité  à  conclure  de  Terrr  promise,  comme 
l'ont  l'ait  deux  critiques  trop  pressés,  que  M.  Paul  Rourget  «  a  renoncé  à 


—  \:i  — 

rinlellecluelle  volupté  du  dilellantisiiie  pour  embrasser  définitivement 
les  dogmes  précis  et  nettement  affirmatifs  du  christianisme.  »  Mais 
on  aurait  tort  de  ne  pas  lui  tenir  compte  de  ses  excellentes  intentions 
et  de  sa  bonne  volonté.  Depuis  la  publication  du  Disciple,  il  s'est  fait 
dans  son  esprit  un  véritable  retour  vers  les  idées  évangéliques.  La  Terre 
promise,  certes,  a  bien  quelques  pages  où  revit  encore  l'auleur  efféminé 
de  Cruelle  énigme  :  elles  sont  très  clairsemées.  Dans  son  ensemble,  l'im- 
pression qui  se  dégage  de  l'ouvrage  est  bonne.  La  conclusion  est  mo- 
rale, le  crime  reçoit  son  chàlimenl.  M.  Bourget  déclare  lui-même  ce 
châtiment  juste,  et  il  fait  donner  au  coupable,  par  une  âme  véritablement 
chrétienne,  la  sublime  leçon  de  renoncement  et  d'immolation  qui  le  ter- 
rasse et  le  ramène  au  devoir.  Terre  promise  est  précédée  d'une  curieuse 
préface  littéraire,  dans  laquelle,  en  ce  style  élégant,  délicat  et  subtil  dont 
il  a  le  secret,  M.  Paul  Bourget  plaide  la  cause  du  roman  psychologique, 
du  roman  d'analyse.  Le  plaidoyer  est  éloquent,  mais  il  était  inutile.  En- 
core moins  que  des  «  couleurs,  »  il  faut  disputer  du  genre  des  romans. 
C'est  le  «  goût  »  du  lecteur  qui  est  en  définitive  le  vrai  juge. 

2.  —  M.  Edmond  Tarbé,  dans  son  Crime  d'Auteuil,  avait  essayé  du 
roman  «  rocambolesque.  »  L'essai  ne  tut  pas  heureux.  11  revient  aujour- 
d'hui au  roman  de  mœurs,  ce  dont  il  faut  le  léliciter,  car  il  y  réussit 
mieux.  L'Histoire  ctAngèle  Valoy  a  des  qualités  littéraires  que  le  Crime 
n'avait  pas,  et  l'auteur  y  fait  preuve  d'une  remarquable  puissance  d'a- 
nalyse. Comme  M.  Paul  Bourget,  mais  à  un  autre  point  de  vue,  M.  Ed- 
mond Tarbé  s'occupe  de  la  destinée  des  enfants  dont  la  naissance  est  ir- 
régulière. Cette  fois,  ce  sont  les  enfants  nés  d'une  courtisane  qui  se 
trouvent  en  cause.  La  société  les  repousse,  et  ils  se  voient  souvent  obli- 
gés de  vivre  selon  les  fatalités  de  leur  vice  originel.  En  ce  sens,  on  peut 
dire  que  VBistoire  éfAngèle  Valoy  a  aussi  une  portée  sociale.  Angèle 
est  la  fille  d'une  de  ces  femmes  que  le  Paris  faisandé  appelle  «  .ualantes,  » 
et  qui  sont  tout  uniment  des  «  prostituées»  déplus  ou  moins  bas  étage. 
Cette  femme  meurt.  Angèle  est  recueillie  par  une  tante  qui  fait  le  métier 
de  sa  mère,  —  un  fichu  métier,  —  et  qui  vit  maritalement  avec  un  vieux 
célibataire  millionnaire,  M.  Lavaroc.  Fière  de  caractère  et  honnête  par 
instinct,  l'enfant  reste  pure  jusqu'à  dix-huit  ans  dans  ce  milieu  cor- 
rompu. Mais  son  abominable  tutrice  lui  tend  un  guet-apens,  et  Angèle 
se  laisse  séduire  par  un  homme  veuf,  le  baron  de  Chamaran.  Elle  vit 
avec  lui  sans  l'aimer,  et,  en  dépit  du  luxe  dont  elle  est  entourée,  a  hor- 
reur d'elle-même.  Un  jour,  l'amour  se  présente  à  elle  dans  la  personne 
d'un  jeune  compositeur  de  musique,  Jacques  Larderay,  qui  a  pour  lui 
son  esprit,  son  entrain,  sa  bonne  humeur,  mais  qui  a  tous  les  défauts 
d'unbohème,  joueur,  libertin,  mauvais  sujet.  Pour  le  suivre,  Angèle  n'en 
quitte  pas  moins  le  baron.  Elle  souffre  avec  Jacques  mort  et  misère.  Rien 
ne  la  rebute  :  elle  supporte  tout.  Son  rêve  est  d'améliorer  Larderay. 


-~   10  - 

Elle  y  parvient.  Rangé,  travaillem-,  célèbre  eL  riche,  celui-ci  reconnaît 
les  qualités  privées  d'Ângèle  et  lui  offre  son  nom  et  sa  main.  Il  faut 
néanmoins  à  ce  mariage  le  consentement  de  la  mère  de  Jacques,  pour 
laquelle  le  compositeur  a  un  culte.  M""^  veuve  Larderay  habite  la  Picar- 
die, où  elle  est  universellement  vénérée.  La  nouvelle  du  mariage  de  son 
tils  avec  sa  maîtresse  lui  porte  un  coup  dont  elle  ne  se  relève  pas.  Avant 
d'expirer,  elle  fait  promettre  à  Jacques  de  renoncer  à  son  projet  :  il  pro- 
met, et  M""^  Larderay  expire  contente  :  le  «  déshonneur  »  que  le  mariage 
de  Jacques  eût  iniligé  à  son  vieux  nom  bourgeois  lui  sera  épargné.  Quant 
à  .Angèle,  déchue  dans  ses  rêves,  \iclime  d'une  morale  conventionnelle, 
qui  peut  èlre  mondainemenl  acceptable,  mais  qui  est  à  l'opposé  de  l'es- 
prit évangélique  et  de  la  morale  chrétienne,  elle  meurt  de  douleur, 
écrasée  sous  les  roues  de  la  fatalité  natale.  La  thèse  de  M.  Edmond 
Tarbé  ne  fait  pas  faire  un  pas  à  un  problème  dont  l'Église  catlioliquo 
seule  possède  la  solution.  Ajoutons  qu'il  a  gâté  son  œuvre  par  l'élasticité 
vraiment  singulière  de  sa  casuistique.  S'il  n'excuse  pas  précisément  le 
concubinage  de  M.  Lavaroc  avec  la  lanlc  d'Angèle  Valoy,  il  le  trouve 
tout  naturel  et  presque  légal.  11  pare  le  vice  des  plumes  de  la  vertu,  et 
pourvu  qu'il  n'ait  pas  des  allures  trop  incorrectes,  cela  suffit  au  roman- 
cier. Il  n'a  pas  un  mol  de  blâme  pour  ce  baron  de  Chamaran  qui  met 
Angèle  dans  ses  meubles  et  déguise  sous  le  nom  de  «  protectorat  »  sa 
passion  libertine.  Car,  dans  ce  simili-monde,  tout,  môme  les  mots,  y  a 
une  apparence  de  pudeur.  De  tels  «  accommodements  »  peuvent  plaire 
aux  vieux  messieurs,  coureurs  d.>  coulisses.  Ils  ne  sauraient  passer  ici 
sans  être  sévèrement  jugés. 

3.  —  11  n'y  apas,  dans  l'Histoire  (V Angèle  Vah;/,  de  développements 
pervers,  risqués  à  plaisir,  d'expressions  grossières,  de  crudités  réa- 
listes. I!  n'y  en  a  pas  davantage  dans  Peau  de  salin,  de  M.  Paid  Pon- 
solle.  Cependant,  je  ne  recommande  pas  plus  ce  roman-ci  que  l'autre, 
et  même  encore  moins.  «  Peau  de  salin  »  est  l'odieux  siu-nom  donné 
par  d'insupportables  viveurs  à  la  jeune  veuve  d'un  général,  M'""  de  Tré- 
monl,  donl  la  vertu  est  inattaquable,  mais  dont  la  beauté  fait  partout 
sensation.  Moralement,  iM™''  de  Trémont  appartient  à  celte  rare  catégo- 
rie (le  femmes  très  pures,  très  honnêtes,  très  chrétiennes  même,  qui, 
sans  le  savoir,  sans  le  vouloir,  possèdent  un  attrait  d'autant  plus  dange- 
reux et  troublant  qu'elles  n'en  ont  aucune  conscience.  Le  charme  se 
dégage  de  leur  naïveté,  de  la  musique  de  leur  voix,  de  leur  candeur  et 
de  leur  douceur.  Telle  était  la  jeune  veuve.  Pour  la  punir  d'avoir  re- 
poussé son  lubrique  amour,  un  monstre  de  perversité,  Armand  delà  Gar- 
lière,  fait  le  serment  de  la  déshonorer.  Il  se  ligue,  pour  ce  bel  exploit, 
avec  le  marquis  de  Lnssan,  et  se  sert  d'un  explorateur  renommé,  Léon 
liracaussey,  pour  arriver  à  son  but.  Bracaussey  a  autrefois  courtisé 
M™"  de  Trémont.  Le  haineux  La  Garlière  suscite  sa  jalousie,  et  Ijracaus- 


—  17  — 

sey  entre  en  plein  dans  Tignoble  complût.  Mais,  à  ce  jeu,  lui-même 
est  pris  qui  voulait  prendre  :  il  se  met  à  aimer  sincèrement  M"*  deTré- 
monl,  et  il  finit  par  l'épouser,  malgré  les  embûches  tendues  contre  eux. 
La  Garlière,  voyant  ses  calculs  canailles  déjoués,  s'enfonce  dans  la  cra- 
pule, et  ce  virtuose  du  mal  s'éteint  en  gaga.  Le  milieu  où  nous  conduit 
M.  Paul  Ponsolle  paraît  bien  singulier  :  il  le  dit  vrai.  C'est  possible.  Est- 
il  vraisemblable  ?  J'en  doute.  Le  complot  tramé  par  La  Garlière  contre 
la  vertu  de  M""  de  Trémont  est  de  ceux  qui  amènent  leurs  auteurs, 
quand  ils  sont  découverts,  devant  les  tribunaux.  Or,  les  viveurs  de 
haute  marque,  s'ils  n'ont  pas  la  crainte  de  Dieu,  ont  surtout  celle  de  la 
police  correctionnelle.  M.  Paul  Ponsolle  ouvre  son  roman  par  une  préface 
qui  a  les  allures  d'un  programme.  L'auteur  y  part  en  guerre  contre  le 
«  réalisme  cynique  »  et  y  bataille  pour  la  «  littérature  en  habit  noir.  » 
De  la  part  d'un  écrivain  qui  a  pris  M.  Ohnel  pour  modèle  et  qui  a  tout 
au  plus  deux  romans  à  son  actif,  une  pareille  croisade,  si  louable  soit- 
elle,  paraît  un  peu  prétentieuse.  Et  puis,  cette  «  littérature  en  babit 
noir  »  qu'il  préconise,  que  de  vilains  dessous  parfois  ne  cache-t-elle  pas 
aussi? 

4.  —  M.  Georges  Beaume,  lui,  avec  cependant  plus  de  réserve  dans  l'ex- 
pression et  plus  d'idéalisme  dans  les  tableaux,  reste  de  l'école  de  M.  Zola. 
L'influence  littéraire  de  l'auteur  des  Rougon-Macquart  est  même  un  peu 
trop  visible  dans  Une  Race:  romande  mœurs  rustiques  dont  le  principal 
intérêt  réside  dans  l'étude  des  caractères  et  dans  la  peinture  des  cou- 
tumes traditionnelles.  M.  Georges  Beaume  a  étudié  les  uns  eu  observa- 
teur sagace  et  a  décrit  les  autres  avec  un  vigoureux  talent.  Pour  ce  qui 
concerne  la  fable  elle-même,  elle  est  des  moins  compliquées.  Le  forgeron 
César  Boulard,  du  village  de  Pouzols,  en  Bas-Languedoc,  a  quarante  ans. 
11  aime  une  fille  perdue,  qui  a  fauté,  qui  a  un  enfant,  mais  qui  essaie 
de  ne  plus  mal  faire.  I!  J'épouse  malgré  les  blâmes  de  ses  voisins,  mal- 
gré la  volonté  de  ses  parents,  les  m.rîtres  de  la  ferme  de  l'Ouslalière. 
Inflexibles,  ceux-ci  considèrent  ce  mariage  comme  un  outrage.  Eux,  les 
paysans  sans  reproche,  donner  leur  fils  «  à  une  fille  perdue,  à  une 
gueuse,  »  jamais,  au  grand  jamais  !  César  adresse  à  son  père  une  lettre 
respectueuse,  se  moque  du  qu'en-dira-t-on  et  n'en  fait  qu'à  sa  tête.  Tout 
le  village,  depuis  le  ricfio  et  hypocrite  M.  Donat  Courbe  jusqu'au  brave 
et  savant  abbé  Carol,  est  contre  les  nouveaux  mariés  ;  mais  leur  exis- 
tence est  si  correcte  et  la  conduite  de  la  femme  de  César  tellement  irré- 
prochable, qu'ils  finissent  par  conquérir  l'estime  de  tout  le  monde.  11  y 
a  néanmoins  un  point  noir  dans  le  bonheur  du  forgeron.  Non  pas  par 
impiété,  car  il  n'est  pas  libre  penseur,  mais  par  dépit  contre  le  curé. 
César  n'a  pas  fait  baptiser  ses  enfants.  Cela  le  préoccupe.  Bientôt  les  sen- 
timents religieux,  les  croyances  héréditaires,  reprennent  chez  lui  le  des- 
sus. U  amène  toute  sa  progéniture  à  l'église,  et  on  la  baptise  ensemble. 
Janvier  J893.  ^  T.  LXVII.  2. 


—  18  — 

Quelque  temps  après,  l'un  de  ses  fils  tombe  dangereusement  malade.  Il 
appelle  le  prêtre  au  chevet  du  moribond,  et  lorsque,  à  la  fin  du  sacre- 
ment, la  foule  se  disperse  dans  une  rumeur  bienveillante,  il  lui  semble 
qu'  «  un  péché  vient  de  s'éteindre  en  lui  »  el  qu'  «  il  redevient  libre  et 
meilleur.  »  Seuls,  les  vieux  demeurentimpiloyables;la  tradition,  en  eux, 
est  plus  forte  que  le  seutiment.  jM.  Beaumc  a  l'air  de  les  blâmer.  C'est  à 
tort.  Êtres  simples  et  rades,  ils  restent  tels  que  la  tradition  les  a  faits, 
et  un  romancier  qui  se  pique  de  sincérité  doit  les  prendre  tels  quels.  A 
signaler  dans  Une  Race  quelques  types  très  réussis  de  politiciens  cam- 
pagnards. Aujourd'hui  l'engeance  partout  pullule,  même  dans  les  plus 
humbles  hameaux,  et  elle  est  en  train  de  détruire  l'esprit  national.  C'est 
la  peste  des  pestes. 

5.  —  M.  Léonce  de  Larmandie  en  est  au  cinquième  volume  de  sa 
Comédie  mondaine.  Titre  :  MonlorgueU.  C'est  le  surnom  superbe  du 
marquis  Jean  de  Puyssembert.  Mais,  à  vrai  dire,  le  volume  aurait 
dû  être  intitulé,  comme  certain  poème  de  Lamartine  :  La  Chule 
d'un  ange.  Petit  employé  au  ministère  de  l'instruction  publique,  affligé 
du  dénuement  le  pins  extrême,  doué  d'impériales  ambitions  adéquates  à 
son  esprit,  Jean  de  Puyssembert  habite,  rue  de  Lille,  à  Paris,  une 
chambre  perdue  dans  les  combles  del'hôtel  des  Ambassadeurs  et  vit  avec 
la  sobriété  d'un  anachorète,  alignant  des  vers  et  repaissant  incessam- 
ment sa  pensée  des  chimères  les  plus  éclatantes,  des  plus  splendides  illu- 
sions. D'une  famille  périgourdine  où  le  culte  des  sentiments  élevés  va  de 
pair  avec  la  pénurie  des  ressources,  cœur  plein  de  tendresse,  âme  indé- 
pendante et  fière,  portée  par  son  impétueuse  nature  à  jouir  pleinement 
de  la  vie  matérielle,  Jean  se  condamne  par  raison  à  un  jeûne  perpétuel 
et,  par  fierté,  à  une  continence  absolue.  Un  ami,  le  P.  Flavay.  de  la 
Compagnie  de  Jésus,  lui  confie  un  de  ses  anciens  élèves,  Ernest  de  Hou- 
laivry,  qui  vient  au  quartier  latin  étudier  le  droit.  Jean  a  pour  mission 
de  faire  travailler  le  jeune  Ernest,  de  lui  donner  de  bons  conseils  et  de 
l'éloigner  des  Circés  et  des  Saphos  de  la  rive  gauche.  Tout  d'abord,  autre 
poète  remplit  avec  succès  son  office  de  Mentor,  et  sou  Télémaque  se  con- 
duit à  merveille.  Mais  l'influence  de  Jean  est  contrecarrée  par  celle  d'un 
des  parents  d'Ernest,  le  major  Grondlair,  un  disciple  de  Bacchus  qui  en- 
tend que  jeunesse  se  passe,  et  c'est  lui  qui  l'emporte.  Boulaivry  mène  une 
vie  dissipée  el  débauchée,  au  grand  désespoir  de  Jean,  qui  le  suit  partout, 
même  dans  les  lieux  les  i)lus  risqués,  pour  le  protéger  autant  que  possi- 
ble, restant, lui,  toujours  inébranlablement  vertueux.  Mais  voici  i(u'un  jour 
tout  change.  Las  de  sa  vie  folle,  Ernest  de  Boulaivry  se  range  et  épouse 
une  charmante  demoiselle,  tandis  que  l'impeccable,  l'austère,  l'ange 
Puysseudjn:'t  tombe.  Pour  être,  dès  le  début,  purement  «  intellectuelle,  » 
la  séduction  à  laquelle  il  cède,  et  sans  résistance,  n'en  est  pas  moins 
humiliante,  étant  donné  qu'il  s'était  cru  jusqu'ici  invulnérable.  Elle  ne 


—  19  — 

tarde  pas  d'ailloursà  devenir  «  sensuelle,  »  cl  IM.  de  Larmandie  a  le  tort 
d'en  décrire  avec  trop  de  complaisance  les  débordements.  La  Gircé  qui  a 
dompté  Monlorgueil,  une  iille  étrange  et  mystérieuse,  a  cependant  cela 
de  bon  qu'elle  prévient  Jean  que  son  amour  ne  peut  être  le  but  de  la  vie 
d'im  homme  tel  que  lui.  Jane  Hamlet  (c'est  son  nom  de  guerre)  meurt 
d'une  maladie  de  poitrine,  et,  trempé  par  la  doulenr,  Jean  se  relève. 
Montorgiieiise  termine  par  la  victoire  du  front,  l'apothéose  du  cerveau  ; 
mais,  je  le  répète,  M.  de  Larmandie  a  trop  insisté  sur  le  triomphe 
même  momentané  des  sens.  Je  lui  reprocherai  aussi  d'avoir  trop  poussé 
à  la  caricature,  d'avoir  portraituré  avec  trop  de  fiel  certains  vicomtes  et 
certaines  douairières  du  faubourg  Saint-Germain.  On  dirait  qu'il  leur  en 
veut  encore  de  ce  que,  il  y  a  vingt  ans,  dans  une  élection  du  quartier, 
ils  lui  préférèrent  à  lui,  candidat  cathoHque,  le  protestant  conservateur 
Barlholoni.  Ces  réserves  faites,  il  y  aurait  injustice  à  ne  pas  reconnaître 
le  talent  sincère  dont  Montorgueil  fait  preuve.  L'œuvre  déborde  de  ly- 
risme et  dénote  un  vrai  souci  d'art. 

6,  7,  8  et  9.  —  Les  récits  de  la  vie  militaire  sollicitent  toujours  la 
plume  de  nos  romanciers.  J'ai  à  signaler  celte  fois  :  Souvenirs  d'un 
grenadier,  par  M.  Laisnel  de  la  Salle;  Les  Combats,  par  M.  Eugène 
Oranger;  Le  Cuirassier  blanc,  par  M.  Paul  Margueritte,  fils  du  regretté 
général  de  ce  nom;  Au  pays  des  étapes,  par  M.  Charles  des  Écorres. 

Dans  les  Souvenirs  d'un  grenadier,  nous  voyons  un  jeune  Berrichon, 
Julien  Morel,  s'engager  en  1849,  par  dépit  plutôt  que  par  vocation,  et 
finir  par  prendre  goût  au  métier.  Son  premier  régiment  est  le  o^""  de 
ligne,  en  garnison  à  Châteauroux.  Julien  écrit  à  un  de  ses  amis  tous 
les  détails  de  sa  nouvelle  carrière  :  plaisirs,  misères,  incidents  sérieux, 
épisodes  burlesques,  qui  émaillent,  l'attristant  ou  l'égayant,  la  vie  du 
soldat,  rien  n'est  oublié.  Ou  ne  trouvera  ici,  comme  dans  Sous-Offs 
et  autres  œuvres  de  même  genre,  ni  thèses  contre  la  discipline,  ni  dé- 
clamations tapageuses,  ni  esprit  de  dénigrement,  ni  souffle  de  révolte. 
Ce  sont  desimpies  causeries,  des  réflexions  sans  malice  aucune,  tout  au 
plus  quelques  inoflonsives  plaisanteries  sur  un  commandant  qui  ne  sait 
ni  monter  ni  se  tenir  à  cheval.  Entre  temps,  de  pittoresques  descriptions 
des  contrées  parcourues  par  le  tonrlourou  :  le  Nivernais,  la  Bourgogne, 
la  Franche-Comté.  Juhen  va  en  Crimée  :  il  est  blessé  à  Sébastopol, 
mais  il  en  réchappe,  et,  après  sept  ans  de  service,  il  revient  au  pays 
épouser  Juliette,  sa  promise.  .M.  Laisnel  de  la  Salle  a  la  noie  juste,  sou- 
vent la  note  émue  :  témoin  son  parallèle  entre  les  recrues  qui  sortent 
des  villes  et  les  conscrits  qui  arrivent  de  la  campagne.  Les  premiers  ne 
quittent  pas  les  rues  de  la  localité  où  stationne  le  régiment  ;  le?  seconds 
dirigent  de  préférence  leurs  pas  vers  la  banlieue,  vers  les  champs.  Là 
tout  les  intéresse  et  leur  rappelle  leur  existence  passée;  leur  cœur  se 
serre;  les  larmes  leur  viennent  aux  yeux,  à  la  vue  du  laboureur  traçant 


—  20  ~ 

son  sillon  dans  la  plaine,  on  dn  vigneron  qni,  la  poitrine  elles  bras  nns, 
donne  à  ses  vignes  la  dernière  façon.  Ce  sont  d'excellents  soldats  tout 
de  même.  On  pourrait  tirer  des  Souvenirs  d'un  grenadier  cette  conclu- 
sion que  le  «  service  de  sept  ans  »  avait  du  bon. 

Les  Combats,  de  M.  Eugène  Granger,  ont  été  écrits  sous  le  coup  d'une 
inspiration  passagère,  mais  sincère.  Réserve  faite  sur  certaines  idées  de 
l'auteur,  qui,  par  exemple,  nourrit  pour  Jean-Jacques  Rousseau  un  en- 
fliousiasme  peu  justifié,  on  ne  peut  qu'admirer  le  Dëplé,  hymne  à  l'ar- 
mée, glorifiant  surtout  les  soldats  obscurs  qui  passent  et  vont  mourir  pour 
la  pairie;  le  Sapin  d'Alsace,  dans  les  aiguilles  duquel  vibre  le  frisson  de 
la  revanche;  le  Couard,  un  fantassin  méconnu  et  calonmieusement  trailé 
de  lâche,  qui  ne  fait  rien  pour  détromper  la  foule,  fort  du  témoignage 
de  sa  conscience;  Un  rat,  aventure  héroï-coniiqiie  de  deux  pioupious 
qni  ont  peur  et  peine  à  se  défendre  d'un  rat  de  quarante  centimètres 
de  long;  les  Fiançailles  de  Marie-Rose  et  de  Gérard,  interrompues  par 
la  guerre,  tranchées  par  la  mort,  —  tout,  jusqu'à  quelques  paysages  et 
historiotles  du  Limousin  qui  ont  le  parfum  du  terroir,  dénote,  dans  les 
Combats,  un  talent  réel  ;  et  il  n'est  plus  étonnant  que  le  Parisien  Riche- 
pin  ait  voulu  servir  de  parrain  au  provincial  Eugène  Granger. 

Le  Cuirassier  blanc,  de  M.  Paul  Margueritle,  donne  son  titre  à  une 
série  d'arlicles  publiés  par  lui  dans  le  Gil  Dlas  ou  Y hJcho  de  Paris,  et 
qu'il  a  réimis  en  volume.  Il  y  a,  dans  la  plupart  de  ces  articles,  un  fond 
de  S'msualisnie  regrettable,  bien  qu'il  ne  soit  ni  grossier  ni  brutal.  Il  y 
a  aussi  la  constante  préoccupation  de  la  mort,  de  l'invisible,  de  l'iné- 
vitable,  une  sorte  de  pessimisme  à  la  Loti.  Mais  nous  ne  voulons 
retenir  que  le  Cuirassier  blanc,  le  meilleur  de  tons  ses  récils.  Le  jeune 
Margueriile,  alors  élève  du  Prytanée  militaire  de  La  Flèche,  se  ren- 
contra en  1871  avec  un  groupe  d'officiers  allemands,  dont  un  cuirassier 
blanc.  Il  fut  contraint  de  répondre  à  leurs  avances,  courtoises  en 
sommi',  et  le  compagnon  du  jeune  Fléchois  le  présenta  en  ces  termes  : 
«  C'est  le  fils  du  général  Margiierilte,  tué  à  Sedan.  »  Les  officiers  prus- 
siens, subitement,  spontanément,  firent  à  l'élève  de  La  Flèche  le  salut 
mililairc  Puis  un  dialogue  entre  eux  s'engagea,  chacun  racontant  ses 
deuils.  Le  cuirassier  blanc  murmura  :  «  J'ai  perdu  mon  frère  à  Frœsch- 
willer,  il  éiail  colonel  de  hussards  :  un  obus  l'a  coupé  en  deux  sur  son 
cheval.  »  Ses  yeux  devinrent  humides.  Le  plus  vieux  du  groupe  dit 
alors  d'une  voix  1res  dure  :  «  Mou  fils  aussi  a  été  tué  à  Slrasbouig,  jxuir 
la  patrie.  »  Le  cuirassier  blanc,  se  détournant  du  vieil  officier,  soupira 
dans  sa  barbe  d'or,  et,  avec  un  geste  pensif,  dit  à  son  jeune  compagnon 
de  rouconire  :  «  Triste  chose,  monsieur,  que  la  guerre!  »  Que  de  pro- 
fondeur dans  ces  quehjiies  lignes  et  quelles  pensées  n'évoqiienl-elles 
pas,  quand  on  songe  qu'il  est  des  honmies  qui  osent  prendre  sur  eux  de 
faire,  souvent  pour  les  motifs  les  plus  futiles,  s'cnlr'égorger  rélite  d'une 


—  21  - 

nation,  la  jeunesse,  et  de  gaspiller  les  forces  vives  de  tout  un  pays  ! 

De  la  gaieté,  de  l'humour,  de  l'entrain,  mais  une  morale  trop  facile 
dans  le  Pays  des  Etapes,  de  M.  Charles  des  Écorres.  L'auieur  fait  évi- 
demment partie  de  l'armée  actuelle  :  il  la  connaiL,  il  a  vécu  de  la  rude 
vie  du  soldat,  il  a  partagé  de  cette  vie  les  rancœurs,  les  grosses  naïve- 
tés, les  brutales  réalités,  les  brusques  élans,  les  défaillances  lamen- 
tables, les  dévouements  sponlanés,  les  généreuses  aspirations.  Le  Breton, 
mâtiné  de  Normand,  qu'il  fait  s'engager  dans  la  légion  étrangère,  se 
battre  au  Tonkin,  revenir  en  France  avec  les  galons  de  lieutenant  et  une 
brochette  de  décorations  exotiques,  n'est  que  son  truchement.  Mais 
pourquoi  donner  à  ce  porte-voix  une  langue  si  épicée? 

10.  —  J'ai  rarement  lu  un  roman  historique  plus  dramatique,  plus 
saisissant  et  surtout  plus  conforme  à  la  vérité  que  l'Argentier  de  Milan, 
de  M.  Pierre  Sales.  Sujet  du  roman  :  luttes  que  l'Italie  du  xii°  siècle  eut 
à  soutenir  pour  son  indépendance  contre  Frédéric  Barberousse,  empe- 
reur d'Allemagne  ;  rôle  de  la  Papauté  dans  ces  luttes  ;  Gueltes  et  Gibelins. 
Les  partisans  de  l'Allemagne  se  déclarèrent  Gibelins  ;  ceux  de  l'indépen- 
dance italienne.  Guelfes.  Le  chef  des  Guelfes  était  le  Pape  ;  le  chef  des 
Gibelins,  l'Empereur.  Celui-ci  envahit  trois  fois  l'Italie,  s'empara  de 
Sienne,  de  Rome,  de  Milan  qu'il  fit  raser.  Alexandre  III  occupait  alors 
la  chaire  de  saint  Pierre.  11  avait  succédé  à  Adrien  IV.  C'est  une  belle 
et  grande  figure,  que  l'anteur  de  V Argentier  de  Milan  montre  dans 
toute  sa  grandeur  et  toute  sa  beauté.  Il  organise  la  Ligue  lombarde  :  il 
parcourt  les  villes,  déliant  les  peuples  de  leur  serment  de  fidélité  à 
l'impie,  traître  et  félon  Barberousse;  il  excommunie  les  trois  antipapes 
que  lui  avait  suscités  l'envahisseur.  Sous  son  inspiration,  les  Italiens  re- 
prennent courage  ;  les  Milanais  rebâtissent  leurs  murs.  Fondée  par  lui, 
Alexandrie,  que  Barberousse  appelle  par  dérision  «  Alexandrie  la  paille,  » 
porte  le  premier  coup  à  la  puissance  du  Teuton.  Défait  à  Corne,  chassé 
de  Rome,  repoussé  de  partout,  Barberousse  reconnaît  le  Pape  et  laisse 
enfin  l'Italie  tranquille.  Tous  les  souverains  pontifes  de  cette  époque  fu- 
rent à  la  hauteur  de  leur  mission  civilisatrice.  Adrien  IV  lui-même, 
malgré  sa  vieillesse,  soutint  avec  une  dignité  parfaite  les  droits  du  Saint- 
Siège.  S'il  sacra  l'Empereur,  il  ne  céda  qu'à  la  force  et  avec  la  promesse 
(non  tenue]  que  celui-ci  retournerait  en  Allemagne  et  poserait  bas  les 
armes.  Tous  ces  faits  sont  très  impartialement  exposés  dans  le  roman  de 
M.  Pierre  Sales.  C'est  la  part  de  l'histoire  :  la  part  de  l'imagination  se 
trouve  dans  le  récit  des  aventures  et  des  chastes  amours  de  Giuseppe 
Manzolti,  argentier  et  armurier  de  Milan,  ambassadeur  de  la  Seigneurie 
près  d'Alexandre  III.  Patriote  ardent,  défenseur  de  la  religion  et  de  la 
liberté,  l'argentier  aime  Micaela  Vercerix,  victime  des  envahisseurs  qui 
ont  fait  périr  ses  parents,  confisqué  ses  biens,  brûlé  sa  ville  natale.  Ce 
n'est  qu'au  dénouement  du  livre  que  Giuseppe  et  Micaela,  mariés  par  le 


—  22  — 

Pape,  peuvent  goûter  un  bonheur  acheté  par  la  souffrance  et  la  persé- 
cution. Tout  à  côté,  parallèlement,  on  assiste  aux  tortures  subies  par  la 
Lucrèce  de  Sienne,  Pia  dei  Tolomeï,  nièce  d'Alexandre  III,  mariée  à  un 
Gibelin,  calomniée  par  son  mari,  enfermée  dans  un  château  malsain  des 
Maremmes,  en  butte  aux  obsessions  de  Barberousse  et  du  reitre  alle- 
mand, qui  la  garde,  mais  toujours  fidèle  à  elle-même,  à  la  patrie,  à  l'hon- 
neur conjugal.  Que  les  temps  sont  changés!  Les  Italiens  acclament  ceux 
qu'ils  abhorraient  autrefois,  et  combien  diffère  l'Italie  césarienne  d'au- 
jourd'hui avec  l'Italie  duxii''  siècle,  éprise  de  liberté,  séduisante  de  jeu- 
nesse, vibrante  d'enthousiasme  catholique  et  d'irréductible  patriotisme  ! 
11.  —  Un  autre  roman  historique  bien  intéressant  aussi,  c'est  la 
Pér'maik,  de  M.  J.  Cantel.  On  connaît  la  vie  de  cette  Jeanne  d'Arc  bre- 
tonne, née  à  Coatmor,  au  pays  de  Kerué.  Sur  les  vitraux  de  l'église  de 
sa  paroisse  était  racontée,  en  douze  médaillons,  la  légende  de  sainte 
Roscoët,  vierge  et  martyre.  Son  père,  le  roi  de  Cambrie,  voulait  lui 
faire  épouser  un  prince  païen  du  pays  de  Galles;  mais  Roscoët  (la  petite 
Rose  des  bois)  avait  été  baptisée  par  saint  Patrice.  Elle  s'échappe, 
monte  dans  une  auge  de  pierre  blanche,  et  les  vagues  amies,  les  vents 
caressants,  la  portent  jusqu'aux  rivages  de  l'Armorique.  Là,  desidolâlres 
cruels  la  martyrisent.  Un  lis  pousse  sur  le  tombeau  de  la  vierge,  et  les 
Armoricains  se  convertissent  au  christianisme.  Chaque  jour,  Périnaïk 
méditait  la  légende  de  sainte  Roscoët.  Elle  résolut  de  se  dévouer, 
comme  elle,  à  une  noble  cause  et  de  ne  pas  se  marier.  Le  vieux  men- 
diant Quellen  lui  parle,  en  termes  expressifs,  des  malheurs  du  temps  ; 
il  lui  raconte  que  là-bas,  au  pays  de  France,  chaque  coin  de  terre  est 
devenu  champ  de  bataille,  de  carnage  et  de  désastre,  où  les  cadavres 
d'un  grand  nombre  de  chrétiens,  morts  en  état  de  péché,  pourrissent 
sous  les  arbres  ;  il  lui  révèle  que  souvent,  la  nuit,  dans  la  grande  lande 
d'Auray,  lui,  Quellen,  a  entendu  les  gémissements  de  toutes  ces  âmes 
mortes  sans  absolution  ;  il  lui  récite  la  prophétie  de  l'enchanteur  Mer- 
lin, prédisant  la  «  Vierge  qui  doit  sortir  du  bois  et  arrêter  les  fléaux.  » 
Tous  ces  récits  de  sang,  de  guerre,  de  famine,  de  mort  et  d'éternelles 
souffrances,  bouleversent  le  cœur  de  Périnaïk.  Elle  a  des  visions,  elle 
se  croit  être  la  vierge  annoncée  par  Merlin.  Encouragée  par  un  jeune 
cordelier  italien  qui  prêche  au  peuple  en  plein  air,  avec  une  éloquence 
entraînante,  les  béatitudes  du  Sermon  sur  la  montagne,  l'amour  pur,  le 
mépris  des  richesses  et  des  plaisirs  grossiers,  Périnaïk  quitte  son  village, 
va  à  Rennes  trouver  le  duc  Arthus  de  Bretagne,  et  l'incite  à  porter 
secours  au  roi  de  France.  Celui-ci  se  laisse  convaincre,  et  la  jeune  ins- 
pirée le  suit  jusqu'à  Bourges.  Elle  rencontre  Jeanne  d'Arc,  et,  à  sa  vue, 
comprend  qu'elle  n'rst  même  pas  digne  de  dénouer  les  cordons  de  ses 
souliers.  La  vierge  libératrice,  propliétisée  parMerhn,  ce  n'est  pas  Péri- 
naïk, c'est  Jeanne.  Elle  s'attache  à  la  «  bonne  Lorraine  »  et  se  fait  sa 


—  23  — 

servante.  Prise  comme  elle  par  les  Anglais,  coinme  elle  elle  esl  brûlée, 
comme  elle  on  la  traite  de  relapse,  d'hérétique  et  de  sorcière.  Sur  le 
même  bûcher  monte  son  confesseur  et  directeur,  fra  Severino,  le  cor- 
delier,  La  doctrine  du  moine  italien  n'était  peut-être  pas  très  ortho- 
doxe, et,  à  mon  avis,  se  rapprochait  beaucoup  plus  de  niluminisnie  de 
Joachim  de  Flore  que  de  l'évangélisme  de  François  d'Assise.  Mais  l'hé- 
térodoxie, dans  sa  condamnation,  ne  fut  qu'un  préteste  :  on  le  brûla 
parce  qu'il  aimait  véritablement  le  peuple.  Périnaik  est  une  œuvre  ori- 
ginale, de  belle  langue,  de  sentiment  élevé,  d'émotion  profonde.  Je  la 
louerais  sans  réserve,  si  elle  n'était  un  peu  amoindrie  par  le  dénoue- 
ment. Si  élhéré  qu'il  paraisse,  si  épuré  qu'il  soil.  l'amour  que  le  corde- 
lij'r  mourant  témoigne  pour  «  sa  sœur  bretonne  »  a  quelque  chose 
d|)ffusquanl,  et  son  ardenle  paraphrase  du  Cantique  des  Cantiques  pro- 
duit ici  l'impression  d'une  fausse  note.  iM.  Canlel  a  également  tort  de 
donner  à  entendre  que  Périnaïk  et  le  cordelier  furent  condamnés  à  mort 
par  l'Église.  Ceux  qui  les  condamnèrent  et  qui  condamnèrent  aussi 
Jeanne  d'Arc  formaient  un  groupe  de  prélals,  de  théologiens  et  de  doc- 
leurs  vendus  à  l'Angleterre;  mais  un  groupe  n'est  pas  l'Église.  C'est 
d'ailleurs  l'erreur  de  Michelet  et  de  bien  d'auiros,  à  propos  de  Jeanne 
d'Arc.  Le  Pape  seul  a  le  droit  de  parler  au  nom  de  l'Église,  soit  qu'il  le 
fasse  en  vertu  de  son  magistère  infaillible,  soil  par  la  voix  d'un  concile 
général  régulièrement  assemblé.  Or,  la  Papauté,  loin  de  ratifier  la  con- 
damnation de  la  Pucelle  d'Orléans,  a  déclaré,  parla  bouche  de  Calixte  IIl, 
cette  condamnation  inique  et  a  relevé  Jeanne  de  tout  soupçon  d'hérésie, 
de  toute  accusation  de  sorcellerie.  Voilà  la  vraie  tradition  :  même  au 
sujet  de  Périnaik,  M.  Cantel  aurait  bien  fait  de  la  suivre. 

12.  —  La  Bibliothèque  des  romans  historiques  augmente  sa  collection 
d'un  volume  de  plus  :  Pougatcheff.  A  vrai  dire,  il  faudrait  :  Les  Pou- 
gatchevistes.  C'est,  en  efîet,  le  titre  d'un  long  roman  du  comte  Palhias 
de  Tournemine,  paru  en  Piussie  il  y  a  une  vingtaine  d'années,  et  dont 
M.  Candiani  nous  donne  aujourd'hui  une  adaptation.  Les  proportions 
énormes  de  cette  œuvre  toutïue  ne  permettaient  pas  d'en  présenter  une 
traduction  pure  et  simple  au^  lecteurs  français,  habitués  à  des  récils 
d'allure  plus  alerte  et  plus  rapide.  M.  Candiani  l'a  donc  allégée  de  tous 
les  épisodes  inutiles  et  de  certaines  particularités  peu  attrayantes.  Son 
adaptation  n'en  demeure  pas  moins,  dans  ses  grandes  lignes,  conforme  h 
l'original.  Nous  sommes  en  1773.  La  révolte  gronde  dans  les  steppes  de 
l'est  :  un  faux  Pierre  III  vient  de  surgir  au  pied;  de  l'Oural.  Le  bruit 
s'est  propagé  que  le  Tsar  a  miraculeusement  échappé  aux  coups  des 
assassins  que  sa  femme,  l'impératrice  Catherine  II,  pour  régner  seule, 
avait  armés  contre  lui.  Pendant  dix  ans,  il  a  erré  obscur  dans  les  déserts 
de  la  Perse  et  dans  les  montagnes  de  la  Turquie.  Il  vient  enfin  de  se 
faire  reconnaître  par  les  Cosaques  du  laïk.etil  se  prépare  à  marcher  sur 


Moscou  el  Pélersbûurg.  11  ne  Lardera  pas  à  châtier  sou  épouse  crimi- 
nelle el,  remonlanl  sur  le  trône  de  son  grand  aïeul,  il  mettra  fin  à  tous 
les  abus  qui,  de  par  les  Allemands  fonctionnaires  de  Tlmpératrice, 
Allemande  comme  eux,  pèsent  si  durement  sur  la  «  nation  orthodoxe.  » 
Or,  ce  faux  Pierre  III  n'est  autre  qu'un  ancien  forçat  évadé  des  pri- 
sons de  Kasan,  un  ataman  des  Cosaques  du  Don,  Emiliau  Pougatcheiï, 
homme  d'ailleurs  hardi,  courageux  el  de  belle  prestance.  11  impose 
par  son  audace  et  il  voit  des  milliers  de  soldats  et  de  paysans  accourir 
sous  ses  étendards.  Son  état-major  sait  parfaitement  à  quoi  s'en  tenir 
sur  l'origine  de  Pougatcheiï;  mais,  comme  il  est  composé  de  révoltés, 
il  a  tout  intérêt  à  son  triomphe.  La  lutte  de  l'ancien  forçat  contre  Cathe- 
rine II  a  tous  les  caractères  d'une  véritable  guerre  sociale  :  ère  d'épou- 
vantables représailles,  explosion  féroce  des  ressentiments  depuis  de 
longues  années  accumulés  par  les  serfs  contre  la  tyrannie  des  boyards, 
haine  implacable  des  tribus  cosaques  pour  le  régime  centralisateur  qui 
les  avait  dépouillées  de  leurs  anciennes  franchises,  il  y  eut  de  tout  cela 
dans  la  levée  de  boucliers  du  faux  Pierre  III.  Il  rassemble  en  armée  ces 
cohues  de  rebelles  et  d'opprimés,  s'étabht  à  Berdsk,  non  loin  d'Orem- 
bourg,  d'où  il  organise  des  incursions  et  lient  en  échec  les  troupes  im- 
périales. Il  se  lait  même  sacrer  par  un  archimandrite.  Mais  Pougatcheff 
est  un  être  brutal,  qui  ne  sait  point  commander  à  ses  passions,  qui 
manque  de  résolution  dans  les  momenls  décisifs,  qui  piétine  sur  place 
el  qui  froisse  ses  plus  dévoués  partisans  par  son  insupportable  orgueil. 
.A.nssi  est-il  bientôt  abandonné,  trahi  par  ceux-là  mêmes  (pii  avaient  mis 
en  lui  la  réahsalion  de  leurs  ambitions  el  de  leurs  convoitises.  Dans 
cette  trahison,  le  principal  rôle  est  joué  par  une  femme  :  l'éternelle 
Dalila.  Tel  s'offre  à  nous  ce  roman  historique  qui  aurait  encore  gagné 
à  être  réduit.  Le  style  du  comte  Palhias  de  Tournemine  ne  manque 
pourtant  pas  de  saveur,  et  nul  n'a  peut-être  mieux  rendu  l'impression 
produite  par  la  steppe  russe,  la  «  petite  mère  la  steppe,  »  immense, 
infinie,  balayée  l'hiver  par  les  ouragans  de  neige,  desséchée  l'été  par  un 
soleil  de  plomb,  en  tout  temps  monotone  et  somnolente,  comme  si 
pesait  sur  elle  quelque  enchantement. 

13,  li-,  15  et  16.  —  Ce  Irimestre-ci  nous  fournit  un  fort  contingent 
de  romans  honnêtes,  la  plupart  religieux,  d'une  moralité  irréprochable; 
il  est  seulement  à  regretter  que  quelques-uns  d'entre  eux  n'aient  aucune 
valeur  littéraire.  Ma  critique  ne  s'adresse  ni  à  la  Comédie  des  champs, 
de  M.  Charles  d'iléricault,  ni  à  Vhlu  du  peuple,  de  M.  Joseph  Maurain, 
ni  aux  Expériences  d'un  maître  d'école  allemand,  de  M.  Frédéric  Po- 
lack,  ni  à  V Institutrice  des  Chnntcpôt,  de  .M""'  Mary  Floran,  qui  sont 
des  œuvres  consciencieusement  menées. 

La  Comédie  des  champs  surlout  est  écrite  avec  ce  souci  de  la  forme, 
ce  respect  de  la  lantrue,  celle  originalité  f|ue  M.  Charles  d'Héricault 


-25 


apporte  dans  toutes  ses  publications.  En  un  style  alerte,  plein  de  verve, 
pétillant  d'esprit  et  de  bonne  humeur,  la  Comédie  des  champs  prêche 
aux  citadins  nés  au  village  la  nécessité  d'y  retourner.  L'auteur  suppose 
deux  jeunes  Parisiens,  Alfred  Huriel  et  sa  soeur  Clotilde,  que  la  volonté 
testamentaire  d'un  vieux  parent  oblige  d'aller  habiter  la  Picardie.  Alfred 
n'y  répugne  point,  au  contraire!  il  est  las  du  boulevard.  Mais  Clotilde  a 
horreur  de  la  campagne  :  elle  n'y  voit  que  du  fumier  puant  et  des  gens 
grossiers.  Elle  s'irrite,  se  débat,  se  désespère,  et  il  faut  toute  la  fer- 
meté d'Alfred  pour  la  contraindre  à  quitter  Paris.  L'béritage  du  cousin 
Athanase  Huriel  est  d'ailleurs  à  ce  prix.  Les  voilà  donc  en  route  pour  le 
manoiv  de  Sainte-Godeleiue.  Rien  de  plus  amusant  que  ce  voyage  plein 
d'étonneme.its  et  de  contrariétés.  L'arrivée  au  manoir  est  plus  amusante 
encore.  Il  y  a  là  un  régiment  de  francs  Picards  et  de  Picardes  délurées, 
tous  ruraux  de  la  tète  aux  pieds,  durs  à  la  peine,  respectueux,  tradi- 
tionnels, et  avec  cela  baptisés  de  noms  propres  d'uu  romanesque  éton- 
nant :  Florimond,  le  Mailre-Jacques  de  ki  maison,  cocher,  régisseur, 
premier  valet,  indiquant  aux, hommes  et  aux  bêles  le  labeur  quotidien  : 
Clairemonde,  sa  femme,  chargée  de  la  cuisine  et  des  servantes;  Argen- 
tine, Romanie,  qui  sais-je  encore?  on  dirait  une  bergerie  de  Florian  : 
pour  les  noms,  bien  entendu  !  car,  en  fait,  Sainte-Godeleine  n'a  aucun 
rapport  avec  Estelle  et  Némorin.  La  ferme  est  magnifique  :  elle  vaut 
plus  d'un  million  et  se  développe  eu  paysages  ravissants.  Alfred  Huriel  y 
vit  comme  un  poisson  dans  l'eau.  Il  y  est  heureux,  il  s'y  plait,  il  devient 
rural  pour  de  bon.  Quant  à  Clotilde,  c'est  aulre  chose.  Il  lui  faut  du 
temps  pour  s'habituer  au  «  fumier  »  et  aux  «gens.  »  Elle  y  arrive  néan- 
moins, grâce  à  des  parents  charmants  qu'elle  a  rencontrés  dans  le  voi- 
sinage. L'un  d'entre  eux,  Jacques  de  Sains-le-Noble,  sauve  deux  fois  la 
vie  de  la  jeune  Parisienne.  Il  l'aime  et  l'épouse.  Aujourd'hui,  l'enfant 
gâtée  est  une  fermière  modèle.  Alfred,  lui,  aurait  bien  voulu  se  marier 
avec  la  sœur  de  Jacques,  Marthe  de  Sains,  mais  celle-ci  s'est  promise  à 
Dieu,  et  elle  part  pour  le  Garmel  de  Lourdes.  Alfred  Huriel  unit  sa  des- 
tinée à  celle  de  Christine  Gerberoy,  et  la  paroisse  de  Sainte-Godeleine 
compte  deux  ménages  chrétiens  de  plus.  Alfred  et  Clotilde  remercient 
D'eu  de  leur  bonheur.  Firent-ils  pas  mieux  que  de  végéter  dans  leur 
cinquième  étage  delà  Chaussée  d'.\ntin?....  A  signaler,  dans  la  Comédie 
des  champs,  une  maîtresse  page  sur  le  réveil  de  la  nature,  le  matin  : 
c'est  d'abord  un  silence  profond,  mystérieux;  un  bruissement  général 
suit;  puis  ce  sont  de  vagues  murmures;  puis  le  cri  des  oiseaux  téné- 
breux que  fait  fuir  l'aurore;  puis  l'aboiement  vigilanl  des  chiens  de 
ferme,  puis,  enfin,  la  voix  de  Chanteclair,  du  béni  Chanteclair,  dont  les 
allègres  cocoricos  chassent  jusqu'au  soir  les  fantômes  nocturnes. 

L'Elu  du  peuple,  de  M.  Joseph  Maurain,  est  d'un  tout  autre  genre  et 
d'une  autre  facture  que  la  Comédie  des  champs.  Ici  nous  voyons,  dans 


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ses  paroles  et  dans  ses  actes,  le  politicien  radical,  le  député  libre  penseur 
et  athée,  incarné  en  la  personne  du  Périgourdin  ValenLin  Ducressieux. 
C'est  le  fils  de  ses  œuvres  ;  parti  de  bas,  élevé  par  la  charité  de  l'Église, 
il  commence  par  être  ouvrier  mécanicien.  Les  questions  sociales  le  préoc- 
cupent :  il  s"y  lance  à  corps  perdu  et  se  met  à  pérorer  dans  les  réunions 
publiques.  Doué  d'une  éloquence  naturelle,  il  subjugue  les  foules  aveugles, 
qui  le  nomment  leur  représpolant  à  la  Chambre  des  députés.  Ducres- 
sieux ne  tarde  pas  à  y  prendre  une  place  prépondérante  :  il  est  bientôt 
un  des  chefs  du  radicalisme.  Le  socialiste  disparaît  alors  peu  à  peu,  pour 
ne  laisser  place  qu'au  politicien.  Ducressieux  est  maintenant  richo  :  il 
s'est  marié;  il  a  une  fille,  Renée,  à  qui  il  s'est  fait  un  devoir  d'inculquer 
ses  principes.  Mais  il  est  bientôt  puni  par  où  il  a  péché.  Renée  aime  le 
journaliste  Javault,  qui,  s'il  a  beaucoup  de  talent,  n'a  pas  un  sou  qui 
vaille.  Ducressieux  s'oppose  formellement  à  ce  mariage,  et  V  «  élu  du 
peuple  »  raisonne  en  cette  affaire  comme  le  plus  vulgaire  bourgeois. 
Renée  se  fait  enlever  par  Javault.  Il  ne  reste  plus  à  Ducressieux  que  sa 
nièce,  Marcelle,  une  orpheline  qu'il  a  recueillie  ;  mais  celle-ci  a  reçu 
une  éducation  des  plus  chrétiennes.  Elle  quitte  la  maison  de  son  oncle 
pour  entrer  chez  les  sœurs  de  Saint-Vincent  de  Paul.  Par  ses  déclama- 
tions et  par  ses  votes,  Ducressieux  avait  combattu,  comme  un  préjugé 
du  vieux  temps,  le  foyer,  la  famille,  le  respect  filial.  La  conduite  de  sa 
fille  a  logiquement  répondu  au  libre  penseur.  Lui-même  se  détraque  et 
s'amourache  d'une  prostituée  juive  qui  le  ruine,  le  berne  et  le  rend  ridi- 
cule. Furieux,  I'  «  élu  du  peuple,  »  en  plein  Parlement,  déuonce  les 
juifs  comme  le  plus  dangereux  fléau  social  des  temps  modernes.  Un  des 
députés  dont  il  a  surtout  flétri  les  mallôteries  l'assassine  en  duel.  Sa 
fille  Renée,  toute  libre  penseupe  qu'elle  fût,  avait  une  grande  droiture 
d'âme.  Elle  était  restée  l'amie  de  sa  cousine  Marcelle,  et  la  jeune 
femme  et  la  sœur  de  charité  continuent  à  correspondre.  La  double  con- 
version de  Ja\ault  et  de  Renée  fut  le  fruit  de  cette  intluence  et  de  celle 
correspondance.  L'Elu  du  peuple  a  donc,  on  le  voit,  une  véritable 
portée  sociale.  j\L  Joseph  Maurain,  en  efïet,  sans  prêcher,  sans  disserter, 
rien  qu'à  l'aide  d'un  récit  vigoureusement  mené,  nous  montre  l'impor- 
tance de  l'éducation  religieuse,  les  tristes  conséquences  de  l'enseigne- 
ment antichrétien,  les  périls  nationaux  que  provoque  l'accaparement 
de  la  fortune  publique  par  la  juiverie  cosmopolite,  et  autres  questions 
qui  sont  aujourd'hui  d'un  intérêt  majeur.  Conçu  dans  un  excellent  es- 
prit, et  pour  tous  les  motifs  qui  précèdent,  rÉlu  du  peuple  est  un  livre 
à  répandre. 

Il  s'agit  aussi  de  l'éducation  populaire  dans  les  Expériences  d'un 
maître  d'école  allemand.  Ce  maître  d'école  s'appelle  Fritz  de  son  nom 
de  baptême.  Enfant,  il  a  éprouvé  toutes  sortes  d'accidents.  Un  coup  de 
marteau  lui  a  démanlibub'  la  mâchoire  gauche;  un  coup  de  hache  lui  a 


coupé  deux  doigts.  Que  faire?  Travailler  la  terre  comme  ses  frères?  il 
n'y  fallait  pas  songer.  Le  petit  Fritz  se  fit  mailre  d'école,  et  ce  sont 
ses  impressions,  ses  souvenirs,  ses  humiliations,  ses  déboires,  ses 
triomphes,  ses  douleurs  et  ses  joies  qu'il  raconte  lui-même  avec  nne 
bonhomie,  une  simplicité,  un  naturel  charmants.  L'action,  cette  fois,  est 
nulle,  et  tout  se  borne  au  récit  de  quelques  changements  de  résidence. 
Mais  l'onvrage  intéresse^  en  ce  sens  que  si  l'auteur  a  dit  vrai,  je  n'ai  vu 
mieux  peint  nulle  part  l'état  de  l'enseignement  primaire  protestant  en 
Allemagne,  il  y  a  quarante  ans,  ni  décrites  avec  plus  d'austère  franchise 
les  mœurs  du  corps  populaire  enseignant.  En  Allemagne,  la  religion  est 
la  base  de  l'instruction  primaire.  Cependant,  le  maître  d'école  Fritz  se 
plaint,  avec  raison,  que  l'on  mette  la  Bible  tout  entière  entre  les  mains 
des  enfants,  et  qu'on  les  oblige  à  la  lire,  peu  à  peu,  d'un  bout  à  l'autre, 
sans  choix  des  morceaux,  sans  discernement.  «  Certains  pasteurs,  dit-il, 
sont  d'avis  que  tonte  l'instruction  d'un  villageois  doit  être  tirée  de  la 
Bible,  même  les  éléments  du  calcul.  »  Kt  le  bon  magister  ajoute  : 
«  En  traînant  ainsi  le  Livre  des  livres  dans  la  vulgarité,  on  blesse  le 
sentiment  religieux,  on  le  détruit  même  complètement  dans  certaines 
âmes.  Certains  passages  choquants  peuvent  être  d'ailleurs  un  danger 
pour  le  développement  moral  des  enfants.  »  Ceci  indique,  évidemment, 
que  l'instituteur  Fritz  appartient  à  la  religion  luthérienne  ;  niais  un  catho- 
lique ne  dirait  pas  mieux.  Au  surplus,  (es  Expériences  d'un  maUre 
d'école  allemand  ne  renferment  ni  allusion  blessante  ni  attaque  d'au- 
cune sorte  contre  le  catholicisme. 

Entre  instituteur  et  institutrice  il  n'existe  généralement  d'autre  dif- 
férence que  le  genre  de  la  personne,  et  l'on  pourrait  croire,  à  simple 
Tue  des  titres,  que  le  sujet  traité  dans  V Institutrice  des  Chantepôt  res- 
semble à  celui  qui  fait  le  fond  des  Expériences  d'un  maître  d'école 
allemand.  Il  n'en  est  rien.  M™®  iMary  Floran  nous  réédite  tout  simple- 
ment, en  bon  style  d'ailleurs,  l'éternelle  histoire  de  la  jeune  fille  ruinée 
qui,  pour  vivre,  est  obligée  de  se  mettre  en  service  chez  autrui,  sinon  à 
titre  de  domestique,  du  moins  à  titre  de  dame  de  compagnie,  de  gou- 
vernante ou  d'institutrice.  C'est  à  cette  dernière  profession  que  se  résout 
Anne  Marsan.  Seulement,  —  et  là  est  l'originalité  de  l'œuvre,  —  au  lieu 
de  viser  à  la  fortune  de  ces  grossiers  Chantepôt,  qui  l'ont  abreuvée 
d'humiliations,  la  pauvre  fille  repousse  énergiquement  les  avances  de 
leur  sot  héritier,  préférant  à  sa  main  de  millionnaire  celle  d'un  modeste 
ingénieur,  tout  à  fait  digne  d'elle.  Les  Expériences  d'un  maître  d'école 
allemand  et  l' Institutrice  des  Chantepôt  font  partie  de  la  «  Bibliothèque 
des  mères  de  famille.  » 

17  et  18.  —  A  la  «  Bibliothèque  Saint-Germain  »  appartiennent  U7ie 
lumièrp  dans  la  nuit,  roman  imité  de  l'anglais,  par  M.  L.  Rousseau,  et 
la  Châtelaine  de  Trélivier,  par  ^I"*  Gabrielle  d'Éthampes.  Dans  le  pre- 


—  28  — 

mier  de  ces  rom:ins,  il  y  a  trop  de  péripéties,  trop  de  complications.  On 
s'y  perd,  on  est  dérouté,  et  ce  n'esl  guère  qu'au  dénouement  que  l'on 
devine  la  véritable  origine  du  principal  personnage,  Jane  Boston.  Elle 
habitait  d'abord  le  château  du  colonel  Bryanl  et  tout  le  monde  la 
croyait,  malgré  certaines  humiliations,  la  sœur  de  la  fille  aînée  du  vieil 
otficier.  Hélas  !  non.  Cette  Cendrillon  anglaise  se  trouvait  avoir  pour 
mère  une  Française,  abandonnée  et  ruinée  par  son  indigne  mari.  Si  la 
malheureuse  femme  avait  laissé  son  enfant  grandir  ainsi  loin  d'elle, 
c'était  pour  la  sauver  de  la  misère  et  du  déshonneur.  Quelques  peintures 
très  réussies  de  la  vie  bourgeoise  en  Angleterre  dédommagent  le  lecteur 
à.' UiipAinmère  dans  la  nuit  de  la  fatigue  que  lui  procure  une  série  d'évé- 
nements enchevêtrés,  multipliés  comme  à  plaisir.  —  Dans  laChàlelahie 
de  Trélloicr,  c'est  un  autre  genre  :  il  n'y  a  pas  de  complications  du  tout. 
L'action  s'y  déroule  d'une  façon  naturelle,  entre  des  familles  où  un  mariage 
mixte  amène  la  dualité  de  croyance.  De  là  des  mésintelligences  intimes, 
des  scènes  pénibles,  des  liraillemenls  incessants  à  propos  de  l'éducation 
rehgieuse  des  enfants  :  le  tout  constituant  un  drame  latent,  dans  lequel 
les  acteurs  catholiques  ont  le  beau  nMe.  Il  se  dégage  de  l'ensemble  du 
livre  une  leçon  morale  et  sociale  très  salutaire,  qui  l'ait  dire  des  unions 
mixtes  ce  que  l'on  a  dit  des  champignons  :  les  meilleures  ne  valent 
rien. 

19,  20,  2!  et  2-2.  —  La«  Bibliothèque  Saint-Michel  »  rivalise  de  zèle 
a\ec  la  «  Bibliothèque  des  mères  de  famille  »  et  la  «  Bibliothèque  Saint- 
Germain.  »  Elle  vient  de  s'enrichir  des  romans  que  voici  :  iViss  Louisa^, 
par  Jérnsalémy,  récit  pittoresque  et  animé  des  aventures  d'une  orphe- 
line d'origine  anglaise,  que  les  événements  transportent  en  France 
d'abord,  à  Constantinople  ensuite,  où  elle  remplit  les  fonctions  de  secré- 
taire d'ambassade  et,  devenue  riche,  méprisant  les  avances  d'un  misé- 
rable coureur  de  dots,  se  donne  tout  entière  aux  œuvres  de  charité  ; 
—  Le  frime  de  Kéralain,  par  la  comtesse  de  Beaurepaire  de  Louva- 
gny,  dramn  de  famille  où  l'on  voit  la  iille  d'un  honnête  homme,  injus- 
tement accusé  d'assassinat,  s'expatrier  avec  son  père,  pour  revenir  plus 
tard  en  Bretagne  prouver  l'innocence  de  celui-ci  et  châtier  deux  ban- 
dits, les  vrais  coupables,  alors  qu'ils  se  croyaient  sûrs  de  l'impunité  de 
leiirci'ime  et  jouissaieni  orgneillens(;ment  de  leur  lrioiiq)hc;  —  IJTIeurc 
uiaudile,  par  le  même  auteur,  étude  morale  leiuianl  à  prouver  couibien 
est  funeste  l'influence  d'mie  créature  hypocritement  perverse,  lorsqu'elle 
s'exerce  sur  une  personne  relativement  bien  intentionnée,  mais  laible 
de  caractère,  comme  celte  M™''  Sénéchal  qui,  par  un  amour  maternel 
mal  compris,  en  arrive  à  haïr,  à  souhaiter  et  même  à  hàler  la  mort  des 
enfants  d'un  beau-frère  dont  elle  convoite  pour  les  siens  le  riche  héri- 
tage ;  —  Jj;s  Chevnliera  de  la  dynainilr^  par  .M.  Lucien  Tluimiu, 
O'nvrc  d'une  .iclualilé  |ial|iilanle,  qui  a  pniir  tln'âlri'  le  bassin  houillcr  de 


—  -J9  — 

la  Saône  et  pour  principaux  acteurs  :  le  docteur  Dufresnay,  démocrate 
farouche,  bienfaisant  à  ses  heiu^es,  frappé  dans  la  personne  de  son  fils 
et  s'inclinant  enfin  sous  la  main  de  Dieu  ;  Jacques  Baudouin,  le  mineur 
impie,  ivrogne  et  brutal,  qui  maltraite  sa  mère,  Taffame  et  la  tue  ;  le  faux 
comte  d'Armagny,  qui  pousse  à  la  guerre  sociale  pour  pécher  en  eau 
trouble;  l'ouvrier  Paul  Didier,  intelligent  et  bon,  accusé  bêtement  d'es- 
pionnage par  les  anarchistes  et,  fort  de  sa  conscience,  leur  tenant  cou- 
rageusement tête;  la  douce  Madeleine,  la  fian<ée  du  fils  Dufresnay, 
qu'elle  prépare  à  une  mort  chrétienne  ;  le  juif  Abraham,  haineux,  dissi- 
mulé, corrupteur  à  froid,  un  scélérat  dans  la  force  du  terme.  A  mon 
sens,  bien  qu'il  soit  écrit  un  peu  à  la  diable,  ce  roman-ci  est  de  beau- 
coup le  pins  intéressant  des  trois;  il  renferme  des  scènes  véritablement 
empoignantes,  notamment  celle  où  Paul  Didier  comparaît,  la  nuit, 
dans  le  bois  de  Sauvignes,  devant  les  Chevaliers  de  la  dynamite  réunis 
en  tribunal.  Livre  à  propager  dans  le  monde  des  travailleurs. 

23,  2i,  25  et  26.  —  La  «  Bibliothèque  du  journal  l'Ouvrier  >>  nous 
donne  aussi  quelques  ouvrages  recommandables,  savoir  :  Honneur  et 
Bonheur^  par  M.  B.  de  Buxy,  touchante  histoire  d'une  humble  fille  des 
champs  qui  est  à  la  fois  le  bon  ange  et  le  souffre-douleur  d'une  enfant 
gâtée;,  d'illustre  origine,  d'un  caractère  altier,  capricieux,  mais  d'une 
âme  droite  et  d'un  excellent  cœur  ;  — Noëlle,  par  Champol,  autre  émou- 
vante histoire  d'une  autre  jeune  fUle  de  basse  extraction,  qui,  adoptée 
par  une  riche  veuve  sans  enfants,  grandit  heureuse  auprès  de  sa  bien- 
faitrice jusqu'au  jour  où,  sur  le  point  d'épouser  l'homme  qu'elle  aime, 
celui-ci,  infatué  de  ses  titres  aristocratiques,  se  détourne  d'elle,  en  appre- 
nant qu'elle  a  pour  père  un  pauvre  paysan;  — Portrait  de  famille,  par 
jj^jme  jv]aryan,  roman  de  mœurs,  dont  les  principaux  épisodes  se  passent 
à  Kermaria,  triste  et  vieux  château  breton ,  que  Robert  de  Bévry, 
jeune  lieutenant  (retour  du  Tonkiu),  vient  relever  de  ses  ruines,  mais 
dont  il  ne  ranime  la  vie  et  n'égaie  la  solitude  que  lorsqu'il  s'est  décidé 
à  épouser  une  petite  fée,  Stéphanie  de  Gévras;  —  La  Dernière  Bataille 
du  général  Berger,  par  M.  Jacques  Brel,  récit  humoristique  d'un  combat 
qui  ne  laisse  ni  sang  ni  larmes,  puisqu'il  s'agit  du  mariage  de  Solange 
d'Alietle  avec  René  de  Verrières,  mariage  contrarié  par  les  caprices  d'une 
entêlée  douairière,  que  les  savantes  manœuvres  d'un  général  en  retraite 
finissent  par  vaincre.  Le  cœur  du  vieux  brave  s'était  mis  de  la  partie, 
et  c'est  une  arme  d'une  puissance  irrésistible.  J'ai  dit  que  la  Dernière 
Bataille  ne  faisait  couler  aucune  larme  :  je  me  trompe,  elle  iail  couler 
des  larmes  de  joie  (celles  de  la  vicloire)  et  des  larmes  de  bonheur. 

27,  28,  29,  30,  31  et  32.  —  Mentionnons  encore,  dans  la  même  note 
honnête  et  morale.  Monsieur  le  Maréchal,  par  M'"°  Etienne  }.Iarcel,  scènes 
de  l'Ukraine,  où  se  joue  une  comédie  de  mœurs  entre  wn  orgueilleux 
magnat  polonais,  un  pauvre  garçon  d'origine  cosaque,  une  douce  et  rési- 


—  30  — 

gnée  jeune  fille,  uii  moine  palerne  et  miséricordieux,  qui  essaie,  mais  sans 
y  parvenir,  de  mellre  loul  lo  monde  d'accord;  — J7c5i'me,  par  M.  Pascal 
Lauroy,  récit  patriotique,  malheureusement  décousu  et  diffus,  dont  lo 
double  but  est  d'exciter  notre  admiraliou  pour  les  Alsaciens-Lorrains,  tou- 
jours attachés  à  la  France  malgré  les  vexations  quolidieuues  dont  ils  sont 
victimes,  et  d'entretenir  en  nous  une  noble  haine  pour  leurs  persécuteurs^ 
incarnés  ici  dans  la  vilaine  personne  du  docteur  Stéphas,  prussien  fana- 
tique, qui  s'acharne,  sans  y  parvenir,  à  accaparer  l'àme  d'une  jeune 
fille  française,  à  la  pétrir  de  sentiments  allemands  et  à  en  faire  une 
sorte  de  missionnaire  de  la  race  teutonne  ;  —  La  Conversion  d\cn  franc- 
maçon,  par  M"^  Morisson-Lacombe,  récit  vrai  sous  forme  romanesque, 
et  dans  lequel  la  religion  et  la  charité  luttent,  avec  succès  d'ailleurs, 
contre  la  prètrophobie  et  la  libre  pensée  pour  ramener  à  Dieu  l'âme 
égarée  d'un  vieux  célibataire  endurci  ;  —  Pour  lire  en  train  express,  par 
Maxime  Juillet  (M.  Alphonse  Poirier,  rédacteur  en  chef  de  l'Anjou), 
esquisses  de  la  vie  courante,  alertes,  prestement  enlevées,  ici  pétillant 
d'esprit,  là  vibrant  d'une  indignation  contenue,  ailleurs  exaltant  la  poésie, 
le  dévouement,  la  foi  des  âmes  simples,  plus  loin  flétrissant  l'égoïsme 
des  jouisseurs,  leur  sécheresse  de  cœur,  leur  matérialisme  mondain  ;  — 
Jeunes  filles  et  jeunes  femmes, -p-àv  LoisÙR,  esquisses  morales  dans  les- 
quelles l'auteur,  s'adressant  à  Camille,  son  élève,  fait  passer  devant  elle, 
sous  forme  d'histoires  choisies,  une  foule  de  traits,  d'observations, 
d'aperçus  et  de  réflexions  on  ne  peut  plus  justes  sur  les  devoirs  chré- 
tiens, les  vrais  fondenieuls  de  la  famille,  les  dangers  du  vice,  les  bon- 
heurs de  la  vertu,  le  tout  entremêlé  d'exemples  édifiants  et  termine  par 
quelques  belles  pages  sur  Eugénie  de  Guérin  et  Marie  Jcnna;  —  Croquis 
honnêtes,  par  M.  Christian  Defrance,  petits  articles  courts  et  bons,  qui 
ont  dû  paraître  dans  un  journal  quotidien,  tous  exaltant  une  action  loua- 
ble, exposant  une  vérité,  maudissant  une  vilenie,  combattant  une  erreur. 
Je  ne  saurais  trop  recommander  ce  livre,  écrit  à  la  bonne  franquette, 
mais  dans  une  langue  excellente.  Il  apprend  à  aimer  la  patrie,  la  reli- 
gion, la  tradition,  l'idéal;  il  est  plein  d'anecdotes  intéressantes,  de  mots 
heureux  et  trouvés,  parmi  lesquels  uu  sur  le  sacrement  de  mariage, 
qui  est  une  perle.  Les  Croquis  honnêtes  produiraient  grand  bien,  ce  me 
semble,  dans  les  milieux  inlehigenls  où  régnent  la  frivolité,  l'ignorance 
religieuse  et  le  scepticisme. 

33,  3i,  35  et  30.  —  Sauf  peut-être,  à  cause  de  certains  aperçus,  les 
Expériences  fi U7i  maUre  d'école  allemand,  la  vingtaine  de  romans  dont 
on  vient  de  lire  l'analyse  a  droit  de  figurer  dans  une  bibliothèque  pa- 
roissiale. Il  n'en  est  plus  de  même  des  romans  étrangeis  et  des  recueils 
de  Nouvelles  dont  il  me  reste  à  rendre  compte. 

Parmi  les  romans  étrangers,  récemment  traduits,  Un  amant,  de  l'au- 
Ihorcss  anglaise  Emily  Urunlé,  morte  en   1848,  l'ait  un  certain  bruit. 


—  3T  — 

C'est  évidemment  une  œuvre  étrange  où,  d'un  bout  à  l'autre,  la  terreur 
domine,  une  terreur  toute  morale,  car  elle  ne  procède  ni  d'apparitions 
fantomatiques  ni  d'événements  merveilleux,  mais  de  passions  féroces, 
d'instincts  criminels.  i\u  premier  aspect,  les  principaux  personnages  du 
livre,  xM.  Healchlifï,  safemme,  son  domestique  Joseph,  lejeuneM.Hareton, 
ressemblent  à  tout  le  monde.  Ils  ont  l'apparence  de  braves  et  riches 
paysans,  un  peu  rudes  et  grossiers  seulement.  Bientôt  l/urs  yeux  hagards 
ou  cruels,  soupçonneux  ou  railleurs,  se  fixent  sur  vous  'A  vous  troublent; 
leurs  allures  équivoques,  leurs  paroles  énigmatiques,  leurs  réponses 
d'une  insultante  brièveté,  ajoutent  à  l'efïroi.  On  se  sont  en  présence  de 
quelque  chose  de  terrible,  d'inouï,  de  criminel.  Il  y  a  de  tout  cela,  en 
effet,  dans  Un  amant  :  passion  sauvage,  mais  matériellement  chaste, 
pour  une  femme  mariée;  torture  d'une  femme  légitime,  que  l'on  fait  in- 
cessamment souffrir  sans  la  maltraiter  physiquement  ;  séquestration 
d'enfants,  captation  d'héritages.  Tantôt  nous  assistons  aune  idylle  villa- 
geoise, tantôt  à  la  plus  sombre  tragédie  lyrique,  et,  comme  impression 
pénible,  rien  n'approche  de  celle  que  produit  la  conduite  tenue  par  l'im- 
placable Heatchliff,  fils  de  gitane  devenu  propriétaire,  Dieu  sait  comment'. 
à  l'égard  de  la  femme  qu'il  aime.  Il  la  laisse  tranquillement  se  marier  à 
un  autre  ;  il  va  la  voir  ensuite  quand  il  lui  plaît;  il  cultive  son  affection 
adultère,  sans  jamais  lui  manquer  de  respect,  se  contentant  de  tenir  sa 
volonté  sous  sa  gritfe  d'oiseau  de  proie  et  de  posséder  son  âme.  Malgré  lout^ 
ce  roman  finit  par  être  ennuyeux.  Ce  qui  fatigue  surtout,  c'est  la  constante 
répétition  de  scènes  pareilles  dans  des  cadres  pareils.  La  sinistre  sau- 
vagerie des  expressions  ne  cadre  pas  toujours  avec  l'horreur  des  faits. 
Quant  au  litre  :  Un  amant,  il  a  été  traduit  sans  doute  ainsi  pour  amorcer 
les  curiosités  malsaines.  iMais  c'est  une  véritable  trahison,  et  il  ne  ré- 
pond nullement  au  titre  anglais  :  Wuthermg  heights,  qui  veut  dire  : 
La  Colline  battue  des  vents. 

Il  y  a  peut-être  moins  de  talent,  mais  beaucoup  plus  d'intérêt  dans 
cet  autre  roman  anglais  que  l'oq  vient  pareillement  de  traduire  et  quia 
pour  titre  :  La  Fille  à  Loiorie.  Cette  fille  a  pour  père  un  mineur  qui 
passe  la  plus  grande  partie  de  son  temps  à  boire  du  gin,  à  se  quereller, 
à  se  battre.  La  mère  de  Jane  Lowrie  est  morte  de  misère,  de  priva- 
tions et  de  mauvais  traitements.  La  fille  n'est  pas  mieux  partagée.  Son 
père  la  roue  de  coups  :  il  la  fait  travailler  à  la  mine  et  prélève  le  gain  de 
ses  journées,  lui  laissant  tout  juste  de  quoi  très  pauvrement  s'habiller. 
Elle  ne  l'abandonne  pas  pour  cela.  C'est  son  père,  après  tout.  Jane 
d'ailleurs  se  distingue  de  ses  pareilles  en  ce  sens  que  si  elle  a  quel- 
ques-uns de  leurs  défauts,  elle  n"a  pas  un  de  leurs  vices.  On  la  craint  et 
on  la  révère.  A  la  fin  pourtant,  cette  vie  horrible  lui  pèse  et  elle  s'écrie  : 
«  N'y  a-t-il  donc  pas  pour  moi  en  ce  monde  la  place  d'une  femme? 
Faudra-t-il  que  ce  soit  toujours  la  mémo  chose?  Ne  pourrai-je  jamais 


—  32  — 

monter  plus  haiil?  J'ai  tant  essayé,  tant  prié.  »  Un  jour  cependant,  sa 
fierté  naturelle  l'abandonne,  Jane  tombe,  et  très  bas.  Mais  ce  n'est  que 
la  défaillance  d'une  heure.  Elle  ne  tarde  pas  à  se  relever.  Alors  un  jeune 
ingénieur  à  qui  elle  a  sauvé  la  vie  lui  offre  sa  main.  Jane  refuse  et  ac- 
cepte :  «  Attendez,  lui  dit-elle,  laissez-moi  devenir  digne  de  vous.  » 
Cette  conclusion  est  une  sorte  de  paraphrase  des  derniers  vers  de  la 
Femme  qui  tombe,  de  Victor  Hugo  : 

Il  suffît  —  c'est  ainsi  que  tout  remonte  au  jour. 
D'un  rayon  de  soleil  ou  d'un  rayon  d'amour. 

La  Fille  à  Loiv rie  nous,  initie,  d'une  façon  un  peu  crue,  aux  mœurs  des 
mineurs  anglais  et  à  leur  langage,  qui  n'a  rien  d'académique.  Mais  l'au- 
teur, mistressBurnett,  une  Anglo-Américaine,  estd'une  sincérité  louable, 
et  son  réalisme,  brutal  parfois,  est  éclairé  çà  et  là  par  de  lumineuses 
échappées  dans  les  domaines  du  sentiment  et  de  l'idéal.  Par  exemple, 
elle  a  beau  reproduire  les  sermons  des  ministres  méthodistes,  cha- 
pitrant leurs  ouailles  de  la  mine,  ces  sermons  nous  laissent  froids. 
Pourquoi?  parce  que,  en  dehors  d'un  jeune  vicaire,  véritablement 
dévoué,  tous  les  autres,  gros  et  gras,  se  contentent  de  parler  sans  jamais 
agir.  Leur  égoïsme  rend  leur  prédication  stérile.  M.  Robert  de  Cérisy  a 
très  élégamment  traduit  la  Fille  à  Lowrie,  et  M™^Th.  Bentzon  a  enrichi 
cette  traduction  d'une  excellente  étude  sur  M"^  Frances  Hogson  Bur- 
nett.  Faut-il  ajouter  que  nous  avons  pris  à  la  lecture  de  cette  élude  au 
moins  autant  de  plaisir  qu'au  roman  lui-même?  Il  s'y  trouve  notamment 
un  fragment  charmant  d'une  autre  œuvre  de  mistress  Burnelt  :  Little 
lord  Faunlleroy,  qui  iait  désirer  aussi  la  traduction  de  ce  livre,  écrit 
pour  la  jeunesse. 

Il  paraît  que  les  romans  russes  trouvent  toujours  chez  nous  des  lec- 
teurs assidus,  caries  éditeurs  eu  dénichent  toujours  quelques  nouveaux. 
Dans  le  nombre,  il  en  est  pourtant  de  bien  insignifiants.  Deux  seule- 
ment, depuis  la  dernière  fournée,  font, exception.  Eu  voici  les  titres  : 
Lioudmila,  par  Polevoï;  Pocliékhonié  d'aulrefois,  par  Chtchédrine. 

Nicolas-Alexis  Polevoï  fut  un  des  écrivains  les  plus  féconds  et  un  des 
plus  célèbres  journalistes  de  la  Russie  dans  la  première  moitié  de  ce 
siècle.  Né  eu  1796,  il  mourut  à  l'âge  de  cinquante  ans.  Ses  articles  de 
polémique  quotidienne  sont  oubliés,  comme  tout  ce  qui  est  éphémère.  Il 
n'en  est  pas  de  même  de  ses  drames,  de  ses  romans  et  de  ses  nou- 
velles. Le  meilleur  récit  qu'ait  laissé  Polevoï  est  Lioudmiln.  Le  re- 
gretté Xavier  Marmier  a  pu  en  achever  la  Iraduciiou,  qnelqnos  mois 
avant  sa  mort.  Celte  Lioudmila,  par  ses  humiliations  et  ses  souU'rances, 
rappelle  la  petite  Cendrillon  des  Contes  {\q.  Perrault.  Son  père  se  remarie 
avec  la  fille  d'un  greffier  de  tribunal,  qui  lui  donne  une  demi-douzaine 
d'enfants.  Dès  lors,  comme  Lioudmila  est  1res  timide,  très  craintive, 


—  33  — 

qu'elle  ne  se  plaint  jamais,  sa  marâtre  l'accable  de  travaux,  d'injures  et 
de  coups.  A  la  fin,  elle  n'y  lient  plus  et  se  place,  car  elle  a  beaucoup 
d'instruction,  dans  une  riche  famille  en  qualité  de  gouvernante.  Le  jeune 
barine  la  dislingue,  la  courtise  et  fait  semblant  de  l'aimer.  Croyant  à  un 
prochain  mariage,  Lioudmila  se  laisse  naïvement  séduire,  mais  le  ba- 
rine part  et  ne  revient  plus.  On  tlélrit  la  gouvernante  d'un  nom  outra- 
geant :  elle  se  noie  de  désespoir.  Quant  à  son  séducteur,  il  esl  aujourd'hui 
le  mari  d'une  riche  héritière  et  occupe  une  brillante  Aos'lion  dans  le 
monde.  Ce  n'en  est  pas  moins  un  misérable,  sinon  devant  les  hommes, 
du  moins  devant  Dieu. 

Chtchédrine  a  autant  de  réputation  en  Russie  que  Léon  Tolstoï,  Dos- 
toiewsky  et  Gogol.  Il  s'est  surtout  attaché  à  l'élude  des  mœurs  du  peuple 
et  de  la  noblesse,  mais  toujours  à  un  point  de  vue  satirique.  Est-il  exac- 
tement vrai?  N'exagère-l-il  point?  Nous  sommes  d'ici  placés  trop  loin  pour 
en  bien  juger.  Cependant,  il  nous  semble  avoir  réellement  poussé  au 
noir,  dans  Pockékhomé  cVautrefois^  la  condition  des  paysans  russes  avant 
l'abolition  du  servage.  La  fameuse  page  de  La  Bruyère  est  dépassée, 
et  si  le  romancier  a  dit  la  vérité,  il  n'est  pas  en  France  de  paria  de  la 
terre,  de  la  mine  et  de  l'usine,  qui  voudrait,  durant  une  heure,  subir  le 
sort  du  serf  russe,  véritable  bête  de  somme  aux  mains  dures  des  barines 
du  «  vieux  temps.  »  Ces  réserves  faites,  il  ne  m'en  coûte  pas  de  recon- 
naître que  le  récit  de  la  vie  et  des  aventures  d'un  membre  de  la  petite 
noblesse  slave,  Nicanor  Zatrapezny,  racontées  par  lui-ntênip.  contient 
des  pages  exquises.  Il  y  a  surtout,  dans  ce  livre  farouche,  une  page  dé- 
licieuse :  c'est  celle  où  Chtchédrine  expose  qu'à  la  lecture  de  lÉvangile, 
l'âme  enfantine  de  Nicanor  comprit  subitement  que  tous  les  hommes 
sont  frères  et  s'éprit  pour  les  serfs  de  cette  pitié  dont  brûlait  l'âme  gé- 
néreuse du  tzar  Alexandre  II,  et  à  laquelle  ils  ont  dû  leur  émancipation. 
Il  se  trouve  aussi,  dans  Pochékhonie  d'autrefois,  quelques  tableaux  très 
amusants,  d'une  psychologie  mordante,  dont  le  sujet  a  trait  à  l'existence 
à  la  fois  tyrannique,  précaire  et  burlesque  des  seigneurs  de  village  russe, 
en  un  temps  dont  le  souvenir  s'eflace  de  plus  en  plus. 

37  et  38.  —  M.  J.  Bonneton  appartient  au  barreau.  Il  ue  le  dit  pas, 
mais  on  le  devine,  à  l'éloge  bien  senti  que,  dans  ses  Etudes,  souvenirs 
et  récits,  il  fait  de  saint  Yves.  Un  homme  de  la  profession  pouvait  seul 
aussi  bien  parler  de  ce  saint,  lequel  fut  «  avocat  et  non  larron,  »  ce  qui 
stupéfiait  le  bon  peuple  de  Bretagne.  M.  Bonneton  doit  exercer  en  pro- 
vince, à  Riom  probablement.  Il  se  console  des  aridités  judiciaires  par 
le  commerce  des  lettres.  Son  livre  renferme  des  poésies,  des  travaux 
d'érudition,  des  contes,  des  nouvelles,  une  véritable  olla-podrida. 
Parmi  ces  nouvelles,  celle-ci  est  à  signaler  :  Jacquemin  Gringonneur, 
imagier  du  roi  Charles  VI.  C'est  un  modèle  de  nouvelle  historique  : 
elle  ressuscite  toute  l'époque,  les  superstitions  du  temps,  l'alchimie,  la 
Janvier  1893.  T.  LXVII.  3. 


—  34  — 

kabbale,  et  détruit  la  légende  qui  attribue  au  roi  de  France  l'invention 
des  cartes  à  jouer. 

C'est  pareillement  une  vraie  macédoine  que  les  Soirées  de  Caliban- 
grève,  de  M.  Ernest  Bergerat.  L'auteur  dit  les  avoir  écrites  l'été  dernier, 
sur  les  bords  de  l'Océan  :  de  là  leur  titre.  Elles  sont  au  nombre  de  trente. 
M.  Bergerat  déclare  qu'il  y  en  a  pour  tous  les  goûts,  toutes  les  classes, 
tous  les  sexes,  tous  les  âges.  Ce  qui  équivaut  à  dire  que  toutes  ne  peu- 
vent pas  être  lues  par  tous  indistinctement.  De  plus,  les  illustrations 
dont  M.  de  Lambert  a  orné  le  livre  sont  un  peu  légères.  Je  voudrais  aussi 
retrancher  de  ces  Soirées  la  fantaisie  intilulée  :  Bismcark  et  Dieu.  Les 
railleries  qu'elle  contient  sur  le  «  Dieu  des  armées  »  sont  du  plus  mau- 
vais goût.  A  retrancher  aussi  :  Quelques  pensées  philosophiques  pour 
les  jours  de  pluie,  d'un  pessimisme  navrant,  et  la  Légende  du  moine 
noir  (Berlhold  Schwarlz),  poème  par  trop  mécréant  et  d'un  caractère 
historiquement  faux,  dédié  par  l'auteur  à  M.  Leconte  del'Isle.  A  lire,  au 
contraire  :  La  Manifestation  des  bacheliers,  fantaisie  paradoxale  cachant 
de  rudes  vérités  sur  les  conséquences  sociales  de  nos  baccalauréats;  Le 
Mariage  symbolique,  saynète  comique,  ridiculisant  les  décadents  et  les 
volapukistes  ;  Lazoche,  «n  conte  gai  à  la  Murger;  La  Question  des 
bonnes,  causerie  étourdissante  qui,  avec  une  bien  jolie  malice,  venge  les 
maîtres  des  tours  que  leur  jouent  ces  ennemis  domestiques;  de  très 
curieux  Proverbes  turcs,  dont  celui-ci  est  à  retenir  :  «  Qui  fait  le  nid 
d'un  oiseau  aveugle?  Dieu.  »  La  «  soirée  »  sur  les  Fées  est  la  réhabili- 
tation franche  do  ces  êtres  poétiques.  Elle  a  été  écrite,  de  même  que  les 
Poupées,  pour  les  petits  enfants.  J'y  cueille  cette  réflexion  :  «  Il  y  a  des 
i^^enspour  qnila  rêverie  est  un  crime  de  lèse-humanilé,  et  qui  marchent 
le  front  baissé,  les  yeux  fixes  au  sol,  comme  si  tout  venait  de  la  terre 
seule  et  seulement  pour  y  retourner.  Ces  philosophes  grognons  préten- 
dent remplacer  les  fées  par  des  machines  à  vapeur  :  c'est  comme  si  on 
voulait  substituer  le  canon  à  la  Providence.  »  Mais  les  deux  perles  des 
Soirées  de  Calibangrève  sont  :  Tante  Lise  et  le  Chevalier  de  Frileuse. 
Un  Grcuze  détaché  de  son  cadre,  ce  chevalier  !  11  est  arrivé  à  la  cin- 
quantaine sans  songer  au  mariage.  Ce  n'est  pas  cependant  un  célibataire 
endurci,  et  il  n'y  a  pas  de  plus  galant  homme.  Seulement,  le  mariage 
lui  fait  peur,  et  il  a  un  véritable  ami,  son  bon  chien  Tnrc,  dont  il  ne 
veut  pas  départager  l'afTection.  Un  jour  néanmoins,  il  se  décide  à  accep- 
ter la  main  de  sa  voisine,  la  comtesse  de  Villanel.  Mais,  au  moment  de 
la  déclaration.  Turc,  que  l'on  avait  laissé  dehors,  saule  par  la  l'enôtre  et 
bondit  dans  le  salon  :  «  L'horrible  bête  !  chien  stupide  !  »  s'écrie  la  com  lesse . 
Le  chevalier  de  Frileuse  pàlil  et  prend  son  chapeau.  L'année  suivante,  la 
comtesse  de  Villanel  épousait  le  vicomledela  Paludière, dresseur  éméritc 
de  chiens  courants,  de  chiens  couchants,  de  chiens  savants  :  tout  le  châ- 
Icaii  en  élail  plein.  «  Pour  un  {jue  j'avais,  songe  mélancoliquement  le  che- 


—  35  — 

valier,  c'était  bien  la  peine  !....  Ah  !  la  femme  !  »  Le  Chevalier  de  Fri- 
leuse t'ait  sourire  ;  Tante  Lise  fait  pleurer.  Il  s'agit  d'une  digne  et  sainte 
fille,  qui  a  cru  devoir  continuer  le  commerce  de  son  frère,  marchand  de 
bois.  Pour  un  -vulgaire  délit  commis  par  un  de  ses  employés,  on  la  con- 
damne à  quinze  jours  de  détention  dans  le  pénitentiaire  de  Saint-Lazare. 
Elle  mourut  en  sortant,  d'épouvante  et  d'horreur  de  tout  ce  qu'elle  avait 
vu  et  entendu  là.  «  Lorsque  je  ramassai  son  paroissien,  écrit  M.  Ber- 
gerat,  j'en  vis  toutes  les  marges  souillées  par  des  dessins  obscènes.  Les 
hyènes  du  pénitentiaire  national  lui  avaient  fait  cette  plaisanterie. 
J'espère  tout  de  même  qu'il  y  a  un  paradis.  » 
M.  Bergerat  peut  en  être  sûr.  Firmin  Boi«sin. 


ART  ET  HISTOIRE  MILITAIRES 

1.  La  Défenne  des  fronlièref:  de  la  France.  Étude  par  le  général  Pierron.  T.  I.  Paris, 
Baudoin,  1892,  in-8  de  xiv-83ï  p.,  12  fr.  —  2.  Éléments  de  la  guerre,  1"  partie. 
Marches,  slalionneinerU,  sûreté,  parle  colonel  L.  Maillard.  Paris,  Baudoin,  1892,  in-8 
de  xxiv-484  p.,  avec  atlas,  12  fr.  —  3.  L'Artillerie  de  campagne  en  liaison  avec  les 
autres  armes,  par  !e  colonel  Langlois.  Paris,  Baudoin.  1892,  2  vol.  in-8  de  620-392  p., 
16  fr.  —  4.  Solutions  de  douze  sujets  tactiques  donnés  aux  examens  d'entrée  de  l'école 
supérieure  de  guerre,  par  P.  P.,  officier  d'infanterie.  2'  édit.  Paris,  Charles-Lavau- 
zelle,  1892,  in-8  de  72  p.  et  1  vol.  de  croquis,  3  fr.  50.  —  5.  Ce  que  doit  être  le  nou- 
veau règlement  de  manœuvres  de  l'infanterie  française.  Paris,  Berger-Levrault,  1892, 
in-8  de  64  p.,  1  fr.  25.  —  6.  Lebel  contre  Maanlicher  et  Vetterli  dans  la  prochaine  guerre, 
par  le  colonel  Ortus.  Paris,  Baudoin,  189i,  in-8  de  84  p.,  2  fr.  —  7.  Du  soutien  de  la 
cavalerie  par  des  fantassins  dans  les  temps  anciens  et  dans  les  temps  modernes,  par 
le  comle  Raoul  de  Goligny,  ancien  officier  supérieur  d'infanterie.  Paris,  librairie  du 
Spectateur  militaire,  1892,  in-8  de  70  p.  —  8.  Récils  d'un  soldat.  Les  Prussiens  en 
France,  Longwy,  Verdun,  Thionville,  Valmy  (1792),  par  le  commandant  Grandin.  Pa- 
ris, Delhomme  et  Briguet,  1892,  in-8  de  320  p.,  4  fr.  —  9.  Le  Général  Marceau,  sa  vie  ci- 
vile et  sa  vie  militaire,  avec  portraits  et  fac-similés,  par  Noël  Parfait,  député  d'Eure- 
et-Loir.  Paris,  Calmann-Lévy,  1892,  in-8  de  468  p.,  7  fr.  50.—  10.  D'Essling  à  Wa- 
gram.  Lasalle,  correspondance  recueillie  par  A.  Robinet  de  Cléry.  Paris,  Berger-Le- 
vrault, 1892,  in-8  de  222  p.,  avec  13  grav.  et  une  carte,  5  fr.  —  11.  Journal  du  canon- 
nier  Bricard,  1792-1802,  publié  en  l'an  1891  par  ses  petits-fils  Alfred  et  Jules  Bri- 
CARD.  Paris,  Delagrave,  1891,  in-12  de  494  p.,  3  fr.  50.  —  12.  Français  et  Russes  eu 
Crimée.  Lettres  d'un  officier  français  à  sa  famille  pendant  la  campagne  d'Orient,  par 
le  général  Herbé.  Paris,  Calmann-Lévy,  1892,  ia-8  de  442  p.,  7  fr.  50.  —  13.  La  Lutte 
dans  la  mer  Adriatique  en  1866.  Bataille  de  Lissa.  E.xtrait  du  tome  V  des  Luttes  de 
l'Autriche  en  1866.  frad.  de  l'allemand  par  Franz  Crousse,  colonel  d'état-major  m 
relraile,  avec  une  biographie  authentique  de  l'amiral  TegelthofT,  2  cartes  et  6  tableaux. 
Bru.xelles,  Th.  Fallc,  1892,  in-8  de  146  p.  —  14.  Souvenirs  du  général  Jarra.'s. 
chef  d'élal-major  général  de  l'armée  du  Rhin  (1870),  publiés  par  M""  Jarras.  Paris, 
Pion  et  Nourrit,  1892,  in-8  de  xn-404  p.,  7  fr.  50.  —  15.  L'Heure  suprême  à  Sedan,  par 
l'abbé  Lanusse,  aumônier  de  l'école  militaire  de  Saint-Cyr.  Paris,  Flammarion,  1892, 
iu-12  de  xiii-382  p.,  3  fr.  50.  —  16.  Armée  de  Chaton.  Charges  héroïques,  par  Georges 
Bastard.  Paris,  Savins,  1891,  in-12  de  382  p.,  avec  10  dessins,  3  fr.  50.  —  17.  Souve- 
nirs d'un  prisonnier  de  guerre  allemand  en  1870,  par  Théodore  Fontane.  Intro- 
duction par  T.  de  Wysewa.  Paris,  Perrin,  1892,  in-12  de  268  p.,  3  fr.  50.  — 
18.  Etudes  de  guerre  ayant  pour  base  la  guerre  franco-allemande.  1"  partie.  Evéne- 
ments ayant  eu  lieu  dans  la  zone  frontière  [15  juillet-2  août  1870),  fasc.  1  et  2,  par 
le  général  von  Verdy  du  Vernois,  ancien  minisfre  de  la  guerre.  Traduction  du  capi- 
taine Monet,  de  l'état-major  du  3°  corps.  Paris,  Weslhausser,  1892,  2  vol.  in-8  de  133  et 
294  p.,  3  fr.  50  et  4  fr.  — 19.  Guerre  franco-allemande  de  1870-1871,-^a.r  Ch.  Romagny. 


—  36  — 

Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  in-8  de  388  p.,  avec  allas  comprenant  15  cartes-croquis, 
iQ-4  en  deux  couleurs,  10  fr.  —  20.  Précis  historique  des  campagnes  modernes.  Paris, 
Charles-Lavauzelle,  1891,  in-12  de  224  p.,  avec  36  caries  du  lliéâlre  des  opérations,  à 
l'usage  des  candidals  aux  diverses  écoles  militaires,  3  fr.  50.  —  21.  Elude  sommaire 
des  campagnes  d'un  siècle,  par  le  capitaine  Ch.  Romagny  (campagnes  de  1813,  1814, 
1815,  1859,  1866, 1877-1878).  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  6  vol  Jn-18  de  104-84-48- 
88-124-88  p.  Chaque  vol.  0  fr.  50.  — 22.  Les  Vertus  guerrières.  Livre  rfu  «ofdaf,  par  le  gé- 
néral Thoum.^s,  2"  édit.  Paris,  Berger-Levrault,  1891,  in-12  de  400  p.,  3  fr.  50.  — 
23.  Causeries  mililaires,  par  le  général  Thoumas.  4«  série.  Paris,  Pion  et  Nourrit  1892,  in-12 
de  412  p.,  3  fr.  50.  —  24.  Trente  ans  de  la  vie  militaire,  par  le  capilaine  H.  Chop- 
piN.  Paris,  Berger-Lovrault,  1891,  in-12  de  248  p.,  3  fr.  —  25.  Conseils  à  un  jeune 
gradé,  par  le  lieutenant  de  Gissey.  Paris,  Berger-Levrault,  1891,  in-12  de  40  p.,  0  fr.  60. 

—  26.  Petit  traité  d'éducation  du  soldat,  par  V.  Goquinet,  capitaine  adjudant-major 
au  69'  d'infanterie.  T*  série  :  Sue  conférences  à  faire  par  le  capilaine  pendant  la 
première  période  d'instruction.  Paris,  Berger-Levrault,  1890,  in-8  de  30  p.,  1  fr.  — 
27.  L'Armée  française  à  travers  les  âges,  par  L.  Jablonski.  Paris,  Charles-Lavauzelle, 
1892,  3  vol.  inl2  de  49&-476-538  p.,  15  fr.  —  28.  Manuel  d'administration  et  de 
comptabilité  en  temps  de  paix  et  en  temps  de  guerre,  à  l'usage  des  capitaines-com- 
mandants et  des  sous-officiers  comptables,  par  J.  Mangin,  lieulcnant  ofBcier-payeur 
du   26*    régiment  d'infanterie.  Paris,   Berger-Levrault,  1891,   in-8  de  374    p.,   3    fr. 

—  29.  Essai  sur  l'application  de  la  loi  du  i5  juillet  i889  sur  le  recrutement  de  l'ar- 
mée, ou  Manuel  du  recrutement  de  l'armée  française,  par  J.-P.-V.  Simon,  commandant 
de  recrutement.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  in-8  de  440  p.,  4  fr.  —  30.  La  Loi 
militaire  sur  le  recrutement  de  l'armée  et  la  loi  sur  le  rengagement  des  sous-officiers, 
commentées  et  annotées  par  Daniel  Mérillon,  substitut  du  procureur  général  près  la 
Cour  d'appel  de  Paris.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1890,  in-8  cari,  toile  de  828  p., 
10  fr.  —  31.  Agenda  de  mobilisation.  Infanterie,  2"  édit.  mise  à  jour  jusqu'en  mars 
1892.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  in-8  cart.  toile  de  128  p.,  2  fr.  —  32.  Aide-mé- 
moire de  l'officier  d'infanterie  en  campagne.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  in-18 
cart.  toile  de  326  p.,  5  fr.  —  33.  Aide-mémoire  de  l'officier  d'état-major  en  campagne. 
Paris,  Charles-Lavauzelle,  1890,  in-18  cari,  toile  de  412  p.,  5  fr.  —  34.  État  militaire 
des  principales  puissances  étrangères  au  printemps  de  1891.  Allemagne,  Angleterre, 
Aulriche,  Belgique,  Espagne,  Italie,  Russie,  Suisse,  par  S.  Rau,  colonel  du  service 
d'élat-major.  5"  édit.  Paris,  Berger-Levrault,  1891,  in-12  de  580  p.,  5  fr.  —  35.  L'Ama- 
teur d'équitation,  par  L.  Peyremol,  sous-directeur  de  l'école  de  dressage  do  Roche- 
forl-sur-Mor.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1892,  in-8  de  240  p.  et  1  vol.  de  planches 
coloriées,  10  fr.  —  36.  L'Infanterie  de  marine  (organisation,  recrutement,  service  co- 
lonial), par  G.  DE  SiNGLY,  chef  do  bureau  adjoint  au  minislère  do  la  marine.  Paris, 
Berger-Lovrault,  1892,  in-8  de  342  p.,  6  fr.  —  37.  Les  Pigeons  voyageurs  et  leur  em- 
ploi à  la  guerre,  par  Eugène  Caustier.  Paris,  Masson,  1892,  in-12  de  124  p.  avec  fig., 
1  fr.  50.  —  38.  Memoria  acerca  de  la  ensehanza  prâctica  dada  en  la  Academia 
gênerai  mililar  (Mémoire  sur  les  écoles  pratiques  de  l'Académie  générale  militaire  en 
1890-1891),  avec  planches.  Tolède,  J.  Polaoz,  1891,  in-18  de  182  p.,  2  fr.  —  39.  Pron- 
luario  del  Zapador  (Aide-Mémoire  du  sapeur  du  génie),  par  D.  Mariano  Rubiô  y 
Beli.vé,  capitaine  du  génie  espagnol.  Barcelone,  imp.  del  Universo,  18!i2,  4  fr.  — 
40.  Cours  de  géographie  rédigé  conformément  au  nouveau  programme  d'admission  à 
r École  spéciale  militaire  pour  1891,  par  J.  Molard,  capitaine  d'infanterie  breveté,  pro- 
fes^sour adjoint  lie  géographie  à  l'École  spéciale  mil ilairo.  Paris,  .Touvcl,  1892.  3  vol.  in-12  : 
France,  376  p  ;  Europe,  336  p.;  Colonies  françaises,  Asie,  Afrique,  Amérique,  Océanic, 
238  p.,  avec  3  allas,  les  vol.  do  lextc,  ensemble,  9  fr.  50;  les  allas,  ensemble,  15  fr.  50. 

1.  —  La  Défense  des  frontières  de  la  France,  que  nons  donne  anjonr- 
d'hni  M.  le  g6n(';ral  Piorron,  n'est  pas,  comme  on  pourrait  le  croire,  une 
étude  de  fortification.  L'auteur  a  employé  ici  la  méthode  qu'il  avait  suivie 
pour  les  trois  volumes  qu'il  a  intitulés  :  Méthodes  de  guerre  actuelle  et 
du  commencement  du  XIX^  siècle.  Il  n'y  a  pas  d'ofïicier  en  France,  sauf 
peut-être  le  général  Thoumas,  qui  ait  autant  lu  que  le  général  Pier- 


—  37   - 

ron,  el  l'un  et  l'autre  ont  le  mérite,  non  pas  seulement  de  lire  beaucoup, 
mais  de  savoir  lire,  de  lire  de  façon  à  s'instruire  et  à  instruire  les  autres. 
Il  n'est  pas  de  lecture  qui  ne  laisse  chez  eux  de  trace.  Tout  livre  lu  est 
annoté,  commenté,  découpé,  de  façon  à  en  extraire  la  moelle ,  cette  «  quinte 
essence  »  dont  parlait  Montaigne.  Et,  à  propos  de  la  défense  des  fron- 
tières de  la  France,  M.  le  général  Pierron,  après  avoir  lu  tout  ce  qui  avait 
trait  à  son  sujet,  a  réuni  en  un  gros  volume  les  pages  qu'il  a  ainsi  ex- 
traites d'une  foule  considérable  d'écrivains  militaires,  politiques  ou  diplo- 
matiques, et  il  nous  met  sous  les  yeux,  coordonnés  et  amalgamés,  ces 
avis  de  centaines  d'auteurs  difîéreuls.  A  vrai  dire,  cet  amalgame  ne  cons- 
titue pas  un  corps  de  doctrine  nettement  défini,  et  après  avoir  lu  celle 
série  nombreuse  de  documents  curieux,  il  ne  se  présente  point  à  l'esprit 
de  conclusion  bien  franche;  mais  l'auteur  a  moins  voulu,  dans  ce  livre, 
trancher  nettement  la  question  de  la  défense  de  nos  frontières  que 
donner  sur  le  sujet  tous  les  documents  publiés,  épars  en  une  mul- 
titude de  rapports  peu  ou  point  connus,  et  de  mettre  ainsi  à  même  les 
ingénieurs  de  prendre  un  parti  en  meilleure  connaissance  de  cause.  Sous 
ce  rapport,  le  livre  est  extrêmement  précieux,  nous  dirons  extrêmement 
curieux  el  intéressant.  Le  premier  volume,  le  seul  qui  ait  paru  jus- 
qu'ici, comprend  l'étude  de  la  frontière  des  Pyrénées  et  celle  de  la  fron- 
tière allemande.  Dans  la  première,  nous  regrettons  de  ne  pas  trouver 
quelques-uns  des  très  curieux  mémoires  publiés  au  xvii"  siècle  sur  les 
divers  plans  de  campagne  à  adopter  pour  la  France  dans  une  guerre 
contre  l'Espagne.  On  rencontre,  dans  beaucoup,  des  idées  qui  n'ont  pas 
vieilli  et  des  propositions  qui  seraient  tout  à  fait  de  mise  aujourd'hui  : 
nous  prenons  la  liberté  de  signaler  cette  petite  lacune  au  savant  écri- 
vain militaire.  En  ce  qui  concerne  la  deuxième  partie  du  volume,  la 
défense  de  la  frontière  franco-allemande,  le  général  Pierron  a  résumé 
ses  idées  sur  la  matière  en  quelques  pages  où  apparaît  la  pensée  person- 
nelle de  l'écrivain.  Le  général  Pierron  ne  croit  pas  à  une  attaque  de 
l'Allemagne  par  la  Belgique,  par  la  raison  qu'en  outre  des  difficultés  in- 
ternationales qui  pourraient  résulter  pour  notre  adversaire  d'une  viola- 
tion du  sol  belge,  l'armée  allemande  aurait,  si  elle  choisissait  celte  voie, 
4.21  kilomètres  à  parcourir  pour  atteindre  Paris,  alors  qu'elle  en  aurait 
seulement  316  en  parlant  de  Metz. — L'écrivain  étudie  ensuite  quelle  doit 
être  la  hgne  de  défense  mobile  occupée  par  notre  armée  et  l'établit  sur  le 
front  Épinal,  Chaumont,  Reims  etMézières.  Puis,  envisageant  les  diverses 
hypothèses  qui  pourront  se  présenter  le  lendemain  de  la  première  bataille, 
il  les  résout  tant  dans  le  sens  de  la  poursuite  que  dans  celui  de  la 
retraite.  Le  rôle  du  généralissime  français  est  tout  tracé,  écrit  le  général 
Pierron  :  traîner  la  lutte  en  longueur  au  début,  sur  la  frontière  allemande, 
en  détruisant  les  voies  de  communication  et  en  couvrant  de  retranche- 
ments les  cours  d'eau  successifs  entre  la  frontière  et  la  Seine,  sans  en- 


—  38  — 

gat^er  prématurément  nos  masses  dans  une  bataille  décisive.  Temporiser, 
dût-on  rétrograder  jusque  derrière  la  Loire  et  le  Morvan,  jusqu'à  ce  que 
les  armées  russes  entrent  vigoureusement  en  action  et  forcent  l'adver- 
saire commun  à  se  dégarnir  sur  la  frontière  française  pour  faire  face 
des  deux  côtés  :  le  moment  sera  venu  alors  de  passer  résolument  à 
l'offensive. 

2.  —  Avec  le  livre  du  colonel  Maillard,  Éléments  de  la  guerre,  nous 
passons  du  domaine  de  la  stratégie  dans  celui  de  la  tactique  ;  non  pas  de 
cette  tactique  étroite,  qui  n'est  qu'une  amplitication  des  règlements, 
mais  de  la  tactique  du  champ  de  bataille,  celle  qui  fait  mouvoir  les 
masses  pour  le  combat  et  les  agence  pour  la  lutte.  Ce  premier  volume 
comprend  les  marches,  le  stationnement,  le  service  de  sûreté;  il  est 
probable  que  le  tome  second  aura  trait  au  combat.  L'éminenl  professeur 
à  l'école  supérieure  de  guerre  a  pris  pour  épigraphe  cette  maxime  de 
Napoléon  :   «  La  victoire  est  aux  armées  qui  manœuvrent,  »  et  il  la 
développe  avec  une  netteté  d'exposition,  une  connaissance  de  l'histoire 
militaire,  qui  font  véritablement  de  cet  ouvrage  le  plus  intéressant  des 
traités  techniques.  Et  nous  avons  été  bien  heureux  de  voir  un  écrivain 
de  la  valeur  du  colonel  Maillard  affirmer  avec  son  autorité  ce  principe 
que  nous  défendions  naguère  ici  même,  à  savoir  qu'en  dépit  de  la  poudre 
sans  fumée,  du  perfectionnement  des  armes  à  feu,  des  bases  nouvelles 
qui  régissent  l'organisation  des  troupes,  «  les  principes  régulateurs  de 
la  conduite  des  armées  n'ont  pas  varié.  »  Et,  effectivement,  est-ce  que 
Napoléon,  qui  connaissait  la  puissance  du  feu  et  qui  savait  s'en  servir, 
n'a  pas  puisé  chez  les  anciens  les  principes  qu'il  a  appliqués?  Qu'a-t-il 
fait  autre  chose  qu'exposer  dans  une  éloquente  synthèse  les  campagnes 
d'Alexandre,  d'Annibal,  de  César,  de  Gustave-Adolphe,  de  Turenne,  de 
Frédéric  II,  donnant  l'exemple  que  tous  ces  capitaines  illustres  ont  di- 
rigé leurs  opérations  d'après  les  mêmes  principes  :   «  Tenir  ses  forces 
réunies,  n'être  vulnérable  sur  aucun  point,  se  porter  rapidement  sur  les 
points  importants,  s'en  rapporter  aux  moyens  moraux.  »  Ces  principes 
sont  indépendants  du  temps  et  de  l'armement.  En  eôet,  quelles  que 
soient  les  circonstances,  la  dispersion  de  forces  ne  peut  engendrer  que 
la  faiblesse   et  la   vulnérabilité;    la   rapidité   est  une    dos  formes  de 
l'énergie  :  elle  seule  frappe  et  surprend;  quant  aux  moyens  moraux, 
ils  sont  éternels  et  dérivent  de  la  nature  de  l'homme.  Développant  ces 
idées,  le  colonel  Maillard  détermine  six  bases  ou  principes  principaux 
qui  règlent,  au  xix'' siècle,  la  conduite  dos  armées  :  1°  discerner  le  point 
important;  2*  prendre  la  résolution  de  marcher  sur  ce  point  ;  3°  choisir 
la  direction  qui  y  mènera;  4°  s'y  porter  rapidement;  5"  éviter  la  vulné- 
rabilité; 6°  assurer  la  réunion  des  forces  au  moment  voulu  et  au  point 
important.  Ce  sont,  en  somme,  les  principes  qu'affirmait,  au  commen- 
cement du  siècle.  Napoléon  I*',  et  ce  serait  bien  le  cas  de  citer  le  fameux 


—  39  - 

adage  suivant  lequel  il  n'y  a  rien  de  nouveau  sous  le  soleil.  Dans  le  plaa 
d'opérations  contre  la  France  élaboré  en  4867  par  le  grand  état-major 
prussien,  on  trouve  des  phrases  comme  celles-ci  :  «  L'idée  maîtresse 
était  qu'il  fallait  attaquer  l'ennemi  où  qu'on  le  trouvât.  »  Mais,  déjà  en 
1806,  Napoléon  écrivait  à  Lannes  :  «  L'art  est  aujourd'hui  d'attaquer 
tout  ce  qu'on  rencontre.  »  Mollke  ajoutait  :  «  Tenir  les  forces  massées 
de  telle  sorte  qu'on  puisse  attaquer  l'ennemi  en  disposant  de  la  supério- 
rité numérique;  »  Napoléon  avait  écrit  avant  lui  :  «  Tout  le  secret  de  la 
guerre  consiste  à  se  diviser  pour  vivre  et  à  se  rassembler  pour  com- 
battre. »  Voilà  les  principes,  bien  nôtres,  que  nous  avions  oubliés  en  1870, 
dont  l'oubli  nous  fut  fatal,  d'autant  plus  fatal  que  l'ennemi,  lui,  après 
nous  les  avoir  empruntés,  les  conservait  précieusement  en  mémoire, 
principes  que  le  colonel  Maillard  nous  remet  devant  les  yeux  et  que  nous 
serions  désormais  impardonnables  de  ne  pas  suivre.  Ce  premier  volume 
est  plein  d'intérêt,  d'enseignements.  Bien  que  la  guerre  y  soit  consi- 
dérée dans  ses  problèmes  les  plus  élevés,  il  se  lit  couramment,  sans 
efforts,  et  demeure  par  là  même  aussi  bien  à  la  portée  des  militaires 
que  des  gens  qui  ne  sont  pas  du  métier  proprement  dit.  Il  indique  à 
tous  comment  se  fait^  comment  doit  se  faire  la  guerre  aujourd'hui;  sa 
portée  est  considérable  :  il  est  un  de  ces  ouvrages  qui  marquent,  dans 
une  littérature,  en  dehors  de  leur  sphère  spéciale. 

3.  —  A  un  degré  inférieur  du  précédent  travail,  mais  pas  bien  loin,  se 
placent  les  deux  volumes  du  colonel  Langlois  sur  l'Artillerie  de  cam- 
pagne en  liaison  avec  les  autres  armes.  L'artillerie,  qui  fut  longtemps  un 
hors-d'œuvre  parmi  les  combattants,  a  fait  un  chemin  considérable  depuis 
Gribeauval  et  elle  a  une  tendance  à  s'attribuer  aujourd'hui  une  part  pré- 
pondérante dans  la  bataille.  Sans  tomber  dans  cette  exagération,  il  y  a 
lieu  d'affirmer  que  l'artillerie,  en  raison  de  ses  progrès  récents,  est  de- 
venue un  élément  d'importance  capitale  dans  la  guerre  et  qu'il  convient 
au  plus  haut  point  de  l'employer  d'après  des  principesjudicieux  et  fixes. 
Mais  faut-il  attendre,  pour  choisir  des  principes,  que  la  guerre  les  ait 
consacrés?  Oui,  en  ce  sens  que  la  guerre  d'hier  doit  suggérer  des  motifs 
pour  établir  la  tactique  de  demain  ;  mais  aujourd'hui  surtout,  avec  les 
progrès  constants,  rapides,  effectués  dans  l'armement,  le  matériel  de 
toute  sorte  dont  disposent  les  armées,  ne  pas  chercher  à  découvrir,  dès 
le  temps  de  paix,  les  modifications  à  la  tactique  d'hier  qui  deviendront 
décisives  dans  la  bataille  de  demain,  serait  agir  d'une  façon  erronée 
en  sacrifiant  aux  lois  d'une  expérience  aveugle  celles  d'une  logique  ra- 
tionnelle et  éclairée.  La  tactique,  écrit  à  ce  sujet  le  colonel  Langlois,  île 
s'improvise  pas  au  cours  de  la  guerre,  elle  se  prépare  de  longue  main 
par  une  instruction  poussée  dans  un  sens  parfaitement  déterminé  ;  le 
jour  de  la  bataille,  les  troupes  exécuteront  ce  qu'on  leur  aura  enseigné; 
il  ne  sera  plus  temps  de  leur  enseigner  autre  chose.  On  doit  donc  arri- 


—  40  — 

ver  devant  l'ennemi  avec  une  tactique  ferme,  connue  de  Ions,  appliquée 
par  tons  sans  hésitation.  Le  travail  du  colonel  Langlois  comprend  six 
parties  qui  résument  très  heureusement  la  situation  et  le  rôle  de  l'artil- 
lerie dans  la  guerre  contemporaine.  L'écrivain  étudie  d'abord  les  moyens 
d'action  et  les  effets  de  l'artillerie  de  campagne  actuelle,  et  il  étaie  ses 
raisonnements  sur  quelques  laits  historiques  récents;  il  passe  ensuite 
au  mode  d'emploi  tactique  de  l'artillerie  à  obus  à  balles,  discute  l'in- 
fluence des  engins  nouveaux,  obus-torpille,  obus-fougasse,  spreng-grana- 
teti,  etc.,  développe  le  rôle  de  l'artillerie  dans  le  combat  des  unités 
isolées^  et  termine  par  l'étude  de  la  préparation  de  l'artillerie  à  la  guerre. 
Comme  le  livre  du  colonel  Maillard,  l'ouvrage  du  colonel  Langlois, 
malgré  sa  spécialité,  est  d'une  lecture  facile,  abordable  à  tous,  rempli  de 
données  intéressantes,  de  renseignements  peu  connus  qui,  pour  bien  des 
gens,  seront  autant  de  révélations.  Sa  lecture  s'impose  à  tous  les  mili- 
taires et  se  recommande  à  quiconque  veut  avoir  une  idée  de  l'emploi 
de  l'artillerie  dans  la  guerre  moderne, 

4-.  —  C'est  encore  de  la  tactique  que  nous  voyons  traitée  par  M.  P.  P. 
dans  sou  travail  intitulé  :  Solutions  de  douze  sujets  tactiques  donnés  aux 
examens  d'entrée  à  l'Ecole  supérieure  de  guerre.  L'ouvrage,  d'une  en- 
vergure modeste,  est  plein  d'utilité.  Sans  doute  il  a  été  écrit  unique- 
ment pour  les  officiers  de  l'armée,  mais,  en  dehors  même  des  candi- 
dats à  l'École  de  guerre,  les  lieutenants  et  capitaines  proposés  pour 
l'avancement  y  trouveront  des  indications  pour  la  rédaction  de  leur 
composition  militaire, 

5.  —  Est-il  vraiment  nécessaire  de  changer  le  règlement  actuel  des 
manœuvres  de  l'infanterie?  Nous  ne  le  croyons  pas.  Assurément,  il  peut 
y  avoir,  dans  la  théorie  actuelle,  quelques  principes  que  la  poudre  sans 
fumée  a  modifiés  ;  mais ,  de  là  à  jeter  le  règlement  de  1889  aux 
orties,  il  y  a  loin.  Les  études  du  général  Clément  sur  la  poudre  Vieille  et 
les  très  remarquables  considérations  du  général  Phileberl  sur  les  ma- 
nœuvres de  1889,  ne  concluent  pas  dans  un  sens  aussi  radical  que  l'iû- 
sinuc  l'auleur  du  petit  traité  intitulé  :  Ce  que  doit  être  le  nouveau 
règlement  des  manœuvres  de  l'infanterie  française.  Et  en  fait  de  rè- 
glements nous  sommes  de  l'avis  du  général  DragomiroS  que  :  «  Tous  les 
règlements  sont  bons,  quand  on  sait  les  appliquer  judicieusement.  » 
Nous  avons  constaté  plus  haut  que  telle  était  aussi  l'opinion  du  colonel 
Maillard.  Bien  que  nous  ne  partagions  pas  la  manière  de  voir  développée 
dans  la  brochure  dont  nous  inscrivons  ici  le  litre,  nous  n'en  recomman- 
dons pas  moins  sa  lecture  aux  officiers,  comme  étant  l'œ-uvre  d'un  écri- 
vain consciencieux,  qui  nous  paraît  seulement  avoir  dépassé  un  but  excel- 
lent. 

6.  —  Le  colonel  Orlus  dans  sa  brochure  :  Lcbel  contre  Mannlicher  et 
Vctlcrli,  étudie,  comme  l'écrivain  anonyme  que  nous  venons  de  voir, 


—  41  — 

quelles  sont  les  modifications  à  apporter  aux  règlemenls  sur  le  tir  depuis 
que  l'adoption  d'une  arme  à  petit  calibre  est  devenue  générale  dans  les 
armées  européennes.  La  compétence  de  l'auteur  lui  a  suggéré  des  argu- 
ments dont  tous  nos  officiers  feront  bien  de  tenir  compte,  mais  nous 
rappelons  ici  ce  que  nous  disions  à  propos  d'un  livre  précédent  :  «  Mo- 
difions le  moins  possible  le  fond  de  nos  règlements;  sachons  les  adapter 
aux  exigences  d'une  tactique  nouvelle.  »  La  partie  inattaquable  de 
cette  brochure  est  la  comparaison  entre  les  trois  fusils  français,  austro- 
allemand  et  italien  :  elle  est  consolante  pour  nous,  puisqu'elle  nous  dé- 
montre la  supériorité  de  l'arme  dont  est  dotée  notre  infanterie.  Petit  livre 
sur  une  question  toute  spéciale,  mais  d'un  intérêt  très  réel,  écrit  avec 
une  grande  compétence  et  une  possession  absolue  du  sujet. 

7.  —  Beaucoup  moins  instructif  est  le  volume  du  comte  de  Coligny 
sur  la  façon  de  faire  soutenir  la  cavalerie  par  des  fantassins.  La  plupart 
des  citations  de  l'auteur  nous  paraissent  caduques.  Comme  nous  le 
disions  avec  le  colonel  Maillard,  Napoléon  a  appliqué  les  principes 
d'Alexandre  et  de  César,  mais  vouloir  emprunter  à  Agésilas  et  à  Xan- 
tippe  des  procédés  de  détail  qui  avaient  jadis  leur  valeur,  nous  paraîtrait 
une  résurrection  dangereuse  dans  la  lactique  moderne.  Le  général  de 
Gallifet  est,  on  le  sait,  l'adversaire  acharné  d'une  façon  de  faire  qui  en- 
lèverait sa  mobilité  et  son  indépendance  à  la  cavalerie  pour  arriver  à  un 
résultat  douteux  :  nous  sommes  entièrement  de  son  avis. 

8.  —  Avec  le  livre  du  commandant  Grandin,  les  Prussiens  en  France 
en  1792,  nous  quittons  le  domaine  de  la  tactique  pure  pour  entrer 
dans  celui  de  l'histoire  militaire.  Longwy,  Verdun,  Thionville,  Valray, 
telles  sont  les  grandes  divisions  du  travail,  cadres  distincts  dans  les- 
quels un  soldat,  qui  est  un  écrivain  de  talent,  nous  m.ontre,  à  côté  des 
premiers  faits  de  guerre  qui  marquèrent  les  débuts  de  la  Révolution,  les 
erreurs,  les  cruautés,  les  infamies  de  divers  genres  dont  nos  succès  aux 
frontières  ne  parvinrent  pas  à  atténuer  l'horreur.  Ces  pages  sont  écrites 
dans  un  esprit  chrétien  très  remarquable  et  un  souffle  de  patriotisme  vi- 
vifiant les  anime.  Ouvrage  à  répandre  et  que  nous  recommandons  spé- 
cialement pour  la  jeunesse,  qu'il  instruira,  moralisera  et  intéressera 
tout  à  la  fois. 

9.  —  Le  Général  Marceau  a  été  l'objet  de  bien  des  notices^  et  dans 
aucune  nous  n'avons  trouvé  jusqu'ici  un  portrait  fidèle  de  ce  jeune 
général  qui  mourut  assez  tôt  pour  qu'on  ne  sache  jamais  s'il  devait  être 
un  véritable  homme  de  guerre  ou  seulement  un  soldat  heureux.  La  nou- 
velle biographie  de  M.  Noël  Parfait  est  un  résumé  de  tout  ce  qui  a  été 
écrit  sur  Marceau,  complété  par  la  publication  de  diverses  pièces  iné- 
dites. Il  est  regrettable  qu'en  voulant  faire  de  son  héros  le  champion 
d'un  parti,  l'auteur  tombe  souvent  dans  une  partialité  évidente. 

10.  —  Moins  connu  du  grand  public  que  Marceau,  Lassalle  jouit  dans 


—  42  — 

l'armée,  cl  spécialement  dans  la  cavalerie  française,  d'une  répnlalion  non 
moins  bien  établie.  Sa  vie  militaire,  si  courte  et  si  glorieusement  remplie, 
ses  actes  extraordinaires  de  vigueur,  son  audace  toujours  couronnée  de 
succès,  sa  mort  en  plein  Irioraphe,  à  l'âge  de  trentre-qiiatre  ans,  en 
conduisant  les  dernières  charges  qui  devaient  décider  la  victoire  de  Wa- 
gram,  ont  entouré  sa  mémoire  d'un  prestige  sans  égal.  Il  fallait  donc 
s'attendre  à  voir  les  biographes  s'arrêter  de  préférence  sur  une  figure 
aussi  en  vue,  aussi  facile  à  mettre  en  relief.  Cependant  le  héros  de 
Stetlin  était  encore  à  attendre  l'écrivain  qui  fît  nettement  ressortir 
devant  la  postérité  ses  traits  accentués,  quand  M.  Robinet  de  Cléry  est 
venu  combler  une  véritable  lacune  dans  notre  histoire  militaire  en 
publiant  Fétude  dont  nous  donnons  ici  le  titre.  La  nouvelle  biographie 
de  Lasallc,  bourrée  de  documents,  la  plupart  inédits,  est  une  étude 
plus  littéraire  que  militaire,  mais  elle  trace  du  héros  un  portrait 
original  et  ressemblant,  plus  ressemblant  que  ne  l'avaient  été  tous  les 
précédents.  Nous  recommandons  ce  livre  non  seulement  aux  officiers 
de  cavalerie,  aux  bibliothèques  régimentaires,  mais  à  tous  ceux  qui 
veulent  connaître  l'une  des  physionomies  les  plus  sympathiques  des 
guerres  du  premier  Empire. 

11.  —  Le  Journal  du  canonnier  Bricard  dL^^arlienl  à  cette  catégorie  de 
Mémoires,  Mémoires  de  soldats,  dont  M.  Lorédan  Larchey  a  entrepris  la 
publication  et  dans  laquelle  il  nous  a  donné  déjà  les  Récits  des  captifs 
de  Baylen,  les  Cahiers  du  capitaine  Coignet,  enfin  le  Journal  du  ser- 
gent Fricasse.  A  une  époque  comme  la  nôtre,  où  l'on  cherche  dans  l'his- 
toire les  petits  côtés,  la  «  petite  bête,  »  des  ouvrages  du  genre  de  celui- 
ci  doivent  avoir  et  obtiennent  effectivement  du  succès.  Certaines  gens 
pensent  qu'en  d'autres  temps  des  livres  comme  celui-là  seraient  lus 
sans  intérêt.  Il  faut  pourtant  reconnaître  que  sous  ces  remarques  un  peu 
vulgaires,  dans  ces  détails  qui  frisent  souvent  la  trivialité,  il  y  a  par- 
fois de  véritables  enseignements.  Ces  sergents  à  quatre  brisquos,  qui 
eussent  été  souvent  bien  empêchés  d'écrire  leur  nom  sans  faute  d'or- 
thographe, étaient  parfois  de  grands  philosophes.  Et  puis,  en  his- 
toire, souvent  un  détail  infime  peut  expliquer  un  gros  événement,  et  c'est 
dans  les  souvenirs  de  ces  humbles,  qui  ne  pouvaient  compronilre, 
qui  ne  voyaient  que  des  détails,  qu'on  rencontre  ces  futilités  grosses 
souvent  de  révélations.  Le  Journal  du  canonnicr  Bricard  est  donc  un 
livre  intéressant,  d'une  lecture  non  pas  seulement  attrayante,  mais 
instructive  aussi  et  par  moments  très  empoignante.  Il  faut  bien  recon- 
naître cependant  qu'il  y  a  çà  et  là  des  détails  qui  empêchent  de  le 
mettre  aux  mains  des  jeunes  gens;  mais  l'historien  et  le  moraliste  le 
parcourront  avec  plaisir  et  profil. 

12.  —  De  Uricardau  général  Herbe  il  y  a  un  grand  pas.  L'un  raconte 
en  soldat  qui  ne  voit  guère  au  delà  de  ce  qr.i  se  passe  à  côté  de  sa  file, 


—  43  — 

l'autre  écrit  en  officier  qui  comprend  non  seulement  les  choses,  mais 
les  causes  de  bien  des  événements.  Français  el  Russes  en  Crimée  sont 
le  récit  vécu  de  cette  campagne  d'Orient  qui,  sinon  au  point  de  vue  de 
la  conduite  des  opérations,  tout  au  moins  au  point  de  vue  des  qualités 
natives  de  notre  soldat,  demeurera  une  des  plus  belles  pages  de 
notre  histoire  militaire.  On  y  suit  non  seulement  les  détails  mili- 
taires de  cette  lutte  acharnée  dans  laquelle  deux  peuples  faits  pour 
s'apprécier  et  s'aimer  turent  lancés  l'un  contre  l'autre  par  les  hasards 
d'une  politique  d'aventure,  mais  les  mille  péripéties  de  cette  longue  pé- 
riode de  souffrances  qu'eut  à  supporter  notre  armée  pour  faire  le  jeu  de 
nos  bons  ennemis  les  Anglais  contre  nos  alliés  naturels.  —  L'ou- 
vrage, semé  d'anecdotes,  de  confidences  intimes  (ce  sont  les  lettres 
du  général  Herbe,  alors  capitaine,  à  ses  parents),  est  d'un  intérêt 
très  vivant,,  empreint  d'un  chaud  patriotisme  et  rempli  de  ces  pensées 
morales  qui  se  trouvent  toujours  sous  la  plume  d'un  homme  de  cœur. 

d3.  —  La  Bataille  de  Lissa,  que  M.  Falk,  le  grand  éditeur  militaire 
de  Bruxelles,  vient  de  publier  à  part,  est  un  extrait  des  Luttes  de  VAu- 
triche  en  1866,  dont  trois  volumes,  si  nous  ne  nous  abusons,  ont  paru 
déjà  il  y  a  quelques  années.  Ce  récit  officiel  renferme  une  série  de  faits 
peu  connus  sur  la  grande  victoire  de  l'amiral  Tegetthoff.  Cet  anéantis- 
sement de  la  flotte  cuirassée  italienne  par  quelques  mauvais  navires  en 
bois  intrépidement  commandés  est  un  exemple  qu'en  dépit  des  per- 
fectionnements matériels  apportés  aux  engins  militaires,  les  qualités 
morales  conserveront  toujours  leur  suprématie  et  leur  prépondérance  sur 
le  champ  de  bataille. 

14.  —  Ces  qualités  morales,  —  si  le  maréchal  Bazaine  les  avait  pos- 
sédées en  1870,  —  eussent  contre-balancé  sans  doute  l'écrasante  supé- 
riorité qu'avaient  sur  nous  les  Allemands  dans  cette  guerre  maudite.  Mais 
que  pouvait  faire  notre  vaillante  armée,  dans  la  pénurie  où  elle  se  trouvait 
d'hommes,  de  canons,  de  matériel,  d'éléments  de  succès  de  toute  sorte, 
alors  qu'elle  était  commandée  par  le  chef  fatal  chez  qui  l'absence  de 
toutes  qualités  militaires  n'était  pas  compensée  par  cette  qualité  indis- 
pensable à  un  général  d'armée  :  le  caractère?  Les  Souvenirs  du  général 
Jarras,  rédigés  un  peu  comme  un  plaidoyer  personnel,  n'en  contiennent 
pas  moins  de  nouvelles  charges  écrasantes  contre  l'ancien  commandant 
en  chef  de  l'armée  du  Rhin,  charges  d'autant  plus  lourdes  que  le  livre 
est  écrit  avec  une  grande  modération  et  une  entière  possession  de  soi. 
Quand  le  général  Jarras  fut  appelé  en  1870  auprès  du  maréchal  Bazaine, 
il  n'était  point  un  inconnu  dans  l'armée,  et  sa  notoriété  comme  officier 
d'état-major  méritait  mieux  que  l'éloignement  systématique  dans  lequel 
le  tint  volontairement  son  nouveau  chef  pendant  toute  la  campagne. 
A  la  guerre,  le  succès  ne  peut  être  obtenu  qu'à  la  condition  d'une 
union  intime  entre  le  généralissime  qui  dirige  et  le  chet  d'étal-major 


—  44  — 

qui  règle  les  conditions  d'exécution.  Il  n'est  pas  possible  que  le  second 
ne  soit  pas  mis  entièrement  au  courant  des  projets  du  premier,  ou, 
dans  le  cas  contraire,  l'issue  des  opérations  s'en  ressent  forcément. 
Mais  cette  intimité  n'est  possible  qu'avec  un  chef  pénétré  de  ses  devoirs, 
uniquement  occupé  de  la  pensée  de  vaincre,  seulement  adonné  aux 
préoccupations  militaires  de  la  mise  en  œuvre  des  forces  qu'il  com- 
mande. Telle  n'était  pas  évidemment  la  situation  du  maréchal  Bazaine. 
Notoirement  inférieur,  au  point  de  vue  militaire,  à  la  tâche  écrasante 
qu'il  avait  assumée,  il  lui  déplaisait  d'avoir  un  témoin  journalier  de  ses 
faiblesses,  et,  dès  le  commencement  de  septembre,  des  projets  bientôt 
criminels  qu'il  méditait.  Il  s'isola  donc,  cherchant  perfidement  à  asso- 
cier à  ses  faiblesses  des  hommes  de  cœur  qui  ne  soupçonnaient,  qui 
n'osaient  soupçonner  l'abîme  vers  lequel  on  les  entraînait.  Les  Sou- 
venirs du  général  Jarras  n'éclairent  pas  d'un  jour  entièrement  nouveau 
cette  désastreuse  campagne  de  1B70,  mais  ils  grandissent  les  regrets 
qu'on  éprouvait  déjà  en  voyant  qu'avec  un  autre  chef  nous  eussions  pu, 
à  diverses  reprises,  ressaisir  la  victoire.  L'écrivain  s'est  borné  à  dire  ce 
qu'il  avait  vu  personnellement  ;  mais  bien  que,  comme  nous  le  disions 
tout  à  l'heure,  il  n'ait  pas  été  tenu  par  le  maréchal  à  la  place  qu'il  eût 
dû  occuper,  il  a  eu  connaissance  mieux  encore  de  bien  des  choses 
dont  le  récit  est  pénible  à  entendre  pour  un  Français.  L'ouvrage,  nous 
l'avons  dit  déjà,  est  écrit  avec  une  impartialité,  une  modération,  un 
accent  de  vérité,  qui  lui  devront  une  place  marquée  dans  la  bibliogra- 
phie militaire  de  la  guerre  de  1870. 

15,  IG.  —  L'Heure  suprême  à  Sedan,  de  M.  l'abbé  Lanusse,  et 
les  Charges  héroïques,  de  M.  Gustave  Bastard,  sont  consacrés  tous 
deux  au  récit  de  ces  grands  chocs  de  cavalerie  dans  lesquels,  suivant 
l'expression  du  sympathique  aumônier  de  Saint-Cyr,  «  les  soldats  de 
Margueritte,  de  Gallifet,  de  Bauffremont,  de  Dalincourt,  arrivés  au  pa- 
roxysme du  courage,  de  la  fièvre  de  mourir....  voulurent  au  moins 
sauver  l'honneur.  »  L'un  et  l'autre  de  ces  écrivains  se  sont  l'ait  con- 
naître déjà  par  des  livres  consacrés  à  notre  brave  armée  :  leurs  deux 
dornières  productions  ne  sont  point  inférieures  aux  précédentes.  Les 
Charges  héroïques,  de  Georges  Bastard,  écrites  par  un  chasseur 
d'Afrique,  contiennent  une  foule  de  ces  faits  inédits,  de  ces  faits  que 
seul  un  soldat  dans  le  rang  peut  voir  et  noter,  faits  dédaignés  par  les 
historiens  proprement  dits,  mais  qui  n'en  ont  pas  moins  leur  portée, 
leur  intérêt  et  leur  enseignement.  Ces  deux  ouvrages  sont  l'un  et  l'autre 
excellents  :  le  premier  plus  général,  le  second  plus  technique,  plus  mi- 
litaire, écrit  en  un  style  pittoresque  qui  en  rend  la  lecture  inlinimcnt 
attachante. 

17.  —  Les  Souvenirs  d'un  prisonnier  de  guerre  allemand  en  / 870, 
publiés  par  M.  Théodore  Funtanc,  un  de  ces  Prussiens  d'origine  française 


—  45  — 

chez  lesquels  on  trouve  un  sentiment  de  gallophobie  d'autant  plus 
outré  qu'il  s'y  mêle  la  honte  mal  dissimulée  de  la  trahison,  est  un  récit 
qui  a  pu  avoir  du  succès  en  Prusse,  mais  qui  sera  accueilli  en  France 
sans  doute  avec  froideur.  Ce  journaliste,  qui  profite  de  l'invasion  de  son 
ancienne  patrie  pour  venir  la  visiter  en  amateur,  le  cigare  aux  lèvres  et 
une  fleur  à  la  boutonnière,  ne  nous  est  nullement  sympathique.  Il  a  été 
fait  prisonnier,  considéré  comme  espion,  légèrement  malmené;  nous  ne 
le  plaignons  pas.  Autant  nous  avons  de  respect  pour  le  prisonnier  de 
guerre  qui  est  pris  sur  le  champ  de  bataille,  les  armes  à  la  main,  autant 
nous  nous  sentons  froid  vis-à-vis  de  ce  voyageur  d'origine  douteuse 
qui  cherche  à  nous  apitoyer  sur  ce  qu'il  appelle  ses  malheurs.  Que 
M.  Théodore  Fontane  se  contente  de  la  gloire  littéraire  qu'il  a  pu  acqué- 
rir parmi  ses  nouveaux  compatriotes  :  son  talent,  s'il  en  a,  est  aujour- 
d'hui trop  germanisé  pour  que  nous  l'appréciions  en  France. 

18.  —  Si  nous  sommes  un  peu  sévère  pour  le  livre  de  M.  Fontane, 
nous  serons  plus  indulgent  pour  les  Éludes  de  guerre  du  général 
Verdy  du  Vernois,  —  un  ancien  Français,  lui  aussi  ;  mais  celui-là, 
du  moins,  nous  l'avons  trouvé  luttant  contre  nous  en  1870,  les 
armes  à  la  main.  C'est  un  adversaire  déclaré  :  aussi  sommes-nous 
heureux  de  signaler  cette  publication,  dont  M.  le  capitaine  Monel,  le 
studieux  et  brillant  officier  de  l'état-major  du  3®  corps,  vient  de  nous 
donner  une  traduction  à  la  fois  élégante  et  fidèle.  Il  est  certain  que  si 
l'étude  des  guerres  passées  constitue  le  meilleur  cours  de  science  mili- 
taire possible,  c'est  surtout  celle  des  campagnes  récentes  qui  nous  four- 
nit des  exemples  salutaires.  De  plus,  pour  que  cette  étude  soit  réelle- 
ment profitable,  il  faut  qu'elle  soit  minutieuse,  très  détaillée,  et  c'est  là 
un  mérite  que  ne  saurait  offrir  une  histoire  d'ensemble,  embrassât-elle 
autant  de  volumes  que  la  relation  du  grand  état-major  prussien.  — 
Le  général  von  Verdy  du  Vernois,  ancien  ministre  de  la  guerre,  était 
tout  à  fait  en  situation  d'écrire  ce  livre  sur  les  débuts  de  la  guerre  de 
1870,  et  son  travail,  extrêmement  intéressant,  est  également  une  œuvre 
pleine  d'enseignements.  Effectivement,  l'éminent  écrivain  militaire  ne 
se  contente  pas  d'exposer  les  faits  avec  une  clarté  et  une  précision  qui 
sont  les  premières  qualités  d'un  livre  de  tactique  :  il  étudie  aussi  les 
faits,  les  compare,  les  juge  et  en  fait  ressortir  l'enseignement  avec 
une  logique  très  sûre.  Au  point  de  vue  militaire,  les  remarques  dont 
nous  pourrons  tirer  profit  pour  notre  instruction  tactique  sont  nom- 
breuses. Ainsi^  par  exemple,  le  général  du  Vernois  remarque  qu'en 
1870  nous  faisions  souvent  des  reconnaissances  avec  des  forces  considé- 
rables, quand  une  simple  patrouille  aurait  suffi  pour  atteindre  le  même 
but.  Évidemment,  si  la  pensée  du  chef  français  était  de  faire  faire  une 
marche  d'entraînement  à  sa  troupe,  il  n'y  a  rien  à  dire  à  son  système  ; 
mais  si  son  but  était  de  «  reconnaître,  »  il  était  inopportun  de  se  livrer 


-   46  — 

à  an  déploiement  de  forces  excessif,  de  se  servir  d'une  Iroiipe  considérable 
qui  ne  pouvait  cacher  aucun  de  ses  mouvements  à  l'ennemi,  et  qui  la 
fatiguait  inutilement  sans  mieux  voir  qu'une  escouade.  Pleines  d'ensei- 
gnement aussi  sont  les  remarques  à  propos  de  la  circonspection  avec 
laquelle  un  général  en  chef  doit  accueillir  les  divers  renseignements 
qui  lui  sont  adressés  sur  la  position  et  les  mouvements  présumés  de 
l'ennemi,  snr  la  nécessité  de  corroborer  ces  renseignements  par  des  avis 
recueillis  de  sources  diverses,  sur  l'utilité  de  les  comparer  avant  de 
prendre  une  décision.  La  prudence,  en  ces  circonstances,  n'est  pas  de 
l'irrésolution,  et  les  minutes  alors  employées  en  plus  sont  généralement 
rattrapées  par  la  plus  grande  somme  de  résultats  obtenus.  Le  général 
von  Yerdy,  avec  une  impartialité  dans  laquelle  nous  retrouvons  le  vieux 
fond  du  sang  français  qui  coule  dans  ses  veines,  ne  signale  pas  seule- 
ment les  fautes  que  nous  avons  commises  en  4870,  il  met  également  en 
lumière  celles  de  l'armée  allemande  et  ne  lui  marchande  pas  les  criti- 
ques. Cette  façon  d'agir  donne  une  autorité  nouvelle  à  ses  assertions. 
En  somme,  les  deux  fascicules  des  Études  de  guerre^  que  publie  la 
librairie  Westhausser,  méritent  d'êlre  accueillis  avec  une  faveur  particu- 
lière par  nos  officiers,  auxquels  ils  s'adressent  spécialement.  Dans  la 
masse  des  hors-d'œuvre  militaires  qui  sont  journellement  publiés,  ces 
deux  volumes  surnagent  comme  un  travail  essentiellement  pratique  et 
utile. 

19,  20,  21.  —  Les  ouvrages  que  nous  venons  d'éUidier  sont  consacrés 
à  des  épisodes  militaires  dans  lesquels  la  plupart  des  écrivains  ont  été 
acteurs.  Avec  la  Guerre  franco-allemande  de  i 8  70- i 871,  le  Précis 
historique  des  campagnes  modernes,  l'Étude  sommaire  des  campagnes 
d'un  siècle  (1813  à  1877),  nous  revenons  à  des  ouvrages  didactiques 
dans  lesquels  M.  le  capitaine  Romagny,  ancien  professeur  d'histoire  à 
Saint-Maixenl,  a  essayé  d'exposer  sommairement  les  événements  des 
grandes  campagnes  contemporaines  et  d'en  extraire  les  enseignements 
militaires  qui  en  découlent. 

La  Guerre  franco-allemande  de  1870-1871  est  \\n  récit  sobre, 
concis,  clair,  un  sommaire  suffisamment  étofle  que  liront  avec  plaisir  les 
jeunes  gens  qui  voudront  se  rendre  compte  de  ce  que  hit  la  guerre  de 
1870,  et  qui  n'ont  ni  lejloisir  ni  le  courage  de  parcourir  de  volumineux 
ouvrages  comme  le  récit  du  grand  élal-major  allemand,  ou  même  les 
quatre  volumes  du  colonel  Lecomte.  Le  capitaine  Homagny  déclare 
n'avoir  pas  voulu  s'ingénier  à  contester  nos  défaites,  à  dissimuler  nos 
défaillances,  ni  à  ilaller  hors  de  propos  l'amour-projjre  national,  et  il 
en  donne  une  raison  fort  juste.  Contester,  dit-il,  l'étendue  du  désastre 
ou  déprécier  sans  raison  le  vainqueur,  serait  peu  nous  estimer  et  mal 
nous  juger  en  présence  d'un  Iraité  aussi  dur  que  celui  de  Franclorl. 
Le  capitaine  n'est  ni  doclrmal,  ni  apologétique,  ni  agressif.  11  s'attache 


à  des  faits  notoirement  authentiques,  il  en  recherche  les  causes  ou  les 
origines,  en  étudie  le  développeaienl,  constate  le  résultat  et  déduit  l'en- 
seignement à  tirer  des  leçons  subies,  tout  cela  sans  se  soucier  de  mé- 
nager ou  d'aduler  les  personnes  quelconques  mises  en  jeu.  Et  il  a 
raison.  L'intérêt  supérieur  de  la  patrie  doit  primer  tous  les  autres. 
Les  Sujets  de  réflexion  dont  l'écrivain  a  fait  suivre  chaque  chapitre, 
et  qui  ne  sont  autre  chose  que  le  résumé  des  enseignements  contenus 
dans  les  événements  qu'il  vient  de  raconter,  faciliteront  aux  jeunes  offi- 
ciers et  à  tous  les  lecteurs  en  général  la  lecture  de  l'ouvrage,  en  leur 
mettant  sous  les  yeux,  nettement  souligné,  ce  qu'ils  doivent  retenir  de 
leur  lecture. 

Le  Précis  historique  des  campagnes  modernes  est  un  résumé  des 
campagnes  principales  de  1648  jusqu'à  nos  jours,  qui  serait  trop  écourlé 
pour  étudier,  même  sommairement,  les  événements,  mais  qui  servira 
d'utile  mémento  à  des  candidats,  la  veille  d'un  examen  sur  l'histoire 
militaire.  A  ce  titre,  cet  ouvrage  rendra  de  véritables  services.  —  Quant 
aux  six  petits  volumes  qu'a  consacrés  M.  Romagny  aux  campagnes  de 
1813  à  1877  et  qu'il  a  réunis  sous  le  titre  général  à.  Élude  sommaire  dey. 
campagnes  d'un  siècle,  ils  ont  été  écrits  dans  le  même  esprit  et  dans 
la  même  méthode  que  la  Guerre  de  1 870-i 811 ,  méthode  à  la  fois  dé- 
monstrative et  didactique,  suivant  laquelle  le  maître,  après  avoir  exposé 
les  faits,  en  extrait  les  enseignements. 

Les  trois  ouvrages  que  nous  venons  d'étudier  ont  été  écrits  spéciale- 
ment pour  les  sous-ofïiciers  candidats  aux  écoles  militaires;  mais  ils 
feraient  très  bonne  figure  entre  les  mains  des  élèves  de  nos  collèges 
divers  et  entre  celles  de  bien  des  gens  curieux  de  connaître  notre  his- 
toire militaire. 

22.  —  L'histoire  militaire,  nous  venons  de  le  dire,  nous  fournit  les 
principes  qui  nous  permettront  de  former  des  officiers  manœuvriers,  de 
faire  la  guerre  d'une  façon  logique  et  en  mettant  à  profit  les  leçons  de 
l'expérience.  Elle  nous  apprend  en  outre  à  connaître  les  hommes  qui 
ont  brillé  aux  armées  par  ces  qualités  morales  qui  ont  une  si  grande  in- 
fluence sur  les  événements  :  elle  nous  les  fait  aimer,  elle  nous  invite  à 
les  imiter.  A  ce  sujet,  nous  ne  saurions  trop  recommander  le  livre  du 
général  Thoumas  :  Les  Vertus  guerrières.  Ce  n'est  point  là  un  aride 
traité  de  morale;  une  exposition  théorique  des  vertus  que  doit  posséder 
le  soldat  pour  être  véritablement  un  serviteur  exemplaire  de  Dieu  et  de 
la  patrie.  M.  le  général  ïuoumas  procède  autrement.  Grâce  à  son  im- 
mense lecture,  grâce  à  une  mémoire  étonnante,  l'auteur  des  7ra«s/br- 
mations  de  l'armée  française  met  sous  les  yeux  du  lecteur  des  vertus 
pratiquées,  et  conclut  que  puisque  nos  pères  nous  ont  donné  de  tels 
exemples,  leurs  fils  sont  capables  de  les  imiter.  Il  ne  nous  faut  pour  cela 
que  du  bon  vouloir,  une  forte  éducation  ;  nous  ajouterons  une  éducation 


—  48  — 

chrélienne.  L'ouvrage  est  bourré  d'exemples  ;  à  vrai  dire,  ce  n'est  guère 
qu'une  réunion  d'exemples  d'un  haut  intérêt,  d'un  puissant  enseigne- 
ment. C'est  en  montrant  à  nos  enfants  l'audace  d'un  Lassalle  et  d'un 
Lecourbe,  le  dévouement  du  sapeur  Vallée  au  siège  de  Dantzig,  du  gre- 
nadier Guillemain,  du  canonnier  Levillain  au  siège  de  Sébaslopol,  l'hé- 
roïsme d'Éblé  à  la  Bérésina,  de  Barbenègre  à  Huningue,  elc,  etc.,  que 
nos  enfants  apprendront,  bien  mieux  que  de  toute  autre  façon,  de 
quelle  manière  un  soldat  doit  être  audacieux,  dévoué,  héroïque.  — 
Livre  à  propager. 

23.  —  La  quatrième  série  des  Causeries  militaires  du  général  Thou- 
mas  sera,  comme  les  précédentes,  accueillie  avec  faveur.  Celte  histoire 
militaire,  par  chapitres  détachés  qui  n'ont  entre  eux  souvent  aucun  rap- 
port, est  d'une  lecture  facile  :  c'est  l'instruction  à  petite  dose,  coupée 
par  tranches,  la  seule  que  puisse  prendre  une  grande  partie  de  la  société 
affairée  de  notre  époque.  Nombre  de  ces  articles  sont  des  bibliographies 
délivres  parus  récemment;  mais  tout  est  bon  au  général  pour  mettre 
en  lumière  une  science  d'historien  et  un  talent  d'écrivain  très  person- 
nels et  très  remarquables. 

24.  —  D'une  portée  moindre,  mais  ayant  bien  aussi  sa  valeur  morale, 
est  le  livre  du  capitaine  Choppin  :  Trente  ans  de  la  vie  militaire.  A  une 
époque  où  la  vie  militaire  n'est  plus  guère  décrite  que  par  d'anciens 
engagés  conditionnels,  le  volume  du  capitaine  Choppin  sera  lu  avec 
intérêt  et  profit,  comme  une  œuvre  consciencieuse  et  véritablement 
vécue.  L'auteur,  un  type  de  soldat  au  plus  juste  sens  du  mol,  a  vu  cer- 
tainement les  mauvais  côtés  du  métier,  et  il  a  été  payé  lui-même  pour 
savoir  que  l'avancement  n'est  pas  toujours  donné  au  vrai  mérite  ;  n'im- 
porte, il  n'a  pas  voulu  voir  les  misères  d'une  carrière  qui  en  enferme 
de  grandes;  il  n'a  pensé  qu'aux  journées  joyeuses  ou  aux  journées 
tristes  que  coloraient  néanmoins  de  leur  reflet  glorieux  ces  vertus  du 
soldat  qu'on  appelle  le  désintéressement,  la  discipline,  l'endurance. 
Écrit  avec  verve,  en  troupier  autant  qu'en  homme  du  métier,  ce  petit 
livre  est,  dans  sa  forme  humoristique,  un  véritable  traité  de  morale  mi- 
litaire; nous  voudrions  le  voir  répandu,  mis  aux  mains  de  notre  jeu- 
nesse. Nos  futurs  soldats  verraient  là  que  nos  sous-offs  ne  sont  guère 
ceux  que  nous  a  dépeints,  dans  un  livre  tristement  célèbre,  un  pam- 
phlétaire qui  avait  voulu  n'envisager  dans  nos  modestes  cl  vaillants 
sous-otiiciers  que  des  souteneurs  et  de  vulgaires  escrocs. 

2.").  —  Après  If'S  moralistes  à  barbe  blanche,  passons  aux  moralistes 
sans  barbe.  Le  droit  de  donner  des  conseils  est  généralement  l'apanage 
delà  vieillesse,  et  telle  maxime  n'a  souvent  de  mérite  que  pour  avoir  été 
prononcée  par  une  bouche  édentée.  Il  faut  pourtant  convenir  que  l'expé- 
rience ne  s'acfjuiert  pas  toujours  avec  le  nombre  des  années,  et  que 
l'observalion,  la  gravité,   se    montrent  souvent  à  un  degré  supérieur 


—  49  — 

chez  des  hommes  que  leur  âge  ferait  pliilôl  ranger  parmi  les  élèves 
que  parmi  les  maîtres.  Celle  réflexion  nous  vient  à  l'esprit  en  tournant 
le  dernier  feuillet  d'un  petit  livre,  modeste  dans  sa  forme,  mais  d'une 
portée  très  élevée,  qu'un  jeune  officier  de  noire  armée  vient  de  publier 
à  l'adresse  de  ses  frères  d'armes.  L'aiilenr,  qui  porte  un  nom  dont  le 
souvenir  est  encore  tout  vivant  dans  l'armée,  s'adresse  à  celte  classe  de 
jeunes  hommes  auxquels  les  nécessités  delà  vie,  plus  encore  que  leur 
mérite,  font  attribuer  au  bout  de  six  mois,  d'un  an  de  service,  les  ga- 
lons de  caporal  ou  de  sergent,  de  brigadier  ou  de  maréchal  des  logis, 
avant,  bien  souvent,  qu'une  éducation  convenable  ait  pu  les  élever 
moralement  à  la  hauteur  de  leurs  fonctions.  L'écrivain  leur  dit  ce  qu'ils 
doivent  êlre  ;  il  leur  montre  comment  un  chef  doit  imposer  son  autorité, 
donner  l'exemple,  conserver  toujours  devant  ses  snbordonnés  une  alti- 
tude irréprochable  ;  il  leur  indique  la  façon  d'inspirer  la  confiance,  le 
moyen  de  faire  preuve  d'une  réelle  supériorité  intellectuelle  ou  morale; 
il  leur  enseigne  dans  qnel  sens  ou  doit  entendre  la  fermeté,  la  paternité; 
il  leur  fait  sentir  la  nécessité  d'étudier  le  caractère  du  soldat  ;  il  leur  fait 
comprendre  ce  qu'est  le  droit  de  punir,  la  manière  dont  ce  droit  doit 
être  entendu,  pratiqué.  Les  Conseils  à  un  jeune  gradé,  du  lieutenant  de 
Cissey,  s'adressent  à  des  sons-officiers,  mais  leur  portée  va  beaucoup 
plus  loin.  Il  y  a  dans  ces  quelques  pages  un  traité  de  morale  qui  sera  lu 
avec  fruit  par  quiconque  détient,  dans  l'armée,  une  parcelle  quel- 
conque d'autorité;  car  la  morale  est  essentiellement  une  et  il  n'y  en  a 
pas  de  spéciale  suivant  le  nombre  des  galons.  Il  serait  utile  que  ce  caté- 
chisme franchît  les  limites  de  la  caserne  :  il  ferait  bonne  figure  dans 
nos  établissements  scolaires,  où  trop  souvent  l'éducation  morale  est  né- 
gligée. C'est  en  entretenant  dès  le  premier  âge  nos  entants  d'idées 
élevées  que  nous  les  préparons  à  êlre,  à  la  caserne,  de  bons  soldats,  et 
dans  la  vie  des  citoyens  honnêtes. 

56.  —  Pins  modeste  que  le  livre  du  lieutenant  de  Cissey,  la  petite 
brochure  du  capitaine  Coquinet,  Traité  d'éducation  du  soldat,  rendra 
des  services  à  la  caserne  et  dans  les  écoles  primaires  où  un  maître  intel- 
ligent aura  l'idée  de  les  lire  à  ses  élèves.  Ces  pages,  simples  d'allure  et 
de  forme,  sont  écrites  pour  des  soldats,  des  paysans,  et  Ton  y  nomme 
les  choses  par  leur  nom.  J'appelle  un  chat  un  chat....  C'est  bien  là  le 
ton  qu'il  fallait  dans  un  traité  de  ce  genre.  Sobres,  bonrrés  de  principes 
excellents,  empreints  d'un  patriotisme  éclairé,  ces  entretiens  méritent 
d'être  accueillis  avec  faveur.  Ils  rendront  des  services  à  plus  d'nu  capi- 
taine ponr  cette  éducation  morale  sur  la  nécessité  de  laquelle  le  Service 
intérieur  n'insiste  pas  assez. 

27. — L'Armée  française  à  travers  les  âges,  de  M.  Jablonsky,  peut  être, 
par  un  côté,  rapproché  des  quatre  derniers  ouvrages  dont  nous  venons  de 
parler.  Si  l'écrivain  ne  s'est  pas  arrêté  à  nous  retracer  la  morale  dans  les 
Janvier  1893.  T.  LXVII.  i. 


—  50  — 

individus,  il  nous  parle  de  celle  qu'eufermenl  les  institulions  :  il  nous 
dépeint  le  passé  qui  fit  la  France  grande,  pour  nous  tracer  la  voie  qui 
lui  rendra  sa  prépondérance  dans  l'avenir.  Nous  en  voulons  un  peu  à 
l'auteur  de  laisser  croire  que  personne  avant  lui  n'avait  abordé  le  sujet 
qu'il  traite,  de  faire  table  rase  notamment  du  P.  Daniel;  d'Audoin  et  de 
Bon  tarie,  qu'il  a  cependant  très  probablement  consultés.  Cette  réserve 
faite,  nous  sommes  heureux  de  dire  que  son  livre  est  intéressant  et  qu'il 
a  fait  œuvre  salutaire  et  patriotique  en  le  publiant.  L'ouvrage  de 
M.  Jablonsky  se  compose  de  trois  gros  volumes  dans  lesquels  l'histoire 
de  nos  institutions  militaires  est  étudiée  consciencieusemeut  depuis 
l'origine  jusqu'à  nos  jours,  avec  une  abondance  de  détails  peut-être 
exagérée  en  ce  qui  concerne  la  période  contemporaine.  L'ouvrage  a 
cet  avantage  sur  ceux  que  nous  citions  tout  à  l'heure  —  le  P.  Daniel, 
Audoin,  Boutaric,  Monlzey,  etc.  —  qu'il  les  renferme  tous  et  que  sa 
lecture  attentive  donnera,  à  quiconque  l'aura  menée  à  bonne  fin,  une 
idée  générale  très  nette  non  seulement  de  notre  système  militaire  depuis 
les  origines,  mais  de  la  constitution  générale  de  notre  nationalité,  puis- 
qu'en  somme  c'est  la  puissance  militaire  qui  a  été  la  base  de  notre  orga- 
nisation sociale.  Le  livre  de  M.  Jablonsky  a  nécessité  un  grand  travail, 
de  minutieuses  recherches,  en  dehors  des  guides  qu'il  a  suivis. 
Celte  étude  du  passé  sera  salutaire,  puisqu'elle  enseignera,  par  l'exem- 
ple, comment  doit  agir  une  nation  pour  être  et  pour  demeurer  grande. 
L Armée  française  à  travers  les  âges  est  d'ailleurs  écrit  avec  un  amour 
de  la  tradition  qui  fait  honneur  à  M.  Jablonsky  et  qui  recommande 
chaleureusement  son  livre  :  «  La  glorieuse  épée  de  la  France,  dit 
l'auteur,  s'est  forgée  daus  les  temps  antiques,  et  ceux-là  sont  des 
ingrats  qui,  dans  la  prospérité  présente,  oublient  la  source  de  leur  for- 
lune.  Or,  nos  biens  les  plus  chers,  à  qui  les  devons-nous,  sinon  à  nos 
a'ieux  ?  Soyons  donc  grands  par  le  respect  de  nos  grandes  traditions  : 
si  nous  oublions  le  passé,  nous  succomberons  sans  retour.  »  L'ouvrage 
est  de  ceux  que  l'on  doit  vulgariser  le  plus  possible  à  l'école  comme  à 
la  caserne.  Sa  lecture  esta  la  fois  intéressante,  instructive  et  fortifiante. 
28.  —  Quittons  maintenant  le  domaine  de  l'histoire  et  des  grands  en- 
seignements qu'elle  renferme,  pour  arriver  à  une  science  non  moins  in- 
téressante, mais,  hélas!  beaucoup  plus  aride  :  l'administration  militaire. 
Dans  cette  branche,  nous  citerons  tout  d'abord  le  Manuel  d'adminis- 
tration et  de  comptabilité  de  M.  Mangin,  que  vient  de  publier  la 
librairie  Berger-Levrault.  La  prodigieuse  fécondité  des  bureaux  de  la 
guerre  fait  le  désespoir  des  écrivains  militaires  qui  ont  entrepris  la  rude 
lâche  d'écrire  sur  l'adminislralion.  Le  Beaugé  de  1802  n'est  déjà  plus 
au  courant,  il  s'en  faut  de  beaucoup  ;  il  en  est  de  même  du  Chabannaud; 
jusqu'à  quand  le  manuel  du  lieutenant  Mangin  pourra-t-il  rendre  des  ser- 
vices? Nous  n'oserions  déterminer,  ici,  une  date  quelconque.  Il  est  vrai 


—  5i   — 

qu'il  y  a,  dans  ce  dernier  ouvrage,  toute  une  partie  fixe  qui  prolongera 
son  existence.  Il  est  cependant  remarquablement  composé,  ce  manuel  : 
très  clairement  écrit,  bien  divisé,  d'une  consultation  facile.  Il  rendra 
certainement  de  grands  services  dans  l'armée,  où  l'on  n'aura  plus  à  ache- 
ter nombre  de  documents  souvent  très  difficiles  à  trouver.  Il  doit  faire 
obligatoirement  partie  de  la  bibliothèque  du  sergent-major  ou  du  maré- 
chal des  logis  chef,  du  commandant  d'escadron,  de  batterie  ou  de  com- 
pagnie. Livre  indispensable  aux  comptables  militaires. 

29.  —  Le  Manuel  de  recrutement  de  M.  J.-V.-P.  Simon  traite  spécia- 
lement de  la  loi  du  15  juillet  1889  sur  le  recrutement  de  l'armée  et  ren- 
dra de  grands  services  à  bien  des  gens  que  l'application  de  ladite  loi 
rend  souvent  perplexes.  Après  une  introduction  dans  laquelle  l'auteur 
expose  à  grands  traits  le  caractère  et  le  principe  du  recrutement  moderne, 
M.  Simon  donne  la  loi  elle-même,  avec  tous  les  documents,  tableaux, 
annexes,  etc.,  qui  s'y  rattachent.  Nous  regretterons  qu'une  table  analy- 
tique méthodique  ne  facilite  pas  les  recherches  dans  ce  dédale  de  pièces 
dont  la  plupart  n'ont  avec  leur  voisine  qu'un  rapport  très  éloigné.  C'est 
là  une  lacune  qu'il  serait  facile  de  combler,  même  dans  l'édition  actuelle, 
et  qui  ajouterait  un  mérite  à  ceux  que  possède  déjà  ce  livre  utile. 

30.  —  Du  même  genre  que  le  précédent,  mais  plus  scientifique  au 
point  de  vue  du  droit,  d'une  valeurjuridique  très  supérieure,  est  l'œuvre 
de  M.  Daniel  Mérillon,  ancien  député  et  secrétaire  de  la  commission  de 
l'armée,  actuellement  substitut  du  procureur  général  près  la  cour  d'appel 
de  Paris  :  Commentaire  de  la  loi  militaire  du  15  juillet.  Nous  répéte- 
rions volontiers  à  propos  de  cet  ouvrage  les  éloges  que  nous  avons  donnés 
au  précédent,  en  ajoutant  qu'il  possède  cet  avantage  sur  son  devancier, 
que  bien  des  obscurités  de  la  loi  du  lo  juillet  sont,  là,  très  heureuse- 
ment éclaircies  et  que  sa  lecture  évite  une  foule  de  recherches  aussi 
arides  que  longues  et  minutieuses.  Qu'on  en  juge  :  M.  Mérillon  a  eu  l'idée 
heureuse  de  faire  précéder  son  livre  de  tous  les  décrets,  arrêtés,  ins- 
tructions, circulaires  ayant  trait  à  la  loi  qu'il  commente,  et  en  comptant 
ces  documents  on  arrive  au  chiffre  de  cinquante  et  un  !  Il  faut  avoir 
servi  quelque  temps  dans  un  état-major,  c'est-à-dire  s'être  trouvé  en 
butte  aux  s(jllicitations  des  multiples  catégories  d'individus  qu'atteint  la 
loi  du  15  juillet,  pour  comprendre  combien  la  majorité  de  la  population 
demeure  ignorante  des  plus  simples  principes  de  législation  militaire. 
Et  qu'on  ne  croie  pas  rencontrer  cette  ignorance  seulement  chez  de 
pauvres  maires  de  village  ou  des  agents  subalternes  de  l'administration. 
Hélas  !  non  ;  c'est  à  tous  les  degrés  que  l'on  trouve  des  gens  ne  se 
doutant  ni  de  leurs  obligations  personnelles  en  fait  de  recrutement  ni  de 
celles  que  leur  impose  leur  situation  administrative.  Que  de  lettres  reçues 
dans  les  corps  d'armée  ou  les  divisions,  dans  les  subdivisions  terri- 
toriales, portant  l'en-lête  Sénat  ou  Chambre  des  députés  et  contenant 


—  Sa- 
les demandes  les  plus  hétéroclites,  les  questions  les  plus  baroques  ! 
Assurément  si  tous  les  gens  qui  ont  besoin  de  lire  le  livre  de  M.  Méril- 
lon  achetaient  cet  ouvrage  pratique,  les  presses  de  Charles-Lavauzelle  ne 
suffiraient  pas  à  contenter  tout  le  monde.  Souhaitons  pourtant  voir  ré- 
pandre cet  ouvrage,  dont  la  lecture,  grâce  aux  commentaires,  est  relati- 
vement facile  et  intéressante. 

31.  —  Avec  VAgenda  de  mobilisation  nous  passons  aux  ouvrages 
purement  techniques  que  l'officier  n'est  pour  ainsi  dire  pas  libre  de  ne 
pas  posséder.  Extrait  du  Journal  de  mobilisation,  VAgmda  rappelle  au 
commandant  d'unités,  résumées  et  heureusement  groupées,  les  obliga- 
tions multiples  qui  lui  incomberont  le  jour  où  sa  compagnie  viendra  à 
être  mise  sur  le  pied  de  guerre.  Cet  agenda  comprend  deux  parties  :  la 
première  renferme,  outre  des  renseignements  généraux,  des  notes  par- 
ticulières sur  la  mobilisation  du"corps  et  sur  celle  de  l'unité  administra- 
tive. La  seconde  partie  contient  les  situations,  contrôles  et  états  divers, 
qui  doivent  être  tenus  dès  le  temps  de  paix  afin  de  permettre,  à  n'im- 
porte quelle  époque,  d'effectuer  rapidement  et  sûrement  les  diverses 
opérations  détaillées  dans  la  première  partie. 

|{2  et  33.  —  L'Aide-mémoii^e  de  Vofficier  d'infanterie  en  campagne 
et  Y  Aide-mémoire  de  Vofficier  d'état-major  en  campagne  sont  l'un  et 
l'autre  deux  manuels  excellents  que  chaque  officier  devrait  posséder 
(l'un  ou  l'autre,  suivant  qu'il  est  fantassin  ou  officier  d'état-major),  car 
ils  contiennent  tout  ce  qu'un  gradé  doit  connaître  à  la  guerre,  y  compris 
la  tactique  du  combat.  UAide-mémoire  de  Vofficier  d'infanterie  a  été 
composé  à  l'aide  de  tous  les  règlements  officiels  traitant  du  service; 
quant  à  V Aide-mémoire  de  Vofficier  d" état-major,  c'est,  comme  on  sait, 
une  publication  officielle  éditée  à  l'Imprimerie  nationale  et  pour  la  vente 
duquel  les  libraires  militaires  ne  servent  que  d'intermédiaires.  Ces  deux 
volumes  constituent  h  eux  seuls  une  bibliothèque  :  c'est  une  mine  de 
documeuts  et  de  renseignements  qu'on  rencontre  là  heureusement  con- 
densés el  réunis. 

3i.  —  Un  peu  du  même  genre  est,  en  ce  qui  concerne  les  prin- 
cipales armées  européennes,  l'ouvrage  du  colonel  Rau  :  État  militaire 
des  principales  puissances  étrangères  au  printemps  de  1 892.  On  nous 
a  beaucoup  reproché,  en  1870,  de  ne  pas  connaître  l'Allemagne,  et  le 
reproche  était  loudé.  Depuis  cette  époque  nous  avons  compris  qu'un  des 
premiers  moyens  d'être  supérieurs  à  nos  ennemis  était  de  n'ignorer  rien 
de  ce  qui  les  touche  et  nous  nous  sommes  mis  à  les  étudier  conscien- 
cieusement. Dc^  ouvrages  comme  celui  du  colonel  Rau  ont  puissamment 
contribue  à  cette  vulgarisation,  qui,  on  peut  l'affirmer,  est  aujourd'hui 
très  satisfaisante.  F^cril  à  l'aide  de  documents  empruntés  au  deuxième 
bureau  de  l'état-major  de  l'armée,  Vfitaf  militaire  des  principales  puis- 
sances  étrangères  —   aujourd'hui  à  sa  cinquième  édition   —  est  un 


—  53  — 

livre  bien  informé,  suffisamment  complet,  qui  nous  donne  non  seule- 
ment la  situation  militaire  de  l'Allemagne,  de  l'Angleterre,  de  l'Au- 
triche, de  la  Belgique,  de  l'Espagne,  de  l'Italie ,  de  la  Russie,  de  la 
Suisse,  mais  aussi  les  procédés  employés  par  ces  diverses  puissances 
pour  constituer  leur  organisation  militaire  et  la  f.içon  dont  elles  pas- 
seraient du  pied  de  paix  au  pied  de  guerre,  c'est-à-dire  leur  système  de 
mobilisation  et  d'organisation  d'armées  d'opérations. 

35.  —  L'ouvrage  que  vient  de  composer  sous  le  titre  :  U Amateur 
d'équitation,  M.  Peyremol,  sous-directeur  de  l'école  de  dressage  de 
Rûcheforl-sur-Mer,  sera  lu  avec  plaisir  et  profit  non  seulement  par  les 
gens  qui  ne  font  pas  de  l'équitation  un  métier,  mais  aussi  par  nombre 
d'officiers.  Ce  livre  n'est  point  un  traité  d'équitation  mathématique 
comme  celui  du  commandant  Bonnal,  ce  n'est  point  non  plus  un  ou- 
vrage élémentaire  :  il  suppose  au  lecteur  quelque  connaissance  du 
cheval,  il  ne  lui  attribue  pas  celle  d'un  écuyer.  M.  Peyremol  a  surtout 
essayé  de  mettre  au  jour  et  d'analyser  à  fond  certaines  questions  de  pra- 
tique dont  la  solution,  traitée  avec  une  simplicité  voulue,  donne  à  l'ou- 
vrage im  cachet  particulier  d'originalité.  Le  travail  au  trot,  par  exemple, 
qui  est  la  pierre  d'achoppement  de  tous  les  débutants,  a  été  pour  ainsi 
dire  disséqué  minutieusement  et  présenté  sous  une  forme  que  les  élèves 
apprécieront  mieux  que  personne.  L'Amateur  d'équitation  est  donc 
bien  un  Hvre  original  et  non  point,  comme  il  arrive  trop  souvent  dans 
ces  sortes  de  traités,  une  compilation  de  principes  empruntés  à  tous  les 
grands  auteurs  hippiques,  de  Pluvinel  au  comte  d'Aure.  M.  Peyremol 
place  le  débutant  en  face  de  la  difficulté  et  lui  apprend  à  la  surmonter 
par  tous  les  moyens  qui  se  trouvent  à  sa  portée.  L'ensemble  de  l'ouvrage 
constitue  un  cours  rédigé  de  telle  sorte  que  les  répétitions  dues  aux 
nombreux  renvois  du  texte  ou  aux  teintes  de  l'atlas  remplacent,  pour 
les  cavaliers  privés  de  professeur,  les  observations  qui  reviennent  si 
souvent  pendant  la  leçon  donnée  de  vive  voix.  Livre  d'une  utilité  cer- 
taine, surtout  quand  on  se  souviendra  qu'il  n'existe  dans  la  partie  que 
des  ouvrages  techniques,  tels  que  le  cours  d'équitation  de  Saumur,  des 
règlements  militaires,  et,  en  fait  d'équitation  civile,  que  des  travaux 
Iraitint  de  haute  école  et  de  dressage,  intelligibles  seulement  pour  des 
gens  possédant  déjà  à  fond  l'équitation. 

36.  —  L'infanterie  de  marine  est  mal  connue  en  France,  non  pas  au 
point  de  vue  historique,  mais  sous  le  rapport  législatif ,  organique  et 
administratif.  Il  nous  souvient  de  l'ahurissement  que  causèrent,  pen- 
dant l'exposition  dernière,  les  tirailleurs  sénégalais,  annamites  ou  ton- 
kinois, qui  montaient  la  garde  à  la  porte  des  palais  de  nos  pays  de  pro- 
tectorat, et  l'on  entendait  une  foule  de  gens  se  demander  :  «  Qu'est-ce 
que  c'est  que  ces  Chinois,  armés  du  fusil  Lebel?  »  M.  de  Singly  a  donc 
eu  une  excellente  idée  de  nous  faire  connaître  cette  armée  coloniale, 


—  54  - 

qui  grandit  au  fur  et  à  mesure  que  s'augmentent  nos  possessions 
d'outre-mer  et  qui,  non  moins  intéressante  que  notre  armée  continen- 
tale, est  beaucoup  plus  curieuse.  L'auteur  aborde  ici  toutes  les  questions 
relatives  au  recrutement,  aux  engagements  et  rengagements,  réserves, 
relève  des  troupes,  etc.  Autant  de  points  très  ignorés  même  des  mili- 
taires, en  France,  et  qui  méritent  d'être  vulgarisés.  Que  de  jeunes 
gens  avons-nous  vus  qui,  au  moment  de  s'engager  dans  l'infanterie  de 
marine,  auraient  bien  désiré  obtenir  quelques  renseignements  sur  le 
corps  objet  de  leurs  désirs,  mais  qui  étaient  fort  empêchés  pour  avoir, 
à  ce  sujet,  le  moindre  éclaircissement  !  Il  fallait  précédemment,  pour 
avoir  ces  renseignements,  franchir  le  seuil  peu  abordable  du  ministère 
de  la  nîarine,  et  beaucoup  hésitaient.  M.  de  Singly  abaisse  pour  les 
intéressés  une  barrière  épineuse.  L'ouvrage  se  termine  par  des  appen- 
dices historiques,  qui  le  complètent  sans  lui  enlever  son  caractère  admi- 
nistratif spécial. 

37.  —  La  colombophilie  militaire,  à  peu  près  inconnue  en  France 
avant  la  guerre  de  1870,  s'est  développée  depuis  vingt  ans  au  delà  de 
tout  ce  que  l'on  pouvait  attendre.  Elle  a  non  seulement  ses  adeptes,  ses 
concours,  mais  elle  possède  aussi  ses  journaux  et  sa  litlératiire.  C'est 
à  celte  dernière  qu'appartient  le  petit  livre  que  M.  Eugène  Gaustier, 
agrégé  des  sciences  naturelles  et  professeur  au  lycée  Biaise  Pascal,  vient 
de  publier  sous  le  titre  :  Les  Pigeons  xioyageurs  et  leur  emploi  à  la 
guen^e.  L'ouvrage  n'a  aucune  prétention  à  l'originalité.  L'auteur  s'est 
borné  à  résumer  des  renseignements  empruntés  çà  et  là  à  Dupuj  de 
PodiO;,  à  Gobin,  à  La  Perre  de  Roo,  et  aux  autres  colombophiles-écri- 
vains, qui  ont  publié  des  travaux  originaux  sur  la  matière.  Dans  son 
chapitre  sur  les  colombiers  militaires,  nous  signalerons  une  erreur  re- 
grettable. M.  Gaustier  affirme  qu'après  1870  le  gouvernement  ne  son- 
geait nullement  à  installer  un  colombier  militaire  et  que  ce  fut  seule- 
ment en  ^8  77  que  M.  La  Perre  de  Roo,  un  Belge,  «  parvint,  avec  des 
peines  infinies,  à  faire  accepter  le  don  patriotique  et  superbe  de  quatre 
cents  pigeons,  provenant  de  colombiers  célèbres....  Le  grand  triomphe  de 
M.  La  Perre  de  Roo  eut  pour  conséquence  la  i  onstruclion  en  1878.... 
d'un  premier  colombier  mo  lèle....  G'est  alors  qu'on  organisa,  sous 
la  direction  du  génie  militaire,  des  colombiers  mili! aires  dans  toutes 
les  places  fortes  du  Nord  et  de  l'Est.  "  Il  n'est  pas  permis  d'ignorer, 
quand  on  écrit  sur  les  colombiers  militaires,  que  la  première  «  ins- 
truction pour  l'installation  des  colombiers  militaires  »  date  du  15  oc- 
tobre 1875  et  qu'elle  fut  suivie  d'abord,  le  ">  avril  187G,  de  1'  «  instruc- 
tion sommaire  à  l'usage  des  directeurs  et  des  gardiens  de  colombiers 
militaires,  •»  puis  de  la  circulaire  du  l"  mai  1870.  Quand  iW.  La  Perre 
de  Roo  offrit  ses  pigeons  en  1877,  c'était  donc  lui  qui  retardait  et  non  pas 
nous.  Signalons  encore  plusieurs  petite?  erreurs  de  M.  Gaustier  dans  les 


réseaux  îles  colombiers  militaires  de  l'Europe.  C'est  ainsi  qu'il  ne  parle 
pas  du  colombier  de  Sébastopol,  créé  en  1889,  si  nos  souvenirs  sont 
exacts.  De  même  eu  Portugal,  le  colombier  de  Vedra-Novas  doit  être 
celui  de  Veadas-Novas.  Le  modèle  du  panier  à  transport  qu'il  donne 
n'est  plus  réglementaire  ;  l'ouverture  est  aujourd'hui  sur  le  côté,  ce  qui 
permet  d'empiler  les  paniers  les  uns  sur  les  autres,  tout  en  pouvant  en- 
fermer ou  mettre  les  pigeons  en  liberté. 

38.  —  Les  enseignements  abstraits  donnés  dans  les  écoles  militaires 
ne  porteraient  point  leur  fruit  si  les  théories  développées  entre  les 
murs  de  l'école  n'étaient  jamais  mises  en  pratique,  sur  le  terrain,  sous 
les  yeux  mêmes  des  élèves.  L'art  militaire  est,  en  effet,  de  tous  le  moins 
spéculatif;  il  tend  avant  tout  à  l'action,  au  mouvement.  L'Espagne  a  bien 
compris  cette  nécessité,  plus  grande  aujourd'hui  que  jamais,  de  possé- 
der des  officiers  praticiens,  et  c'est  en  conformité  de  cette  idée  que  les 
élèves  de  l'Académie  générale  militaire  de  Tolède  sont  appelés  chaque 
année,  à  la  lin  des  cours,  à  appliquer,  au  camp  de  Los  Alijares,  les  prin- 
cipes théoriques  qui,  pendant  l'année  écoulée,  leur  ont  été  développés 
ex  cathedra.  Le  réeiimé  des  travaux  de  toute  nature  :  fortification,  topo- 
graphie, service  en  campagne,  manœuvres,  exécutés  celte  année  et 
depuis  1885  à  Los  Alijares,  fait  l'objet  de  la  notice  que  nous  avons 
sous  les  yeux  :  Memoria  acerca  de  la  ensehanza  pràctica.  Nos  officiers 
trouveront  là  des  détails  intéressants;  ils  y  verront,  en  outre,  que 
l'armée  espagnole,  l'égale  de  toutes  ses  sœurs  au  point  de  vue  énergie  et 
bravoure,  ne  leur  paraît  pas  inférieure  sous  le  rapport  scientifique. 

39.  —  Le  corps  du  génie  espagnol,  spécialement,  s'est  toujours  main- 
tenu au  niveau  des  progrès  scientifiques  effectués  dans  les  autres 
armées  d'Europe  et  il  suffit,  pour  se  convaincre  de  cette  vérité,  de  par- 
courir quelques-uns  des  nombreux  écrits  dus  à  une  multitude  de  mem- 
bres de  ce  corps  d'élite.  D'ailleurs,  certains  d'entre  eux,  le  regretté 
général  Ibanez  par  exemple,  jouissent  dans  le  monde  scientifique  d'une 
réputation  qui  a  franchi  depuis  longtemps  les  Pyrénées.  Bien  que  le 
Manuel  du  sapeur  du  génie  écrit  par  le  capitaine  Rubiô  y  Bellvé  soit 
d'une  allure  plus  modeste  que  les  travaux  d'un  Coello  ou  d'un  Ibanez,  il 
n'en  a  pas  moins  son  mérite.  Destiné  à  l'instruction  des  sous-officiers 
et  brigadiers  du  génie,  il  est  écrit  non  seulement  avec  une  parfaite  pos- 
session du  sujet  —  cela  va  sans  dire  —  mais  avec  une  netteté,  une  clarté 
d'exposition,  très  appréciables  dans  un  travail  de  ce  genre.  L'ouvrage 
comprend  quatre  parties  :  1°  Notions  de  géométrie  et  de  topographie; 
2"  éléments  de  fortification,  nomenclature  des  outils,  profils,  tracés, 
revêtements  des  ouvrages,  etc.  ;  3"  batteries  de  siège  ;  4°  tranchées. 
Orné  de  nombreuses  figures,  ce  petit  livre  pourrait  rendre  des  services 
même  dans  notre  armée,  si  une  traduction  permettait  de  le  vulgariser 
chez  nous. 


—  56  - 

40.  —  Tout  à  l'heure  nous  disions  qu'on  nous  accusait,   en  1870, 
d'avoir  mal  connu  la  Prusse  :  un  autre  grief  était  notre  ignorance  en 
géographie.  Qu'il  fût  inexact,  il  serait  i'acile  de  le  démontrer;  mais  ce 
reproche,  quoique  mal  fondé,  a  eu  le  mérite  de  stimuler,  depuis  vingt  ans, 
le  goût  des  études  géographiques  en  France,  de  telle  sorte  que  nous 
sommes,  en  ce  point  aujourd'hui,  la  nation  la  plus  avancée  de  l'Europe. 
Le  système  d'enseignement,  qui  était  défectueux  chez  nous  en  1870,  — 
il  faut  l'avouer  —  défectueux  en  France  comme  partout  ailleurs,  a  été 
remanié  sur  une  base  scientifique  et  rationnelle  :  le  professeur  s'adresse 
désormais  à  l'intelligence  plutôt  qu'à  la  mémoire  des  élèves,  les  cours 
écrits  sont  composés  suivant  un   programme  méthodique  ;  aussi  les 
progrès  ont-ils  été  considérables.  Rédigé  dans  le  sens  que  nous  venons 
d'indiquer,  le  cours  de  géographie  du  capitaine  Mollard,  professeur  de 
géographie  à  Saint-Cyr,  est  un  travail  tout  à  fait  remarquable  dans  les 
limites  relativement  étroites  qu'imposaient  à  l'auteur  celles  du  pro- 
gramme d'admission  à  l'École  militaire,  qu'il  s'était  fixées.  Le  premier 
volume  est  consacré  à  la  France,  le  deuxième  à  l'Europe,  le  troisième 
aux  colonies  françaises  et  aux  divers  continents.  Et  au  lieu  d'une  aride 
nomenclature  de  lieux,  de  fleuves,  de  montagnes,  nous  trouvons  un 
livre  véritablement  «  écrit,  »  dans  lequel  la  partie  forcément  mnémo- 
technique de  la  géographie  est  exposée  suivant  une  idée  maîtresse  nou- 
velle, suivant  cette  idée  que  la  géographie  n'est  pas- seulement  la  science 
de  la  description  de  la  terre,  le  yijv  ypâcfstv  du  sens  littéral,  mais  une 
science  sociale  donnant  la  raison  du  plus  ou  du  moins  de  puissance  des 
peuples,  montrant  leurs  conditions  d'habitat,  c'est-à-dire  ne  se  bornant 
pas  seulement  à  la  descriplion  des  formes  extérieures  d'un  pays,  mais 
aussi  étudiant  les  richesses  que  la  nature  y  a  placées,  celles  que  l'in- 
dustrie des  hommes  y  a  créées. 

Dans  un  cours  destiné  à  des  jeunes  gens,  à  des  candidats  à  Saint-Gyr, 
l'éminent  professeur  n'a  pu  développer  sa  thèse  avec  l'envergure,  la 
hauteur  d'idées  qu'il  eût  atteinte  s'il  avait  rédigé  son  livre  pour  d'autres 
élèves,  pour  des  officiers  par  exemple,  ou  pour  l'École  supérieure  de 
guerre.  Mais,  tout  en  demeurant  au  niveau  des  jeunes  intelligences  qu  il 
s'est  donné  la  mission  d'éclairer,  il  a  su  garder  une  ampleur  de  doc- 
trine, une  élévalion  de  principes,  qui  donnent  à  son  œuvre  un  cachet 
très  particulier  d'originalité,  une  valeur  scientifique  réelle.  La  maison 
Jouvet,  propriétaire  déjà  de  l'Atlas  de  Saint-Cyr,  la  meilleure  publica- 
tion de  ce  genre  qui  existe  actuellement,  a  édité  l'ouvrage  du  capitaine. 
Mollard  avec  la  netteté  typographique  qui  caractérise  les  publications 
de  cette  maison.  Les  trois  atlas-croquis  joints  au  nouveau  cours  de 
géographie  complètent  heureusement  cette  excellente  publication. 

Arthur  de  Gannieks. 


57  — 


THEOLOGIE 

Les  Livre»  lltorg^qiscs  «lu  «Biocèse  de  Langres.  Étude  biblio- 
graphique suivie  d'un  appendice  sur  les  livres  liturgiques  du  diocèse  de  Di- 
jon et  d'une  note  sur  les  travaux  d'histoire  liturgique  en  France  au  XIX"  siè- 
cle, par  labbé  L.  Marcel.  Paris,  A.  Picard;  Langres,  Rallet-Bideaud,  1892, 
in-8  de  xx-354  p.  —  Prix  :  8  fr. 

Le  volume  de  M.  l'abbé  Marcel  sur  les  livres  liturgiques  du  diocèse  de 
Langres  est  appelé  à  rendre  des  services,  non  seulement  aux  ôrndits  qui 
s'intéressent  en  particulier  à  ce  diocèse,  mais  encore  à  ceux  qui  s'occu- 
pent en  général  d'études  sur  la  liturgie.  Cet  ouvrage  est  divisé  en  trois 
parties.  Dans  la  première,  l'auteur  donne  la  description  détaillée  de 
tous  les  livres  liturgiques  manuscrits  du  diocèse  de  Langres  qu"il  a 
pu  découvrir  dans  les  diverses  bibliothèques  de  France^,  d'Angleterre, 
d'Allemagne  et  d'Italie.  Dans  la  seconde  partie,  il  décrit  les  livres  litur- 
giques imprimés  qu'il  a  découverts  dans  ces  différentes  bibliothèques. 
Enfin,  en  appendice,  se  trouvent  deux  notes,  l'une  sur  les  livres  litur- 
giques de  Dijon  postérieurs  à  1731,  l'autre  sur  les  études  d'histoire 
liturgique  en  France  au  xix*  siècle  et  sur  les  liturgies  diocésaines.  Ce 
dernier  appendice,  qui  renferme  des  renseignements  bibliographiques 
considérables,  sera  très  utile  à  tous  ceux  qui  se  livrent  à  ces  études. 

Les  descriptions  des  manuscrits  ou  des  imprimés  que  lait  connaître 
M.  l'abbé  Marcel  sont  très  complètes  ;  Tauleur  procède  toujours  de  la 
manière  suivante.  Pour  les  manuscrits,  en  premier  lieu,  il  donne  le  titre 
du  volume  avec  la  date  du  siècle  ou  de  l'année  à  laquelle  il  appartient; 
puis  viennent  l'indication  de  la  bibliothèque  qui  le  possède  avec  le  nu- 
méro sous  lequel  il  y  est  inscrit,  du  nombre  de  folios,  de  la  matière  snr 
laquelle  il  est  écrit,  de  ses  dimensions,  enfin  des  difiérentes  divisions  qu'il 
comporte  et  des  miniatures,  s'il  y  en  a.  Pour  les  imprimés,  il  procède 
d'une  façon  analogue  ;  il  donne  en  plus  le  titre  exact  du  volume,  après 
avoir  dit  dans  quelle  bibliothèque  il  se  trouve.  En  somme,  on  ne  peut 
que  louer  M.  Tabbé  Marcel  du  soin  qu'il  a  mis  à  composer  cet  ouvrage; 
de  nombreuses  et  copieuses  notes,  ainsi  que  quatre  tables,  augmentent 
encore  l'intérêt  du  volume.  Jules  Viard. 


JURISPRUDENCE 

©le  Lelire  von  elen  Klrclienrecbtsqnellen,  von  Dr.  Philipp 
Schneider.  Zweite  (vollstàndige)  Auflage.  Regensburg,  F.  Pustet,  1892, 
in-8  de  vui-212  p.  —  Prix  :  3  fr.  20. 

Faire  connaître  et  apprécier  les  Décrétâtes  et  le  droit  canonique  en 
général,  tel  est  le  but  que  s'est  proposé  M.  Schneider,  professeur  de 
théologie  au  lycée  royal  de  Regensburg.  Il  a  donc  entrepris  la  composi- 
tion d'un  manuel  où  se  trouveraient  condensés  les  résultats  des  vastes 


—  58   - 

et  niiniilieux  travaux  d'un  Schiilte,  d'un  Maassen,  d'nn  Phillips.  Qu'on 
ne  s'attende  pas  à  rencontrer  ici  une  énumération  complète  de  toutes 
les  indicKtions  documentaires  et  bibliographiques  que  ces  savants  ont 
assemblées  au  prix  de  tant  de  peines  :  destinée  aux  étudiants,  cette 
introHuclion  au  droit  canonique  est  nécessairement  condamnée  à  se  res- 
treindre aux  informations  essentielles. 

L'auteur,  après  avoir  brièvement  décrit  la  nature  du  droit  de  l'Église 
et  de  ses  sources,  expose  rapidement  leur  théorie.  A  la  base,  il  nous 
montre  le  droit  divin,  tel  qu'il  apparaît  d'après  l'Écriture  sainte  et  la 
Tradition,  puis  il  énumère,  en  les  distinguant,  chacune  des  sources  ma- 
térielles du  droit  écrit  :  Constitutions  pontificales,  décrets  des  conciles 
(pour  les  lois  générales)  ;  statuts,  concordats,  etc.  (pour  les  lois  particu- 
lières) ;  enfin,  droit  non  écrit  ou  coutumier.  C'est  en  définitive  un 
commentaire  logique  des  titres  II,  III  et  IV  du  premier  livre  des  Décré- 
tales,  dont  il  n'y  a  pas  grand'chose  à  dire.  —  La  partie  du  livre  qui 
l'ail  le  plus  d'honneur  à  M.  Schneider  est  incontestablement  la  seconde. 
11  s'agit  ici  des  sources  formelles  du  droit.  L'auteur  a  réparti  sa  n)atière 
en  trois  divisions  fort  nettes  :  I.  Sources  juridiques  antérieures  au  Cor- 
pus Jiiris  ;  II.  Collections  composant  le  Coi-pus  (xii"  au  xv^  s.)  ;  III.  «  Jus 
novissimum.  »  Son  mérite  est  d'avoir  profité  de  tous  les  travaux  im- 
portants qui  font  autorité  dans  les  matières  qu'il  expose,  et  de  s'être 
également  tenu  au  courant  des  différents  sujets  spéciaux  traités  par  les 
canonistes  ou  historiens  récents.  Les  indications  fort  nombreuses  qu'il 
multiplie  aiusi  seront  d'une  utilité  incontestable  pour  les  étudiants  dé- 
sireux d'apjjrotbndir  davantage  les  questions  dont  il  fournit  les  données 
essentielles.  En  somme,  excellent  livre,  parfaitement  au  courant  du 
niouvoment  scientifique  et  dont  nous  souhaitons  l'équivalent  chez  nous. 

G.   PÉRIES. 


SCIENCES  ET  ARTS 

L'Histoire  «lans  l'onNciji^nenient  primaire,  par  Alfri':d  Pizahd. 
Paris,  Dclagrave,  1891,  in-18  de  i-xu  et  222  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Le  livre  de  M.  Pizard,  très  intéressant  à  une  époque  où  les  questions 
d'enseignement  sont  à  l'ordre  du  jour,  se  compose  de  trois  parties.  La 
première  :  Introduction  de  l'histoire  dans  les  programmes  de  l'enseigne- 
ment primaire,  est  tout  historique  :  elle  nous  expose  les  vicissitudes  de 
cet  enseignement  depuis  la  Révolution,  et  s'appuyant  constamment  sur 
les  circulaires  et  instructions  ministérielles,  nous  montre  combien  l'on 
hésita  et  l'on  tâtonna  avant  de  trouver  la  vraie  solution  du  problème.  La 
deuxième  partie  étudie  les  «  EfTels  de  l'enseignement  de  l'histoire  »  et  nous 
démontre  sans  peine  qu'il  met  en  jeu  la  plupart  des  facultés  de  l'esprit, 
contribue  puissamment  à  l'éducation  morale,  enfin  éveille  et  fortifie  le 


—  59  - 

patriotisme.  Quant  à  la  vertu  d'apaisement  que  celte  science  doit  avoir, 
il  est  permis  de  douter  que  l'instituteur  la  lui  laisse  toujours  et  de  craindre 
que  trop  souvent  des  vues  intéressées  ne  lui  faussent  le  jugement.  Dans 
la  troisième  partie,  la  plus  développée,  l'auteur  traite  des  programmes  et 
des  méthodes  d'enseignement  avec  la  compétence  toute  particulière  qu'il 
doit  à  ses  fonctions  et  la  prudence  d'un  homme  expérimenté  qui  juge 
que  les  réformes  radicales  ne  produisent  que  de  mauvais  effets  et  qu'une 
amélioration  successive  vaut  mieux  qu'une  destruction  totale,  même  en 
vue  d'établir  le  bien.  Albert  Isnard. 


La  Démocratie   ISBiérale,  par  E.   Vacherot.   Paris,  Calmann  Lévv, 
1892,  in-18  de  xxvi-377  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

'  Il  règne  tout  à  la  fois  dans  ce  livre  un  ton  de  désillusion  et  d'opti- 
misme :  désillusion  pour  bien  des  choses  qu'encensa  l'auteur  dans  son 
âge  mûr;  optimisme  pour  l'avenir,  que  M.  Vacherot  se  plaît  à  considérer 
avec  tendresse,  non  sans  être  le  premier  à  énumérer  des  symptômes 
alarmants.  Un  grand  air  de  sincérité,  de  franchise  et  de  modestie  donne 
à  sa  parole  un  [)oicls  véritable;  il  ne  cache  pas  son  regret  de  certaines 
idées  professées  par  lui,  il  y  a  quelque  vingt-cinq  ans,  et  ces  aveux  re- 
haussent singulièrement  le  mérite  de  l'écrivain,  la  valeur  du  penseur. 

Après  une  longue  préface,  M.  Vacherot  traite  de  la  démocratie,  de  l'a- 
ristocratie, de  la  monarchie  ;  il  passe  en  revue  l'administration,  la 
diplomatie,  l'armée,  la  commune,  l'Université,  le  clergé,  la  question  so- 
ciale, l'association  ouvrière.  On  voit  quelle  ampleur  comportent  ces  su- 
jets. J'aurais  bien  des  restrictions  à  présenter  sur  quelques  passages; 
«  les  passions  furieuses  »  de  la  Chambre  de  1815  gagneraient  à  être  dé- 
voilées; en  attendant,  je  récuse  l'epithète.  Le  tableau  idyllique  de  l'Uni- 
versité sous  Louis-Philippe  est  de  pure  fantaisie  :  c'était  le  temps  du 
monopole  dans  tout  ce  qu'il  avait  de  plus  hideux,  sauf  pour  les  profes- 
seurs de  VAlma  mater  et  ses  nourrissons  ;  tout  le  monde  enseignait,  ex- 
cepté les  catholiques,  et  cette  restriction  suffit  à  juger  un  pareil  système. 
Quant  à  M.  Cousin,  il  serait  de  bon  goût  de  ne  plus  venir  vanter  ses 
mérites  quand  on  connaît  trop  sa  vertu  et  ses  mœurs.  —  J'aime  mieux 
quand  l'auteur  demande  la  séparation  de  l'Université  et  de  l'État,  et 
j'applaudis  des  deux  mains....  sans  peut-être  avoir  les  mêmes  intentions 
au  fond  du  cœur! 

C'est  avec  un  grand  désir  de  pacification  qu'il  aborde  la  question  reli- 
gieuse ;  mais  il  y  portp  d'anciens  préjugés.  Pour  juger  l'Église,  sa  doc- 
trine et  ses  actes,  il  lui  manque  la  base  :  la  foi  pratiquante.  «  Je  ne  si- 
gnerais peut-être  pas  le  symbole  de  Nicée,  »  dit-il,  mais  «  en  lisant 
l'Evangile  je  me  sens  redevenir  chrétien.  »  —  Allons,  courage,  mon- 
sieur Vacherot,  et  peu  à  peu  vous  en  viendrez  à  admettre  l'éternité  des 
peines,  qui  vous  choque  actuellement.  Vous  brûlez  aussi,  sans  assez  de 


—  60  — 

respect,  vos  dieux  d'anlan,  alors  que  vous  attendiez,  grâce  à  de  bonnes 
lois,  lin  notable  soulagement  aux  maux  de  la  classe  ouvrière,  el,  par 
conséquent,  une  heureuse  solution  de  la  question  sociale.  Ces  moyens 
ne  sont  pas  usés;  leur  efficacité,  du  moins,  est  encore  à  souhaiter,  et  de 
bons  esprits  y  travaillent.  La  liberté  toute  seule  est  bien  inefficace,  et 
toutes  les  belles  phrases  ne  peuvent  prévaloir  contre  l'expérience  de 
chaque  jour,  où  l'écrasement  du  plus  faible  par  le  plus  fort  nous  apporte 
la  douloureuse  évidence  de  cette  chimère  «  libérale.  »  —  Ce  sont  des 
intelligences  ouvertes  el  des  cœurs  sincères  comme  le  vôtre  qui  sont 
faits  pour  ne  pas  abandonner  cette  cause  à  l'heure  où  le  mouvement 
corporatif  ne  peut  plus  être  enrayé. 

M.  Vacherot  convient  avec  une  bonne  foi  dont  on  ne  saurait  trop  le 
louer  que,  sous  le  second  Empire,  le  mot  «  démocratie  «  lui  paraissait 
suffisant  pour  expliquer  son  idéal  de  liberté  et  son  choix  de  gouverne- 
ment; depuis_,  il  a  vu  h  l'œuvre  ces  prétendus  démocrates  et  le  dégoût 
lui  est  venu  ;  aujourd'hui,  il  estime  devoir  ajouter  l'épithète  de  «  libé- 
rale »  pour  caractériser  ses  espérances;  sans  doute  il  voudra  faire  un 
dernier  pas,  le  pas  décisif,  et  il  reconnaîtra  que  l'avenir  appartiendra  au 
peuple  délivré  par  l'Église  du  joug  des  sociétés  secrètes  et  de  l'exploita- 
tion des  pohliciens,  et  il  concourra  à  l'avènement  de  la  «  démocratie 
chrétienne.  »  G.  de  G. 


L'Établiftiseineut  pénlteutiafire  de  TÉtat  de  IVe\w-York  k 
Elmira,  par  Alex.  Winter.  Paris,  V-^  Babé,  1892,  in-12  de  v-190  p. 
—  Prix  :  3  fr.  50. 

Ce  volume  raconte  une  très  intéressante  expérimentation  pénitentiaire. 
En  1876,  M.  Z.  R.  Brockway  obtenait  de  la  législature  de  New- York,  les 
fonds  nécessaires  pour  organiser  à  Elmira  une  prison  dans  laquelle  il 
pourrait  moraliser  les  détenus  selon  un  plan  systématique  et  la  faculté  de 
libérer  sur  parole,  provisoirement,  avant  le  temps  légal  de  l'expiration 
de  leur  peine,  ceux  d'entre  eux  qui  donneraient  des  espérances  fondées 
de  réforme  morale.  Ce  plan  consiste  dans  le  travail,  l'apprentissage  d'un 
métier,  l'éducation  physique,  des  classes  graduées,  un  cours  de  morale 
pratique  secondé  par  1(!S  visites  des  ministres  du  culte,  enfin  par  un 
système  de  discipline  intérieure  qui  relève  dans  le  prisonnier  l'empire 
sur  lui-même,  l'habitue  à  regarder  sa  réhabihtation  morale  comme 
possible  et  le  soutient  par  la  perspective  d'une  libération  anticipée. 
Un  patronage  accepté  volontairement  vient  en  aide  aux  libérés  condi- 
tionnels. M.  Winter  indique  comment  les  récentes  lois,  votées  sous  la 
pression  du  parti  ouvrier  pour  interdire  le  travail  productif  dans  les  pri- 
sons, ont  créé  de  grandes  difficultés  à  l'institution  d'Klmira. 

Les  récidivistes  sont  en  princi|)e  exclus  de  la  prison  d'Elmira  cl  les 
criminels  qui  se  montrent  incorrigibles  sont  renvoyés  par  M.  Brockway 


—  61  - 

dans  les  prisons  ordinaires  de  l'Etat.  Un  pouvoir  absolument  discrétion- 
naire lui  a  été  conféré  par  la  législation  pour  l'application  d'un  système 
qui  suppose  chez  celui  qui  le  met  en  œuvre  et  ses  collaborateurs  un  dé- 
vouement et  une  intelligence  peu  ordiiiaires.  L'expérience  paraît  avoir 
pleinement  réussi.  La  prison  d'Elmira,  depuis  son  ouverture  jusqu'au 
30  septembre  1889,  a  eu  3,990  pensionnaires,  dont  à  cetle  date  944  fai- 
saient leur  peine.  Sur  3,309  libérés  sur  parole,  plus  de  83  0/0  ont  per- 
sévéré dans  le  bien.  Des  prisons  établies  dans  le  même  système  ont  été 
récemment  créées  dans  les  États  de  Massachussetts^  Pennsylvanie,  Ohio, 
Alinnesota,  Kansas,  Texas,  Californie. 

Le  présent  travail  n'intéresse  pas  seulement  les  criminalistes  :  il  jette 
aussi  un  jour  1res  vif  sur  la  manière  dont  les  Américains  conçoivent 
l'éducation  de  l'homme  par  lui-même  et  la  hardiesse  avec  laquelle  ils 
;ippliquent  leurs  idées  en  cette  matière  même  aux  criminels.       C.  J. 


Raffet  et  sou  «kmvpc,  par  Armand   Dayot.  Paris,  Librairies-impri- 
meries réunies,  1892,  gr.  in-8  de  100  p.  —  Prix  :  6  fr. 

Raffet,  par  F.  Lhomme.  Paris,  Librairie  de  l'Art,  1892,  gr.  in-8  de  206  p. 

—  Prix  :  8  fr. 

Charlet,  par  F.  Lhomme.  Paris,  Librairie  de  l'Art,  1892,  gr.  in-8  de  123  p. 

—  Prix  :  4  fr. 

11  faut  prendre  ces  trois  volumes  pour  ce  qu'ils  sont,  avant  tout  des 
albums  d'images,  bien  choisies,  bien  reproduites,  accompagnées  d'un 
texte  destiné  à  orienter  le  lecteur  dans  la  masse  des  illustrations.  Au 
re?te,  pour  les  maîtres  dessinateurs  et  lithographes  qui  ont  donné  à 
la  postérité  les  types  du  soldat  français  de  toute  la  première  moitié  du 
siècle,  la  meilleure  manière  de  les  faire  connaître  est  encore  de  laisser 
parler  devant  le  lecteur  leur  pittoresque  crayon.  Une  exposition  récente 
des  œuvres  de  Raffet  à  l'École  des  beaux-arts  a  ramené  l'attention  et,  on 
pent  le  dire,  l'admiration  publique  à  l'auteur  de  la  Revue  nocturne  et  du 
Réveil.  M.  Dayot,  inspecteur  des  beaux-arts,  qui  a  été  un  des  organisa- 
teurs de  cette  exposition,  en  a  réuni  les  principaux  souvenirs  dans  les 
cent  planches  de  son  illustration.  Les  dessins  inédits,  qui  sont  en  assez 
grand  nombre  et  se  rattachent  surtout  aux  campagnes  d'Algérie,  pro- 
viennent presque  tous  des  collections  de  Chantilly. 

—  L'ouvrage  de  M.  Lhomme  sur  Rafiet,  plus  nourri  de  texte,  n'est 
pas  moins  intéressant  comme  illustration.  Les  collections  privées  ont 
fourni  beaucoup  à  l'auteur,  qui  n'avait  d'ailleurs  qu'à  puiser  au  catalogue 
de  l'Exposition  Rafïel.  Je  signalerai  toute  une  série  qui  manque  au  pré- 
cédent volume  ;  ce  sont  des  portraits  de  prélats  et  de  personnages 
romains  (Pie  IX et  sa  famille,  cardinal  Antonelli,  prince  Odescalchi,  etc.) 
exécutés  pour  le  Siège  de  Rome,  album  qui  n'a  jamais  été  achevé.  Ces 
études  au  crayon  et  à  l'aquarelle,  conservées  au  Cabinet  des  estampes, 


—  G2  — 

et  des  croquis  de  voyage  en  Espagne,  en  Italie,  en  Crimée,  etc.,  iont  con- 
naître un  côté  resté  moins  populaire  du  talent  de  RaHet. 

—  Raffet  eut  Charlet  pour  maître,  et  nous  avons  entendu  parler  d'une 
exposition  nouvelle  qui  serait  consacrée,  en  1893,  à  célébrer  à  son  tour 
le  créateur  des  «  grognards.  »  Moins  fougueux  et  moins  distingué  que 
son  élève,  d'un  talent  moius  souple  aussi  et  moins  varié,  Charlet,  mort 
en  1843,  représente  en  lui  toute  une  époque.  Une  bonne  part  de  son 
œuvre  est  moins  d'un  artiste  que  d'un  homme  de  parti.  Son  exaltation 
un  peu  vulgaire  de  l'épopée  impériale  a  été  pour  lui  non  seulement  une 
manifestation  patriotique  très  sincère  de  ses  souvenirs  de  jeunesse, 
mais  encore  une  arme  d'attaque  contre  le  gouvernement  de  la  Restau- 
ration. Aucun  crayon  n'a  contribué  plus  que  le  sien  à  populariser  la 
légende  des  «  fourgons  de  l'étranger  »  et  à  idéaliser,  pour  l'imagination 
du  peuple,  les  tristes  réalités  de  l'Empire.  La  colonne....  le  grand  empe- 
reur.... les  hommes  noirs....  ;  c'est  l'illustration  de  Béranger.  Ses  satires 
ont  continué  d'ailleurs  contre  le  gouvernement  de  Juillet  ;  et,  comme 
son  caractère  resta  intègre,  on  peut  conclure  qu'il  était  né  pour  l'oppo- 
sition. Aujourd'hui,  ces  lithographies  héroïques  de  Charlet,  ces  carica- 
tures, ces  pamphlets  du  crayon,  n'ont  qu'un  intérêt  documentaire  ;  on 
peut  se  féliciter  d'en  trouver  un  choix  réuni  dans  le  volume  qui  prend 
place  dans  la  collection  des  Artistes  célèbres  à  côté  du  Roffet.  Il  aurait 
été  préférable  toutefois,  étant  donné  le  caractère  populaire  de  la  collec- 
tion, de  supprimer  la  gravure  de  la  page  103.  M.  Lhomme  a  joint  à  son 
travail,  avec  un  catalogue  de  l'œuvre  lithographique  de  Charlet,  le  fac- 
similé  de   plusieurs  lettres  adressées  par  lui  à  Raffet.  P.  de  N. 


Traité  pratique  de  cliimic  luétallnrglque ,  p:u'  lo  baron 
H.  JupTNER  DE  JoNSTOHFF.  Trad.  de  rallemand  par  Ern.  Ylasto,  édition 
française  revue  par  l'auteur.  Paris,  Gauthier-Villars,  1891,  in-8  de  x-360  p. 
et  2  planches.  —  Prix  :  10  fr. 

On  rencontre  en  chimie,  comme  dans  toutes  les  sciences  expérimen- 
tales, deux  ordres  de  questions  :  l'étude  des  corps  et  de  leurs  propriétés, 
et  celle  des  moyens  d'observation  que  requiert  cette  étude  :  les  méthodes, 
les  résultats.  Un  traité  complet  de  cliimie  métallurgique  donnerait  les 
uns  et  les  autres.  Mais  on  peut  aussi  séparer  ces  deux  parties  de  la 
science  ;  c'est  ainsi  qu'un  chimiste  allemand  bien  connu,  Rammelsberg, 
a  composé  un  traité  de  chimie  métallurgique  qui  n'est  qu'un  recueil 
des  résultats  de  recherches  chimiques  propres  à  éclairer  la  théorie  des 
opérations  métallurgiques.  Au  contraire,  l'ouvrage  que  nous  avons  sous 
les  yeux  traite  uniquement  des  méthodes  d'analyse  et  d'essai  spéciale- 
ment aj)plicahles  aux  produits  des  usines  métallurgiques  et  aux  maté- 
riaux qu'on  y  emploie. 

C'est  sans  doute  ce  que  l'auteur  a  voulu  faire  entendre  par  le  qualifi- 


—  g;î  — 

calif  de  Traité  pratique.  Il  se  borne  d'ailleurs  à  ce  qui  intéresse  la  mé- 
tallurgie du  fer,  et  il  eût  été  bon  de  l'indiquer  d'un  mot. 

Atlacbé  pendant  de  longues  années  à  la  grande  Société  minière  et 
métallurgique  des  Alpes  autrichiennes,  dite  des  Alpines,  le  baron  Jùptner 
de  Jonsîorfl  y  a  rencontré  toutes  les  branches  de  cette  métallurgie  ; 
presque  tous  les  procédés  qu'il  décrit  ont  été  expérimentés  par  lui.  Il  fait 
preuve  en  outre,  par  la  manière  dont  il  expose  et  discute  les  questions, 
d'un  savoir  approfondi  et  d'un  véritable  esprit  scientifique.  Les  allures 
de  la  chimie  allemande  sont,  dans  le  détail  des  procédés,  assez  diffé- 
rentes de  la  nôtre,  et  nous  avons  beaucoup  à  y  prendre.  Par  tous  ces 
motifs,  l'ouvrage  du  baron  Jùptner  me  semble  de  nature  à  rendre  de 
très  sérieux  services  à  nos  industriels. 

Un  reproche  que  je  ne  puis  me  dispenser  de  faire  à  Fauteur,  c'est  que, 
très  au  courant  de  tout  ce  qui  s'est  fait,  non  seulement  en  Autriche  et 
en  Allemagne,  mais  en  Angleterre  et  en  Amérique,  il  semble  ignorer  que 
la  France  existe.  Ainsi,  en  décrivant  le  procédé  classique  pour  le  dosa.;e 
du  fer  par  le  permanganate  de  potasse,  il  avait  oublié  d'en  nommer  l'in- 
venteur, Margueritte.  Le  traducteur  a  fini  par  s'en  apercevoir  et  a  ajouté 
le  nom  en  erratum.  Il  aurait  dû  aussi  ramener  a  sa  forme  française  le 
nom  d'Ebelmen  transformé  indûment  en  Ebelman  (p.  332). Mais  ce  sont  là 
des  vétilles  ;  il  y  avait  plus  à  l'aire  pour  lui.  Qu'il  ne  soitpas  allé  rechercher 
tous  les  procédés  en  usage  dans  nos  laboratoires,  je  le  comprends  :  c'eûi 
été  un  ouvrage  nouveau  à  composer.  Mais  eu  fait  de  procédés  connus  et 
publiés,  il  y  avait  de  grosses  lacunes  à  comlder.  Je  citerai,  par  exemple, 
la  méthode  de  Boussingault  pour  le  dosage  du  carbone  par  le  chlorure 
de  mercure;  elle  pouvait  certes  figurer  avec  avantage  à  côté  de  celles  que 
donne  l'auteur.  Quelques  additions  de  ce  genre  s'imposaient  dans  une 
traduction  française.  —  L'ouvrage  eût  sensiblement  gagné  par  là.  Tel 
quel,  il  est  néanmoins  très  bien  fait  et  fort  utile.  E.  V. 


BELLES-LETTRES 

Miti,  leggemle  e  superstiziomS  del  Merïio  fi^vo,  da  Arturo 
Graf.  Il  mito  del  Paradiso  terrestre.  — Il  Riposo  dei  dannati.  —  Le  Credcnze 
nella  fatalità.  T.  I.  Turin,  Ermanno  Loescher,  1892,  in-8  de  xxni-310  p. 

La  tradition  d'un  état  d'innocence  et  de  félicité  perdu  par  une  faute 
s'est  perpétuée  chez  tous  les  peuples.  Les  Indiens,  les  Égyptiens,  les  Chi- 
nois, les  diverses  branches  sémitiques,  les  Grecs,  les  Latins,  les  Ger- 
mains, ont  conservé  ce  lointain  souvenir  que  l'on  retrouve  en  Amérique 
comme  en  Océanie.  C'est  cette  tradition  universelle  qu'au  début  de  son 
volume  M.  Graf  étudie  sous  le  titre  Mythe  du  Paradis  terrestre,  en  la 
considérant  quand  elle  s'est  séparée  des  sciences  historiques  et  sans 
toucher,  si   ce    n'est  accessoirement,   aux    discussions  théologiques. 


—  6/i  — 

M.  Graf  s'occupe  d'abord  de  la  siliialion  de  l'Éden,  d'après  les  légendes 
(le  différents  peuples,  des  merveilles  de  ce  lieu  de  délices  et  ensuite  de 
Si.'s  premiers  habitants.  Mous  ne  pouvons  raconter  tout  ce  qui  fut  in  venté 
(le  bizarre  à  leur  suicî  ;  les  recherches  de  M.  Graf  sur  nos  premiers  pa- 
rents sont  condensées  en  de  bien  curieux  récits  après  lesquels  viennent 
lies  détails  snr  les  voyages  entrepris  pour  découvrir  le  Paradis  terrestre. 
De  nombreuses  notes  succèdent  à  cette  dissertation  qui  se  compose  de 
([uatre  chapitres,  complétés  par  des  appendices  dont  l'un  est  consacré  au 
pays  de  Cocagne.  Le  second  travail  de  M.  Graf  a  pour  donnée  cette 
croyance,  jadis  fort  répandue,  qu'à  certaines  époques  un  jour  de  répit 
était  accordé  aux  soiiflVances  dos  damnés.  Dans  sa  dernière  dissertation, 
M.  Graf  examine  comment  au  moyen  âge  on  put  concilier  la  croyance 
au  destin,  telle  que  la  comprenaient  les  anciens  (du  destin,  du  sort, 
existant  en  soi,  par  soi,  comme  une  puissance  à  part),  et  la  fidélité  au 
dogme  chrétien,  qui  repousse  la  fatalité.  Les  hommes  du  moyen  âge 
reconnaissaient  le  libre  arbitre  tout  en  admettant  qu'on  pouvait  consi- 
dérer les  actions  humaines  et  certains  événements  comme  soumis  à  des 
influences,  à  des  nécessités  multiples.  La  Providence  dominait,  mais  lais- 
sait place  à  d'autres  puissances  obscures  et  mal  définies.  Cette  croyance 
à  une  sorte  de  prédestination  devint  la  base  d'innombrables  légendes 
venues  jusqu'à  nous.  Elles  ne  manquent  pas,  les  légendes,  dans  le  vo- 
lume de  M.  Graf,  et  le  recommandent  à  toute  l'attention  des  folkloristes. 
Ils  rendront  justice  aux  recherches  si  patientes  de  l'auteur,  elles  ne  s'ar- 
rêtent pas  devant  les  œuvres  de  notre  ancienne  littérature.  M.  Graf 
paraît  fort  bien  connaître  nos  vieux  poètes  et  sait  les  citer  à  propos. 

Tn.  P. 


Le   TSiciktrc  chrétien  clans  le  Maine  au  cours  du  moyen 

«se,  par  le  R.  P.  Dom  Paul  Piolin.  Mamers,  Fleury  et  Dangin,  1892,  in-8 
de  204  p. 

Le  R.  P.  Dom  Piolin  a  publié,  en  1858,  des  Recherches  sur  les  mys- 
.'ères  qui  ont  élé  représentes  dam  le  Maine,  travail  qui  fut  d'autant 
i)liis  remarqué  qu'à  cette  époque  la  matière  était  entièrement  neuve  en 
ce  qui  regardait  cette  province,  et  que  les  documents  à  consulter  étaient 
encore  inédits.  Le  savant  critique  revient  aujourd'hui  sur  le  sujet  qu'il 
.Lvait  déjà  éclairé  d'une  si  vive  lueur  et  il  complète  très  heureusement 
son  essai  d'il  y  a  trente-deux  ans.  Mais  il  n'est  plus  seul  à  occuper  le 
îerrain,  et,  comme  il  le  reconnaît  avec  une  extrême  bonne  grâce,  il  a  pu 
jirofiter  des  travaux  de  ceux  qui  ont  été  ses  successeurs,  notamment  du 
mémoire  de  M.  Henri  Chardon  sur  les  Greban  et  les  Mystères  dans  le 
3/aà?e  (1879),  de  l'importante  publication  de  MM.  Gaston  Paris  et  Gas- 
ton Uaynaud  {le  Mystère  de  la  Passion  d'Arnoul  Greban,  1878),  enfin 
de  l'ouvrage  pour  ainsi  dire  classique  de  M.  L.  Petit  do  JuUevilIc  [His- 


—  65  — 

toire  du  théâtre  en  France.  Les  .Mystères,  1880).  Dom  Piolin  constate 
avec  une  légitime  fierté  que  les  documents  ainsi  publiés  ne  changent 
rien  aux  conclusions  qu'il  avait  présentées  dès  le  premier  jour,  ce  dont 
nous  nous  plaisons  à  le  féliciter,  car  un  tel  résultat  montre  combien  le 
vénérable  auteur  avait  été  à  la  fois  consciencieux,  sagace  et  judicieux. 
Son  nouveau  travail  lui  vaudra  de  nouveaux  applaudissements.  Il  a  tant 
et  tant  cherché  qu'il  a  fini  par  beaucoup  trouver,  et  c'est  en  toute  justice 
qu'il  a  pu  présenter  son  Théâtre  chrétien  au  moyen  âge  dans  le  Maine 
«  comme  un  chapitre  presque  inédit  de  l'histoire  littéraire  et  sociale 
d'une  province  qui  s'est  montrée  autrefois  vivement  éprise  de  toutes  les 
jouissances  que  procurent  les  lettres  et  les  arts.  »  Il  y  fait  connaître,  en 
effet,  «  les  noms  de  plusieurs  écrivains  restés  inconnus  jusqu'à  ce  jour 
aux  critiques  et  aux  historiens  qui  se  sont  occupés  avec  le  plus  de  zèle, 
soit  de  l'histoire  de  notre  littérature,  soit  des  antiquités  du  théâtre 
français.  »  Après  avoir  examiné  deux  petits  drames  liturgiques  que  Ton 
trouve  dans  les  livres  propres  au  diocèse  du  Mans,  le  docte  religieux 
traduit  du  latin  la  scène  de  l'Adoration  des  Mages  représentée  dans  plu- 
sieurs églises  de  ce  diocèse  et  qui  nous  a  été  conservée  par  des  textes 
liturgiques  (p.  21-32).  Il  rappelle  ensuite  que  le  premier  nom  inscrit  en 
tète  du  théâtre  hiératique  du  moyen  âge  est  le  nom  d'un  Manceau, 
d'un  clerc  élevé  à  l'école  ecclésiastique  du  Mans,  d'un  disciple  de  saint 
Benoît,  Geoffroy,  abbé  de  Saint-Albans,  qui,  d'après  le  formel  témoi- 
gnagne  de  Matthieu  Paris,  composa  le  Jeu  de  sainte  Cathenne.  Il 
place  (p.  57  et  suiv.)  les  deux  frères  Arnoul  et  Simon  Greban  au  premier 
rang  de  tous  ceux  qui  écrivirent  des  mystères  durant  le  xv®  siècle  et  il 
prouve,  contre  La  Croix  du  Maine,  que  le  Maine  fut  le  berceau  de  ces 
deux  grands  dramaturges,  comme  Guillaume  Colletet  l'avait  déclaré  et 
comme  l'ont  reconnu  MM.  G.  Paris,  Petit  de  Julleville  et  E.  Renan  (ce 
dernier  dans  le  tome  XXX  de  V Histoire  littéraire  de  la  France).  L'étude 
de  la  vie  et  des  œuvres  des  deux  frères  est  le  morceau  capital  de  la 
dissertation.  Puis  Dom  Piolin  s'occupe  du  Mystère  de  saint  Jehan 
VÉvangéliste,  œuvre  de  Loys  Choquet,  de  la  moralité  Du  bien  et  du 
mal  advisé,  représentée  à  Laval  le  15  août  1448,  date  authentique  et 
qui  ruine  l'opinion  de  ceux  qui  affirmaient  que  ce  drame  n'était  que 
de  l-i75  (les  frères  Parfaict,  Sainte-Beuve,  comte  de  Douhet,  etc.), 
des  œuvres  dramatiques  du  Manceau  Guillaume  Le  Doyen  (né  à  Laval 
avant  1-470,  mort  en  cette  ville  vers  1540),  de  plusieurs  représenta- 
tions théâtrales  au  Mans  et  à  Laval  dans  le  xvi*  siècle,  omises  par 
tous  les  historiens  de  la  scène  française.  Nous  tenons  à  citer  les  der- 
nières lignes  du  savant  auteur  si  sensées  et  si  vraies  :  «  L'étude  incom- 
plète que  nous  terminons  ici  sera  reprise  par  d'autres  à  qui  nous  sou- 
haitons le  plaisir  de  mettre  au  jour  des  documents  nouveaux.  Quelles 
que  soient  leurs  découvertes,  elles  tourneront  à  la  gloire  de  nos  ancê- 
Janvier  1893.  T.  LXVII.  5. 


—  60  — 

très.  Une  population  qui  peut  se  livrer  à  des  divertissements  et  à  des 
fêles  du  genre  de  ceux  que  nous  avons  fait  connaître  n'est  pas  une  po- 
pulation malheureuse.  En  recherchant  avec  avidité  des  spectacles  qui 
étaient  toujours  moraux  et  même  religieux,  elle  prouvait  que  ses  senti- 
ments étaient  élevés  et  que  ses  aspirations  tendaient  vers  un  but  surna- 
turel. Là  est  la  vraie  distinction,  là  est  le  bonheur  vrai  et  solide.  » 

T.  DE  L. 


Ori^inl  deï  Tcatro  Itallano.  Libri  tre  con  due  appendici  sulla  rappre- 
sentazione  drammatica  del  contado  toscano  e  sul  teatro  manlovano  nel  sec. 
XVI.  Seconda  edizione  rivista  ed  accresciuta,  per  Alkssandro  d'  Ancona. 
Turin,  E.  Loescher,  1891,  2  vol.  gr.  in-8  de  670  et  624  p.  —  Prix  :  20  fr. 

Il  faudrait  bien  des  pages  pour  analyser  d'une  manière  satisfaisante 
les  deux  énormes  volumes  de  M.  d'Ancona.  Je  ne  puis  malheureuse- 
ment disposer  que  d'une  place  fort  restreinte  et  dois  me  borner  à  faire 
un  rapide  voyage  à  travers  toutes  les  recherches  du  savant  professeur 
de  Pise.  Dans  ses  premiers  chapitres  M.  d'Ancona  traite  d'une  manière 
générale  de  la  naissance  du  théâtre  au  moyen  âge  :  vestiges  de  la  littérature 
païenne,  représentations  indécentes  poursuivies  par  les  évoques  et  les 
conciles,  attachement  du  peuple  pour  ces  divertissements,  sorte  de  con- 
currence qu'on  leur  crée  en  traitant  des  sujets  pieux,  fatigue  qu'ils 
finissent  par  causer,  introduction  de  scènes  accessoires,  de  personnages 
d'invention  qui  prennent  une  place  prépondérante  et,  peu  à  peu,  aban- 
don du  drame  liturgique  pour  des  données  romanesques  en  dehors  des 
traditions  bibliques.  Après  avoir  tracé  ce  tableau  dont  toutes  les  littéra- 
tures médiévales  peuvent  offrir  les  diverses  phases,  M.  d'Ancona  arrive 
à  l'Italie,  où  le  genre  dramatique,  resté  fort  inférieur  au  genre  lyrique  et  au 
genre  épique,  ne  fut  vivifié  ni  par  un  Shakespeare,  ni  parunLope  deVéga 
ou  un  Calderon.  M.  d'Ancona  s'occupe  longuement  de  fêtes,  d'espèces  de  re- 
présentaiions religieuses  ou  populaires  dont,  à  partir  du  xiii"  siècle,  il  ren- 
contre l('s  traces  dans  des  chroniqueurs  ;  mais  qu'étaient  ces  sortes  de 
représentations?  Des  pantomimes?  des  actions  dialoguées?  des  proces- 
sions? des  tableaux  vivants?  C'est  ce  qu'on  ne  sait  pas.  L'ignorance  où 
l'on  est  à  cet  égard  ne  rendait  peut-être  pas  nécessaire  d'autant  s'arrê- 
ter aux  mentions  insuffisantes  qui  en  furent  faites.  C'est  ailleurs  que 
M.  d'Ancona  pense  trouver  les  origines  du  drame  sacré;  c'est  dans  l'Om- 
brie,  au  milieu  des  Flagellants.  Ces  fanatiques  récitaient  une  composi- 
tion appelée  lauda,  composition  dérivée  des  Evanj;iles  et  s'adaptant 
aux  principales  fêles  chrétiennes.  Tel  dut  être  le  point  de  départ  du 
drame  sacré.  La  lauda  se  répandit  d'abord  dans  les  contrées  voisines  de 
l'Ombrio,  puis  finit  par  arriver  à  Florence,  où  elle  cliangea  son  nom  en 
celui  de  sacra  rappresenlazione  et  devint  le  drame  liturgique  qui,  chez 
nous,  a  roçu  le  titre  de  mystère.  Le  savant  professeur  donne  les  plus 


—  67  — 

grands  détails  non  seiilenifut  sur  le  caractère,  le  style,  les  sujets,  les 
rythmes  delà  sacra  rappresentazi.one,  mais  sur  la  mise  en  scène  qu'elle 
exigeait.  Chose  bizarre  !  quelques  personnages  y  parlaient  diverses  langues 
propres  aux  pays  dont  ils  étaient  censés  originaires.  C'est  un  réalisme 
auquel  nous  n'avons  pas  encore  songé.  On  poussait  si  loin  l'amour  de  la 
vérité  qu'on  ne  reculait  pas  à  mettre  sous  les  yeux  dès  spectateurs,  grâce 
sans  doute  à  des  mannequins  substitués  aux  acteurs,  les  plus  atTreux  dé- 
tails des  supplices  subis  par  les  martyrs;  on  ne  reculait  pas  davan- 
tage devant  l'exhibition  de  scènes  d'un  tout  autre  genre  et  d'une  in- 
croyable indécence.  M.  d'Ancona  croit  pourtant  que  ces  situations  sca- 
breuses étaient  rapidement  indiquées.  Il  croit  aussi  que  les  nudités 
n'élaient  point  réelles  et  qu'Adam,  Eve  et  d'autres  personnages  étaient, 
comme  le  mentionne  une  didascalie  dans  le  mystère  de  Santa  Uliva, 
vêtus  con  tela  color  délia  carne. 

Ce  fut  au  XV®  siècle  et  à  l'occasion  de  la  fêle  de  saint  Jean-Baptiste,  pa- 
tron de  Florence,  que  la  sacra  rappresentazione  apparut  dans  cette  ville. 
Là  elle  se  développa  considérablement,  et  obtint  la  haute  protection  des 
Médicis.  De  Florence  le  drame  liturgique  gagna  toute  l'Italie.  En  14-94, 
à  Turin,  en  l'honneur  de  Charles  VIII,  et  en  langue  française,  on  donna 
un  mystère,  ou  plusieurs  mystères,  tirés  du  Vieux  et  du  Nouveau  Tes- 
tament, et  aussi  «  plusieurs  histoires  de  Lancelot  du  Lac.  » 

Ce  nom  de  Lancelot  indique  la  transformation  qui  s'opérait.  Lassé 
de  la  monotone  répétition  de  sujets  purement  religieux,  on  cherchait 
ailleurs  des  épisodes  propres  à  exciter  par  leur  nouveauté  l'intérêt  des 
spectateurs.  On  trouva  ces  situations  dans  les  romans  de  chevalerie, 
dans  les  nouvelles  des  conteurs.  Des  souvenirs  païens,  toujours  vivaces 
en  Italie,  vinrent  souvent  remplacer  les  saints  par  les  personnages  de  la 
Fable;  ainsi  Poliziano  écrivit  sa  tragédie  d'Orphée,  mais  il  en  calqua  les 
formes  sur  celle  des  sacre  rappresentazioni.  Bientôt  le  ciel  de  Jupiter 
et  l'eulèr  païen  remplacèrent  le  ciel  et  l'enfer  chrétiens.  A  Charon 
s'adresse  notre  compatriote  Lanlroc  dans  une  pièce  cpi'on  imagina  de 
composer  sur  ce  chevalier  dont  les  violences  elles  exactions  avaient  fort 
irrité  les  Italiens.  Laulrec  ne  fut  pas  le  seul  personnage  moderne  qu'on 
mit  en  scène.  Alexaudni  Vf  et  César  Borgia  figurèrent  dans  une  pièce 
cf  con  molto  disprezzo  di  loro  e  diletto  grandissimo  del  popolo.  »  Les 
sombres  épisodes  de  l'histoire  des  Eccelini  fournirent  aussi  le  sujet  d'une 
sorte  de  tragédie,  A  côté  du  drame,  la  comédie  naissait  dans  des  farces 
souvent  supérieures  à  nos  moraliiés.  La  comédie  classique  ne  devait  pas 
tarder  à  reparaître.  On  traduisit  les  pièces  de  Piaule  et  de  Térence,  on 
chercha  à  en  copier  les  formes  et  le  caractère  dans  des  imitations  pora- 
peusemenl  représentées  et  dont  Raphaël  ne  dédaigna  pas  de  peindre  les 
décors.  Ce  fut  le  retour  aux  modèles  laissés  par  l'anliquilé,  qui,  en  sup- 
primant l'indépendance   dont  avaient  joui  les  mystères  et  que  recelé 


~  68  — 

romantique  a  proclamée,  empêcha  sans  doute  l'Italie  de  posséder  un 
ihéâire  national.  Ce  retour  vers  les  âges  païens  dut  aussi  singuliè- 
rement favoriser  la  dépravation  ;  elle  était  effroyable  au  xvi^  siècle. 
L'Italie  était  corrompue  jusqu'à  la  moelle,  corrotla  nelle  medolle,  les 
représentations  sacrées  ne  pouvaient  plus  la  charmer  comme  autrefois. 
Elles  s'étaient  continuées  pourtant  en  dehors  du  tbéfUre  nouveau,  et  en 
1835,  dans  une  pauvre  maison  de  Florence  eut  encore  lien  une  sacra 
rappresentazione,  mais  bien  peu  semblable  aux  merveilles  qui,  l'anpassé, 
ont  attiré  tant  de  foules  à  Oberammergau,  où  le  drame  liturgique  a  brillé 
d'un  éclat  sans  pareil. 

Plus  de  la  moitié  du  second  volume  des  Origini  est  remplie  par  des 
appendices  qui  complètent  le  texte  et  que  fournissent  divers  articles 
publiés  par  l'auteur  dans  des  revues  italiennes.  Il  faudrait  s'arrêter  lon- 
guement à  ces  importantes  adjonctions.  Je  dois  me  borner  à  les  recom- 
mander aux  lettrés  qui  s'occupent  de  l'origine  du  théâtre.  Je  veux 
cependant  dire  un  mot  des  Magqi.  En  Italie,  comme  dans  bien  d'autres 
contrées,  le  mois  de  mai  {maggio)  était  célébré  par  des  chants,  par  la 
plantation  d'un  arbre,  le  mai.  A  ces  réjouissances  se  mêlèrent  des  scènes 
dramatiques  dont  l'usage  doit  remonter  loin  dans  le  passé  et  qu'on 
appela  Magg^.  Une  de  ces  pièces  a  pour  nous.  Français,  un  intérêt  par- 
ticulier. Elle  est  toute  moderne  et  a  pour  sujet  la  mort  de  Louis  XVI. 
Toute  la  sympathie  du  poète  populaire  contemporain  de  l'événement  est 
pour  le  malheureux  roi.  Dans  les  noms  do  Maratte,  Mirabo,  Datore,  on 
reconnaît  ceux  de  Marat,  Mirabeau  et  Danton;  mais  l'histoire  est  fort 
altérée  et  l'on  pourrait  croire  que  l'action  se  passe  en  plein  moyen  âge 
plutôt  qu'au  XVI ir  siècle. 

J'ai  dit  qu'une  analyse  exacte  des  Origini  del  Teatro  italiano  n'était 
pas  possible.  L'œuvre  est  si  complexe  que  souvent,  pour  plus  de  clarté, 
j'ai  dû  intervertir  l'ordre  suivi  par  l'auteur.  Il  a  tracé  à  travers  le  passé 
une  grande  route  de  laquelle  se  détachent  des  chemins,  des  sentiers, 
conduisant  vers  des  points  de  vue  pleins  d'intérêt,  mais  où  je  n'aurais 
pu  m'engager  sans  m'égarer.  Les  notes  si  nombreuses  au  bas  des  pages 
sont  ellos-mêmos  fort  curieuses,  fort  instructives.  M.  d'Ancona  y  cite 
consciencieusement  tous  les  auteurs  qu'il  a  consultés,  et  notre  ami  et 
collaborateur  M.  Marins  Sepet  n'y  est  pas  oublié.  M.  d'Ancona  regrette 
que  son  exemple  n'ait  pas  été  suivi  par  M.  Petit  de  Julleville.  Son  livre 
sur  les  mystères  a  paru  trois  ans  après  la  première  édition  de  celui  de 
M.  d'Ancona,  que  M.  de  Julleville  ne  nomme  pas  une  fois.  Mais  il  y  a  chez 
nous  des  hommes  fort  savants  en  certaines  branches,  qui  ont  négligé 
l'étude  des  langues  et  ne  sont  guère  en  état  de  lire  aisément  les  plus 
faciles.  Dans  leur  silence  à  l'égard  des  littératures  étrangères,  on  aurait 
tort  de  voir,  comme  M.  d'Ancona,  «  une  preuve  de  la  superbe  incurie 
avec  laquelle  on  traite  trop  souvent  en  France  les  travaux  des  Italiens.  » 


—  69  — 

Qu'il  nous  arrive  d'au  delà  des  raonts  de  bons  livres  comme  celui-ci, 
comme  ceux  de  Comparelli,  de  Rajna,  de  Pitre,  et  une  critique  compé- 
tente et  sympathique  leur  fera  toujours  l'accueil  qu'ils  méritent. 

Th.  P. 

HISTOIRE 

Dictionnaire  universel  d'histoire  et  de  g^éograpliie,  par 

M.-N.  Douillet.  Nouvelle  édition  entièrement  refondue  sous  la  direction 
de  L.-G.  GouRRAiGNE.  Paris,  Hachette,  1893,  in-8  de  x-2079  p.  —  Prix.  : 
21  fr. 

Depuis  1842,  date  de  la  première  publication  du  Dictionnaire  uni- 
versel d'histoire  et  de  géographie  de  M.  M.-N.  Bouillet,  cet  ouvrage  a 
eu  trente  éditions  dont  quelques-unes  ont  été  de  véritables  refontes; 
notamment  celle  de  1864  par  M.  Bouillet  lui-même,  et  celle  de  1884  faite 
sous  la  direction  de  M.  Ghassang.  Ce  grand  nombre  d'éditions  est  tout 
ensemble  une  preuve  de  l'utilité  —  peu  contestable  —  d'un  pareil 
ouvrage  et  du  soin  que  l'on  a  apporté  à  l'améliorer.  M.  Gourraigne, 
chargé  de  la  nouvelle  refonte,  s'est  efforcé  de  rendre  meilleure  encore 
l'œuvre  primitive,  et  pour  cela  il  s'est  assuré  la  collaboration  de  plusieurs 
professeurs  et  savants  parmi  lesquels  nous  citerons  seulement  MM.Bour- 
ciez,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux,  De  La  Ville  de 
Mirniont,  maître  de  conférences  à  la  même  Faculté,  C.-V.  Langlois, 
maître  de  conférences  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris  ;  G.  Levêque  et 
G.  Maspero,  membres  de  l'Institut.  De  cette  collaboration  l'œuvre  est 
sortie  certainement  fort  améliorée.  Tout  en  respectant  le  plus  possible 
le  texte  de  M.  Bouillet,  l'on  a  pris  soin  non  seulement  de  compléter  le 
volume  par  l'addition  de  nouveaux  articles,  mais  de  le  mettre  au  cou- 
rant des  progrès  de  la  science  historique.  L'impression  d'un  ouvrage 
aussi  considérable  étant  toujours  fort  longue,  on  a  dû  ajouter  un  petit 
supplément  pour  noter  les  personnes  notables  mortes  dans  les  derniers 
mois  de  1891  et  les  premiers  de  1892. 

Malgré  ses  mérites  réels,  le  dictionnaire  est  loin  d'être  parfait.  Il  y  a 
des  erreurs  de  dates  :  par  exemple,  lord  Beaconsfield  n'est  pas  né  en 
1805,  mais  le  21  décembre  1804;  Contarini  Fleming  et  Venetia  ne  sont 
pas  antérieurs  à  1832,  mais  l'auteur  a  publié  l'une  en  1833  et  l'autre  en 
1837  ;  la  Geology  of  the  voyage  of  the  Beagle  de  Darwin  ne  date  pas 
de  1840,  mais  a  été  publiée  pendant  les  années  1842  à  184G  ;  la  publi- 
cation du  Frédéric  le  Grand  de  Garlyle  n'a  pas  commencé  en  1856, 
mais  en  1858;  Mgr  Freppel  n'est  pas  mort  en  1892,  mais  en  1891.  Il  y 
a  des  erreurs  de  fait  ;  pour  n'en  citer  qu'une,  sœur  Juana-Inès  de  La 
Cruz  n'est  pas  plus  née  dans  le  Guipuzcoa,  comme  le  dit  la  nouvelle 
édition  du  dictionnaire,  qu'à  Mexico, comme  l'affirmait  l'ancienne;  cette 
poétesse  célèbre  a  vu  le  jour,  en  1651,  à  San  Miguel   Nepantla,   au 


—  70  — 

Mexique.  Il  n'est  pas  indifférent  d'écrire  Jeanne  d'Arc  on  Jeanne  Darc, 
i'ime  de  ces  ortliographes  esl  fautive.  L'histoire  de  Baratest  une  légende, 
comme  celle  de  Viala  (dont  le  nom  n'est  même  pas  mentionné  dans  le 
dictionnaire)  ;  la  statue  élevée  à  Dolel  sur  la  place  Maiiberl  n'autorise 
pas  à  s'apitoyer  sur  le  sort  de  ce  vilain  homme.  Il  faut  être  Corse  et 
Calvais  pour  prétendre,  après  les  preuves  surabondantes  qui  ont  été 
données  du  contraire,  que  Christophe  Colomb  est  né  «  vraisemblable- 
ment à  Calvi  I  »  Affirmer  d'une  manière  générale,  même  dans  une  simple 
et  courte  parenthèse,  que  les  jésuites  «  faisaient  le  commerce  »  est  une 
inexactitude  qu'il  fallait  laisser  aux  anciennes  éditions  de  Bouille!. 

A  côté  des  erreurs,  —  dont  nous  n'avons  pu  donner  que  quelques 
spécimens,  —  il  faut  signaler  les  lacunes.  Nous  regrettons,  sans  en  être 
étonnés,  que  les  pays  étrangers  ne  soient  pas  aussi  bien  représentés 
qu'ils  devraient  l'être  dans  un  travail  de  ce  genre.  Nous  noterons  au 
hasard,  pour  l'Italie,  l'absence  de  noms  connus  tels  que  Serafino  Aquilano 
et  Antonio  Tebaldeo,  tous  deux  célèbres  sur  la  fin  du  xv'et  au  début  du 
XVI*  siècle;  Luigi  Groto,  lui  aussi  ilhistre  en  son  temps;  le  chanoine  San 
Severino  qui,  au  milieu  de  ce  siècle,  eut  une  influence  philosophique 
assez  considérable;  Minturno,  l'auteur  de  la  Poétique;  le  savant  Qua- 
drio,  dont  les  travaux  sont  si  précieux;  Michèle  Amari,  le  grand  histo- 
rien sicilien.  Pour  l'Angleterre,  nous  nous  contenterons  de  citer  la  roman- 
cière Charlotte  Broute  et  le  célèbre  historien  philosophe  Buckle.  Le  Mexi- 
cain espagnol  fra  Manuel  Navarrete  (1768-1809),  dont  les  mérites  et  les 
défauts  ont  passionné  le  public;  le  poète  espagnol  Antonio-Feliciano 
Castilho  (1800-1875),  auquel  on  doit  une  résurrection  de  l'esprit  clas- 
sique en  littérature,  méritaient  bien  une  mention.  Nous  en  dirons 
autant  du  philosophe  suédois  Chr.-J.  Bostrœm,  et  des  poètes  drama- 
tiques du  même  pays  A.-J.  Piytz,  J.-F.  Lundgren,  Aug.  Blanche, 
F.-T.  Hedberg.  En  France  même  eût-ce  été  trop  que  de  consacrer  quel- 
ques courtes  lignes  au  musicien  Olivier  Métra,  à  M.  Rosseeuw  Saint- 
Hilaire,  au  savant  comte  Riant,  à  l'explorateur  Mage,  au  poète  roman- 
cier Villiers  de  l'Isle-Adam,  au  philosophe  chrétien  Hello  ? 

Une  critique  d'un  autre  genre  porte  sur  les  indications  bibliographi- 
ques. A  une  époque  où  se  répand  de  plus  en  plus  le  goût  de  la  préci- 
sion scientifique,  on  désirerait  la  voir  s'introduire  dans  des  ouvrages  de 
référence  que  l'on  a  sans  cesse  sous  la  main  et  où  l'on  doit  trouver  les 
renseignements  indispensables.  Je  sais  bien  que  la  bibliographie  a  été 
plus  soignée  dans  cette  nouvelle  édition  que  dans  les  précédentes  ;  mais 
que  de  défauts  encore  !  C'est  d'abord  le  peu  de  souci  de  donner  des  in- 
dications complètement  exactes  ;  il  est  dangereux,  et  il  est  de  moins  en 
moins  permis  de  donner  des  litres  tronqués,  approximatifs.  Les  ouvrages 
étrangers  devraient  être  cités  dans  leur  langue  —  quitte  à  en  donner 
une  traduction  abrégée.  En  second  lieu,  les  renseignements  bibliogra- 


—  li  — 

phiques  insérés  dans  les  diverses  notices  sont  distribués  d'une  manière 
arbitraire.  L'on  ne  peut  indiquer  pour  toute  référence  sur  l'Allemagne 
l'histoire  de  M.  Zeller.  Il  a  paru  sur  Alexandre  le  Grand  d'assez  bons 
travaux  —  quand  ce  ne  serait  que  celui  de  Droysen,  —  pour  qu'il  ne 
soit  plus  permis  de  se  borner  aux  ouvrages  du  siècle  dernier  ou  du 
début  de  celui-ci.  C'est  une  bonne  idée  que  de  citer  la  bibliographie  de 
Carlyle  donnée  par  Sepherd  ;  mais  pourquoi  ne  pas  agir  de  même  pour 
les  autres  grands  écrivains  et  ne  pas  indiquer  les  listes  des  éditions  de 
leurs  ouvrages  ou  des  travaux  les  concernant  publiés  de  divers  côtés?  Il 
a  paru  des  monographies  de  ce  genre  pour  Goldoni,  pour  Pétrarque, 
pour  le  Tasse,  pour  l'Arioste,  pour  Dante,  pour  Corneille,  pour  Molière, 
pour  Voltaire,  et  pour  bien  d'autres,  tous  écrivains  à  tout  le  moins 
égaux  à  Carlyle.  Pourquoi  ne  pas  les  avoir  citées  ?  Quand  un  person- 
nage a  joué  un  certain  rôle,  comme  le  général  de  La  Motte-Rouge,  et 
qu'on  a  publié  ses  Souvenirs,  il  est  bon  de  le  faire  savoir.  Il  eût  été  bon 
aussi  d'indiquer  les  meilleures  éditions  récentes  données  des  grands 
écrivains,  les  meilleurs  travaux  publiés  dans  les  derniers  temps  sur  eux; 
trop  souvent  les  auteurs  du  dictionnaire  manquent  à  ce  devoir  et  se 
contentent  de  reproduire  les  notices  déjà  vieillies  de  M.  Douillet.  Un 
seul  exemple  pour  ne  pas  allonger  indéfiniment  ce  compte  rendu  :  à 
l'article  Mirabeau  l'on  ne  trouve  pas  l'ouvrage  de  M.  Stern,  ni  même 
celui  de  M.  de  Loménie. 

Ces  critiques  ne  sont  pas  faites,  certes,  pour  rabaisser  la  valeur  d'un 
ouvrage  important,  ni  surtout  pour  détourner  nos  lecteurs  d'acquérir  ce 
volume,  qui  sera  pour  eux  un  très  utile  instrument  de  travail;  nous 
avons  cru  devoir  les  prévenir  qu'il  ne  fallait  pas  trop  lui  demander,  et 
nous  avons  voulu  inviter  M.  Gourraigne  et  ses  collaborateurs  à  amé- 
liorer davantage  encore  leur  œuvre  dans  une  nouvelle  édition  que  nous 
souhaitons  prochaine.  E.-G.  Ledos. 

I.e  Foudatear  de  Lyon.  Histoire  «le  L.  Munatlns  Plancus, 

par  Emile  Julhen.  Paris,  Masson,  1892,  gr.  in-8  de  217  p.  —  Prix  5  fr. 

Par  ses  deux  thèses  de  doctorat,  dont  la  plus  importante,  les  Profes- 
seurs de  littérature  dans  l'ancienne  Rome,  a  été  analysée  ici  même 
(t.  XLIX,  p.  141),  M.  E.  JuUien  avait  mis  heureusement  en  lumière  sa 
double  vocation  comme  érudit  et  comme  écrivain.  Depuis  lors,  en  vou- 
lant étudier  de  plus  près  la  date  delà  fondation  de  Lyon,  il  a  été  insensi- 
blement amené  à  s'occuper  du  fondateur  même  de  la  cité.  Ce  titre  est  con- 
féré par  la  tradition  à  Munalius  Plancus,  an)i  et  correspondant  de  Cicé- 
ron,  dont  les  lettres  nous  renseignent  assez  complètement  sur  la  valeur 
et  la  physionomie  morale  d'un  homme  qui  fut  «  remarquable  en  tout 
sans  être  supérieur  en  rien.  » 

Ce  Plancus,  dont  M.  Jullien  nous  raconte  la  curieuse  et  instructive 


histoire,  était  né  au  pins  fort  de  la  rivalité  sanglante  entre  Marins  et 
Sylla,  lamenlable  prélude  de  ces  guerres  de  partis  où  devait  sombrer, 
un  demi-siècle  plus  tard,  la  liberté  romaine.  «  L'éducation  d'alors  n'était 
pas  faite  pour  réagir  contre  le  spectacle  démoralisateur  de  la  vie  publi- 
que; elle  tendait  plus  à  éveiller  l'esprit  qu'à  fortifier  le  caractère,  et 
poussait  vers  le  scepticisme  moral  des  jeunes  gens  à  qui  la  première 
expérience  avait  déjà  appris  le  culte  de  la  force  (p.  11).  »  Orateur  insi- 
nuant, habile  écrivain,  durant  la  période  bien  courte  d'ailleurs  où  la  for- 
lune  lui  fut  contraire,  il  n'hésita  pas  à  entrer  au  barreau,  où  il  maniait 
la  plaisanterie  avec  une  verve  redoutable.  Homme  privé,  il  a  plus  tra- 
vaillé à  satisfaire  ses  passions  qu'à  les  dompter  :  homme  politique, 
aussi  prompt  à  servir  les  autres  qu'adroit  à  s'en  servir,  il  s'est  enrôlé 
successivement,  pour  ne  pas  dire  simultanément,  dans  tous  les  partis. 
C'était  l'ami  de  tout  le  monde,  et,  selon  la  remarque  spirituelle  de  son 
biographe,  pareil  rôle  en  tout  temps  ne  laisse  pas  que  d'être  singulière- 
ment compliqué.  Mais  où  étaient  alors  la  fermeté  et  la  constance?  Le 
Sénat  lui-même,  qui  semblait  comme  autrefois  tout  diriger,  au  fond 
était  obligé  de  tout  subir.  Plus  de  loi,  plus  de  droit,  plus  môme  d'opi- 
nion publique  librement  exprimée  :  des  armées  toutes-puissantes,  et  à 
leur  tête  des  généraux  qui  mesurent  leurs  prétentions  à  la  crainte  qu'ils 
inspirent.  Plaire  au  dominateur  du  jour,  là  était  tout  le  secret  de  l'art 
de  parvenir.  «  Le  grand  tort  de  Plancus  ne  fut  pas  de  passer  d'un  camp 
à  un  autre  (malheur  alors  bien  difficile  à  éviter),  mais  de  porter  tour  à 
tour  dans  chacun  d'eux  une  ardeur  sans  égale.  Ce  sceptique  était  tenu 
d'aflecter  l'enthousiasme  pour  qu'on  crût  à  sa  sincérité....  Ainsi,  au  mi- 
lieu des  ruines  publiques  et  privées,  il  ne  cessa  pas  de  grandir  :  sa  fidé- 
lité fut  changeante,  son  bonheur  a  été  constant  »  (p.  211). 

Envoyé  en  Gaule  d'abord  et  plus  tard  en  Syrie  en  qualité  de  gouver- 
neur, allié  d'Antoine  après  avoir  été  l'ami  de  Brutus,  Plancus  vil  son 
étoile  pâlir  en  môme  temps  que  celle  du  fameux  triumvir.  Tombé  du 
pouvoir,  il  fut  saisi  d'une  mélancohe  profonde.  «  Les  hommes  qui  ont 
vécu  au  milieu  de  l'émotion  des  grandes  afiaires  et  joné  un  premier  rôle 
dans  le  drame  passionnant  de  la  polilique  ne  peuvent  plus  vivre  d'une 
autii;  vie.  Ils  ne  trouvent  que  fadeur  dans  le  calme  de  leur  foyer,  peti- 
tesse dans  les  soucis  privés,  monotonie  dans  les  occupations  ordinaires. 
Leur  pensée  est  ailleurs  :  ils  se  font  un  ennemi  de  leur  repos  »  (p.  177). 

Heureusement  pour  Plancus,  Octave  comprit  sans  peine  tout  l'intérêt 
qu'il  avait  à  s'allacher  un  adversaire  influent  et  d'ailleurs  tout  jirêt  à 
accepter  ses  avances.  Il  alla  jusqu'à  le  nommer  censeur,  l'investissant 
ainsi  de  la  plus  haute  et  de  la  plus  respectée  parmi  les  anciennes  ma- 
gistratures. 

C'est  pendant  que  Plancus  intriguait  en  Gaule  avec  Lépide  qu'il  reçut 
par  sénatus-consulte  la  mission  de  fonder  une  cité  nouvelle  au  confluent 


de  la  Saône  et  du  Khôiie,  afin  de  donner  asile  aux  colons  romains  que 
les  AUobroges  venaient  d'expulser  de  Vienne.  Pour  l'auleur,  cet  épisode 
avait,  nous  l'avons  dit,  une  importance  exceptionnelle  :  s'il  ajoute  peu 
aux  recherches  et  aux  commentaires  de  ses  devanciers,  et  notamment 
de  M.  Allmer,  en  revanche  son  récit  est  conduit  avec  une  remarquable 
précision.  On  peut  appliquer  le  même  éloge  aux  autres  parties  de  l'ouvrage: 
mais  à  l'exemple  de  M.  Gaston  Boissier,  l'auteur  est  lettré  autant  et  plus 
encore  qu'érudil.  Par  la  vivacité  du  Irait,  par  la  profondeur  des  réflexions, 
mainte  page  prend  une  valeur  philosophique  et  fait  songer  tantôt  à 
Tacite,  tantôt  à  Montesquieu.  Ainsi  médité,  le  tableau  du  passé  devient 
là  l'explication,  ici  la  leçon  du  présent.  C.  Huit. 


L'Ainbasjsade  françaBsc  eu  Espagne  pendant  la  Révolu- 
tion (1789-1804),  par  Geoffroy  de  Grandmaison.  Paris,  Pion  et 
Nourrit,  1892,  in-8  de  vn-356  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Le  Pacte  de  famille  sous  la  République,  telle  est  la  formule  qui  pour- 
rait résumer  le  sens  des  précieux  renseignements  rassemblés  dans  ce 
livre.  L'alliance  conclue  entre  les  Bourbons  de  France  et  d'Espagne 
n'avait  pas  été  brisée  sans  retour  par  la  Révolution  ;  un  moment  rom- 
pue, elle  se  renoua,  et  si  bien,  qu'elle  devint  sous  le  Directoire  et  le 
Consulat,  selon  un  mot  bien  connu,  l'alliance  de  l'homme  et  du  cheval. 
L'homme  n'était  plus  pourtant  l'aîné  des  petits-fils  de  Louis  XIV,  mais 
Barras  ou  Bonaparte. 

M.  GeoflTroy  de  Grandmaison  a  employé  comme  source  principale  les 
dépêches  des  envoyés  français  à  Madrid  de  1789  à  1804  ;  c'est  dire  qu'il 
a  passé  complètement  sous  silence  la  période  de  guerre  ouverte,  ainsi 
que  les  négociations  pour  la  paix  de  Bâle.  Sur  la  période  antérieure,  il 
se  borne  à  un  exposé  assez  rapide  qu'il  eut  pu,  avec  les  documents  du 
fonds  Bourbon,  rendre  plus  complet.  On  voit  bien  dans  ses  premières 
pages  comment,  on  ne  voit  pas  assez  pourquoi  Charles  IV  et  ses  minis- 
tres se  détachèrent  peu  à  peu  de  la  France  «  constitutionnelle.  »  Les 
premiers  ils  avaient  été  sollicités  à  intervenir  en  faveur  de  Louis  XVI, 
dès  la  fin  de  1789,  par  l'entremise  de  ce  même  Fonbrune  que  nous 
voyons  ici  reparaître  à  Madrid  vers  1796  ;  sollicités  d'autre  part  par  les 
émigrés,  comme  le  témoignent  les  correspondances  de  Las  Casas,  de 
l'abbé  Froment,  etc.,  ils  ne  voulurent  point  adhérer  à  la  politique  des 
comles  de  Provence  et  d'Artois,,  si  différente  de  celle  de  Louis  XVI,  et 
se  bornèrent  à  bouder  le  gouvernement  de  Paris.  Il  fallut  le  régicide 
pour  que  Charles  IV  entrât  dans  la  coalition.  Il  eût  volontiers  secouru 
directement  son  cousin  ;  l'occasion  et  les  forces  lui  manquèrent,  et, 
après  avoir  combattu  pendant  deux  campagnes  pour  l'honneur  des  cou- 
ronnes, il  se  réconcilia  avec  la  France  républicaine;  bieu  mieux  :  il  s'age- 
nouilla devant  elle. 


Le  livre  de  M.  Geoffroy  de  Grandinaison,  qui  commence  vraimenl  à 
l'année  1795,  est  plein  de  détails  originaux,  peignant  sur  le  vif  les  agents 
de  la  République  à  Madrid,  Pérignon,  Lucien  Bonaparte,  Beurnonville, 
et  ce  Guillemardet  que  le  beau  portrait  de  Goya,  au  musée  du  Louvre, 
fera  plus  longtemps  connaître  que  ses  exploits  diplomatiques.  On  voit 
aussi  à  l'œuvre,  dans  sa  triste  promiscuité,  ce  triumvirat  ou  plutôt  ce 
ménage  à  trois  qui  gouvernait  l'Espagne,  Marie-Louise,  Charles  IV,  Go- 
doï.  Sur  la  propagande  révolutionnaire,  sur  la  proscription  et  la  vie  er- 
rante des  évêques  et  des  prêtres  français,  sur  les  émigrés,  leurs  intri- 
gues et  leurs  misères,  M.  Geoffroy  de  Grandmaison  a  réuni  anssi  une 
fouie  de  traits  nouveaux.  Les  contemporains  nous  en  avaient  dit 
quelque  chose,  notamment  l'auteur  des  Lettres  écrites  de  Barcelone  à 
un  zélateur  de  la  liberté  (par  Ghantreau),  que  je  ne  vois  point  cité.  Les 
ambassadeurs  français  sont  ici  les  peintres  non  suspei'ts  du  tableau  qui 
nous  révèle  les  vicissitudes  de  l'émigration  royaliste  en  Espagne. 

Tous  ces  récits  sont  curieux,  substantiels,  pittoresques;  il  leur  manque 
à  mon  sens  quelques  pages.  Pourquoi  les  avoir  arrêtés  à  la  proclamatioa 
de  l'Empire,  ne  les  avoir  pas  poussés  jusqu'aux  scènes  de  Bayonne  et  à 
l'invasion  de  1808?  On  aurait  vu,  dans  \n\  épilogue  caractéristique,  où 
aboutit  cette  singulière  alliance,  à  la  rupture  violente  qui,  dans  la  pensée 
de  Napoléon,  devait  reconstituer  sur  de  nouvelles  hases  le  Pacte  de  fa- 
mille, à  l'insurrection  nationale  qui  répara  la  honte  et  les  humiliations 
des  souverains.  M.  Geofiroy  de  Grandmaison  n'en  a  pas  moins  apporté  à 
l'histoire  extérieure  de  la  Révolution  une  contribution  neuve  par  les 
sources  où  il  a  puisé,  sérieuse  et  intéressante  par  les  développements 
qu'il  a  donnés  à  son  travail.  L.  Pingaud. 

IliNtoIre  |»og)ti3Mis*i>:  de  Sont  Éita.  Se  eariISual  CliarScst- 
Martial-AliciMian'Tl  L,aTiji;crSc,  arclicvèsguc  de  Cartilage 
et  «l'Aller,  primat  €l'Afri«|uc,  par  Mgr  t^.viiLE  Lesur,  chanoine 
de  Cagliari,  protoiiotaire  apostolique  A.  S.  P.,  prélat  de  la  chapelle  de 
Sa  Sainteté,  chanoine  titulaire  de  Garlhage,  et  l'abbé  J.-A.  I^etit.  Paris, 
Lamulie  et  Poisson,  1892,  in-i2  de  227  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

La  biographie  du  cardinal  Lavigerie  a  déjà  tenté  plus  d'un  auteur. 
Nous  avons  parlé  ici  de  l'excellent  ouvrage  de  M.  l'abbé  Klein  ;  celui  de 
Mgr  Lesur  et  de  M.  l'abbé  Petit,  sous  le  titre  modeste  d'Histoire  popu- 
laire, le  complète  très  heureasement  sans  taire  double  emploi.  Les  deux 
savants  ecclésiastiques  suivent  leur  héros  à  travers  toute  sa  carrière  et  le 
montrent  constamment  animé  d'une  sainte  ardeur,  semant  les  œuvres 
partout  où  il  passe  et  les  marquant  de  son  empreinte  vraiment  géniale. 
Celles  qu'il  a  fondées  en  Afri(jii(;  pour  l'évaugélisation  et  le  soulagement 
des  affreuses  mi'^ères  du  continent  noir  sont,  pour  ainsi  dire,  innombra- 
bles, et  l'éminent  prélat  s'est  eflorcé  de  les  établir  sur  une  base  solide  en 
les  dotant  généreusement;  ce  quil  a  ainsi  dépensé  est  vraiment  prodi- 


—  75  — 

gieiix.  Les  auteurs  cileiit  aussi  très  volontiers  les  passages  remarquables 
des  éloquents  discours  qu'il  a  prononcés  dans  diverses  circonstances  : 
établissement  de  l'aumônerie  de  l'armée  d'Afrique,  inauguration  de  la 
cathédrale  de  Carthage,  croisade  anli-esclavagiste,  etc.  Ils  ne  reculent 
pas  devant  la  justiticalion  de  la  conduite  du  cardinal  dans  deux  épisodes 
critiques  de  sa  vie  si  mouvementée.  Le  premier  est  son  désaccord  avec 
le  maréchal  de  Mac-Mahon,  gouverneur  général  de  l'Algérie,  au  sujet 
des  orphelins  arabes  qu'il  avait  recueillis  pendant  la  disette  qui  éprouva 
si  cruellement  la  colonie;  le  droit  à  la  charité  que  revendiquait  haute- 
ment l'archevêque  ne  paraît  pas  contestable,  et  il  est  regrettable  qu'en 
celte  circonstance  le  duc  de  Magenta  se  soit  laissé  influencer  par  les  in- 
justifiables proleslalions  de  quelques  sectaires.  Plus  discuté  est  le  fa- 
meux toast  républicain  qui  a  éclaté  comme  un  coup  de  foudre  en  un 
moment  qui  semblait  bien  mal  choisi.  On  sait  que  l'émoi  fut  considéra- 
ble en  France  et  que  les  admirateurs  du  grand  cardinal  furent  alors 
consternés.  Il  est  facile,  aujourd'hui  que  les  événements  ont  marché,  de 
plaider  pour  cette  manifestation  les  circonstances  atténuantes;  depuis 
lors,  nous  en  avons  entendu  bien  d'autres,  et  il  n'est  plus  douteux  que 
Mgr  Lavigerie  n'agissait  pas  alors  de  sa  propre  initiative.  Les  auteurs 
affirment  qu'avant  de  consentir  à  attacher  ce  grelot  retentissant,  Son 
Éminence  fit  à  qui  de  droit  de  sérieuses  objections,  dont  la  plus  topique 
était  le  préjudice  considérable  qu'un  tel  éclat  causerait  inévitablement  à 
ses  œuvres.  Il  faut  convenir  qae,  vu  sous  cet  aspect,  c'est  tout  simple- 
ment un  acte  de  soumission  héroïque.  Cet  ouvrage  est  bien  conçu,  bien 
écrit,  édifiant  et  intéressant  à  la  fois.  Comte  de  Bizemont. 


BULLETIN 

Aiiîiïeiiitcii  zisi»  Papst-  iind  E^onzilien^eechSchte  Im  14.  und  12$. 
Jahi'hsinder't,  von  Henry  Simonsfeld.  Mùnchen,  Verlag  der  kon.  Akademie, 
1891,  in-4  de  56  p. 

Dans  cet  opuscule,  extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences  de 
Vienne,  l'auteur  a  produit  le  texte  d'une  dizaine  de  documents,  conservés 
en  copies  à  la  Bibliothèque  impériale;  l'un  d'eux  existe,  en  outre,  en  original 
aux  .archives.  Il  importe  d'en  indiquer  sommairement  l'objet  :  1°  Urbain  VI 
recommande  aux  prélats  le  nonce  apostolique  qu'il  envoie  prêcher  la  croi- 
sade contre  l'antipape  Clément  VII  (3  juin  1382);  2<»  le  même,  prisonnier  à 
Lucera,  invoque  le  secours  du  bras  séculier  (27  février  1385);  3"  le  même 
signifie  au  monde  chrétien  la  confession  de  six  cardinaux  contre  l'antipape 
(14  février  1385);  4'' lettre  de  l'empereur  grec  Manuel  II  Paléologue  au  pape 
Alexandre  V;  5°  demandes  de  l'université  de  Paris  et  réponses  du  pape 
Jean  XXIII  (1412, 1413);  6°  lettre  des  représentants  de  la  nation  gallicane  au 
concile  de  Constance  à  Louis,  duc  de  Bavière-Ingolstadt  (16  décembre  1416); 
7"  autre  des  mêmes  au  même  (1417?)  ;  8°  reconnaissance  d'une  somme 
de  23,000  florins  prêtée  par  ce  prince  aux  présidents  des  quatre  nations  du 


7(j  — 

concile  (29  juin  1415)  ;  9°  lettre  de  l'empereur  Sigismond  au  patriarche 
d'Antioche  (1er  février  1416);  et  10»  autre  du  duc  Louis  à  Sigismond,  au 
sujet  de  ce  prêt.  Ces  textes,  souvent  défectueux,  auraient  pu  être  améliorés. 
La  préface  résume  les  événements  auxquels  ils  se  rapportent.        U.  G. 


Histoire    (le    la   commune     de    Pour-ralii    pendant    la    Révolution 

<17S»-1S00)  (Documents  pour  l'histoire  de  la  Révolution  dans  l'Auxei-7-ois), 
par  Th.  Mémaix.  Auxerre,  Lanier;  Sens,  Poulain-Rocher,  1892,  in-16  de  94  p. 
—  Prix  :  0  fr.  50  c. 

Les  éléments  de  cotte  monographie  sont  empruntés  à  trois  registres  de 
la  municipalité  de  Pourrain,  contenant  jour  par  jour  les  actes  de  1793  à 
1796.  Levée  de  soldats  en  mars  1793  :  les  volontaires  se  croyaient  déjà  la 
force  armée  et  coupaient  d'oftice,  pour  les  vendre  à  leur  profit,  des  ormes 
et  des  chênes  sur  les  terrains  communaux  autour  de  l'église  et  ailleurs.  La 
municipalité  ne  put,  paraît-il,  que  constater  le  délit;  mais  le  district 
d'Auxerre  p»'étendit  droit  sur  les  arbres,  comme  étant  biens  nationaux,  et  la 
municipalité  de  Pourrain  ne  se  tira  qu'avec  peine  de  ce  mauvais  pas.  —  Le 
5  mai  1793,  constitution  du  Comité  de  salut  public  :  sur  cent  quatre-vingt- 
quatre  électeurs,  on  n'en  compte  que  quarante-trois  qui  aient  voté.  —  La 
vente  du  presbytère,  la  pénurie  des  vivres  occupent  les  séances  :  telle  était 
la  disette  que  les  chiens  affamés  déterraient  les  cadavres  dans  le  cimetière 
pour  les  dévorer.  —  Le  3  septembre  1793,  réquisition  générale  de  tous  les 
citoyens  de  dix-huit  à  vingt-cinq  ans;  le  10,  réquisition  de  grains  pour 
Auxerre  :  Pourrain  ne  se  soumettait  pas  sans  lutte. 

Le  deuxième  registre  comprend  l'année  1794,  on  plutôt  l'an  ii.  On  descend 
la  cloche,  on  vend  les  biens-fonds  de  la  fabrique  et  de  la  cure;  on  envoie 
au  district  «  les  effets  et  ustensiles  d'argent  provenant  du  culte  catholique 
de  Pourrain  :  »  le  culte  est  interrompu;  un  club  s'installe  dans  l'église;  le 
curé  s'éloigne,  ce  qui  n'empêche  pas  les  catholiques  de  la  localité  de  s'as- 
sembler le  jour  de  Pâques  et  de  faire  ameute  contre  le  citoyen  Philippe, 
juge  de  paix  du  canton  de  Toucy,  qui,  montant  en  chaire,  veut  attaquer  la 
foi  des  assistants.  Cependant  les  réquisitions  de  toutes  sortes  continuent  à 
pleuvoir  sur  la  malheureuse  commune. 

Dans  le  troisième  registre  (du  10  août  1794  jusqu'en  1800),  on  rétablit  la 
sonnerie  des  cloches  au  moins  pour  les  usages  civils,  on  vend  la  maîtrise, 
on  désarme  les  jacobins.  L'abbé  Leroy  fait  sa  déclaration  et  rétablit  le  culte. 
On  constate  l'état  déplorable  de  l'instruction  primaire  :  l'institutrice,  l'ins- 
tituteur, renoncent  à  rester.  Le  18  thermidor  an  iv,  le  presbytère  fut  vendu 
2,312  fr.;  l'acquéreur  y  établit  une  auberge;  en  179G,  de  tous  les  biensdo  la 
maîtrise,  de  la  fabrique  et  de  la  cure,  la  commune  n'avait  plus  qu'une  ar- 
moire et  un  bureau  qu'elle  ne  savait  où  loger  et  qu'un  citoyen  voulut  bien 
recueillir  dans  sa  maison.  Un  prêtre  n'en  lit  pas  moins  la  déclaration  de 
soumission  exigée  par  la  loi  (l'"'  frimaire  an  iv)  :  il  eut  à  subir  bien  des 
avanies. 

On  aime  à  suivre  cette  modeste  histoire  dans  ces  procès-verbaux  authen- 
tiques que  l'auteur  a  extraits  avec  sobriété  et  avec  goût.  Des  souvenirs  de 
famille  l'ont  aidé  à  les  bien  comprendre.  Vigtou  Pierre. 


Dusuay-Xi*ouin,  par   le  docteur  Philippe.  Paris,    Cli.   Delagrave,   1892,    in-8 
de  236  i>.  orné  de  7  grav.  —  Prix  :  1  fr.  'lO. 

L'auteur  de  la  nouvelle  biograghie  de  Duguay-Trouin   ne  s'est  pas  mis  en 
grands   frais    de  rédaction  :  il  s'est  borné  à    reproduire   textuellement   les 


—  11  — 

principaux  passages  des  Mémoires  de  l'illustre  marin.  Ce  procédé  com- 
mode est,  d'ailleurs,  excellent  lorsqu'il  s'applique  à  un  homme  aussi  sincère 
et  impartial  que  notre  Malouin;  en  outre,  il  inspire  pour  le  personnage  une 
singulière  sympathie.  En  effet,  Duguay-Trouin  ne  s'y  montre  pas  seulement 
marin  habile  et  intrépide  entre  tous,  mais  encore  bon  chrétien  et  animé 
des  sentiments  d'honneur  les  plus  élevés.  On  l'admire  surtout  lorsqu'il 
s'efforce  de  témoigner  son  estime  aux  ennemis  qui  l'ont  vaillamment  com- 
battu. La  prise  de  Rio-Janeiro,  qui  couronne  sa  carrière  militaire,  est  un 
fait  d'armes  des  plus  remarquables  accompli  avec  une  sûreté  de  coup  d'oeil 
et  un  sang-froid  qui  nous  reportent  à  la  destruction  de  Fou-Tchéou  par 
l'amiral  Courbet.  Toutefois  l'auteur  pousse  l'enthousiasme  jusqu'à  l'exa- 
gération en  proclamant  que  Jean  Bart  et  Duguay-Trouin  «  résumaient  en 
eux,  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  toute  l'illustration  de  la  marine  française.» 
Les  exploits  de  ces  deux  corsaires,  si  merveilleux  qu'ils  soient,  ne  sau- 
raient faire  oublier  les  grandes  batailles  gagnées  parDuquesne  et  Tourville. 

Comte  dp:  Bizemont. 

Le  '^'Icointc  de  Maures  de  Malar-tlc  (Ambrolse-Eulalic),  maréchal 
de   camp,    maire    de  la    Rochelle,  député    aux    États   généraux, 

par  le   comte   Gabriel  de  Maures  de  Malartio,  son  arrière-petit-neveu.  La  Ro- 
chelle, imp.  Noël  Texier,  1892,  in-8  de  43  p. 

Ambroise-Eulalie  de  Maures,  vicomte  de  Malartic,  né  à  Montauban  le 
27  juillet  1737,  entra  au  service  militaire  en  1755  comme  lieutenant  au  ré- 
giment de  Vermandois;  il  prit  part  à  l'expédition  des  Baléares,  où  il  resta 
jusqu'en  1763.  De  1767  à  1769,  il  servit  dans  les  Antilles;  chevalier  de 
Saint-Louis  en  1777,  il  fut  nommé  maréchal  de  camp  le  1"  mars  1791.  En 
1783,  le  corps  municipal  de  La  Rochelle  l'élut  maire  de  la  ville;  il  occupa 
ce  poste  laborieux  jusqu'en  1788.  Choisi  par  son  ordre  comme  député  aux 
États  généraux,  il  arriva  à  Paris  le  18  avril  1789.  Il  a  tenu  un  Journal  de  sa 
députation  qui  va  jusqu'au  1"  octobre  1789,  dont  le  manuscrit  est  conservé 
à  la  Bibliothèque  de  La  Rochelle  :  on  y  voit  qu'il  s'en  tint  au  vote  par  ordre 
et  qu'il  ne  consentit  pas  à  renier  les  mandats  impératifs  de  ses  commet- 
tants. Il  émigra  en  Allemagne;  en  1795,  il  vint  habiter  Hambourg,  où  il 
mourut  le  17  février  1796.  V.  P. 


IVutnismatique  de  la  principauté  de  Stavelot    et    de  I&Ialmédy,  par 

le  baron  de  Chestret.  Bruxelles,  J.  Goemaere,  1892,  in-8  de  35  p.  et  4  planches. 

Le  mémoire  de  M.  de  Chestret  est  destiné  à  servir  utilement  à  la  mono- 
graphie numismatique  de  Stavelot,  qui  est  encore  à  faire.  Pour  toute  la  pé- 
riode postérieure  au  milieu  du  xvi''  siècle,  nous  voyons  une  série  de  mon- 
naies émises  par  des  prélats  qui  tenaient  les  abbayes  de  Stavelot  et  de 
Prum  ;  quant  aux  temps  antérieurs,  le  droit  de  monnaie  de  Stavelot  et  de 
Malmédy  n'est  constaté  que  par  un  diplôme  de  Frédéric  I'^'",  de  1152,  dont 
le  texte  devra  être  soumis  à  une  critique  sévère,  d'autant  que  jusqu'ici  il 
n'a  été  confirmé  par  aucune  preuve  matérielle.  Certains  deniers  du  xi*  siècle 
sont  attribués  à  Stavelot,  mais  il  y  a  lieu  de  déterminer  par  qui  ils  ont 
été  émis.  B. 


JSssal  de  sigillographie.    Saint  IL.UC,    patron   den    anciennes  Facul- 
tés de  médecine,  par  le  D'  Dauchez.  Paris,  1891,  in-8  de  35  p. 

Sous  ce  titre,  M.  le   docteur   Dauchez  vient  de  publier  une  étude  où  il 
traite  du  culte  rendu  à  saint  Luc  par  les  médecins  et  les  Facultés  de  méde- 


—  78  - 

cine.  Tant  en  France  qu'à  l'étranger,  saint  Luc  a  été  considéré  comme  le  pa- 
tron des  médecins  et  honoré  comme  tel.  Cette  tradition  subsiste  encore 
dans  plusieurs  Facultés.  Les  sceaux  des  anciennes  Facultés  attestent,  pour 
la  plupart,  ce  culte  cher  aux  médecins  :  c'est  pourquoi  M.  Dauchez  les  a  re- 
cherchés avec  une  louable  persévérance.  Il  en  décrit  un  certain  nombre  et 
présente  au  lecteur  la  représentation  de  quelques-uns  d'entre  eux  appar- 
tenant aux  Facultés  de  Paris,  Pont-à-Mousson,  Montpellier,  Lyon,  Reims, 
Angers,  Avignon  et  Poitiers.  Ainsi  M.  Dauchez  a  rendu  un  Véritable  service 
à  l'histoire  des  études  médicales  et  donné  un  exemple  qui  mérite  d'être 
imité.  F. 


CHROIVIQUE 


Nécrologie.  —  M.  Auguste-Siméon  Luge  a  été  enlevé  à  l'érudition  fran- 
çaise, dont  il  était  l'un  des  meilleurs  représentants,  dans  la  pleine  activité 
de  sa  vie  littéraire.  Il  est  mort  à  Paris  le  15  décembre,  à  peine  âgé  de  cin- 
quante-neuf ans.  Il  était  né  le  29  décembre  1833,  à  Bretteville-sur-Ay 
(Manche).  Sorti  de  l'École  des  chartes  en  1858  avec  une  thèse  fort  remar- 
quée sur  la  Jacquerie,  il  se  présenta  deux  ans  après  au  doctorat  avec  le 
même  sujet  comme  thèse  française  et  une  étude  sur  Gaidon  comme  thèse 
latine,  et  soutint  la  discussion  avec  succès.  Le  jeune  docteur,  qui  se  sentait 
beaucoup  de  goût  pour  l'enseignement,  voulait  se  présenter  à  l'agrégation 
des  lycées.  Mais  à  cette  époque  il  fallait  un  stage  de  cinq  ans  dans  l'ensei- 
gnement public  avant  d'être  admis  aux  épreuves  :  le  doctorat  dispensait  de 
trois  ans,  le  diplôme  d'archiviste-paléographe  de  deux;  on  refusa  d'ac- 
corder à  M.  Siméon  Luce  le  bénéfice  de  la  double  dispense  et  il  se  vit  forcé 
de  renoncer  à  son  projet.  Tour  à  tour  archiviste  des  Deux-Sèvres,  puis  aux 
Archives  nationales,  où  il  devint  par  la  suite  chef  de  section,  M.  Luce  se 
livra  avec  une  ardeur  passionnée  à  la  recherche  des  documents  capables 
d'éclairer  l'histoire  de  France  pendant  la  guerre  de-Cent  ans.  Ses  travaux 
sont  de  deux  sortes  :  d'abord  les  publications  de  textes,  la  chronique  des 
quatre  premiers  Valois,  la  chronique  du  Mont  Saint-Michel,  et  surtout  cette 
édition  considérable  de  Froissart,  dont  les  notes  sont  un  véritable  trésor 
d'érudition  et  qui  malheureusement  reste  inachevée;  puis  les  études  origi- 
nales, qui  commencent  avec  cette  Histoire  de  la  Jacquerie,  si  remarquée, 
trop  vite  épuisée  et  dont  l'auteur  préparait  une  nouvelle  édition  remaniée. 
Comme  le  Froissart,  reste  inachevée  l'étude  qu'il  avaitentreprise  sur  Du  Guos- 
clin  et  dont  le  premier  volume,  seul  paru,  lui  valut,  avec  les  suffrages  de 
l'Académie  pour  le  grand  prix  Gobert,  la  reconnaissance  de  tous  ceux  qui 
s'intéressent  à  l'histoire  nationale  de  la  France.  Dans  les  dernières  années  de 
sa  vie,  il  s'était  surtout  senti  captivé  par  la  belle  et  sympathique  figure  de 
Jeanne  d'Arc;  et  il  avait  cherché  à  démêler  les  origines  humaines  do  sa 
mission.  L'on  se  rappelle  que  l'étude  qu'il  publia  sur  ce  sujet  et  où  se  ren- 
contraient quelques  erreurs  sur  le  rôle  des  dominicains  lui  attira  une  verte 
et  savante  critique  du  P.  Chapotin  ;  sans  détruire  le  mérite  incontestable  de 
l'ouvrage  de  l'érudit  archiviste,  les  remarques  du  dominicain  rétablirent  la 
vérité  défaits  involontairement  altérés.  C'est  qu'à  côté  de  ses  grandes  qua- 
lités d'érudition,  M.  Luce  avait  quelques  défauts  :  son  esprit  manquait 
notamment  de  souplesse,  et  comme  la  recherche  du  style  le  conduisait  sou- 
vent à  des  étrangetés  de  langage,  la  recherche  de  la  composition  le  poussait 
un  peu  au  système,  et  le  système  était  parfois  étroit.  Tout  cida  n'empêche 
point  M.  Luce  d'avoir  rendu  d'émincnts  services  aux  historiens  et  d'être 


—  79  — 

l'un  des  hommes  dont  peuvent  le  plus  s'honorer  l'École  des  chartes,  dont  il 
fut  un  des  meilleurs  élèves  et  l'un  des  professeurs  les  plus  estimés,  l'Acadi'j- 
mie  des  inscriptions,  qui,  après  lui  avoir  décerné  ses  plus  hautes  récompen- 
ses, fut  heureuse  de  lui  donner  un  de  ses  fauteuils,  et  l'érudition  française. 
Voici  la  liste  de  ses  publications  :  Du  rôle  politique  de  Jean  Maillard  en 
1358  (Bib.  Éc.  Ch.,  1856-1857,  t.  XVII,  p.  415);  —  D'un  emploi  du  point 
souscrit  dans  les  manuscrits  français  (Bib.  Éc.  Ch.,  1858,  t.  XIX,  p.  360);  — 
Du  progrès  social  en  Finance  sous  Napoléon  III  (1858,  in-8);  —  Histoire  de  la 
Jacquerie  {i859,  in-8);  —  Visites  par  les  prieurs  de  Barbézieux  et  de  Saint- 
Sauveur  de  Nevers  des  monastères  de  la  Congrégation  de  Cluny  en  Poiiou 
(Bib.  Éc.  Ch.,  1859,  t.  XX,  p.  237);  -  Quittances  de  la  Trémoille  et  de  la  Rire 
(Bib.  Éc.  Ch.,  1859,  t.  XX,  p.  560)  ;  — De  Gaidone,  carminé  gallico  vctusliore, 

disquisitio  critica  (1860,  in-8); Pièces  inédites  relatives  à  Etienne  Marcel 

(Bib.  Éc.  Ch.,  1860,  t.  XXI,  p.  73)  ;  —  Examen  critique  de  l'ouvrage  intitulé  : 
«  Etienne  Marcel  et  le  Gouvernement  de  la  bourgeoisie  au  XJXe  siècle  »  par 
M.  F.-T.  Perrens  (Bib.  Éc.  Ch.,  1860,  t.  XXI,  p.  241)  ;  —  Chronique  des  quatre 
premiers  Valois,  1327-1393  (1862,  in-8)  ;  —  Gaydon,  chanson  de  geste  (t.  VII 
des  Anciens  poètes  de  la  France,  publiés  sous  la  direction  de  M.  Guessard 
(1862,  in-12);  —  De  l'utilité  matérielle  et  pratique  des  travaux  d'archives 
{Bib.  Éc.  Ch.,  1863,  t.  XXIV,  p.  237);  —  Chroniques  de  Jehan  Froissart  (1869- 
1890,  8  vol  in-8,  t.  IX  en  préparation)  ;  —  Louis,  duc  d'Anjou,  s'est-il  ap- 
proprié après  la  mort  de  Charles  V  une  partie  du  trésor?  (Bib.  Éc.  Ch.,  1875, 
t.  XXXVI,  p.  299)  ;  —  Négociations  des  Anglais  avec  le  roi  de  Navarre  en  1358 
(Mém.  Soc.  Hist.  Paris,  I,  1875,  p.  43);  —  Guillaume  l'Aloue  (Ann.  Bull. 
Soc.  Hist.  deFr.,  1875,  p.  149);  -  Histoire  de  Bertrand  Du  Guesclin  et  de  son 
époque,  t.  I,  seul  paru  (1876,  in-8);  —  De  l'exploitation  des  mines  et  des  con- 
ditions des  ouvriers  mineurs  en  France  au  XVe  siècle  (fi.  Q.  H.,  t.  XXI,  1877, 
p.  189);  — Le  Maine  sous  la  domination  anglaise  (R.  Q.  H.,  t.  XXIV,  1878, 
p.  226);  —  Les  Juifs  sous  Charles  V  (Rev.  hist.,  t.  VII,  1878,  p.  262);  — 
Notice  sur  le  trésor  royal  anglais  à  Paris  en  1431  (Ibid.,  p.  164);  —  Commu- 
nication sur  la  corruption  du  clergé  au  XV^  siècle  (Bidl.  Soc.  Hist.  Paris, 
t.  V,  1878,  p.  130);  —  Chronique  du  Mont  Saint-Michel.  1343-1468,  avec 
notes  et  pièces  diverses  relatives  au  Mont  Saint-Michel  et  à  la  défense  na- 
tionale en  Basse  Normandie,  pendant  l'occupation  anglaise  (1879-1886, 
2  vol.  in-8);  —  Note  relative  à  Pierre  Gilles  (Bull.  Soc.  Hist.  Paris,  VI,  1879, 
p.  188);  — Documents  nouveaux  sur  Étieyine  Marcel  (Mém.  Soc.  Hist.  Paris, 
VI,  1880,  p.  305);  —  Discours  à  l'assemblée  générale  de  la  Société  de  VHis- 
toirc  de  France  (Ann.  Bull.  Soc.  H.  F.,  1881,  p.  82);  —  Jeanne  d'Arc  et  les 
Ordres  mendiants  (R.  des  Deux  Mondes,  1"  mai  1881)  ;  —  Jeanne  d'Arc  et  le 
Culte  de  saint  Michel  (Ibid.,  l*^""  décembre  1882);  —  L'Entrevue  d'Ardres  en 
1398  (Ann.  Bull.  Soc.  H.  F.,  1881,  p.  209);  —  Cours  d'étude  critique  des 
sources  de  l'histoire  de  France,  professé  à  l'École  des  chartes;  leçon  d'ouverture 
(Bib.  Éc.  Ch.,  1882,  t.  XLIII,  p.  653);  —  Les  Meiius  du  jyrieur  de  Saint-Martin 
des  Champs  en  1438-1439  (Mém.  Soc.  Hist.  Paris,  IX,  1883,  p.  223);  — 
Jeanne  dWrc  à  Domremy  (Revue  des  Deux  Mondes,  i"  mai  1885)  ;  —  Jeanne 
d'Arc  à  Domremy,  recherches  critiques  sur  les  origines  de  la  mission  de  la 
Purelle,  accompagnées  de  pièces  justificatives  (1886,  in-8)  ;  —  Germain  Demay 
(Bib.  Éc.  Ch.,  1886,  t.  XLVII,  p.  473)  ;  —  Discours  à  la  Société  des  ancieiis 
textes  français  (Bib.  Éc.  Ch.,  1887,  t.  XLVIll,  p.  616);  —  Origine  de  la  Pucelle 
de  Voltaire  (Corresp.,  10  novembre  1888)  ;  —  Les  Chiens  de  guerre  (Corresp., 
10  janvier  1889);  —  Jean  de  Berry  (Ibid.,  25  avril  1889);  —  Jeanne  d'Arc, 
son  lieu  natal  et  ses  premières  années  (Ibid.,  25  juillet  1889);  —  Les  Jeux 
populaires    dans    l'ancienne    France    (Ibid.,    25    novembre    1889)  ;    —   La 


—  80  - 

France  pendant  la  guerre  de  Cent  ans.  Épisodes  historiques  et  vie  privée  aux 
XIV'  et  XV'  siècles  (1890,  in-12);  —  Louis  d'Estouteville.  Le  Bâtard  d'Orléans 
et  la  Défense  du  Mont  Saint-Michel  (Corresp.,  25  septembre  1890);  —  Du 
Gucsclin  au  siège  de  Rennes  (Bib.  Éc.  Ch.,  1891,  t.  LII,  p.  615);  —  VHôtel  de 
Bertrand  Du  Guesclin  à  Paris  (Corresp.,  10  mars  1891);  —  Jeanne  Paijnel  à 
Chantilly  (1892,  in-4)  ;  —  La  Mort  du  roi  Charles  V  (Corresp.,  10  oct.  1892). 
—  La  mort  de  sir  Richard  Owen,  survenue  le  19  décembre,  prive  l'Angle- 
terre de  l'une  de  ses  gloires  scientifiques  les  moins  contestées.  Né  à  Lan- 
caster  en  1804,  après  quelques  années  passées  à  titre  d'enseigne  dans  la 
marine  anglaise,  il  prit  ses  grades  universitaires,  et  dès  1828  fut  attaché 
à  VHunteriaii  Muséum,  où  il  enseigna  au  Collège  royal  de  chirurgie;  en  1856, 
il  quitta  cet  établissement  pour  prendre  la  surintendance  de  la  section 
d'histoire  naturelle  au  Musée  britannique,  fonctions  qu'il  garda  jusqu'en 
1884.  Dès  l'abord,  ses  travaux,  qui  se  multiplièrent  d'une  manière  d'autant 
plus  prodigieuse  que  la  quantité  ne  nuisit  jamais  à  la  qualité,  attirèrent  sur 
lui  l'attention  du  monde  savant,  et  les  témoignages  les  plus  éclatants  vinrent 
établir  ou  confirmer  sa  réputation.  L'illustre  Humboldt  n'hésitait  pas  à  voir 
en  lui  «  le  plus  grand  anatomiste  des  temps  modernes,  »  tandis  que  d'au- 
tres voix  le  proclamaient  le  «  Cuvier  de  l'Angleterre  »  ou  le  «  Newton  des 
sciences  naturelles.  »  Ces  titres  glorieux,  il  s'appliqua  constamment  à  les 
mériter  par  l'excellence  de  ses  travaux  scientifiques.  Reptiles  fossiles  de  la 
Grande-Bretagne  et  de  l'Afrique  australe  ;  mammifères  fossiles  de  l'Austra- 
lie ;  anatomie  des  vertébrés,  ostéologie  des  marsupiaux  et  mille  autres  su- 
jets tentèrent  sa  plume  féconde  et  lui  fournirent  la  matière  de  volumes  ad- 
mirables. Aussi  se  vit-il  accablé  de  distinctions  honorifiques;  et  les  sociétés 
savantes  les  plus  illustres  (Association  britannique,  Association  microsco- 
pique de  Grande-Bretagne,  Institut  de  France,  Académie  américaine)  se 
firent  gloire  de  le  compter  parmi  leurs  membres.  Voici  les  principaux  ou- 
vrages qu'on  lui  doit  :  Catalogue  of  the  contents  of  the  Muséum  of  the  R.  col- 
ege  of  surgeons  (1830,  in-4);  -  Memoir  on  the  Pearly  Nautilus  (Nautilus  Pom- 
pilus)  (1832,  in-4);  —  Descriptive  and  illustrated  catalogue  of  the  physiologi- 
cal  séries  of  comparative  anatomy  (1833-1840,  5  vol.  in-4);  —  Directions  for 
collccting  and  preserving  animais  and  parts  of  animais  for  anatomical  purpo- 
ses  (1835,  in-4)  ;  —  The  Fossil  mammalia  collected  in  the  voyage  of  the  Bcagle 
(1840,  in-4)  ;  —  Odontography,  or  a  treatise  on  the  comparative  anatomy  of 
the  teath  (1840-1845,  2  vol.  in-4);  —  Description  of  the  skeleton  of  an  extinct 
gigantic  sloth  (1842,  in-4)  ;  —  Catalogue  of  calculi  andother  animal  sécrétions 
(1842,  in-4)  ;  —  Lectures  07i  the  comparative  anatomy  and  physiology  of  invcr- 
tebrate  animais  (1843,  in-8);  —  Descriptive  and  illustrated  catalogue  of  the 
fossil  organic  rcmains  of  mammalia  and  aves  (1845,  in-4);  —  Synopsis  of  the 
arrangements  of  the  préparations  in  the  Muséum  (1845,  in-8)  ;  —  Lectures 
on  the  comparative  anatomy  and  j)hysiology  of  the  vcrtebrate  animais  (1846, 
in-8)  ;  —  A  History  of  British  fossil  mammals  and  hirds  (1846,  in-8)  ;  —  On 
the  nature  of  limbs  (1849,  in-8)  ;  —  On  Parthenogcnesis  (1849,  in-8);  —  Zoo- 
logy  or  instructions  for  collccting  and  preserving  animais  (1849,  in-8);  —  A 
History  of  British  fossil  reptiles  (1849-1851,  5  vol.  in-4);  — Lectures  on  the 
raie  materials  from  the  animal  kingdom  displaycd  at  the  great  exhibition 
(1851,  in-8);  —  Catalogue  of  the  osteological  séries  in  the  Muséum  of  the  R. 
collège  of  surgeons  (1853,  in-8)  ;  —  The  principal  forms  of  the  skeleton 
(1855,  in-12);  —  Crocodilia  and  ophidia  of  the  London  Clay  (1859,  in-4);  — 
Lecture  on  the  classification  of  mammalia  (1859,  in-8);  —  Palœontology  (1860, 
in-8);  —  Memoir  on  the  Mcgathcrium  (1861,  in-4);  —  On  the  cxtent  of  a  na- 
tional muséum  of  natural  history  (1862,  in-7)  ;  —  On  the  anatomy  of  vertebra- 


—  81   — 

tes  (1860-18(38,  3  vol.  in-8)  ; — Descriptive  and  illiislraled  catalogue  of  the  fos- 
sil  reptilia  of  South  Africa  in  the  collection  of  the  British  Muséum  (1876,  in-4); 

—  On  the  fossil  mnmmals  of  Australia  and  on  the  extinct  marsupials  of 
England  (1877,  2  vol.  in-4)  ;  —  Memoir  of  extinct  ivingless  birds  of  New  Zealand 
(1878,  2  vol.  in-4);  —  Ova  of  the  Echidna  Hystrix  (1881,  ia-4);  —  Remains 
of  the  gigantir.  land-lizard  from  Aws/ra/m  (1881-1882,  3  vol.  in-4)  ;  —  Expéri- 
mental Physiology  (1882,  in-8)  ;  —  The  Conario-Hypophysial  tract  (1883, 
in-8);  —  Tusk  of  a  proboscidian  marnmalf Notelephas  Auslralis)  (1883,  in-4); 

—  Affinities  of  thylacoleo  (1884,  in-4);  —  Pelvic  characters  of  thylacoleo  car- 
nifex  (1884,  in-4);  —  Evidence  of  large  extinct  lizard,  Notosaurus  Dentus 
(1884,  in-4);  —  Large  extinct  monotreme,  Echidna  Ramsay  (1884,  in-4);  — 
Teeth  of  large    extinct  (marsupial  ?)  genus  Sceparnodon  Ramsay  (1884,  in-4)  ; 

—  The  Antiquity  of  man  deduced  from  the  discovery  of  a  skelcton  at  Tilbury 
(1884,  in-8)  ;  —  Fossil  remains  and  foot-bones  ofmegalania  prisca  (1887,  in-4); 

—  Fossil  rcmains  of  two  species  of  megalanian  genus  (1887,  in-4)  ;  — Parts  of 
the  skeleton  of  meiolonia  platiceps  (1888,  in-4). 

—  L'évèqne  anglican  de  Saint-André  d'Ecosse,  que  la  mort  a  également 
frappé  dans  ce  mois  de  décembre,  Mgr  Charles  Wordsworth,  était  né  en 
1806  à  Borking  (Essex).  De  brillantes  études  au  collège  de  Christ  Church 
d'Oxford  le  tirent  appeler  à  y  enseigner;  il  y  resta  deux  ans  à  ce  titre, 
puis,  après  avoir  pris  les  ordres  sacrés,  il  se  fit  nommer  (1835)  directeur  du 
collège  de  Winchester.  Il  le  quitta  pour  diriger  en  1847  l'École  de  Glenal- 
mond,  fondée  par  le  haut  clergé  d'Ecosse.  C'est  en  1852  qu'il  fut  appelé  au 
siège  épiscopal  de  Saint-André.  Sans  entrer  ici  dans  le  détail  de  ses  ouvrages, 
presque  tous  consacrés  à  des  questions  d'enseignement  ou  de  théologie, 
nous  indiquerons  les  principaux  :  Communion  in  prayer  (1843,  in-12);  — 
Christian  Boyhood  at  apublic  school,  recueil  de  53  sermons  (1846,  2  vol.  in-8); 

—  History  of  the  collège  of  S.  Mary  Winton  (1848,  in-4);  —  Catechesis  (1849, 
in-8)  ;  —  A  United  Church  of  Scotlavd,  England  and  Ireland  advocnted  [i'èQi , 
in-8)  ;  —  On  Shakspeare  knowledge  and  use  of  the  Bible  (1864,  in-8)  ;  —  The 
Outlines  of  the  Christian  ministry  delineated  (1872,  in-8)  ;  —  A  Discourse  on 
Scottish  Church  history  from  the  Reformation  (1881,  in-8);  —  Ecclesiastical 
union  beh.veen  England  and  Scotland  (1888,  in-8). 

—  M,  Werner  von  Siemens  mérite  encore  ici  une  mention  spéciale.  Né  à 
Leutha  le  13  décembre  1816,  il  est  mort  à  Berlin  le  6  décembre  dernier.  Il 
était  entré  dans  l'artillerie  prussienne,  où  il  obtint  en  1838  le  titre  d'officier, 
quand  les  nouvelles  découvertes  sur  l'électricité  captivèrent  son  attention. 
Après  s'être  occupé  de  dorure  et  d'argenture  électriques,  il  se  distingua  par 
les  mines  sous-marines  avec  appareils  électriques  qu'il  établit  en  1848  dans 
le  Schleswig-Holstein.  L'on  remarqua  également  les  améliorations  qu'il 
apporta  dans  la  télégraphie  électrique.  Aussi  le  gouvernement  prussien 
n'hésita-t-il  pas  à  s'assurer  son  concours  pour  la  construction  de  lignes  sou- 
terraines. La  maison  qu'il  établit  à  Berlin  avec  M.  Halske  se  fit  connaître 
dans  le  monde  entier.  Les  découvertes  scientifiques  de  M.  W.  von  Siemens, 
qu'il  exposa  avec  détails  dans  les  fameuses  Annales  de  Poggendorf,  lui  firent 
attribuer  un  fauteuil  à  l'Académie  des  sciences  de  Berlin  (1874).  Ses  œuvres 
ont  été  réunies  en  volume  à  Berlin  (1887,  in-8). 

—  On  annonce  encore  la  mort  ;  de  M.  l'abbé  Birbes,  missionnaire  apos- 
tolique du  Yunnan,  mort  en  novembre,  dans  sa  mission;  — de  M.  L,douard 
Chantepie,  dont  on  cite  les  études  sur  la  société  féminine  au  xvui«  siècle, 
mort  à  soixante-deux  ans,  le  13  décembre;  —  de  M.  mile  Clerc,  qui,  non 
content  de  produire  de  nombreux  ouvrages  dramatiques  dont  quelques-uns 
ont  été  goûtés  du  public,  collaborait  à  plusieurs  journaux  de  Paris,  mort  le 

Janvier  i893.  T.  LXVll.  G. 


—  82  — 

26  décembre,  à  cinquante-quatre  ans;  —  de  M.  François  Favre,  bibliothé- 
caire au  Conservatoire  des  arts  et  métiers,  mort  le  25  décembre  à  Paris, 
âgé  de  soixante-treize  ans  ;  —  de  M.  Girault,  dit  de  Prangey,  qui  de  ses 
voyages  laborieux  avait  rapporté  des  collections  dont  il  dota  le  musée  de 
Langres  et  la  matière  d'ouvrages  estimables  parmi  lesquels  le  plus  impor- 
tant est  consacré  aux  Monuments  arabes  et  mauresques  de  Cordoiie,  Séville  et 
Grenade,  mort  à  Prangey  (Haute-Marne),  à  quatre-vingt-huit  ans,  le  15  dé- 
cembre; —  de  M.  Georges  Hachette,  l'un  des  chefs  et  le  deuxième  fils  du 
fondateur  de  Timportante  maison  de  librairie  de  ce  nom,  mort  à  cinquante- 
quatre  ans,  le  15  décembre;  —  de  M.  John  Lemoinne,  sénateur,  membre  de 
l'Académie  française,  journaliste  de  talent,  collaborateur  de  la  Revue  des 
Deux  Mondes  et  du  Journal  des  Débais,  mort  à  soixante-dix-sept  ans,  le 
14  décembre;  —  de  M.  Joseph  Petasse,  i'écond  poète  beaunois,  mort  à  quatre- 
vingt-neuf  ans,  le  15  décembre  ;  —  de  M.  César-Henri-Joseph  de  More, 
comte  DE  PoNTGiBAUD,  poètc  et  économiste,  mort  en  novembre;  —  du  R.  P, 
de  Rességuier,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  mort  à  Castres,  le  15  décembre, 
âgé  de  trente-deux  ans  ;  —  de  M.  Honoré  Roux,  botaniste  marseillais  estimé, 
mort  à  Marseille  le  13  décembre;  —  de  M.  Auguste  Salmon,  ancien  séna- 
teur, membre  correspondant  de  l'Académie  des  sciences,  mort  à  Paris  le 
26  décembre,  dans  sa  quatre-vingt-neuvième  année;  —  de  M.  Sicre  du 
Breilh,  directeur  du  Cercle  de  la  librairie,  mort  à  Asq,  le  18  décembre;  —  de 
M.  Léon  SouBEiRAN,  professeur  à  l'école  supérieure  de  pharmacie  de  Mont- 
pellier, correspondant  de  l'Académie  de  médecine,  mort  à  soixante-cinq  ans, 
le  18  décembre. 

—  A  l'étranger,  on  annonce  la  mort  :  de  M.  Bruno  Berlet,  mort  à  Anna- 
berg,  le  30  novembre,  à  soixante-huit  ans  ;  —  de  M.  James-William-Edmund 
BoYLE,  collaborateur  de  The  Month  et  auteur  d'ouvrages  importants,  parmi 
lesquels  nous  citerons  :  Chroniclc  of  England  (1864,  in-4),  et  Officiai  Baro- 
nage of  England  (1886,  3  vol.  in-fol.),  mort  le  3  décembre,  à  soixante-dix 
ans;  —  de  sir  Bernard  Burke,  éditeur  de  The  Peeragc,  et  auteur  d'ouvrages 
héraldiques,  mort  en  décembre;  —  de  M.  Iwan  Ditjalin,  professeur  de 
droit  public  à  Dorpat,  mort  le  10  novembre;  —  de  M.  Pietro  Dona,  honora- 
blement connu  par  ses  publications  sur  la  langue  grecque,  mort  à  Bologne, 
le  23  novembre;  —  de  M.  J.-R.  Forman,  éditeur  du  Nottingham  Guardian, 
mort  en  décembre;  —  de  M.  Fryer,  connu  en  Angleterre  par  ses  inventions 
scientifiques  ;  —  de  M.  A.  Galakhof,  membre  de  l'Académie  impériale  des 
sciences  de  Saint-Pétersbourg,  auteur,  entre  autres  ouvrages,  d'une  littérature 
russe  fort  estimée,  mort  à  Saint-PéLersbourg,  à  quatre-vingt-cinq  ans,  au 
commencement  de  décembre;  —  de  M.  F.-J.-A.  Hors,  professeur  de  théo- 
logie à.  l'Université  de  Cambridge,  auteur  de  Monogcncs  Theos  et  collabora- 
teur de  Wcstcott  pour  l'édition  grecque  du  Nouveau  Testament,  mort  à  la 
fin  de  novembre;  —  de  M.  Axel  Iversen,  professeur  de  chirurgie  à  l'Uni- 
versité de  Copenhague,  mort  à  quarante-huit  ans,  le  22  novembre;  —  de 
M.  Joham-Georg  Jossel,  professeur  de  médecine  à  l'Université  de  Stras- 
bourg, mort  à  cinquante-quatre  ans,  le  4  décembre  ;  —  de  M.  le  pasteur  Louis 
KoRBER,  dont  on  estime  les  travaux  sur  les  langues  de  l'EsLhonie  et  de  la 
Lithuanie,  mort  à  Dorpat,  le  27  novembre  ;  —  de  M.  le  docteur  James  Rosc- 
burgh  Leaming,  qui  s'était  particulièrement  occupé  de  l'étude  des  maladies 
de  poitrine,  mort  à  New-York,  le  5  décembre,  dans  sa  soixante-douzième 
année;  —  du  célèbre  éditeur  de  Turin,  M.  ErmannoLoEsciiER,  mort  à  soixante 
et  un  ans,  le  22  novembre  ;  —  de  M.  Johann-Jakob  Merian,  professeur  de 
philologie  classique  à  TUniversité  de  Bàlo,  mort  à  soixante-six  ans,  le  15  no- 
vembre; —  de  Mgr  Alexandre  Munro,  auquel  on  doit  de  nombreux  opus- 


—  83  — 

cules  et  une  vive  critique  du  protestantisme  calviniste  sous  le  titre  de 
Calvinism  in  its  relations  to  scripture  and  reason,  mort  le  23  novembre,  dans 
sa  soixante-treizième  année;  —  de  M.  Auguste  Nanck,  membre  de  l'Acadé- 
mie impériale  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg  et  correspondant  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres,  mort  en  Finlande  vers  le  milieu  de 
décembre;  —  de  M.  Rudolf  Seydel,  professeur  à  FUniversité  de  Leipzig, 
mort  le  8  décembre,  à  cinquante-huit  ans;  —  de  M.  Alexander  Skofitz, 
fondateur  et  longtemps  directeur  de  VOesterreichische  botanische  Zcitschrift, 
mort  à  Vienne,  le  17  novembre,  âgé  de  soixante  et  onze  ans;  —  de  M.  Adolf 
Speyer,  dont  les  travaux  sur  les  lépidoptères  ont  attiré  les  éloges  de  tous 
les  hommes  compétents,  mort  à  Rhoden  le  14  novembre,  dans  sa  quatre- 
vingt-unième  année;  —  de  M.  Stainton,  entomologiste  anglais,  dont  nous 
devons  citer  :  Natural  History  of  the  Tineina,  et  Manual  of  Britiah  Butterflier, 
mort  en  décembre;  —  de  M.  Streintz,  connu  par  ses  recherches  de  phy- 
sique mathématique,  mort  à  Graz  en  novembre,  âgé  de  quarante-quatre 
ans;  —  de  M.  W.  Matthew  Williams,  vulgarisateur  anglais,  dont  on  estime 
les  travaux  sur  la  chimie  métallurgique,  mort  le  20  novembre  ;  —  de 
M.  William-Noel  Woods,  philologue  anglais,  mort  le  17  novembre,  à  peine 
âgé  de  trente-six  ans;  —  du  prince  Napoléon-Bonaparte  Wyse,  qui,  bien 
qu'Anglais  de  naissance,  s'est  surtout  fait  connaître  dans  le  inonde  litté- 
raire par  ses  poésies  provençales  et  par  son  rôle  dans  la  fondation  du  féli- 
brige. 

Congrès.  —  La  Société  bibliographique  a  tenu  son  troisième  congrès  pro- 
vincial à  Besançon,  du  22  au  24  novembre  dernier,  sous  la  présidence  de 
M.  le  marquis  de  Loray.  Trois  sections  :  dans  la  première,  consacrée  à  la 
Société  bibliographique,  M.  le  marquis  de  Beaucourt  a  parlé  de  l'objet  de  la 
Société;  M.  le  comte  de  Bourmont  a  présenté  la  Revue  des  questions  histo- 
riques, le  Poîybiblion  et  les  publications  scientifiques  de  la  Société;  M.  V. 
Pierre  a  fait  connaître  les  publications  de  propagande  ;  M.  de  Vorges,  la 
Société  d'histoire  contemporaine.  La  seconde  section,  consacrée  à  l'étude,  a 
été  la  plus  fournie,  naturellement,  de  rapports  intéressants  pour  nos  lec- 
teurs. Les  Franc-Comtois  ont  tenu  à  honneur  de  montrer  leur  science  : 
M.  de  Lurion  a  dressé  le  tableau  de  V Adininistration  de  la  Franche-Comté 
en  1789.  M.  le  comte  de  Sainte-Agathe  a  présenté  aux  congressistes  les 
Sociétés  savantes  de  Franche-Comté  ;  M.  Lieffroy  a  esquissé  VHistoire  de  la 
bibliothèque  de  Besançon.  L' Archéologie  religieuse  en  Franche-Comté  a  été 
exposée  par  M.  l'abbé  Élie  Perrin.  M.  Emile  Longin  a  parlé  de  la  nécessité 
d'une  Bibliographie  franc-comtoise  et  a  esquissé  le  plan  qu'on  pourrait  suivre 
pour  la  rédiger.  C'est  encore  à  cette  section  que  des  voix  autorisées  ont  fait 
connaître  les  différentes  conférences  d'études  qui  existent  en  Franche-Comté. 
Enfin,  nous  signalerons  à  la  troisième  section  la  lecture  d'un  rapport  de 
notre  collaborateur  M.  Maurice  Lambert  sur  la  Presse  périodique  en  Franche- 
Comté.  Comme  nos  lecteurs  peuvent  en  juger,  les  noms  des  rapporteurs 
leur  sont  presque  tous  connus  par  le  Poîybiblion. 

—  Nous  avons  sous  les  yeux  le  compte  rendu  de  VAssemblée  des  catho- 
liques, 21^  année  [10,  H,  12,  i3  et  /4  mai  1892)  (Paris,  bureaux  du  Comité 
catholique,  35,  rue  de  Grenelle,  in-18  de  vni-521  p.).  Sans  le  présenter  en 
détail  à  nos  lecteurs,  nous  devons  en  indiquer  l'économie.  Deux  parties  : 
la  première,  la  plus  considérable,  consacrée  au  compte  rendu  in  extenso  des 
séances  générales  ;  la  seconde  aux  procès-verbaux  des  cinq  sections  (lo  œuvres 
de  foi  et  de  prière;  2°  enseignement;  3»  presse  et  conférences;  4°  économie 
sociale  et  œuvres  catholiques;  5°  œuvres  catholiques  de  jeunes  gens).  Dans 
la  première  partie,  notons  au  passage  le  discours  de  M.  Chesnelong  sur 


8i  — 

Guerre  à  la  société  chrétienne  et  la  Résistance;  les  rapports  et  discours  de 
M.  Emile  Eude  sur  l'Art  chrétien  et  ses  tendances  actuelles;  de  M.  de  Lamar- 
zelle  sur  le  Nouveau  Projet  de  loi  contre  les  associations;  de  M.  A.  Gibon  sur 
les  Lois  d'assurances  obligatoires  en  Allemagne  et  le  Socialisme  d'État;  de 
M.  Hubert  Valleroux  sur  l'Origine  du  budget  des  cultes;  de  M.  Védie  sur  la 
Création  d'un  centre  de  renseignements  et  d'un  comité  d'études  en  vue  de  con- 
férences; de  M.  Paul  Nourrisson  sur  la  Ciiminalité  de  l'enfance;  de  M.  Gode- 
froid  Kurth  sur  le  Congrès  scientifique  international  des  catholiques  qui  doit 
se  teair  à  Bruxelles  en  1894.  Nous  nous  joignons  à  l'éminent  orateur  pour 
engager  tous  nos  amis  à  donner  leur  concours  à  cette  œuvre  utile.  Dans 
la  seconde  partie  du  volume,  nous  trouvons  encore  un  point  sur  lequel  il 
nous  plaît  d'appeler  spécialement  l'attention  de  nos  lecteurs:  c'est  l'œuvre 
des  Universités  catholiques.  Il  y  a,  à  Lille  notamment,  une  puissante  Uni- 
versité que  Mgr  Baunard  a  fait  connaître  en  quelques  mots  et  sur  laquelle 
on  vient  de  publier  un  magnifique  livret;  la  Faculté  de  médecine  y  est 
particulièrement  bien  organisée  et  offre  des  ressources  qu'on  ne  trouve 
guère  qu'à  Paris,  dans  les  Facultés  de  l'État.  A  Paris,  l'Institut  catholique, 
pour  prendre  tous  les  développements  qu'il  mérite,  a  besoin  du  concours 
généreux  des  catholiques.  Mgr  d'Hulst  a  rappelé  que  des  terrains  avaient  été 
achetés  pour  construire  de  nouveaux  bâtiments,  et  il  a  été  vivement  applaudi 
quand  il  a  annoncé  que  l'on  allait  faire  appel  aux  catholiques  pour  donner 
les  sommes  nécessaires  à  ces  constructions.  Nous  espérons  que  ces  applau- 
dissements se  changeront  en  espèces  sonnantes. 

—  Nous  ne  pouvons  donner  ici  un  récit  développé  du  troisième  congrès 
catholique  espagnol  qui  s'est  tenu  à  Séville  du  18  au  22  octobre,  avec  beau- 
coup d'éclat  et  de  succès.  Mais  nous  croyons  utile  de  noter  quelques-unes 
des  résolutions  adoptées  par  cette  assemblée.  Nous  les  empruntons  à  la 
Ciudad  de  Dios  (numéros  du  20  novembre  et  des  5  et  10  décembre  1892).  Ce 
sont  les  seconde  et  quatrième  sections  dont  les  vœux  nous  intéressent  le 
plus.  Le  désir  de  combattre  l'enseignement  dit  laïque,  qui,  hélas  !  fait  des 
progrès  même  en  Espagne,  a  conduit  le  congrès  à  émettre  un  vœu  pour  la  fon- 
dation d'Universités  et  d'établissements  d'instruction  sous  le  patronage  de 
l'Église.  La  nécessité  se  fait  également  sentir,  —  et  l'assemblée  de  Séville 
Ta  compris,  —  de  lutter  contre  l'esprit  irréligieux  par  la  propagande  écrite 
et  par  l'établissement  de  bibliothèques  populaires.  Il  nous  semble  que  le 
développement  de  la  Société  bibliographique  en  Espagne  ou  la  fondation 
d'une  œ,uvre  analogue  pourrait  aider  beaucoup  à  la  réalisation  de  ce  vœu. 
La  quatrième  section  a  émis  entre  autres  vœux  celui  de  voir  les  études  pré- 
historiques se  développer  chez  les  catholiques  d'Espagne  pour  leur  per- 
mettre de  réfuter  les  erreurs  et  les  attaques  contre  la  religion  qu'on  fait  au 
nom  de  l'histoire  primitive.  D'autres  résolutions  sont  relatives  au  développe- 
ment des  études  philosophiques  et  Lhomistes,  des  études  orientales,  ;\  l'éta- 
blissement d'académies  savantes  et  à  la  fondation  de  revues  scientifiques. 

Institut.  —  Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  —  L'Académie  a 
procédé  le  2  décembre  à  l'élection  d'un  membre  titulaire  en  remplacement 
de  M.  Renan,  décédé.  Au  premier  tour  de  scrutin,  M.  Philippe  Berger  a  été 
«lu  par  26  voix  contre  8  à  M.  Eugène  Miintz. 

Académie  des  sciences  morales  et  politiques.  —  L'Académie  a  tenu,  le  3  dé- 
cembre, sa  séance  publique  annuelle  sous  la  présidence  de  M.  G.  Picot. 
Après  le  discours  du  président,  M.  Jules  Simon  a  lu  une  notice  sur  la  vie  et 
les  travaux  de  M.  Ed.  Charton.  Voici  la  liste  des  prix  décernés  : 

Prix  duhudget  (philosophie).  —  Prix  :  M.  Théophile  Dosdouits.  —  Men- 
tion très  honorable  :  M.  René  Worms. 


-  85  — 

Prix  du  budget  (histoire).  —  Prix  :  M.  Emile  Bourgeois. 

Prix  Victor  Cousin.  —  Prix  :  M.  Cliarles  Huit. 

Prix  Gegncr.  —  Prix  :  M.  E.  Segond. 

Prix  Bordin.  —  Prix  :  M.  Michel  Revon. 

Prix  Rossi.  —  Prix  :  M.  le  vicomte  d'Avenel.  —  Récompense  de  3,000  fr.  : 
M.  Daniel  Zolla. 

Prix  Aucoc  et  Picot.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  —  Récompense  de 
1,000  fr.  :  M.  Paul  Griveau. 

Prix  Doniol.  —  Prix  :  MM.  Paul  Fauchille  et  Charles  de  Bœck. 

Prix  Thorel.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  —  Récompense  de  1,200  fr.  : 
M.  Gérard.  —  Récompense  de  800  fr.  :  M"*  Elvire  Roch. 

Prix  Audiffred.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  —  Médaille  de  2,500  fr.  : 
M.  Henry  Joly.— Médaille  de  1,000  fr.  :  M.  Ricardon.— Médaille  de  1,000  fr.  : 
M.  Marmottan.  —  Médaille  de  500  fr.  :  M.  Fernand  Nicolay. 

Prix  Le  Dissez  de  Penanrun.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  —  Médaille  de 
1,000  fr.  :  M.  Debidour.  —  Médaille  de  1,000  fr.  :  M.  Raymond  Thanin. 

—  Le  24  décembre,  l'Académie  a  procédé  à  l'élection  d'un  membre  titu- 
laire dans  la  section  d'économie  politique  en  remplacement  de  M.  Courcelle- 
Seneuil.  M.  Clément  Juglar  a  été  élu  au  premier  tour  de  scrutin  par  19  voix 
contre  15  données  à  M.  de  Foville,  1  à  M.  Cheysson  et  1  à  M.  Lagneau. 

Lectures  faites  a  l'.Vgadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  — 
Dans  la  séance  du  2  décembre,  après  une  communication  de  M.  d'Arbois  de 
Jubainville  sur  le  barbarisme  Teutates  employé  par  Lucain  au  lieu  de  Teu- 
tatis,  nom  réel  du  dieu  gaulois,  M.  Foucart  a  lu  une  note  sur  les  empereurs 
romains  initiés  aux  mystères  d'Eleusis.  —  Le  9  décembre,  M.  Oppert  a  lu 
un  mémoire  sur  Sin-Sar-Iskun,  dernier  roi  d'.\ssyrie  ;  M.  Vercontie  a  com- 
muniqué une  note  sur  la  reproduction  du  symbole  de  latrinité  punique  dans 
les  tatouages  actuels  des  Tunisiens;  enfin  M.  Viollet  a  lu  le  résumé  d'un 
travail  tendant  à  établir  que  jusqu'à  Louis  X  les  femmes  ont  eu  le  droit,  en 
France,  de  succéder  à  la  couronne.  —  La  lecture  de  M.  Oppert  a  été  achevée 
dans  la  séance  du  23  décembre. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  mor.\les  et  politiques.  — 
Dans  la  séance  du  10  décembre,  après  la  continuation  de  la  lecture  du  mé- 
moire de  M.  A.  Desjardins  sur  le  congrès  de  droit  maritime  de  Gènes,  M.  Léon 
Say  a  communiqué  à  ses  collègues  un  mémoire  de  M.  Gould  sur  les  condi- 
tions du  travail  en  Europe  et  en  Amérique.  —  La  lecture  de  M.  Desjardins 
a  été  achevée  dans  la  séance  du  17  décembre. 

Les  Lettres  de  Marie-Antoinette. — La  Société  d'histoire  contemporaine, 
qui  vient  de  donner  un  recueil  de  documents  sur  la  Captivité  et  les  derniers 
moments  de  Louis  XVI,  a  décidé  la  publication  d'un  recueil  des  lettres  de 
Marie-Antoinette.  Elle  a  confié  à  M.  Maxime  de  la  Rocheterie,  l'auteur  bien 
connu  de  cette  belle  Histoire  de  Maj'ie-Anfoùiefie,  déjà  parvenue  à  sa  seconîe 
édition,  et  à  M.  le  marquis  de  Beaucourt,  le  soin  de  réunir  les  matériau: 
qui  doivent  entrer  dans  l'ouvrage.  Déjà  les  éditeurs  ont  recueilli  une  mois- 
son abondante  et  ont  obtenu  les  autorisations  nécessaires  pour  reproduire 
les  lettres  déjà  publiées  dans  divers  ouvrages  ;  mais  ils  voudraient  être  à 
même  d'offrir  au  public  toutes  les  lettres  authentiques  de  la  Reine.  La  Société 
d'histoire  contemporaine  adresse  donc  un  pressant  appel  à  tous  ceux  qui 
possèdent,  dans  leurs  archives  de  famille,  des  lettres  de  Marie-Antoinette,  et 
les  prie  de  vouloir  bien  se  mettre  en  relations  avec  M.  le  marquis  de  Beau- 
court.  (Écrire  au  siège  de  la  Société,  5,  rue  Saint-Simon.)  Les  ventes  d'au- 
tographes ont  été  inondées  de  lettres  fausses;  il  importe  que  les  éditeurs 
soient  mis  à  même  de  remonter  à  la  source  et  de  recueillir  toutes  les  lettres 


—  86  - 

authentiques  conservées,  soit  dans  des  archives  privées,  soit  dans  des  dé- 
pôts publics.  La  Société  d'histoire  contemporaine  compte  sur  le  concours 
de  tous  les  amis  de  notre  histoire,  aussi  bien  que  sur  celui  des  personnes 
qui  ont  conservé  le  culte  de  l'infortunée  Reine  ;  elle  espère  que,  grâce  à  ce 
concours,  il  lui  sera  donné  de  publier  un  recueil  aussi  complet  que  possible 
et  offrant  toutes  les  garanties  désirables  d'authenticité. 

Livre  d'or  des  élèves  du  pensionnat  de  Fribourg.  —  Ce  Livre  d'or,  pu- 
blié par  les  soins  de  M.  Noël  Le  Mire  (gr.  in-8  de  Lxxni-453  p.),  esta  la  fois 
une  curiosité  et  une  rareté,  —  car  cette  nouvelle  édition,  publiée  en  1889, 
sera  certainement  la  dernière.  Rien  de  plus  intéressant  que  de  parcourir  la 
liste  des  élèves,  où  figurent  tant  de  noms  connus  ayant  joué  un  rôle  hono- 
rable et  parfois  important  dans  l'armée,  dans  la  magistrature,  dans  le  clergé, 
dans  les  assemblées  parlementaires,  dans  les  carrières  libérales  ou  indus- 
trielles. On  passe  en  revue  cette  génération  qui  de  1827  à  1847  a  été  élevée 
dans  la  maison  de  Fribourg  sous  la  direction  de  maîtres  aimés  et  véné- 
rés. Beaucoup  ont  disparu  déjà;  mais  les  survivants  attestent  combien  ces 
hommes  étaient  fortement  trempés  :  c'étaient  des  caractères  et  des  hommes 
de  principes.  A  la  suite  de  la  liste  alphabétique  qui  remplit  la  meilleure 
part  de  ce  beau  volume  vient  un  classement  des  élèves  par  nationalités,  par 
départements,  par  professions  ;  puis  la  liste  (trop  nombreuse)  des  élèves  sur 
lesquels  il  n'a  pas  été  possible  de  se  procurer  de  renseignements;  enfin  une 
série  de  petits  portraits  photographiques,  au  nombre  de  quatre  cent  qua- 
rante-cinq, avec  un  répertoire  numérique  et  alphabétique.  — Ajoutons  que, 
dans  une  introduction,  se  trouvent  un  précis  historique  sur  le  collège  de 
Fribourg  et  des  notices  sur  les  RR.  PP.  jésuites  ayant  exercé  des  charges 
dans  le  pensionnat. 

Paris. — Le  fascicule  VI  delà.  Petite  bibliothèque  oratorieruic  est  ïni\iu\6:  Les 
Pères  de  VOratoire  qui  ont  été  évêques  (Paris,  Ch.  Poussielgue,  in-8  de  25  p. 
Tiré  à  150ex.).  Le  P.  Adry,  à  la  finde  sa  Bibliothèque  des  licrivains  de  VOratoire, 
l'abbé  Binardy,  dans  son  curieux  recueil  bibliogi-aphique,  donnent  la  liste  de 
ceux  des  membres  de  l'Oratoire  qui  ont  été  élevés  à  la  dignité  épiscopale. 
Cette  liste,  extraite  de  ces  documents  manuscrits,  est  imprimée  par  le 
P.  Ingold  pour  la  première  fois,  augmentée  de  diverses  pièces  tirées  des 
chroniques  de  l'Oratoire.  Le  savant  éditeur  a  suivi  l'ordre  chronologique  des 
nominations  à  l'épiscopat. 

—  M.  René  Worms  entreprend  la  publication  d'une  Revue  internationale 
de  sociolofjie  (Paris,  Giard  et  Brière,  bimensuelle).  La  Revue,  qui  prétend  à 
un  caractère  absolument  scientifique,  a  pour  objet  de  faire  connaître  les 
faits  sociaux  les  plus  intéressants  dans  le  passé  et  dans  le  présent.  Les  con- 
clusions qui  s'en  dégagent  ne  seront  qu'indiquées  avec  sobriété. 

— M.  l'abbé  Tougard  consacre,  dans  le  Bulletin  du  Bibliophile  [i'wsigc  à  part, 
Paris,  Techener,  in-8  de  15  ],.),  une  notice  à  la  Défense  des  fables  par 
P.  Corneille,  son  édition  de  1614  et  la  «  Réponse  >*  àce/îe  à/t7i'o?i.  L'exemplaire 
dont  s'est  servi  M.  Tougard  pour  nous  donner  le  texte  de  la  Réponse  à  la 
défense  des  fables  lui  a  permis  aussi  de  fournir  quelques  variantes  au  texte 
de  l'œuvre  même  du  grand  Corneille. 

—  Signalons  la  Messe  en  Vhonneur  de  saint  Louis  de  Gonzague  à  deux  voix 
égales  que  M.  l'abbé  C.  Boyer,  maître  de  chapelle  au  petit  séminaire  de 
Bergerac,  vient  de  publier,  texte  et  musique  (Paris,  Delhomme  et  Briguet, 
gr.  in-8  de  16  p.). 

—  La  Correspondance  judiciaire  (Paris,  It),  rue  Grange-Batelière,  gr.  in-8, 
12  fr.  par  an)  est  une  Revue  de  droit  pratique  et  usuel  qui  se  publie  sous 
la  direction  de  MM.  Raoul  Rosse  et  E.  de  laGimonière,  depuis  le  mois  d'oc- 


—  87  — 

tobre  dernier.  Elle  traite  de  toutes  matières  relatives  au  droit  civil  et  cri- 
minel, commercial  et  maritime,  administratif  et  ecclésiastique,  à  la  procé- 
dure, à  réconomie  politique,  etc.  Le  principal  intérêt  de  la  Revue  nous  pa- 
raît être  d'assurer  aux  abonnés  une  réponse  aux  questions  posées  sur  les 
divers  points  litigieux  qui  les  occupent. 

—  M.  Vaucanu  (Paris,  93,  avenue  Kléber)  vient  de  publier  une  suite 
d'eaux-fortes  très  intéressantes  sur  Coustantinople.  Ces  eaux-fortes  repré- 
sentent la  plupart  des  anciens  monuments  de  cette  ville  si  curieuse.  Beau- 
coup d'entre  elles  ont  été  exposées  au  dernier  Salon. 

Artois.  —  Vient  de  paraître  :  VÉglise  de  l'abbaye  royale,  de  Samte-Aus- 
trebcrte  à  Montreuil-sur-Mer.  Son  historique,  sa  description,  son  trésor,  par 
M.  Aug.  Braquehay  (Abbeville,  imp.  du  Cabinet  historique  de  l'Artois,  etc., 
in-8  de  50  p.). 

Auvergne.  —  M.  A.  Tardieu  publie  une  notice  sur  les  Sources  du  nobi- 
liaire d'Auvergne  (Saint-Amand,  imp.  Destenay,  gr.  in-8  de  23  p.). 

Bourbonnais.  —  Un  curieux  Document  inédit  relatif  aux  tombeaux  (à  Sou- 
vigny)  et  au  château  (à  Moulins)  des  princes  de  Bourbon  a  été  trouvé  par 
notre  confrère  M.  Tamizey  de  Larroque  dans  une  lettre  de  Noël  Cousin  à 
Peiresc  (septembre  1620)  et  publié  par  lui  dans  les  Annales  bourbonnaises 
(tiré  à  part.  Moulins,  E.  Auclaire,  in-8,  17  p.). 

Bourgogne.  —  La  ville  de  Dijon  vient  de  faire  paraître  le  tome  III  de 
l'inventaire  de  ses  importantes  archives  municipales,  rédigé  par  MM.  de 
Gouvenain  et  Ph.  Vallée  (Dijon,  in-4  de  60-56-86-216  p.,  séries  I,  J,  K,  et  L). 

Bretagne.  —  Dans  le  compte  rendu  de  l'ouvrage  de  M™'=  la  comtesse  de 
la  Motte-Rouge,  page  162,  nous  avons  déclaré  avoir  quelque  doute  sur  le  ca- 
ractère de  juveigneurie  de  Dinan  attribué  au  fief  de  la  Motte.  Dans  des 
«  additions  et  rectifications  »  publiées  depuis  par  l'auteur,  on  fait  connaître 
un  aveu  du  26  novembre  1555,  rendu  par  François  de  la  Motte,  écuyer,  à 
Jean  de  Bretagne,  comte  de  Penthièvre;  cet  acte  établit  qu'il  tenait  la  Motte- 
Rouge  en  ramage  de  Montafilant-au-Chemin-Chaussé.  Les  La  Motte-Rouge 
descendaient  directement  d'un  frère  de  GeofTroi  de  Dinan,  fils  de  Rolland  I*"". 

Champagne.  —  M.  Henri  Jadart  publie  une  notice  sur  les  Sceaux,  em- 
blèmes et  devises  des  sociétés  savantes  de  France  en  relations  avec  l'Académie 
de  Reims  (Reims,  F.  Michaud,  gr.  in-8  de  25  p.  Tirage  à  part  à  cinquante 
exemplaires).  Cette  notice  contient  la  liste  alphabétique  de  soixante-neuf 
sociétés  dont  on  a  pu  connaître  le  sceau.  Ce  tableau,  dressé  par  M.  Jadart, 
est  très  curieux  et  il  est  à  désirer  que  ce  premier  essai  d'une  sigillographie 
académique  soit  complété  de  façon  à  reproduire  les  sceaux,  emblèmes  et 
devises  de  toutes  les  sociétés  savantes  de  la  France. 

—  M.  l'abbé  Pierrefitte,  curé  de  Portieux,  publie  un  travail  intitulé  :  La 
Justice  à  Vittel  avant  1189  (Saint-Dié,  imp.  Humbert,  in-8  de  50  p.  Extrait 
du  Bulletin  de  la  Société  philomathique  vosgienne,SLnnée  1891-1892).  L'auteur 
nous  fait  connaître  quelle  était  l'organisation  judiciaire  de  cette  petite  ville, 
à  partir  du  xiv^  siècle.  A  la  fin,  il  s'occupe  des  procès  de  sorcellerie  intentés 
à  plusieurs  personnes  de  cette  localité  au  xvu^  siècle. 

Dauphiné.  —  La  famille  de  Patras,  originaire  du  Gapençais,  a  joui  d'une 
grande  illustration,  et  plusieurs  de  ses  membres  ont  occupé,  en  Hollande, 
les  premières  charges  et  les  plus  hautes  dignités  civiles  et  militaires.  Or, 
c'est  à  peine  si  Rochas  consacre  quatre  lignes  à  Abraham  Patras.  L'histoire 
de  cette  famille  est  autrement  présentée  par  M.  Edmond  Maignien  dans  une 
jolie  plaquette,  Abraham  Patras,  gouverneur  général  des  Indes  néerlandaises 
(Grenoble,  J.  Baratier,  in-8  de  45  p.).  Le  sujet  ne  paraissait  pas  devoir  don- 
ner lieu  à  des  révélations;  mais  avec  M.  Maignien,  on   peut  toujours  s'at- 


—  88  — 

tendre  à  d'agréables  surprises.   Un  portrait  et  des  armoiries  sont  joints. 

—  Il  ne  reste  aujourd'hui  de  l'antique  et  importante  abbaye  de  Montma- 
jour,  située  dans  les  environs  d'Arles,  que  de  pauvres  ruines.  Dans  sa  bro- 
chure :  Colonies  dauphinoises  de  l' abbaye  de  MoJitmajour  (Valence,  Lantheaume, 
in-8  de  49  p.),  M.  l'abbé  Fillet  nous  l'ait  connaître,  d'après  les  chartes  de 
l'abbaye,  des  détails  assez  généralement  ignorés  de  son  histoire.  A  la  vé- 
rité, ces  détails  s'entassent  bien  un  peu  rapidement  dans  cette  plaquette, 
mais  comme  elle  est  écrite  en  un  style  précis  et  parfois  élevé,  on  la  lit  avec 
plaisir. 

—  Dans  son  Rapport  sur  les  archives  du  département  en  189 1-1 892  (Gap, 
Jouglard,  in-8  de  23  p.),  M.  l'abbé  Paul  Guillaume  nous  tient  au  courant  de 
ce  qui  a  été  fait,  mais  nous  voyons  encore  mieux  ce  qui  reste  à  faire  :  il  fau- 
drait là-bas  quatre  archivistes  et  non  pas  un.  Heureusement  pour  les 
Hautes-Alpes,  M.  P.  Guillaume  est  infatigable. 

—  On  peut  se  faire,  une  fois  de  plus,  une  idée  des  richesses  qui  ont  dis- 
paru dans  la  tourmente  révolutionnaire  en  lisant  VInventaire  des  Archives  du 
chapitre  métropolitain  d'Embrun  en  1790-1  791  (Gap,  Jouglard,  in-8  de  44  p.). 
Les  meubles  et  effets  des  églises  et  collèges,  les  livres,  les  fusils  et  les  bau- 
driers ont  bien  été  déposés  au  district,  mais  on  voit  les  papiers  établissant 
les  droits  féodaux  brûlés  sur  la  place  de  la  Commune,  le  tout  en  vertu  de 
délibérations  dont  le  texte  est  étrange. 

—  L'Académie  protestante  de  Die  a  été  le  principal  foyer  intellectuel  des 
protestants  français  du  sud-est,  et  elle  a  déjà  été  l'objet  de  diverses  publi- 
cations. Sous  ce  titre  :  Règlement  de  V Académie  j)rotcstanic  de  Die  (160i- 
1663)  (Paris,  Leroux,  in-8  de  20  p.),  M.  Brun-Durand  fournit,  avec  des 
commentaires  sobres  et  des  notes  précieuses,  un  texte  resté  volontairement 
incomplet  jusqu'ici.  Ce  sévère  règlement  donne  lieu  à  de  bien  annisautes 
observations,  concernant  les  mœurs  universitaires  de  l'époque.  Il  est  enjoint 
aux  professeurs  de  classer  leurs  élèves  par  ordre  de  mérite,  sans  tsnir 
compte  de  ce  «  qu'ils  ont  receu  ou  non  receu  »  pour  «  les  estrennes  du  jour 
de  l'an;  »  ailleurs  nous  lisons  que  les  fenêtres  manquaient  de  croisées,  que 
les  professeurs  emportaient  chez  eux  le  combustible  apporté  par  leurs  dis- 
ciples, etc.  C'est  à  lire  entièrement. 

—  Le  père  Jean  Faure,  de  Chabottes,  l'auteur  du  Banc  des  officiers,  ne  pa- 
raît pas  avoir  emporté  dans  la  tombe  toute  la  joyeuscté  des  Hautes-Alpes. 
Le  Rob  d'Kttemor  nous  donne  aujourd'hui  la  Ligousada,  ou  lou  Proucés  de 
Jean  Ligousa  ernbë  traducien  envers  franccs  (Gap,  Jean-Louis,  in-8  de  205  p.). 
Le  poème  est  écrit  en  patois  gapençais-champsaurin,  tel  qu'il  se  parle 
actuellement,  et  accompagné  de  la  traduction.  Nous  avons  là,  précédé  d'une 
étude  intéressante,  un  bien  amusant  et  curieux  exemple  de  respect  des 
idiomes  particuliers  qui  ont  été  la  source  de  la  langue  nationale. 

—  Si  nous  en  exceptons  la  revue  bibliographique,  à  laquelle  une  heu- 
reuse extension  est  de  nouveau  donnée,  V Annuaire  de  la  Société  des  toitristes 
du  Dauphiné  pour  1891  (Grenoble,  Allier,  in-8  de  373  p.)  est  entièrement 
consacré  à  la  région.  Le  Dauphiné  devient  à  la  mode,  la  revue  alpine  seule 
suffit  à  le  prouver.  M.  Coolidge  nous  promène  dans  la  région  peu  connue 
des  Ilochilies,  et  M.  Kilian  consacre  un  deuxième  article  à  la  neige  et  aux 
glaci(;rs.  Après  la  réimpression  d'un  curieux  récit  de  voyage  en  Oisans, 
MM.  Henri  Ferrand  et  Armand  Chabrand  écrivent  deux  notices  émues 
sur  l'abbé  Guétal,  un  grand  peintre  doublé  d'un  grand  cœur.  On  chercherait 
vainement  dans  les  publications  similaires  la  bibliograi'hie  alpine  telle 
qu'elle  est  présentée  ici  par  divers  auteurs  et  traducteurs.  Deux  pholotypies, 
que  nous  préférerons  aux  dessins  souvent  malheureux  dont    le  Club  alpin 


—  89  - 

agrémente  son  Annuaire,  et  une  bonne  esquisse  de  M.  Boiton  sont  ajoutées. 
Franche-Comté.  —  La  philologie,  la  philosophie  et  la  critique  ont  assuré- 
ment beaucoup  perdu  quand  Gustave  Fallot  est  mort  à  Ffige  de  vingt-neuf 
ans,  en  1836.  Cela  résulte  fort  nettement  de  l'excellente  notice  biographique 
dont  M.  Léonce  Pingaud  a  fait  précéder  la  publication  des  Lettres  de  Gustave 
Fallot,  premier  pensionnaire  Suard  (Besançon,  imp.  Paul  Jacquin,  in-8  de 
40  p.  Extrait  du  Bulletin  de  l'Académie  do  Besançon).  A  peu  près  inconnu  en 
dehors  de  sa  province  natale,  Fallot,  par  les  quelques  lettres  qui  viennent 
d'être  mises  au  jour,  annonçait  devoir  être  quelqu'un  à  bref  délai.  Mais  il 
semblera  sans  doute  à  plusieurs  que  c'était,  au  fond,  un  caractère  d'une  in- 
dépendance quelque  peu  redoutable  :  certaine  épître  à  Charles  Weiss, 
communiquée  à  M.  Pingaud  par  M.  Estignard,  suffirait  seule  à  le  faire 
penser.  M.  Léonce  Pingaud  est  un  chercheur  heureux  qui  n'aura  jamais 
assez  d'émulés. 

—  M.  Henri  Mairot  est  entraîné  du  côté  des  montagnes  comme  d'autres 
sont  attirés  par  la  mer  :  on  l'a  vu  déjà  quand  cet  écrivain  élégant  et 
correct  a  donné  les  gracieuses  pages  que  nous  avons  signalées  ici  sur  Xavier 
Marmier,  voyageur  en  Franche-Comté.  Aujourd'hui  nous  devons  noter  son  étude 
sur  les  Alpes  suisses  d'Eugène  Bambert  (Besançon,  imp.  Paul  Jacquin,  in-8 
de  20  p.),  dont  l'Académie  de  Besançon  a  eu  la  bonne  fortune  d'entendre  la 
première  lecture  et  qu'elle  a  insérée  dans  ses  Mémoires.  Voilà  un  travail 
qui  sera  justement  apprécié  et  recherché  par  les  alpinistes  et  aussi  par 
d'autres. 

—  Certains  magistrats,  plus  avocats  que  lettrés  ou  historiens,  assomment 
consciencieusement  leur  auditoire  (légistes  exceptés,  peut-être)  à  l'occasion 
de  la  rentrée  des  cours  d'appel.  Leurs  discours  ont  trop  souvent  pour 
objet  quelque  aride  question  de  droit  plus  ou  moins  actuelle  qui  n'inté- 
resse guère  que  le  petit  nombre.  Longtemps,  la  cour  d'appel  de  Besançon 
a  eu  le  privilège  de  faire  exception  à  cette  règle.  Et,  sans  rappeler  les 
nombreux  et  remarquables  discours  historico-juridiques  dont  les  échos 
du  Palais  bisoytin  retentissent  encore,  nous  nous  bornerons  à  enre- 
gistrer ici  l'attachante  étude  que  M.  Cottignies,  avocat  général,  vient  de 
publier  sur  le  Palais  de  justice  de  Besançon  (Besançon,  im.p.  Millot  frères, 
in-8  de  37  p.).  Visiblement,  ce  travail  a  été  inspiré,  au  moins  dans  les 
grandes  lignes,  par  l'important  ouvrage  de  M.  Alexandre  Estignard  :  Le 
Parlement  de  Franche-Comté,  dont  nous  avons  salué  avec  éloges  le  tome  I""' 
en  attendant  que  nous  rendions  compte  du  tome  II.  M.  Cottignies  ne  pou- 
vait suivre,  sur  la  matière,  un  meilleur  guide. 

Languedoc.  —  Dans  le  tome  XV  du  Bulletin  de  la  Société  archéologique, 
scientifique  et  littéraire  de  Béziers  (Béziers,  imp.  Sapte,  in-8  de  459  p.),  nous 
trouvons  :  Notice  généalogique  sur  la  famille  de  Lamotte  de  Cairou,  par  M.  A. 
Soucaille  (avec  nombreuxdocuments  inédits);  LeBréviari  d'Amor,  fragments 
traduits  en  français  par  M.  F.  Donnadieu;  État  de  la  ville  de  Béziers  en  1189, 
par  M.  A.  Soucaille;  État  estimatif  des  revenus  de  Vévêque  d'Agde,  pour  la  fixa- 
tionde  sapension  en  4190,  par  M.  Louis  Bonnet;  Notice  biographique  etbiblio- 
graphique  sur  l'abbé  de  Torche,  par  M.  F.  Donnadieu;  Historique\de  la  Société  po- 
pulaire de  Bézie7's  d'après  les  procès-verbaux  de  sesséances,  par  M.  A.  Soucaille  ; 
L'Hôpital  général  Saint-Joseph  de  Béziei'S  créancier  du  maréchal  de  la  Fare, 
par  M.  A.  Soucaille. 

—  M.  C.  Barrière-Flavy  a  fait  paraître  une  excellente  monographie  :  La  Sei- 
gneurie de  Navès,  étude  historique  sur  une  terre  noble  du  pays  de  Castres, 
1244-1750.  Extrait  de  la  Bévue  du  Tarn  (Albi,  imp.  Nouguiès,  gr.  in-8  de 
42  p.).  Le  récit  est  accompagné  d'importantes  pièces  inédites. 


—  90  — 

Lyonnais.  —  M.  Arnould  Locard,  connu  par  de  nombreux  travaux  d'his- 
toire naturelle,  principalement  sur  les  mollusques,  vient  de  publier  une 
luxueuse  brochure  intitulée  :  Recheixhes  historiques  sur  la  coquille  des  impri- 
meurs (Lyon,  Al.  Rey,  imprimeur  de  l'Académie,  gr.  in-8  de  62  p.).  Cela  n'a, 
assurément,  que  des  rapports  assez  éloignés  avec  les  études  précédentes  de 
M.  A.  Locard.  Avec  autant  d'agrément  que  d'érudition,  l'auteur  fait  l'histo- 
rique contradictoire  de  l'expression  «  coquille  »  appliquée  aux  fautes  typo- 
graphiques. Et  voici  comment  il  conclut  :  «  En  résumé,  à  part  l'interpréta- 
tion purement  technique,  baséejsur  une  expression  dont  nous  n'avons  pu  cons- 
tater suffisamment  l'ancienneté,  c'est,  croyons-nous,  à  la  coquille  des  pèle- 
rins, au  véritable  coquillage,  qu'il  'convient  d'attribuer  l'origine  du  mot  co- 
quille employé  comme  terme  d'imprimerie.  »  Très  intéressante  et  fort 
curieuse  étude,  à  laquelle  on  ne  peut  reprocher  que  d'avoir  été  tirée  à  trop 
petit  nombre  (cent  exemplaires). 

Périgord.  —  M.  A.  de  Roumejoux,  vice-président  de  la  Société  historique 
et  archéologique  du  Périgord,  publie  la  relation  de  ]&  Cinquième  excursion  de 
la  société,  !«>'  et  2  juin  1892  (Périgueux,  gr.  in-8  de  16  p.),  excursion  faite  sur 
les  rives  de  la  Vézère,  de  Terrasson  aux  Eyzies.  Le  savant  archéologue  décrit 
à  la  fois  les  paysages  et  les  monuments,  parmi  lesquels  on  remarque  les 
belles  églises  de  Saint-Sour  et  de  Saint-Amand,  les  châteaux  de  Montignac, 
de  Losse,  de  Clérans  (avec  gravures  représentant  ce  bijou  architectural  du 
xve  siècle),  de  Marzac. 

Provence.  —  M.  L.  de  Berlue  Perussis  consacre  une  très  intéressante  no- 
tice à  un  poète  provençal  mort  nonagénaire  le  21  février  1892  (Le  Dernier 
Troubaire.  Eugène  Seymard.  Avignon,  Roumanille,  gr.  in-8  de  16  p.  Extrait 
de  la  Revue  félibréenne).  Seymard  appartenait  à  l'école  antérieure  au  féli- 
brige  et  il  ne  se  rallia  pas  à  la  nouvelle  pléiade.  M.  de  Berlue  parle  avec  une 
chaude  sympathie  et  une  verve  spirituelle  de  celui  qu'il  appelle  un  «  aima- 
ble récalcitrant.  »  Des  souvenirs  personnels,  de  piquantes  anecdotes,  ajou- 
tent à.  l'attrait  de  ce  tout  neuf  chapitre  d'histoire  littéraire. 

— Si  elle  se  bornait  à  apporter  au  Midi  ses  eaux  fécondantes,  la  terrible  Du- 
rance  n'appellerait  que  des  bénédictions;  malheureusement  elle  lui  apporte 
aussi,  avec  une  intensité  qui  va  croissant,  le  fléau  des  inondations  ruineuses. 
Si,  à  l'origine  du  cours  d'eau,  on  reboise  avec  une  lenteur  forcée,  en  bas  on 
s'ingénie  à  étudier  le  singulier  régime  des  crues,  les  lois  compliquées  des 
temps,  des  vitesses,  des  hauteurs  et  des  débits  ;  en  attendant  l'époque  éloi- 
gnée oîi  le  mal  auraété  supprimé  à  sa  source,  on  cherche  à  organiser  un  sys- 
tème d'annonces  hydrométriques.  Sur  ce  sujet,  M.  Imbaud,  ingénieur  des 
ponts  et  chaussées,  vient  de  publier  sous  ce  titre  :  La  Durance,  régime, 
crues  et  inondations  (Paris,  Dunod,  in-8  de  200  p.),  un  livre  de  science  pure 
rempli  de  hauts  enseignements.  Mais  que  de  réserves  à  faire  avec  un  torrent 
dont  les  eaux  marchent  avec  la  vitesse  de  l'étincelle  électrique  !  Quatre 
planches  permettent  de  suivre  sans  trop  do  poine  les  savantes  études  de 
l'auteur. 

—  Les  Documents  inédits  sur  Mirabeau,  publiés  par  M.  Alexandre  Mouttet, 
dans  la  Revue  sextienne  du  15  novembre  1802,  sont  le  contrat  de  mariage 
de  Gabriel-Honoré  de  Riqueti,  comte  de  Mirabeau,  passé  devant  Me  Ras- 
paud  et  Me  Boyer,  notaires  à  Aix,  le  22  juin  1772,  et  l'acte  de  mariage 
rédigé,  le  lendemain  23,  par  le  curé  de  la  paroisse  Saint-Esprit  de  cette 
ville.  Le  savant  magistrat  a  entouré  ces  deux  actes  de  notes  fort  intéres- 
santes. Dans  une  de  ces  notes,  il  rappelle  que  Riqueti  est  la  forme  latine  de 
Riquet,  abréviation  de  Henriquet,  et  que  littéralement  Riqueti  veut  dire  fils 
de  Riquet,  et  il  ajoute  spirituellement  que  le  notaire  qui  conserva  la  finale  i 


—  91  — 

au  bout  de  Riquet  ne  se  douta  pas  que  cette  modeste  voyelle  servirait  de 
point  de  départ  à  la  légende  d'une  extraction  florentine  qui  ne  repose  sur 
aucun  titre  authentique. 

QuERCY.  -  M.  l'abbé  Taillefer,  curé  de  Cazillac,  a  inséré  dans  le  Bulletin 
de  la  Société  des  études  du  Lot  (tome  XVII)  et  a  fait  tirer  à  part  (Cahors, 
gr.  in-8  de  13  p.)  un  travail  fort  curieux  relatif  à  une  aliénation  de  biens 
ecclésiastiques  pour  une  somme  de  50,000  écus  d'or  demandée,  en  1576,  par 
le  roi  Henri  III  au  pape  Grégoire  XIII.  M.  l'abbé  Taillefer  reproduit  in  extenso 
le  rôle  détaillé  de  la  taxe  pour  le  diocèse  de  Cabors. 

TouRAiNE.  —  M.  l'abbé  Marsaux  vient  de  publier,  sous  le  titre  de  :  Notes 
d'un  voyage  en  Touraine  (Paris,  Quelquejeu,  in-8  de  40  p.),  le  récit  d'une 
excursion  dans  laquelle  il  s'est  attaché  à  signaler,  à  ses  confrères  de  la 
Société  académique  de  l'Oise,  les  souvenirs  historiques  relatifs  au  départe- 
ment de  l'Oise  qu'il  a  pu  relever,  et  les  comparaisons  qu'il  a  cru  devoir 
établir  entre  les  monuments  de  ces  deux  pays. 

Allemagne.  —  Le  premier  volume  du  Neues  Archiv  fur  die  Geschichte  der 
Stadt  Heidelberg  und  der  rheinischen  Pfalz,  que  MM.  Albert  Mays  et  Karl 
Christ  publient  sous  les  auspices  de  la  municipalité  de  cette  ville,  vient  de 
paraître  (Heidelberg,  G.  Kaerter,  in-8).  Il  est  entièrement  consacré  à  la  liste 
des  habitants  d'Heidelberg  en  l'année  1588. 

—  Les  Ergebnisse  der  Anat amie  iind  Entwickelungsgeschichte,  dont  MM.  Fr. 
Merkel  et  R.  Bonnet  ont  entrepris  la  publication,  avec  le  concours  de  nom- 
breux collaborateurs,  ont  pour  objet  de  tenir  au  courant  des  progrès  annuels 
de  Tanatomie  et  de  l'histoire  du  développement  animal.  Le  premier  volume, 
relatif  à  l'année  1891,  vient  de  paraître  (Wiesbaden,  J.-F.  Bergmann,  in-8). 
La  publication,  qui  paraît  fort  bien  faite,  diffère  par  la  manière  dont  elle 
est  conçue  des  publications  analogues  que  l'Allemagne  nous  envoie  sous  le 
titre  de  Jahresberichte.  Tandis  que  ces  annuaires  ne  sont  souvent  qu'une 
liste  de  titres  d'ouvrages  avec  de  brefs  renseignements  sur  leur  contenu, 
les  Ergebnisse  ont  la  prétention  de  faire  un  exposé  systématique  et  critique 
des  résultats  fournis  par  les  derniers  travaux.  Le  volume  est  divisé  en 
deux  parties,  l'une  consacrée  à  l'anatomie,  l'autre  à  l'évolution.  Voici  l'éco- 
mie  de  chaque  partie.  A.  Anatomie  :  1°  Technique  (M.  Hermann)  ;  2°  Cel- 
lule (M.  Flemming);  3°  a.  Anatomie  générale  (M.  Disse)  ;  3°  b.  Régénération 
(M.  Barfurth);  4°  Ligaments  articulaires  etmuscles  (M.  Bardeleben);  5''  Cir- 
culation (M.  Eberth)  ;  6°  a.  Appareil  digestif  (M.  Stôhr)  ;  6"  b.  Appareil  respi- 
ratoire (M.  Merkel);  7o  Système  urino-génital  (M.  Hermann);  8°  a.  Peau 
(M.  Merkel);  8°  b.  Organes  sensitifs  (M.  Merkel);  9o  Système  nerveux 
(M.  Golgi);  10"  Anatomie  topographique  (M.  Merkel);  —  B.  Évolution  : 
1°  Généralités  (M.  Bonnet);  2°  Fécondation  (M.  Boveri)  ;  3o  Premiers  pré- 
paratifs de  l'évolution  (Bonnet);  4°  Placenta  et  peau  de  l'œuf  (M.  Stahl); 
5°  Évolution  de  la  tête  (M.  Froriep);  6°  Évolution  des  organes  excréteurs 
(M.  Rùckert);  7»  Évolution  du  système  vasculaire  (M.  Hochstetter);  8°  Pro- 
blèmes de  l'évolution  du  système  nerveux. 

—  Nous  avons  encore  à  signaler  une  revue  de  droit  canonique,  consacrée 
plus  particulièrement  à  l'étude  du  droit  évangélique,  que  deux  professeurs 
de  l'Université  de  Leipzig  et  de  celle  d'Erlangen,  MM.  Emil  ^Friedberg  et 
Emil  Sehling,  publient  pour  prendre  la  place  d'une  revue  disparue  :  la 
Zeitschrift  fur  Kirchenrecht  de  Dove.  Le  nouveau  périodique,  intitulé  Deutsche 
Zcitschrift  fur  Kirchenrecht,  se  publie  chez  M.  Paul  Siebeck,  à  Fribourg  en 
Brisgau. 

—  Sous  le  titre  de  Hallische  Beitràge  zur  Geschichtsforschung ,  M.  Theodor 
Lindner  se  propose  de  publier  des  fascicules  irrcguliers  destinés  principa- 


—  92  — 

lement  à  recevoir  les  travaux  historiques  de   ses  élèves.  (Halle  a.  S.,  A. 
Kaemmerer,  in-8.) 

—  Nous  trouvons  un  article  particulièrement  intéressant  pour  les  lec- 
teurs français  dans  le  premier  fascicule  d'une  nouvelle  revue  d'histoire 
militaire  allemande  :  DarsteUungen  aus  der  bayerischen  Kriegs-  und  Heeres- 
geschichte.  (Munich,  Schôpping,  in-8.)  Cette  revue,  publiée  sous  les  aus- 
pices des  archives  de  la  guerre  à  Munich,  n'accueille  que  des  travaux  fondés 
sur  les  pièces  d'archives.  L'article  sur  lequel  nous  appelons  l'attention  de 
nos  lecteurs  est  consacré  à  la  position  du  2^  corps  d'armée  bavarois  devant 
Paris  en  1870-1871. 

Angleterre.  —  M.  David  Douglas,  l'éditeur  du  Journal  de  sir  W,  Scott, 
publiera  prochainement  les  Familiar  Letters  écrites  par  l'illustre  écrivain 
de  1797  à  1825.  Les  lettres  manuscrites  sont  au  nombre  de  deux  cents  envi- 
ron, mais  les  plus  intéressantes  seront  seules  reproduites  avec  les  notes  et 
les  éclaircissements  qu'elles  semblent  devoir  comporter. 

—  Le  prochain  roman  de  M.  Émil^  Zola  :  Le  Docteur  Pascal,  sera  publié 
en  feuilletons  dans  le  Weekly  Times  and  Echo,  en  même  temps  qu'il  paraî- 
tra dans  une  Revue  parisienne. 

—  M.  H. -G.  Keene  prépare  une  Eistory  of  India  from  the  earliest  times  to 
the  présent  day,  qui  comprendra  deux  gros  volumes.  L'historien  a  mis  à 
contribution  les  derniers  travaux  publiés  :  pour  la  période  la  plus  reculée, 
les  recherches  de  Kœgi,  Zimmer,  et  les  rapportsdel'"  Archaeological  Survcy 
of  India;  »  pour  le  moyen  âge,  les  études  de  M.  Ed.  Thomas,  les  écrits  de 
MM.  Fleet,  Sewel  et  Burnell;  et  le  premier  tome  de  Ain  Akbari  du  profes- 
seur Blochmann. 

—  Le  New  Review  de  décembre  contient  un  article  du  major  Le  Caron  et 
un  travail  de  M.  Charcot  sur  «  La  Guérison  par  la  foi.  » 

—  La  «Société  bibliographique  anglaise  »  a  tenu  sa  séance  d'inauguration 
le  21  novembre  dans  les  locaux  de  la  Library  Association  (Hanover  square), 
sous  la  présidence  de  M.  W.-A.  Copinger.  Parmi  les  rapports  présentés, 
nous  citerons  :  The  Présent  condition  of  English  Bibliography ,  par  M.  Wheat- 
ley  ; — Method  in  Bibliography,  ])ar  M.  F.  Madau,  de  la  Société  Bodléienne;  — 
The  officiai  Record  of  current  Literalure,  par  M.  Tedder  ; — The  idéal  Book,  par 
M.  William  Morris,  et  The  Printing  and  Publishing  of  modem  Books ,  par 
M.  G.  T.  Jacobi. 

Belgique.  —  M.  E.  Beauvois  a  étudié  la  Découverte  du  Groenland  par  tes 
Scandinaves  au  Xe  siècle  (Extrait  du  Muséon,  Louvain,  gr.  in-8  de  16  p.), 
avec  une  grande  sûreté  de  critique  et  une  grande  richesse  d'érudition.  Il 
montre  fort  bien  que  la  Terre  verte  a  été  ainsi  baptisée  par  les  Islandais, 
qui  en  firent  une  étape  pour  arriver  en  .\mérique,  et  que  l'exploration 
d'Eirik  eut  lieu  de  983  à  985,  c'est-à-dire  qu'elle  est  la  plus  ancienne  de 
toutes  celles  qui  ont  été  faites  dans  le  Nouveau  Monde  par  des  Européensdu 
moyen  âge,  la  plus  ancienne  qui  ail  date  certaine.  M.  Beauvois  rectifie  les 
erreurs  commises  par  ses  devanciers,  notamment  par  le  célèbre  historien 
norvégien  P.-A.  Munch. 

Italie.  —  Un  recueil  important  vient  de  paraître  à  Padoue  (imp.  Randi), 
sous  ce  titre  :  Omagi  a  Galileo  Galilci  pcr  il  terzo  centcnario  dalla  inaugnra- 
lione  del  suo  insegnamento,  etc.,  puhhlicati  per  cura  délia  R.  Accadcmia di  Pn- 
dova  (in-4  de  -46  p.).  Le  directeur  de  la  publication  est  M.  Antonio  Favaro. 
A  l'éditeur  des  œuvres  complètes  de  l'illustre  mathémalicicn  appartenait 
l'honneur  d'écrire  l'introduction  du  recueil  :  Galileo  Galilci  e  l'Accademia  di 
Padova.  Divers  savants  ont  répondu  â  l'appel  de  l'Académie  de  Padoue  en 
Allemagne,  en  Belgique,  en  Hollande,  en  Italie,  en  Suède  (on  s'étonnera  du 


-  9H  — 

silence  gariJé  dans  la  patrie  de  Newton).  L'érudition  française  est  représen- 
tée dans  ce  fascicule  par  les  communications  du  mathématicien  Paul  Tan- 
nery  et  de  l'éditeur  de  la  correspondance  de  Fabri  de  Peiresc,  lequel  éditeur 
a  rappelé  les  cordiales  relations  qui  existèrent  entre  son  héros  et  Galilée. 

Suède.  —  Sous  le  nom  de  Humanisliska  Vetenskapssamfundet  s'est  consti- 
tuée détinitivement  en  1889,  à  Upsala,  une  société  pour  l'étude  des  sciences 
philologiques,  historiques  et  philosophiques.  La  société  se  compose  actuel- 
lement de  trente  et  un  membres  et  possède  un  actif  de  78,218  kronor  38.  Nous 
avons  sous  les  yeux  le  premier  volume  de  ses  Mémoires,  qui  vient  de 
paraître  :  Skrifter  utgifna  af  humanistiska  vetenskapssamfundet,  Upsala  (Up- 
sala, Almqvist  et  Wiksells,  in-8).  Il  comprend  une  introduction  oii  le  se- 
crétaire, M.  Geijer,  retrace  l'historique  de  la  Société;  et  cinq  dissertations 
dont  chacune  forme  un  tout  avec  titre  et  pagination  distincts. 

—  La  même  Société  vient  de  donner  la  bibliographie  fort  complète  des 
sources  imprimées  et  manuscritessurlatopographieet  l'histoire  de  Stockholm 
et  du  pays  environnant  :  Fôrteckning  a  tryckta  och  otryckta  kàllor  till  land- 
skapet  TJplands  och  Stockholms  stnds  hisioriskt-topogi^afiska  bcskrifning  (Up- 
sala, Almqvist  et  Wiksells,  in-8  de  v-114  p.).  Le  rédacteur  de  cet  important 
ouvrage  est  M.  L.  Bygden. 

Etats-Unis.  —  En  juillet  dernier  a  été  lancé  le  premier  numéro  de  la 
Kansas  University  Quarterly  (Laurence,  in-8),  sous  la  direction  de  M.  V.-L. 
Kellog.  A  en  juger  par  le  premier  fascicule,  c'est  l'histoire  naturelle  qui 
tient  la  première  place  dans  la  revue.  La  souscription  est  de  10  fr.  par  an. 

Publications  nouvelles.  —  Les  Sciences  modernes  en  regard  de  la  Genèse 
de  Mo'ise,  par  J.-G.  van  Zeebroek  (in-8,  Bruxelles,  Société  belge  de  librai- 
rie). —  Psallite  sapienier.  «  Psalliret  weise!  »  von  Maurus  Wolter.  Dritter 
Band.  Psalm  lxxii-c  (in-8,  Fribourg  en  Brisgau,  Herder).  —  Les  Prophètes, 
par  J.  Darmesteter  (in-8,  Calmann  Lévy).  —  Le  Règne  du  Christ,  par  l'abbé 
Thomas  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  OEuvres  de  Saint-François  de  Sales,  êvêque 
de  Genève.  T.  L  Les  Controverses  (in-8,  Genève,  H.  Trembley).  —  Introduc- 
tion scientifique  à  la  foi  chrétienne,  par  Un  ingénieur  de  l'État  (in-8,  Bloud 
et  Barrai).  —  Medicina  pastoralis,  eùidit  D""  G.  Capellmann  (in-8.  Retaux). 
—  Diccionario  de  ciencias  eclesiasticas,  ])ar  N.-A.  Perujo  et  J.  Perez  Angulo 
(10  vol.,  Madrid,  Subirana  hermanos).  —  Conférences  de  Notre-Dame  et  Re- 
traite de  la  semaine  sainte,  par  M.  d'Iîul.st  (in-8,  Poussielgue).  —  La  Prière 
selon  les  PP.  Bourdaloue,  de  Ravignan,  de  la  Compagnie  de  Jésus  (in-18, 
Bruxelles,  Société  belge  de  librairie).  —  Les  Sublimités  de  la  prière,  par 
l'abbé  H.  Bolo  (in-8,  Haton).  —  La  Voie  sûre  du  salut  par  l'oraisoii  mentale, 
par  l'abbé  A.  Rebufat  (in-12,  Vie  et  Amat).  —  Lectures  pieuses,  par  la 
Cttsse  M  (\q  Beaurecueil  (in-16,  Poussielgue).  —  Fleurs  et  fruits  d'or  cueillis 
dans  la  vie  et  les  écrits  des  saints,  par  l'abbé  J.  Pailler  (3  vol.  in-16  carré. 
Vie  et  Amat).  —  Les  Principaux  Faits  miraculeux  de  Lourdes,  par  l'abbé 
Barbé  (Paris  et  Lille,  Lefort,  gr.  in-8).  —  Enseignements  à  la  jeunesse  catho- 
lique, par  l'abbé  Fava  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  Explication  élémentaire  du 
droit  romain,  par  P.  Rambaud.  T.  I  (in-8,  Chevalier-Marescq).  —  Les  Trans- 
formations du  droit,  par  G.  Tarde  (in--12,  Alcan).  —  Les  Théories  politiques 
et  le  Pouvoir  international  en  France  jusqu'au  XVIII^  siècle,  par  E.  Nys  (in-8, 
Alcan).  —  L'Idée  du  droit  en  Allemagne  depuis  Kant  jusqu'à  nos  jou7's,  par 
Aguiléra  (in-8,  Alcan).  —  Éléments  du  droit  constitutionnel  français,  par 
M.  de  la  Bigne  de  Villeneuve  (in-8.  Marchai  et  Billard).  —  Commentaire 
théorique  et  pratique  du  code  civil,  t.  IV,  art.  516  à  710.  par  T.  Hue  (in-8,  Pi- 
chon).  —  Code  des  droits  successoraux  des  époux,  par  E.  Gerbault  et 
L.  Dubourg  (in-12,  Pedone-Lauriel).  —  Du  contrat  d'association,  ou  la  Loi 


—  9-i  — 

permet-elle  aux  associations  non  reconnues  de  posséder?  Etude  de  droit  civil,  par 
le  comte  de  Yareilles-Sommières  (in-8,  Pichon).  —  La  Protection  industrielle  et 
le  Nouveau  Régime  douanier,  par  A.  Typaldo-Bassia  (in-8,  Chevalier-Marescq). 
—  Platon,  sa  philosophie,  précédée  d'un  aperçu  de  sa  vie  et  de  ses  écrits,  par 
C.  Bénard  (in-8,  Alcan).  —  La  Philosophie  de  Hobbes,  par  G.  Lyon  (in-18, 
Alcan).  —  Les  Races  et  les  langues,  par  A.  Lef'èvre  (in-8  cart.,  Alcan).  — 
Die  Hauptprobleme  der  Sprachwisscnschaft  in  ihrenBcziehungenzur  Théologie, 
Philosophie  und  Anthropologie,  von  A.  Giesswein  (in-8,  Fribourgen  Brisgau, 
Herder). — Entretiens  sur  l'immortalité  de  T âme,  par  J.  Le  Fèvre-Deumier  (in-4, 
Firmin-Didot).  —  Le  Problème  de  la  mort,  par  L.  Bourdeau  (in-8,  Alcan).  — 
Les  Passio7is  criminelles,  leurs  causes  et  leurs  remèdes,  par  Bérard  des  Glajeux 
(in-i2,  Pion  et  Nourrit).  —  La  Pathologie  des  émotions,  par  Ch.  Féré  (gr.  in-8, 
Alcan).  —  Le  Secret  de  Vabsolu,  par  E.-J.  Coulomb  (in-18.  Bibliothèque  de 
la  renaissance  orientale).  —  Les  Eléments  du  beau,  analyse  et  synthèse  des 
faits  esthétiques  d'après  les  documents  du  langage,  par  M.  Griveau  (in-18,  Al- 
can). —  Précis  d' économie  politique  et  de  morale,  par  G.  de  Molinari  (in-18, 
Guillemin).  —  La  Seconde  Révolution  française,  solution  et  dénouement  paci- 
fique de  la  question  socicde  ouvrière,  par  F.  Husson  (in-lS,  Guillaumin).  — 
La  Lutte  des  races,  recherches  sociologiques,  par  L.  Gumplowicz,  trad.  de 
C.  Baye  (petit  in-8  cart.,  Guillaumin).  —  La  Sociedad  civil  cristiana,  par 
P.  Schumacher  (in-12  cart.,  Fribourg  en  Brisgau,  Herder).  —  Sentences  et 
proverbes,  par  P.  Soullié  (in-8,  Lecoffre).  —  La  Décevance  du  vrai,  par 
E.  Thiaudière  (in-32,  Westhausser).  —  Les  Maladies  de  la  première  enfance, 
par  le  D""  E.  Jacquemet  (in-8,  Bailiière).  — L' Hygiène  nouvelle  dans  la  famille, 
par  le  D""  A. -A.  Cancalon  (in-8,  Société  d'éditions  scientiiiques).  —  Le  Pain 
et  la  viande,  par  J.  de  Brevans  (in-8  cart.,  J.-B.  Bailiière).  —  Le  Chauffage, 
par  J.  Lelevre  (in-8,  J.-B.  Bailiière).  —  Études  de  guerre  (3^  fasc.  de  la 
/■""  partie),  par  le  général  J.  du  Verdy  du  Vernois,  trad.  de  l'allemand  par 
H.  Monet  (in-8,  Westhausser).  —  Le  Cicérone,  guide  de  l'art  antique  et  de 
l'art  moderne  en  Itatie,  %"  partie,  par  J.  Burckhardt  (in-18,  Firmin-Didot).  — 
Rembrandt,  sa  vie,  son  œuvre  et  son  temj)s,  par  E.  Michel  (in-4,  Hachette).  — 
J.-B.  Greuze,  parCh.  Normand  (in-8,  Allison).  —  Les  Brucghel,  par  E.  Michel 
(in-8,  Allison).  —  Les  Van  de  Velde,  par  Emile  Michel  (in-8,  Allison).  — 
Abraham  Boise,  par  A.  Valabrèguc  (in-8,  Allison).  —  LcsHuct.  Jean-Baptiste 
et  ses  trois  fils,  par  C.  Gabillot  (in-8,  Allison).  —  Dictionnaire  alphabétique 
et  analogique  de  la  langue  française  à  l'usage  des  écoles,  par  E.  Blanc  (in-18, 
E.  Vitte).  —  Exercices  sur  la  Petite  Grammaire  française  du  P.  A.  Senglcr, 
par  G.  Gabiollc.  Classes  élémentaires  (in-18  cart.,  Delhomme  et  Briguet).  — 
Traditions  populaires  de  la  Haute-Saône  et  du  Jura,  par  Ch.  Thuriet  (in-8, 
Lechevalier).  —  L'Église  et  les  Belles-lettres,  par  l'abbé  A.  Laveille  (in-18, 
Lyon,  Vitte).  —  Le  Roman  en  France,  depuis  1610  jusqu'à  nos  jours,  par 
P.  Morillot  (in-8,  Masson).  —  Les  Grands  Écrivaiiis  de  la  France,  nouvelles 
éditions,  publiées  sous  la  direction  de  M.  Ad.  Régnier.  Saint-Simon.  IX.  Mé- 
moires. —  Ecrits  inédits  de  Saint-Simon,  t.  VIII,  publiés  parP. Faugère  (in-8, 
Hachette).  —  Voltaire,  études  critiques,  par  E.  Champion  (in-18,  Flamma- 
rion). —  Les  Grands  Écrivains  français,  J.-J.  Rousseau,  par  A.  Chuquet  (in-16. 
Hachette).  —  Heine  intime,  lettres  inédite<i  avec  notes  biographiciues  et  com- 
mentaires, par  L.  de  Embden,  éd.  française  par  M.  S.  Gourovitch  (in-18, 
H.  Le  Soudicr).  —  La  Littérature  russe,  par  L.  Léger  (in-18,  Colin).  —  Jahrcs- 
berichte  fur  neuere  deutsche]  Littcraturgesrhichte  (gr.  in-8,  Stuttgart,  Gos- 
chen).  —  Les  Littératures  étrangères.  Italie-Espagne,  par  H.  Dielz  (in-18,  Cn- 
linj.  —  Trois  poètes  italiens.  Dante,  Pétrarque,  le  Tasse,  par  A.  de  Lamar- 
tine (in-18,  Lcmerre).  —  Les  Manuscrits  de  Dante  des  bibliothèques  de  France, 


—  9o  — 

par  L.  Auvray  (in-8,  Thorin).  —  Aniologia  de  poetas  liricos  castellanos,  par 
Mendez  y  Pelayo,  t.  III  (in-8,  Madrid,  Hernando).  —  Le  Cœur,  poésies,  par 
C.  Fuster  (in-18,  Fischbacher).  —  Vers  et  prose,  par  S.  Mallarmé  (in-i8,  Per- 
rin).  —  La  Dorotéa,  par  L.-F.  Véga-Carpio,  trad.  par  C.-B.  Dumaine  (in-18, 
Lemerre).  —  L'Ennemi  des  lois,  par  M.  Barrés  (in-8,  Perrin).  —  Les  Disciples 
d'Emmaiis,  ou  les  Étapes  d'une  conversion,  par  T.  de  Wyzewa  (in-32,  Perrin). 

—  L'Étui  de  nacre,  par  A.  France  (in-18,  Calmann  Lévy).  —  L'Histoire  d'An- 
gèle  Valoy,  par  E.  Tarbé  (in-18,  Calmann  Lévy).  —  Typhonia,  par  J.  Pela- 
dan  (in-18,  Dentu).  —  L'Hermine,  par  G.  Lafargue-Decazes  (in-18,  Savine). 

—  Si....,  par  A.  Chirac  (in-18,  Savine).  —  Mon  Chevalier,  par  G.  Franay  (in-18. 
Colin).  —  Les  Cousins  de  Normandie,  par  C.  d'Héricault  (in-8,  Delhomme  et 
Briguet).  —  Midi  à  quatorze  heures,  par  E.  d'Hervilly  (in-8,  Westhausser). 

—  Cœur  d'Or,  par  Mme  Chéron  de  la  Bruyère  (in-18,  Haton).  —  Les  Grands 
Historiens  du  moyen  âge,  parL.  Constans  (in-18  cart.,  Delagrave).  — Les  États- 
Unis,  par  le  P.  C.  Crosnenberghs  (2  vol.  in-8,  Delhomme  et  Briguet).  •  Dic- 
tionnaire universel  d'histoire  et  de  géographie,  de  M.-N.  Bouillet,  nouvelle 
édition  entièrement  refondue  sous  la  direction  de  L.-G.  Gourraigne  (gr. 
in-8.  Hachette).  —  Chronologie  et  généalogie  deVhistoire  sacrée,  histoire  sainte 
et  histoire  de  l'Église,  par  C.-A.  Colin  (gr.  in-8,  Lyon,  Vitte).  —  Table  géné- 
rale alphabétique-  de  tous  les  sujets  traités  dans  la  collection  intégrale  et  uni- 
verselle des  orateurs  sacrés  (édition  Migne),  par  le  P.  J.-B.  Nicolas  (in-4,  chez 
l'auteur,  à  Notre-Dame  de  Mont-Roland,  près  Dole  (Jura).  —  Histoire  de  VÉ- 
glise,  par  F.-X.  Kraus,  trad.  par  Godet  et  Verschaffel  (3  vol.  in-8,  Bloud  et 
Barrai).  —  L'Église  et  les  campagnes  au  moyen  âge,  par  G.-A.  Prévost  (in-4. 
Champion).  —  L'Ancien  Clergé  de  France,  t.  I,  par  Tabbé  Sicard  (in-8,  Le- 
coffre).  —  Saint-Joseph,  sa  vie  et  son  culte,  par  Mgr  Ricard  (gr.  in-8,  Lille  et 
Paris,  Société  de  Saint-Augustin,  Desclée  et  de  Brouwer).  —  Françoise  de 
Bona,  par  Tabbé  J.  Séaume  (in-16,  Avignon,  Aubanel  frères).  —  Vie  de  la 
R.  M.  Suzanne  Lévéque,  par  le  R.  P.  Dom  L.  Lévéque  (in-12,  Lethielleux).  — 
Histoire  de  la  Vénérable  Mère  Marie  de  l'Incarnation,  par  l'abbé  L.  Chapot 
(2  vol.  in-8,  Poussielgue).  —  Histoire  du  R.  P.  Clorivière,  par  le  P.  J.  Ter- 
rien (in-8,  Poussielgue).  —  Dix  grands  Chrétiens  du  siècle,  par  J.-M.  Ville- 
franche  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  Une  âme  de  prêtre,  histoire  intime.  L'Abbé 
C.-A.  Estève,  du  clergé  de  Bordeaux,  par  l'abbé  Naudet  (in-8,  Tolra).  —  Vie 
et  œuvres  de  M.  A.  Legentil,  par  le  P.  M.  Bony  (in-8.  Retaux  et  fils).  — Histoire 
de  Vordre  hospitalier  du  Saint-Esprit,  par  l'abbé  P.  Brune  (in-8,  A.  Picard). 

—  L'Expédition  du  Dahomey  en  1890,  par  V.  Nicolas  (in-8,  Charles-La vau- 
zelle).  —  La  Fj'ance  au  pai/s  noir,  par  L.  d'Estampes  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  — 
A  travers  le  champ  de  bataille  (in-8,  Gand,  G.  Eylenbosch).  —  D'où  vient  le 
XIX"  siècle  et  où  va-t-il  ?  par  G.  de  Farguettes  (in-8,  Roger  etChernoviz). — 
Voyage  en  zigzags  à  travers  l'opportunisme  (1892),  par  L.  Bertrand  (in-16, 
Bloud  et  Barrai).  —  La  Première  Jeunesse  de  Louis  XIV  (1649-1633)  d'après 
la  correspondance  inédite  du  P.  Charles  Paulin,  son  premier  confesseur,  par  le 
P.  H.  Chérot  (in-8,  Société  de  Saint-Augustin,  Desclée  et  de  Brouwer).  Les 
Grandes  Compagnies  de  commerce,  par  L.  Bonnassieux  (in-8,  Pion  et  Nourrit). 

—  La  Chute  de  l'ancienne  France.  Les  Débuts  de  la  Révolution,  par  M.  Sepet 
(in-8,  V.  Retaux).  —  Un  ami  de  la  Reine,  par  P.  Gaulot  (in-18,  Ollendorff).  — 
La  Journée  du  14  juillet  1789,  fragments  des  Mémoires  inédits  de  L.-G.  Piti-a 
(in-8.  Société  de  l'histoire  de  la  Révolution  française).  —  Rouget  de  Lisle  et 
l'Hymne  national,  par  E.-C.  Gaudot  (in-8  et  in-4,  Besançon,  Jacquin  ;  Paris, 
Lamulle  et  Poisson).  —  Les  Confessions  de  Théroigne  de  Méricourt,  par  F. 
de  Strobl-Ravelsberg  (in-8,  Westhausser).  —  Étude  sommaire  des  campagnes 
d'un  siècle,  1792-1808,  par  le  capitaine  Ch.  Romagny  (in-32  cart.,  Charles- 


—  96  — 

Lavauzelle).  —  Madame  Mère  (Napolcoyiis  Mater),  essai  historique,  par  le 
baron  Larrey  (2  vol.  in-8,  Dentu).  —  Estudios  sobre  la  guerra  franco-ger- 
mana  de  1870,  par  J.  Almirante  (gr.  in-8,  Madrid,  imp.  del  Mémorial  de 
ingenieros).  —  Histoire  anecdotique  de  la  France.  Période  contemporaitie,  par 
Ch.  d'Héricault  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  Histoire  du  Collège  de  France, 
par  A.  Lefranc  (in-8,  Hachette).  —  Famille  et  Collège,  par  P.  Harispe  (in-12, 
Letouzey  et  Ané).  —  Englands  «  Oeffentliche  Schulen  »  von  dcr  Reforma- 
tion bis  ziir  Gegenwart,  von  A.  Zimmermann  (in-8,  Fribourg  en  Brisgau, 
Herder).  —  John  Locke  und  die  Schule  von  Cambridge,  von  D''  G.  Freiherrn 
V.  Hertling  (in-8,  Fribourg  en  Brisgau,  Herder).  La  Sépulture  dolménique  de 
Mareiiil-lez-Meaux,  par  E.  Petitot  (in-18.  Bouillon).  —  La  Corporation  des 
bouchers  de  Limoges,  par  le  marquis  de  Moussac  (in-8,  Lamulleet  Poisson). 
—  Fressin,  par  l'abbé  Fromentin  (in-8,  Lille,  imp.  Salésienne).  —  Histoire  de 
l'Islamisme  et  de  l'empire  ottoman,  par  L.  de  la  Garde  de  Dieu  (in-8,  Bruxelles, 
0.  Schepens).  —  Souvcraiiis,  hmnmes  d'Étal,  hommes  d'Eglise,  par  C.  Benoist 
(in-18,  Lec.ène  et  Oudin).  —  Christophe  Colomb,  sa  vie,  ses  voyages,  par  Tau- 
teur  des  Deux  nouveaux  martyrs  (in-12,  Casterman).  —  Johamies  Mabillon, 
von  P.  Suitbert  Bàumer  (in-8,  Augsbourg,  Seitz).  -  Johannes  Janssen,  1829- 
1891,  par  L.  Pastor  (in-8,  Fribourg  en  Brisgau,  Herder),  —  Biographies  du 
XZXe  siècle  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  Le  Géné7^al  Ambcrt,  sa  vie  et  ses  œuvres, 
par  G.  de  la  Faye  (in-8,  Bloud  et  Barrai).  —  //  Condottiere  Giuseppc  Gari- 
baldi  (1870-1871),  par  A.-C.  de  la  Rivo  (in-18,  Savine).  —  L'Archéologie 
chrétienne,  par  A.  Pératé  (in-8  cart.,  May  et  Motteroz).  Visenot. 


QUESTION 


i^e  Retoun  de  B'iie  d'Eihe.  —       d'Elbe,    raconté    selou    la    méthode 
Quel  est  l'ouvrage  de  M.  H.  Lasserre       Renan'?  » 
où   se  trouve  «   le  Retour    de    l'Ile 


Le  Gérant  :  GIIAPUIS. 


BESANÇON.    —   mm.    ET   STERBOTYP.    PAUL   JACQUIN . 


POLYBIBLION 

REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 

SCIENCE  SOCIALE,  ÉCONOMIE  POLITIQUE,  SOCIALISME 

1.  Le  Gouvernement  dans  la  démocralie,  par  Emile  de  Laveleye.  Paris,  Alcan,  1891, 
2  vol.  iii-8  de  xv-392  et  472  p.,  15  fr.  —  2.  J.a  Sociélé  moderne,  éludes  morales  et 
politiques,  par  ('ouncEiLE-SENEuiL.  Paris,  Guiilaumin,  1802,  ia-18  de  542  p.,  5  fr. — 
:!.  L'Interprétation  économique  de  l'idsloire,  par  J.  Thorold  Rogers,  trad.  et  inlrod., 
par  E.  Castelot.  Paris,  Guiilaumin,  1892,  in-8  de  xvi-454  p.,  8  fr.  —  4.  Le  Passé 
et  l'avenir  des  Trade' s  Unions,  par  Georges  Howell,  trad.  et  piéface  par  Ch.  Le  Cour 
Grandmaiso.n.  Paris.  Giiiilaumia,  1892.  iu-8  de  xxxii-248  p.,  8  fr.  —  5.  Des  Anciens 
Prix  et  des  difficultés  inhérentes  à  leur  évaluation  actuelle,  par  de  Vienne.  Paris  et  Nancy, 
Berger- Levrault,  1891,  in-8  de  113  p.  —  G.  Drs  Transformations  successives  du 
sou,  par  le  même.  Paris,  Rollin  et  Feiiardeal,  1892,  in-8  do  16  p.  —  7.  Traité  d'é- 
conomie sociale,  ou  l'Économie  politique  coordonnée  au  point  de  vue  du  progrès,  par 
A.  Ott,  2'  édit.  Paris.  Fisclibaclier,  1892,  2  vol.  in-12  de  504  et  503  p.,  8  fr.  — 
8.  Essais  sur  les  lois  de  la  population,  par  Charles  Bertheau.  Paris,  Chevalier- .Marescq, 
1892,  in-8  de  480  p.,' 6  fr.  —  9.  D'oii  vient  le  XL\'  siècle  et  où,  va-t-il?  par  G.  de 
Farguettes.  Paris,  Roger  et  Chernoviz,  I8y2,  in-18  de  214  p.,  2  fr.  —  10.  Anar- 
chie et  Nihilisme,  par  Jehan  Préval.  Paris,  Savine,  1892,  in-18  de  240  p.,  2  fr.  — 
11.  Oit  mène  le  socialisme,  par  E.  Richter,  trad.  française  avec  une  préface  de  Paul 
Lcroy-Pieaulicu.  Paris,  Le  Soudicr,  1892,  in-18  de  82  p.,  1  fr.  50.  —  12.  Le  Socialistne 
chrétien,  par  Henry  Joly.  Paris,  Hachette,  1892,  in-18  de  336  p.,  3  fr.  50.  — 
13.  Transportation  et  colonisation  pénale,  par  G.  Pierret.  Paris,  Clievalier-Marescq,  1892, 
gr.  in-8  de  107  p.,  3  fr.  —  14.  Gobden.  Discours  parlementaires  et  écrits  politiques, 
avec  une  introd.  par  Léon  Say  Paris,  Guiilaumin,  1892,  in-18  de  xxii-303  p.,  1  fr. 
50.  —  15.  Slaatslexikon,  publié  sous  les  auspices  de  la  Gœrresgesellschaft,  par  le 
D'Adolf  Bruuer,  17°  à  20'=  livraisons.  Fribourg  en  Brisgau,  Herder,  1892,  gr.  in-8, 
1  marc  50  la  livraison. 

1.  —  M.  de  Laveleye,  l'éminenL  professeur  de  Liège,  qui,  Fan  der- 
nier, a  été  enlevé  à  la  science,  a  publié  une  vingtaine  d'ouvrages,  les 
uns  sur  l'économie  politique,  les  autres  sur  la  politique  ;  mais  c'était  de 
ce  dernier  côté  que  penchaient  ses  préférences  et  ses  aptitudes.  Dans  ses 
deux  principau.x  ouvrages  économiques,  la  Propriété  et  ses  formes  pri- 
mitives et  le  Socialisme  contemporain,  la  préoccupation  politique  l'em- 
porte de  beaucoup  sur  l'analyse  économique.  Les  deux  gros  volumes  sur 
le  Gouvernement  dans  la  démocratie,  qui  ont  paru  à  la  veille  de  sa 
mort,  étaient  certainement  son  œuvre  favorite.  L'on  y  retrouve,  conden- 
sés et  coordonnés,  les  articles  qu'il  écrivait  depuis  trente  ans  dans  la 
Revue  des  Deux  Mondes,  la  Revue  de  Relgique  et  bien  d'autres  publica- 
tions. L'ouvrage  est  partagé  en  douze  livres  :  Le  Droit  et  l'Etat; —  La 
Formation  des  FJtals  et  le  Développement  delà  commune;  —  L'Eglise 
et  VEtat;  —  Les  Libertés;  —  Les  Formes  de  gouvernement  et  leur  in- 
fluence sur  la  prospérité  des  peuples  :  —  La  Démocratie  ;  —  La  Sépa- 
ration des  pouvoirs  :  le  pouvoir  exécutif:  —  Le  Pouvoir  législatif  ;  — 
l'ÉvnuîR  1893.  T.  LXVH.  7. 


—  98  — 

Le  Régime  élpxtoral  ;  —  Le  Régime  parlemenlaire;  —  Delà  République 
et  de  ses  conditions  de  succès  ;  —  Les  Enseignements  de  l'hhtoire.  Los 
chapitres  sont  très  multipliés,  avec  des  litres  qui  mettent  l'idée  en  saillie. 
Tout  l'ouvrage  est  écrit  d'un  style  incisif  qui  rappelle  la  manière  de 
Tocqueville;  on  le  lit  rapidement,  et  comme  l'auteur  possède  une  vaste 
érudition,  et  que  constamment  il  cite  à  l'appui  de  ses  thèses  des  faits 
tirés  de  l'histoire  politique  de  l'Angleterre,  des  États-Unis,  de  la  France, 
do  la  Belgique,  de  l'Allemagne,  de  la  Suisse,  voire  de  la  Hollande  et  de 
la  Suède,  cette  lecture  est  loin  d'être  sans  profit.  Quant  au  fond  des  idées, 
M.  de  Laveleye  est  resté  jusqu'à  la  fin  un  centre  gauche.  Il  se  demande 
avec  une  grande  franchise  si  la  démocratie,  dont  le  principe  fondamental 
est  l'égalité,  est  compatible  avec  la  liberté.  La  question  domine  tout  l'ou- 
vrage, peut-on  dire.  Il  signale  très  vigoureusement  les  vices  du  régime 
parlementaire  et  indique,  comme  pouvant  les  corriger,  l'éloignement  des 
ministres  des  Chambres,  comme  aux  États-Unis,  le  référendum  popu- 
laire, le  veto  du  pouvoir  exécutif  et  la  représentation  proportionnelle  des 
minorités;  mais,  sauf  sur  ces  deux  derniers  points,  il  est  assez  hésitant, 
et,  eOectivement,  le  référendum  vient  de  prendre  en  Suisse  une  extension 
menaçante,  qui  fait  que  les  Belges  ne  veulent  plus  en  entendre  parler. 
M.  de  Lavcdeye  reconnaît  que  la  monarchie  constitutionnelle  est  la 
meilleure  sauvegarde  de  la  liberté,  la  seule  garantie  qui  empêchera  un 
jour  ou  l'autre  la  démocratie  de  verser  dans  le  césarisme.  Mais  il  voue  la 
France  irrémédiablement  à  la  république.  Ce  qui  affaiblit  un  peu  la  por- 
tée des  raisonnements  de  l'auteur,  c'est  l'éloge  dithyrambique  qu'il  fait 
du  Président  actuel  et  même  de  M™"  Carnot.  L'expression  de  ces  senti- 
ments personnels,  quelque  respectables  qu'ils  soient,  n'est  pas  à  sa 
place  dans  un  livre  de  science,  et  ne  peut,  bien  contre  la  volonté  de 
l'auleur,  que  fournir  un  aliment  aux  défiances  des  «  purs  »  et  des  «  incor- 
ruptibles, »  quand  la  question  delà  réélection  se  posera.  Mais  le  point  le 
plus  faible  du  livre  est  celui  où  M.  de  Laveleye  traite  des  rapports  de  l'Église 
et  de  l'État.  Il  est  très  convaincu  de  la  valeur  propre  et  de  la  nécessité  de 
la  religion;  il  l'estime  particuhèrement  indispensable  dans  les  démocra- 
ties; mais  il  regarde  l'Église  catholique  comme  la  grande  ennemie,  et 
tout  est  subordonné  pour  lui  à  la  nécessité  de  la  combattre.  Ainsi,  après 
avoir  reconnu  formellement  que  le  droit  de  faire  des  fondations  est  lé- 
gitime et  nécessaire  môme  au  bien  public,  il  conclut  à  ce  qu'on  ne  l'in- 
troduise pas  en  France  et  en  Belgique,  parcfï  que  l'Église  pourrait  on 
profiter!  Il  parle  dans  un  chapitre  des  traitements  ecclésiastiques,  sans 
même  indi(juer  le  titre  légal  sur  lequel  ils  reposent,  c'est-à-diro  le  paie- 
ment de  l'intérêt  de  la  dette  contractée  par  la  nation  (piand  elle  s'est  em- 
parée du  capital  repri'senté  j)ar  les  biens  de  l'I^glise.  Il  y  a  vingt-cinq 
ans,  M.  de  Laveleye  avait  écrit  mi  ])elit  j)am{)hlet  intitulé  :  De  l'avenir 
des  peuples  catholiques,  dont  la  i)ropagande  protestante  a  fuit  des  éditions 


—  î)9  — 

dans  toutes  les  langues,  et  où  il  coaseillaiL  aux  nations  latines  d'embras- 
ser une  des  innombrables  formes  dn  proloslanlisme,  à  leur  choix.  Hélas! 
rien,  dans  les  événements  contemporains,  n'a  éclairé  l'anteur,  et  une 
grande  partie  du  vaste  ouvrage  que  nous  venons  d'analyser  semble 
inspirée  par  le  cri  de  Gambetla  :  Le  cléricalisme,  voilà  tennemi! 
On  en  conviendra,  c'est  peu  scientitique.  Nous  aurions,  dans  le  même 
ordre  d'idées,  à  faire  des  réserves  sur  l'insuffisance  des  considérations 
économiques,  qui  expliquent  le  développement  de  la  démocratie.  Mais 
une  fois  sur  son  terrain  favori  de  la  politique,  le  savant  professeur  ou- 
bliait évidemment  ses  études  professionnelles.  Le  chapitre  sur  le  luxe 
reproduit  les  brillantes  pauvretés  d'un  des  chapitres  de  ses  Élémenls 
d'économie  politique,  que  M.  P.  Leroy-Beaulieu  a  solidement  réfutés. 

2.  —  Un  autre  économiste,  l'un  des  principaux  représentants  de  l'é- 
cole qui  s'appelle  elle-même  orthodoxe,  M.  Gourcelle-Seneuil,  a  laissé  en 
mourant  un  volume  considérable  d'études  morales  et  poliliqiies,  ce  qui 
prouve  une  fois  de  plus  que  s'il  est  convenable  d'étudier  l'économie  po- 
litique comme  une  science  distincte,  il  est  impossible  de  traiter  aucun 
des  problèmes  pratiques  qu'elle  soulève  sans  y  joindre  le  point  de  vue 
moral  et  politique.  Les  dix-neuf  études,  pour  la  plupart  articles  du  Jour- 
nal des  économistes  ou  de  Va  Nouvelle  Revue,  qui  composent  ce  volume,* 
ont  pour  principaux  objets  V Etude  et  i enseignement  de  l'histoire,  la  Dé- 
mocratie, YEsquisse  d'une  politique  rationnelle,  la  Morale  civique  et 
laïque,  l'Usage  de  larichesse,  l'Enseignement  et  l'étude  du  droit,  le  Droit 
de  propriété,  l'Organisation  de  l'instruction  publique,  la  Condition  des 
fonctionnaires  et  l'organisation  des  administrations  centrales.  M.  Gour- 
celle-Seneuil débute  par  une  profession  de  foi  agnostique.  Dieu  ou  la 
nature  sont  pour  lui  des  mots  vides  de  sens,  par  lesquels  on  désigne 
l'inconnu.  L'intelligence  humaine  ne  peut  saisir  que  l'ordre  matériel 
dans  lequel  l'homme  est  enserré  ;  la  science  consiste  à  dégager  les  lois 
sur  lesquelles  cet  ordre  se  formule  et  la  raison  à  les  observer.  La  mo- 
rale et  le  droit  ne  reposent  donc  que  sur  la  notion  de  l'utile,  de  l'utile, 
immédiat  et  tangible  par  les  sens. 

La  même  théorie,  qui  n'est  au  fond  qu'une  conséquence  de  l'athéisme 
sous  sa  iorme  brutale  ou  sous  sa  forme  adoucie,  qu'on  appelle  l'agnosti- 
cisme, a  été  soutenue  en  même  temps  par  M.  Albert  Hitschl,  professeur 
à  Gœttingue,  dans  un  discours  d'apparat  pour  le  jubilé  de  cette  Univer- 
sité. Gela  lui  a  attiré  une  magistrale  réfutation  de  M.  de  Hertling,  l'il- 
lustre professeur  de  Munich  {Zur  Beaniwortung  der  Gœttinger  Juhi- 
Ixums,  Munslcr,  1887).  La  question  a  non  seulement  une  imporlance  phi- 
losophique capitale,  elle  a  encore  un  intérêt  pratique  très  grand;  le  droit 
positif,  eu  effet,  sera  tout  difiérent,  selon  que  le  législalenr  reconnaîtra 
ou  non  l'existence  d'un  droit  naturel.  G'est  ce  qu'a  récemment  1res  bien 
démontré  un  professeur  américain  fort  distingué,  M.  Taylor.  Il  a  établi 


—  100  — 

solidement  re^istence  diin  droit  naturel  dans  un  travail  publié  par  les 
Annols  of  the  omcricœi  Academy  of  political  and  social  science,  d'a- 
vril 1891. 

Toute  l'économie  politique  de  M.  Courcelle-Senenil  s'est  ressentie  de 
ce  triste  point  de  départ.  Elle  méconnaît  les  instincts  idéalistes  de 
l'homme,  elle  est  dure  et  rude,  ses  solutions  n'admettent  point  les  tem- 
péraments que  comporte  le  caractère  complexe  de  toutes  les  choses 
humaines.  Aussi,  malgré  son  talent  incontestable.  M.  Courcelle-Seneuil 
n'aura  pas  contribué  à  rendre  son  école  populaire.  Ces  graves  défauts 
n'empêchent  pas  que  l'auteur,  avec  le  bon  sens  indépendant  et  la  péné- 
tration d'esprit  qui  le  caractérisaient,  n'ait  sur  bien  des  points  des  idées 
justes,  et  ne  les  développe  avec  une  grande  force  de  logique.  C'est  ainsi 
qu'il  se  montre  un  adversaire  très  vigoureux  de  l'extension  des  attribu- 
tions de  l'État  et  un  critique  éclairé  de  la  Déclaration  des  droits  de 
Vhomiae.  Les  chapitres  sur  la  démocratie,  sur  le  mandarinat  français, 
tel  qu'il  résulte  des  diplômes  universitaires,  sur  le  recrutement  et  l'a- 
vancement des  fonctionnaires,  sont  pleins  \le  vues  originales.  On  les 
traitera  peut-être  de  paradoxales;  mais  elles  n'en  méritent  pas  moins 
d'être  méditées  ;  elles  sont  peut-être  la  vérité. 

3.  —  La  politique  tient  une  certaine  place  dans  l'ouvrage  du  savant 
professeur  d'économie  politique  d'Oxford,  mais  elle  n'altère  pas  en  réa- 
lité ses  jugements  scientifiques.  Dans  une  préface  fort  bien  écrite,  M.  Cas- 
teloL  nous  explique  comment  Thorold  Rogers  fut  injustement  dépouillé 
de  sa  chaire  par  le  Sénat  universiliiire,  pour  avoir  attaqué  trop  vigou- 
reusement certains  abus,  et  comment  il  n'y  rentra  que  vingt  ans  après, 
par  une  réparation  tardive  et  après  avoir,  entre-temps,  siégé  six  années 
au  Parlement  comme  représentant  libéral  de  Soulhwark.  Ces  indications 
étaient  nécessaires  pour  expli(juer  le  ton  agressif  contre  les  personnes 
et  les  choses  qui  règne  dans  ce  volume,  formé  par  vingt-trois  leçons  pu- 
bliques prononcées  dans  l'année  qui  suivit  sa  réintégration.  A  lire  ses 
attaques  contre  la  science  orthodoxe  et  les  principaux  économistes  con- 
temporains, on  croirait  que  Thorold  Hogers  est  un  novateur  en  économie 
politique  et  un  radical.  Il  n'en  est  rien.  En  réalité,  il  soutient  toutes  les 
thèses  classiques  de  la  science  :  le  bbre-échange,  le  monométallisme  no- 
tamment. Il  attaque  avec  une  rare  vigueur  les  projets  d'extension  des 
attributions  de  l'État  dans  l'industrie,  les  systèmes  de  StuarL  Mill  et 
de  Henry  George  sur  la  nationalisation  du  sol,  la  fixation  par  la  loi  du 
maxiuuim  de  la  journée  de  travail  de  l'adulte  à  huit  heures,  le  rachat 
des  chemins  de  fer  par  l'Élat.  Il  combat  seulement  ce  qu'il  y  a  d'ex- 
cessif dans  la  théorie  de  Hicardo  sur  la  rente,  il  demande  l'abrogation 
des  privilèges  existant  encore  en  Angleterre  en  faveur  de  la  propriété 
foncière,  qui  s'opposent  au  morcellement  de  la  terre,  enfin  il  propose 
une  réforme  du  système  des  impôts  locaux  et  de  Vincorne  lax,  qui  dé- 


—   101   — 

chargerait  en  partie  les  occupants,  pour  grèvera  leur  place  les  proprié- 
taires, Irop  ménagés  selon  lui.  Voilà  l'objet  de  ces  leçons,  où  les  prin- 
cipaux chapitres  de  réconomie  politique  sont  traités  sans  grande  suite, 
mais  avec  beaucoup  de  verve  et  une  érudition  aussi  sûre  que  variée. 
Pour  M.  Thorold  Rogers,  l'abaissement  de  la  condition  actuelle  des 
ouvriers  anglais  s'explique  par  les  injustices  dont  ils  ont  élé  jadis  vic- 
times et  dont  les  conséquences  persistent  jusqu'à  nos  jours;  car  ce  n'est 
pas  en  matière  sociale  qu'on  peut  dire  :  Cessante  causa  cessât  effectus. 
Au  premier  rang  de  ces  injustices,  il  place  la  contiscation  des  biens  des 
monastères  el  des  guildes  par  Henri  Vllî  et  Somerset,  le  renchérisse- 
ment universel  des  prix,  causé  par  la  fausse  monnaie  émise  à  cette 
époque,  la  fixation  des  salaires  par  les  juges  de  paix,  la  loi  des  pauvres. 

Dans  ce  volume  qui  est  une  de  ses  dernières  œuvres,  Thorold  Rogers 
a  reproduit  une  grande  partie  des  résultats  historiques  auxquels  ses 
incomparables  labeurs  d'érudition  l'ont  conduit  et  qui  sont  consignés 
notamment  dans  son  Historij  of  arjrkulture  and  priées  in  England 
from  the  XIV^^'  cenlury  to  ihe  XVIIF'  (\m  forme  six  volumes  in-8, 
dans  les  Six  centuries  of  priées  and  tvages  (1  vol.  in-8),  et  dans  les 
First  nine  years  of  the  Bank  of  England  (1  vol.  in-8).  Ces  ouvrages- 
là  dépassent  beaucoup  la  capacité  des  lecteurs  ordinaires.  Celui  au  con- 
traire dont  la  maison  Guillaumin  nous  a  donné  la  traduction,  pour 
inaugurer  sa  nouvelle  Collection  cVauleurs  étrangers  contemporains, 
est  accessible  à  tout  le  monde.  Son  manque  de  méthode  empêchera 
seulement  plus  d'un  lecteur  d'en  comprendre  la  vraie  portée. 

-4.—  C'est  pour  la  même  collection  que  l'éminent  député  royaliste  de  la 
Loire-Inférieure,  M.  Gh.  Le  Cour  Grandmaison, publie  une  traduction 
d'un  ouvrage  de  M.  Charles  Howell,  ancien  secrétaire  du  comité  parle- 
mentaire des  Traders  Unions  et  lui-même  membre  de  la  Chambre  des 
communes.  L'ouvrage  est  intitulé  en  anglais  :  Traders  Unionism  old 
and  nciv.  Ces  grandes  associations  ouvrières,  qui  ont  reproduit  au  xix^siè- 
cle  une  partie  des  avantages  des  guildes  du  moyen  âge  et  qui  ont  si 
puissamment  contribué  à  améliorer  le  salaire  de  l'ouvrier,  à  relever  son 
niveau  intellectuel,  sont  attaquées  aujourd'hui  par  les  meneurs  socia- 
listes. Le  socialisme  a  pris  en  eflet  en  Angleterre,  depuis  dix  ans,  une  im- 
portance qu'on  ne  prévoyait  pas.  Au  fond,  les  chefs  de  ce  nouveau  mouve- 
ment sont  imbus  des  théories  de  Karl  Marx  et  veulent  arriver  aune  révo- 
lution. Mais  le  caractère  anglais  les  oblige  à  des  ménagements.  Ils  ont 
commencé  par  fonder  de  nouvelles  Trade's  ['nions  parmi  les  manou- 
vriers  [unskilled  labourers)  tandis  que  les  anciennes  Trade's  Unions  se 
composaient  exclusivement  d'ouvriers  de  métiers.  V Union  des  ouvriers 
des  docks  en  est  le  type.  Ces  nouvelles  Trade's  Unions  ne  s'occupent  que 
de  lutter  contre  les  patrons;  elles  se  bornent  à  recueillir  des  fonds  pour 
la  grève  et  ne  créent  pas  des  institutions  de  prévoyance  comme  les 


—   102  — 

anciennes.  C'est  là  le  grand  point  de  la  controverse  entre  les  anciens 
unionistes  et  les  socialistes  dégnisés  qui  dirigent  les  nouvelles.  Ces 
derniers  demandent  des  cotisations  moindres  à  leurs  adhérents,  ils  en 
recrutent  un  plus  grand  nombre,  et  n'ayant  pas  à  perdre  de  capilaiix 
destinés  à  un  usage  sacré,  ils  sont  disposés  beaucoup  plus  facilement  à 
engager  la  grève.  M.  Charles  Howell  réfute  cette  théorie  en  montrant 
comment  les  anciennes  Traders  Unions,  diSQC  leurs  nombreuses  institu- 
tions de  prévoyance,  ont  ouvert  à  l'ouvrier  l'accès  à  la  propriété  sous  la 
forme  collective,  la  seule  qui  lui  soit  possible,  et  par  conséquent  lui 
permettent  de  faire  valoir  pleinement  sa  position  sur  le  marché  du 
travail.  A  cette  occasion,  M.  Charles  Howell  énumère  les  institutions  de 
prévoyance  :  elles  sont  au  nombre  de  neuf  dans  les  Unions  les  mieus 
organisées  (secours  funéraires,  —  secours  en  cas  de  maladie,  —  secours 
en  cas  d'accident,  —  secours  en  cas  de  chômage,  —  indemnité  pour 
frais  de  route, —  indemnité  pour  pertes  d'outils, —  retraites, —  secours 
extraordinaires,  — fonds  de  grèves),  et  il  donne  la  comptabihté  des 
quatorze  principales  Unions  aux  dates  de  1869,  1879,  1889.  On  pénètre 
ainsi  dans  la  vie  intime  de  ces  grandes  institutions  qui  sont  devenues 
une  des  forces  conservatrices  de  la  société  anglaise.  JNlgr  le  comte  de 
Paris  l'indiquait  avec  une  grande  perspicacité  dans  soii  ouvrage  célèbre 
sur  les  Associations  ouvrières  en  Angleterre  il  y  a  vingt-trois  ans,  et  tout 
ce  qui  s'est  passé  depuis  a  pleinement  contirmé  la  justesse  de  ses  vues. 

Les  nouvelles  Tmde's  Unions  réclament  l'intervention  de  l'État  pour 
fixer  à  huit  heures  la  journée  de  travail  de  l'adulte,  et  elles  ont  enlevé 
un  vote  en  co  sens  au  Congrès  annuel  des  Tradc's  Unions  réuni  en  1891, 
à  Liverpool.  M.  Charles  Howell  soutient  que  ce  vœu  ne  répond  pas  à 
la  volonté  réelle  des  ouvriers  intéressés  sérieusement  à  la  question  :  la 
journée  de  huit  heures  peut  être  obtenue  par  l'elfort  des  associations 
ouvrières  dans  un  certain  nombre  de  métiers;  mais  elle  ne  saurait  être, 
selon  lui,  une  mesure  générale,  et  il  y  a  les  plus  grands  inconvénients 
à  ce  que  1(^  législateur  intervienne  dans  une  question  de  ce  genre.  Une 
réforme  paraît  nécessaire  dans  la  manière  dont  est  constituée  la  re]>ré- 
sentation  aux  congrès  des  Tradc's  Unions. 

M.  Le  Cour  Grandmaison  a  rendu  un  grand  service  en  mettant  sous 
les  yeux  du  public  français  un  livre  si  utile.  On  ne  saurait  trop  le 
répandre  dans  les  bibliothèques  populaires  et  surtout  parmi  les  per- 
sonnes qui  cherchent  à  s'occuper  d'une  manière  pratique  des  questions 
ouvrières.  L'introduction  que  M.  Le  Cour  Grandmaison  a  écriio  en  lète 
de  ce  volume  est  une  œuvre  fort  remarquable. 

")  et  6.  —  L'étude  des  comptes  anciens  est  la  base  de  l'histoire  écono- 
mique; mais  elle  est  hérissée  de  difficultés.  Un  érndit  distingué, 
M.  Louis  Hlancard,  a  tracé,  il  y  a  quelques  années,  le  cadre  de  celte 
élude,  auquel  il  voudrait  donner  le  nom  de  Logismétriqne  [Mémoires  de 


—  103  — 

V Académie  de  Marseille,  18S3).  Le  problème  est  double  :  il  faut 
d'abord  savoir  quelle  est  la  «  valeur  intrinsèque  »  des  monnaies  anciennes 
comparées  à  la  monnaie  actuelle,  et  en  second  lieu  quel  était,  à  l'époque 
en  question,  le  «  pouvoir  d'acquisition  »  de  celte  quantité  de  métal. 
C'est  à  la  première  partie  du  problème  que  s'est  attaché  .M.  de  Vienne 
dans  une  série  de  publications.  Sou  étude  sur  les  Transformations  suc- 
cessives du  sou  porte  seulement  sur  une  question  de  détail.  11  élablit 
que  le  sou  en  France,  depuis  les  Carolingiens,  est  une  monnaie  de 
comjjte  représentant  12  deniers;  mais  ces  douze  deniers  se  sonl,  sui- 
vant les  temps,  composés  d'une  quantité  très  diverse  d'argent  fin  et  de 
billon.  G"est  seulement  en  17J9  que  l'ut  frappé  le  premier  sou  de  cuivre 
tel  que  nous  en  avons  actuoUomont  Tidée.  A  travers  plusieurs  transfor- 
mations il  est  devenu  le  type  du  décime  à  10  grammes  de  cuivre  frappé 
en  1790,  à  l'origine  du  système  métrique.  Cet  opuscule  se  termine  par 
un  tableau  des  diverses  pièces  françaises  frappées  depuis  1308,  se  rap- 
portant au  sou,  avec  le  tableau  de  leur  valeur  intrinsèque  :  1°  compa- 
rativement à  l'argent  ;  2°  comparativement  à  l'or. 

La  brochure  sur  les  Anciens  Prix,  où  M.  de  Vienne  i-eprend  des 
idées  exposées  précédemment  par  lui  dans  un  ouvrage  intitulé  :  Des 
malentendus  habituels  au  sujet  des  anciens  procédés  monétaires 
(Nancy,  Berger-Levrault,  1890),  a  un  caractère  beaucoup  plus  général. 
L'auteur  estime  que  Natalis  de  Wailly,  dans  son  ouviage  classique  sur 
les  Variations  de  la  licre  tournois,  a  fait  complètement  iausse  route 
en  voulant  déduire  la  valeur  intrinsèque  des  difïérenles  monnaies 
successivement  émises  du  prix  du  marc  d'argent  fin  auquel  elles 
auraient  été  achetées  par  le  Roi.  Il  n'y  avait  pas  alors,  selon  M.  de 
Vienne,  de  marché  libre  des  métaux  précieux.  Le  prix  du  marc  d'ar- 
gent, dont  il  est  question  dans  les  ordonnances,  prescrivant  la  frappe  de 
monnaies  est  un  prix  payable  en  monnaies  nouvelles,  c'est-à-dire  un 
prix  comprenant  le  seigneuriage  et  le  profit  que  ie  Hoi  prétendait  tirer 
de  l'opération  ;  or,  comme  les  anciennes  monnaies  fortes  conlinuaieuL  à 
circuler,  les  comptes  étaient  toujours  faits  en  livres  de  compte,  aux- 
quelles on  rapportait  ces  monnaies-là.  Elles  jouaient  en  réalité  le  rôle 
d'étalon  de  la  valeur,  et  on  leur  rapportait  les  diverses  espèces  de  valeurs 
légales,  de  titres  et  de  poids  divers.  Dans  les  pelites  transaciions  inté- 
rieures, i[uand  elles  u'élaient  pas  réglées  en  nature,  les  monnaies  ré- 
centes circulaient  comme  monnaies  fiduciaires.  Quant  aux  grands  paie- 
ments internationaux,  aux  rançons,  aux  dots  des  princesses,  depuis  le 
xiv''  siècle  ils  furent  faits  en  pièces  d'or  qui  étaient  pesées.  Il  faut  donc, 
pour  se  rendre  compte  de  la  valeur  intrinsèque  des  paiements  portés 
dans  un  compte  du  moyen  âge  ou  del'ancien  régime,  déterminer  le  poids 
et  le  titre  de  la  monnaie  forte  d'argent  pour  lors  restée  eu  circulation. 
Ce  n'est  qu'à  la  longue,  au  fur  et  à  mesure  que  les   espèces  monétaires 


—  10-i  — 

fortes  en  circulalion  diminuaient,  que  les  prix  Iiaussaient  peu  à  peu. 
Il  faut  faire  exception  pour  les  périodes  de  violente  perturbation, 
comme  la  folle  tentative  de  Philippe  le  Bel  ;  mais  ces  coups  de  vio- 
lence ont  été  rares.  En  Angleterre, où  le  titre  n'a  jamais  été  altéré  (sauf 
temporairement  sous  Henri  YIII,  de  loi3  à  looiij,  et  où  la  diminution 
du  poids  de  la  livre  a  été  très  graduelle,  les  prix  manifestent  pendant 
tout  le  moyen  âge  une  grande  stabilité.  M.  Thorold  Rogers  en  fait 
aussi  la  remarque,  mais  sans  en  donner  la  même  explication. 

Telle  est  la  thèse  de  i\l.  de  Vienne.  Nous  nous  bornons  à  l'expo- 
ser, n'ayant  pas  assez  de  connaissances  dans  la  numismatique  du 
moyen  âge  pour  émettre  une  opinion  dans  le  procès  qu'il  intente  à 
l'œuvre  de  Natalis  de  ^Vailly.  La  conclusion  nous  parait  être  cependant 
qu'il  faut  faire  de  nouvelles  recherches  sur  les  valeurs  pour  lesquelles 
s'échangeaient  les  unes  contre  les  autres  les  diverses  monnaies  du 
moyen  âge.  Précisément  dans  les  dernières  pages  de  sa  belle  Etude  sur 
le  liber  ccnsuum  de  l'Eglise  romaine  (Thorin,  1892),  ^\.  Paul  Fabre  in- 
dique les  éléments  précieux  que  fourniraient,  pour  ce  genre  de  recher- 
ches, les  comptes  de  la  perception  des  cens  dus  au  Saint-Siège  dans  les 
différents  royaumes  de  l'Europe.  Nous  pouvons  au  contraire  avoir  un 
avis  sur  la  seconde  partie  de  son  mémoire.  Il  démontre  que  l'or  étant 
aujourd'hui  la  seule  monnaie  véritable,  il  faut,  pour  apprécier  la  valeur 
intrinsèque  d'une  monnaie  ancienne,  se  rendre  compte  de  la  quantité 
d'or  qu'elle  achetait  alors  :  jusqu'au  wnf  siècle,  l'or  s'est  à  peu  près 
maintenu  dans  le  rapport  de  1  à  11  à  12  comparativement  à  l'argent, 
en  d'autres  termes,  l'argent,  qui  était  l'étalon  de  la  valeur  au  moyen  âge, 
avait  une  puissance  d'acquisition  par  rapport  à  l'or  ()lus  grande  qu'au- 
jourd'hui. Ce  mode  de  calcul,  parfaitement  justifié,  relève  sensiblement 
les  valeurs  intrinsèques  des  monnaies  anciennes.  Avant  IHiiO,  l'argent 
étant  au  moins  sur  le  continent  l'étalon  de  la  valeur,  c'est  à  ce  métal 
qu'il  fallait  rapporter  les  monnaies  anciennes;  or,  les  calculs  de 
N.  de  Wailly  déterminent  la  valeur  moyenne  des  monnaies  comparati- 
vement à  l'or  et  à  l'argent  ;  ils  méconnaissent  la  loi  écunomi(]ue  selon 
laquelle  il  ne  peut  y  avoir  à  la  fois  ([u'un  dénominateur  véritable  de  la 
valeur.  En  cela  nous  ne  pouvons  qu'adhérer  à  la  thèse  de  l'auteur. 

Il  a  également  raison  (juand  il  dit  qu'après  h;  mv*  siècle,  la  dépré- 
ciation des  métaux  précieux  n'a  pas  été  proportionnelle  à  l'augmenta- 
tion de  leur  quantité,  et  il  re\j)lique  parlaitement;  (>liHe  Leslie  et 
M.  Clément  Juglar  avaient  fait  cette  démonstialion  avant  lui.  Il  ne 
paraît  pas  coniniitre  leurs  travaux. 

7. —  M.  A.  Ott  nous  ramène  aux  questions  d'intérêt  géïK'ral  par  son 
Traité  d'économie  sociale.  Disons  tout  de  suite  (|iie  c'est  \\\\(t  œuvre  très 
étudiée  et  très  nourrie  ;  rantcur.  il  y  a  près  de  trente  ans,  avait  publié 
une  première  édition  qu'il  a   refondue  complètement.   C'est  aussi  une 


—  lo:>  — 

œuvre  absolument  sincère  cl  dans  laf[nelle  les  Mies  ingénieuses 
abondent.  A  tous  ces  titres  elle  mérite  d'être  étudiée  par  les  écono- 
mistes. Ajoulez  à  cela  que  M.  A.  Ott  a  des  vues  pbilosophi(jues  1res 
élevées,  qu'il  est  franchement  chrétien  et  qu'il  veut  pénélrer  lout 
l'ordre  économique  de  la  moralité  chrétienne.  Cela  rend  la  lecture  de 
son  œuvre  antrement  attachante  qne  les  œuvres  de  maints  économistes 
en  renom  dont  le  matérialisme  pratique  et  le  vulgaire  terre  à  terre 
enlèvent  toute  autorité  même  aux  plus  judicieux  raisonneiucnls.  Cela 
dit,  nous  devons  faire  des  réserves  formelles,  et  sur  la  conception  que 
l'auteur  a  de  la  science,  sur  un  grand  nombre  de  ses  théories  et  sur  plu- 
sieurs des  réformes  pratiques  qu'il  préconise. 

Pour  lui  l'économie  politique  est  inséparable  de  la  morale.  Elle 
Got  aussi  une  science  pratique  qui  ne  saurait  se  désintéresser  de 
l'amélioration  des  rapports  sociaux  ;  mais  cela  ne  justifie  pas  sa  défini- 
tion :  «  La  science  qui  a  pour  but  d'organiser  le  travail  en  vue  de  la 
conservation  la  plus  parfaite  de  la  société  ot  de  l'individu,  et  de  la  réali- 
sation de  la  liberté  et  de  V égalité.  »  Elle  méconnaît  l'existence  de  lois 
éconon)iqnes  congénielles  à  l'ordre  humain  en  vertu  duquel  le  travail 
humain  s'organise  de  lui-même  et  n'a  pas  besoin  d'une  organisation 
arbitraire,  fruit  de  l'invention  ou  dominée  par  le  fétiche  de  quelques 
idées  générales  et  vagues  comme  l'égalité  et  la  liberté.  Sans  doute,  les 
mobiles  moraux  supérieurs,  le?  actions  sociales  concertées,  les  institu- 
tions publiques  aussi  peuvent  agir  heureusement  sur  les  conditions  éco- 
nomiques de  l'humanité.  La  lutte  contre  le  mal  sous  toutes  ses  formes 
est  une  nécessité  en  raison  de  la  chute  originelle;  mais  cette  action  ne 
peut  être  utile  qu'en  s'exerçant  dans  le  sens  des  lois  économiques  et 
non  à  ['encontre;  car,  selon  le  mot  que  Bacon  appliquait  au  jnonde 
physique,  on  ne  commande  à  la  nature  qu'en  obéissant  à  ses  lois. 

M.  A.  Ott,  avec  beaucoup  de  modération  dans  la  forme,  attaque  plu- 
sieurs des  principes  fondamentaux  de  l'ordre  social.  Il  prétend  que  la 
reconnaissance  du  droit  du  capital  à  prélever  une  part  du  produit,  que  le 
fermage,  que  l'hérédité  a.b  intestat,  que  la  propriété  foncière  en  tant 
qu'elle  porte  sur  les  qualités  natives  dn  sol  et  les  accroissements  de 
valeur  qu'il  peut  prendre  dans  la  suite  des  temps,  sont  contraires  à  la 
justice  absolue,  et  que,  dans  un  ordre  social  sain,  les  capitaux  ne  de- 
vraient être  possédés  (}ue  par  ceux  qui  les  exploitent  eux-mêmes,  et  que 
tous  les  produits  devraient  .^^'échanger  exclusivement  sur  la  base  de  la 
quantité  de  travail  qui  y  est  incorporé.  Heureusement  l'auteur,  qin'  est  un 
des  rédacteurs  ordinaires  du /o?</7irt/ c/es  économistes,  admet  una  justice 
relative  qui  rassure  la  conscience  des  lecteurs  de  ce  très  orthodoxe  jour- 
nal, et  il  proteste  qu'il  ne  veut  apporter  aucun  changement  violent  aux 
institutions  actuelles,  ce  qui  est  l'ait  pom-  rassurer  les  rentiers.  Il  voit 
dans  un  lointain  avenir  un  monde  meilleur  sortant  des  associations  ou- 


—  lÛG  — 

Trières  posséu.ml  un  capital  indivisible  et  inaliénable.  C'était  là  l'idée 
iavorile  de  Biichez,  dont  M.  A.  Otl  demeure  le  disciple  fidèle.  En  elle- 
même,  elle  est  intéressante,  et,  si  elle  ne  demandait  que  la  liberté,  elle 
mériterait  tontes  les  sympathies  des  philanthropes  ;  mais  JM.  A.  Ott  veut 
y  aider  en  taisant  établir  par  la  loi  le  minimum  des  salaires,  le  maxi- 
mum des  fermages  qui,  selon  lui,  vont  toujours  en  s'accroissant,  et  même 
des  tarifications  générales  des  prix  par  les  syndicats  professionnels.  En- 
fin, pour  détruire  peu  à  peu  la  propriété  irrationnelle  (sic),  il  propose 
l'impôt  progressif  sur  le  revenu,  la  restriction  do  droit  de  succession 
au  troisième  degré  en  ligne  collatérale,  enfin  une  confiscation  partielle 
des  successions  et  donations  même  en  ligne  directe. 

Voilà  comment  M.  A.  OU,  avec  la  droiture  d'intentions  qui  convient 
à  un  socialiste  chrétien,  estime  qu'on  pourrait  organiser  la  société. 

8.  —  En  1891,  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques,  à  la 
suite  d'un  concours  très  brillant  sur  la  Populalion,  les  causes  de  ses 
progrès  et  les  obstacles  qui  en  arrêtent  P essor,  a  attribué  un  second  prix 
au  mémoire  que  M.  Cli.  Bertheau  publie  aujourd'hui  en  volume  sous 
ce  titre  :  Essai  sur  les  lois  de  la  population.  C'est  un  excellent  travail. 
L'auteur  met  en  relief  ce  qu'il  y  a  de  faux  dans  les  théories  de  Malthus, 
et  ce  qu'il  y  a  de  dangereux  dans  des  conseils  qui  ont  été  entendus  par 
ses  disciples  tout  autrement  qu'il  ne  l'aurait  voulu  sans  doute.  L'arrêt 
presque  complet  d'accroissement  de  la  race  française  —  on  sait  le  rôle 
que  l'immigration  étrangère  a  dans  nos  maigres  excédents  de  population, 
—  est  devenu,  suivant  le  mot  de  Raoul  Frary,  un  péril  national,  péril 
devant  l'étranger  et  péril  à  l'intérieur,  car  il  amène  le  déclin  des  qualités 
essentielles  de  la  race.  Les  causes  de  la  lenteur  de  cet  accroissement 
sont  au  nombre  de  trois  d'inégale  importance  rTàge  tardif  des  mariages 
et  le  ralentissement  depuis  quinze  ans  du  nombre  des  mariages,  la  forte 
mortalité  des  enfants  naturels  et  mis  en  nourrissage,  enfin  et  surtout  la 
restriction  volontaire  du  nombre  des  enfants  dans  les  mariages  par  suite 
de  fraudes  dans  les  relations  des  époux. 

Les  mœurs  françaises  se  sont  de  plus  en  plus  formées  on  ce  sens. 
M.  Bertheau  en  recherche  les  causes  avec  une  grande  liberté  scientifique 
et  beaucoup  de  sagacité.  11  met  au  premier  rang  la  méconnaissance  des 
préceptes  de  la  religion,  si  positifs  en  ces  matières,  le  goùl  du  luxe,  le 
mépris  du  travail  par  lequel  la  bourgeoisie  cherche  à  imiter  la  noblesse 
de  l'ancien  régime,  le  service  militaire,  les  grandes  agglomérations  in- 
dustrielles, les  vices  de  l'hygiène.  Il  reconnaît  aussi  que  le  partage  égal 
et  forcé  a  pu  contribuer  dans  une  certaine  mesure  à  la  proj)agation  du 
m.althusianisme,  et  voudrait  une  réîbi'uie  des  lois  de  succession  dans  le 
sens  d'une  extension  de  la  lilx'rté  teslamenlaire. 

L'auteur  conclut  en  j)réconisant  cmnme  remèdes  avant  tout  le  retour 
aux  idées  morales;  il  recommande  aussi  en  seconde  ligne  des  exem|)- 


—  107  — 

lions  de  service  militaire  pour  les  familles  nombreuses,  des  exemp- 
tions d'impôt  même,  et  aussi  une  modification  dans  ceux  de  nos  impôls 
qui  grèvent  proportionnellement  davantage  les  familles  nombreuses,  et 
ils  sont  variés.  L'application  plus  sérieuse  des  lois  surlliygiène  publique 
aurait  aussi  une  certaine  efficacité.  En  résumé,  la  situation  si  grave  de 
la  société  française  ne  permet  de  négliger  aucun  moyen.  Les  exemptions 
d'in)pôt  notamment,  si  elles  n'engagent  pas  directement  dos  familles  à 
avoir  un  plus  grand  nombre  d'entants,  sont  cependant  de  nature  à  agir 
sur  l'opinion,  et  l'opinion  est  pour  beaucoup  dans  les  mœurs.  Les  livres 
inspirés  par  une  grande  honnêteté  morale  et  une  vraie  science,  comnîc 
celui  que  nous  venons  d'analyser,  y  peuvent  aussi.  Voilà  pourquoi  il  ne 
faut  jamais  médire  des  concours  académiques  qui  les  provoquent, 

9  et  10.  —  Le  péril  socialiste  croissant  inspire  les  deux  ouvrages  de 
M.  de  G.  de  Farguettes  et  de  M.  Jehan  Préval.  Le  premier  :  D'oii  ment 
le  XiX^  siècle  ei  où  oa-i-il  ?  est  un  exposé  très  oratoire  des  funestes 
conséquences  de  la  renaissance  de  l'humanitarisme  au  xvi^  siècle  et  de 
la  Révolution  française.  Les  idées  en  sont  justes  et  le  volume  peut  èlre 
placé  avec  utilité  dans  les  bibliothèques  chrétiennes.  — M.  Jehan  Pré- 
val  serre  de  plus  près  les  questions.  Il  l'ait  un  ingénieux  parallèle  entre 
V Anarchie  et  le  Nihilisme,  et  démontre  que  le  nihilisme,  malgré  le  re- 
cours aux  mêmes  attentats  criminels,  n'a  rien  de  commun  avec  les  anar- 
chistes occidentaux.  C'a  été  une  maladie  spéciale  à  la  Russie,  maladie 
très  patriotique,  très  slave,  fort  superficielle  d'ailleurs,  et  qui  a  pu 
facilement  être  réprimée.  L'anarchisme,  au  contraire,  a  des  racines 
vivaces  dans  le  mécontentement  des  couches  profondes  des  populations 
ouvrières,  et  il  peut,  d'un  moment  à  l'autre,  prendre  la  tête  du  mouve- 
ment ouvrier.  A  ces  chapitres  fort  sensés  et  assez  bien  documentés  en 
succèdent  d'autres  qui  sont  des  articles  de  la  Libre  Parole  et  des 
citations  des  pamphlets  de  Fernand  Maurice,  le  fondateur  de  la  Ligue 
agraire.  Nous  avons  déjà  plus  d'une  fois  signalé  les  inconséquences 
et  les  erreurs  de  statistique  de  ces  maladroits  copistes  du  socialiste  amé- 
ricain Henri  George.  M.  Jehan  Préval,  dans  son  amour  pour  la  Russie, 
voudrait  que  l'épiscopal  français  ressemblât  à  l'épiscopat  moscovite,  et 
il  exprime  le  vœu  que  le  Pape  fasse  un  coup  d'État  ou  donne  «  un 
coup  de  balai,  »  suivant  son  expression,  pour  le  placer  encore  plus  sous 
la  main  du  gouvernement  de  la  République  française. 

11.  —  M.  Eugène  Richter,  le  chef  du  parti  progressiste  au  Reichstag 
allemand,  s'est  toujours  montré  un  défenseur  loyal  de  la  liberté  et  l'ad- 
versaire résolu  du  socialisme.  Il  vient  d'écrire  un  petit  livre  dont  on 
pourrait  dire,  comme  Louis  XVIII  à  propos  d'un  écrit  de  Chateaubriand, 
qu'il  vaut  une  armée  pour  la  défense  de  Tordre  social.  Où  mène  le  socia- 
lisme est  le  journal  d'un  petit  patron  relieur  de  Berlin,  très  avant  dans 
le  mouvement  socialiste,  qui  commence  ù  noter  les  événements  et  les 


—   108  — 

réflexion?  qu'ils  lui  inspirent  le  jour  du  triomphe  du  parti  et  de  la  cons- 
lilution  de  l'État  du  peuple.  Il  suit  au  fur  et  à  mesure  les  applications 
qui  sont  faites  à  la  famille,  à  l'organisalion  industrielle,  à  la  \ie  privée, 
des  principes  du  collectivisme  tels  qu'ils  ont  été  fixés  parles  ouvrages  de 
Bebel  et  le  programme  du  congrès  d'Erlurth  en  1801.  Chacun  des 
points  de  ce  programme  est  appliqué,  mais  il  soulève  des  dilficullés  de 
plus  en  plus  grandes;  la  confiscation  des  petits  domaines  ruraux  et  des 
fonds  des  caisses  d'épargne,  l'égalité  des  salaires  et  de  la  durée  de  la 
journée  de  travail,  la  défense  de  travailler  au  delà  du  temps  normal, 
commencent  à  froisser  tous  les  intérêts,  particulièrement  cou\  des  tra- 
vailleurs honnêtes  et  laborieux;  la  vie  de  famille,  la  liberté  individuelle, 
succombent  successivement  sous  ses  atteintes.  Des  partis  acbarnés  à  se 
détruire  se  forment  sur  la  question  de  la  mesure  dans  laquelle  il  faut 
appliquer  la  doctrine  collecli\iste.  Les  guerres  étrangères,  qu'on  s'était 
flatté  d'é\iter,  renaissent  sous  la  forme  de  contlits  éconouiiques  et  d'in- 
surrections violentes.  Finalement,  au  bout  d'un  an,  on  constate  que  la 
production  nationale  a  diminué  des  deux  tiers  par  l'énergie  moindre  du 
travail,  par  les  méprises  dans  l'administratiiMi  des  entreprises  dirigées 
par  l'État  et  les  communes  et  par  le  gaspillage  des  matières  j^remières, 
tandis  que  la  consommation  a  augmenté  considérablement  par  les  abus 
de  tonte  sorte  et  en  particulier  par  la  nuiltiplicalion  des  contrôleurs  et 
fonctionnaires  de  divers  ordres.  Une  insurrection  des  ouvriers  méca- 
niciens, qui,  quelques  mois  auparavant,  avaient  lait  triompher  la  révo- 
lution sociale,  rétablit  Tancien  ordre  de  choses  pour  le  \Aus  grand  sou- 
lagement de  tous. 

M.  K.  Richter  a  eu  le  grand  mérite  d'allier,  dans  ce  volume  rapide, 
l'intérêt  du  récit  à  la  réfutation  solide  de  toutes  les  thèses  de  collecti- 
visme. En  Allemagne,  en  quelques  mois,  plusieurs  centaines  de  mille 
exemplaires  ont  été  vendus.  Le  succès  de  la  traduction  française  s'an- 
nonce pour  être  non  moins  grand.  Où  mène  le  socialisme  doit  être  lu 
non  seulement  par  les  ouvriers  exposés  à  la  prédication  socialiste, 
mais  aussi  par  les  gens  du  monde,  qui,  ignorant  généralement  le  fond 
des  (piestions,  s'imaginent  qu'il  peut  bien  y  avoir  quelque  chose  de 
fondé  dans  Itis  doctrines  nouvelles.  Dans  la  préface  qu'il  a  écrite  pi.mr  la 
traduction  de  l'ouivn!  de  M.  E.  Kichter,  M.  P.  Leroy-Deaulieu  fait  re- 
mar(pier  combien  celte  disposition  vague  de  l'opinion  est  dangereuse. 
Le  collrcti\isnie  pro[)renient  dit  est  aljsolument  irréalisable,  iiarcecju'il 
est  essenlielliMDi'nl  anii-scienlilique  et  contraire  à  l'ordni  iialiirel  des 
choses;  mais  le  socialisme  d'I-ltal,  le  socialisme  chrétien,  peuvent,  en 
prenant  une  partie  seidemenl  d(î  ses  thèses,  porter  une  grave  atteinte  à 
la  conslilntiitn  de  la  sociiUi',  ot,  d'anlii'  ]iarl-,  la  prupagiiiide  aniu'rliiste, 
jiar  ra|)j)el  qu'elle  fait  anv  jjassions  {jopulaires,  peut,  un  jour  ou  l'autre, 
amener  une  révolution  sani:lanle. 


—  100  — 

15.  —  Un  des  grands  danger>  de  la  silnaLion  présente,  ce  sont  les  avances 
doctrinales  et  les  concessions  légales  qu'nn  bon  nombre  d'honnêtes  gens 
veulent  faire  au  socialisme.  Des  chrétiens  ardents,  en  Allemagne,  eu 
Autriche  et  même  en  Angleterre  et  en  France,  se  distinguent  par  leur 
zèle  eu  ce  sens,  espérant  par  là  concilier  à  l'Église  le  mouvement  socia- 
liste. L'expression  de  Socialisme  chrétien,  quoique  les  deux  mots  expri- 
ment des  idées  contradictoires,  est  entrée  à  bon  droit  dans  la  langue 
couranle  pour  désigner  cet  état  d'esprit.  Un  philosophe  de  haute  valeur, 
M.  Henry  Joly,  dans  un  volume  où  une  grande  érudition  s'allie  à  une 
exposition  très  attachante  et  à  une  dialectique  alerte,  a  voulu  «  com- 
battre l'excès  d'un  zèle  religieux,  méconnaissant  aussi  bien  les  maximes 
et  la  doctrine  dont  il  se  réclame  que  les  conditions  naturelles  de  l'orga- 
nisation des  sociétés.  » 

Il  remonte  aux  Pères  de  l'Église,  qui  avaient  à  lutter  contre  les 
oppressions  et  les  sensualités  léguées  par  le  paganisme  à  la  société  nou- 
velle et  qui  cundamnaient  sévèrement  les  abus  commis  par  les  puis- 
sants. Les  socialistes  ont  prétendu  trouver  en  eux  des  ancêtres.  M.  Henrv 
Joly  démnnlre  qu'il  n'en  est  rien  et  que  jamais  ils  n'ont  sacrifié  les 
droits  de  la  propriété.  En  face  d'eux  des  hérétiques  de  toute  sorte, 
depuis  les  Gnosfiques  jusqu'aux  Manichéens  et  aux  Albigeois,  préco- 
nisaient les  diverses  formes  du  conmjunisme;  or,  l'Église  n'a  jamais 
manqué  à  les  condamner  sur  ce  point  comme  sur  leurs  autres  aberra- 
tions morales.  Aucun  texte  des  Pères_,  aucun  canon  des  Conciles  n'a 
échappé  au  savant  professeur.  C'est  dans  son  volume  qu'il  faudra  désor- 
mais aller  les  chercher,  au  lieu  de  répéter  des  citations  tronquées  qui 
ont  été  mises  en  circulation  pour  la  première  fois  par  les  démocrates 
chrétiens  de  18i8  et  qui  traînent  depuis  lors  partout,  même  dans  des 
leçons  de  Faculté.  Après  avoir  étudié  avec  non  moins  de  soin  la  doctrine 
des  Scolastiques  sur  la  propriété  et  le  travail  et  montré  que,  là  non 
plus,  les  socialistes  ne  trouvaient  point  d'ancêtres,  M.  Henry  Joly  arrive 
à  ce  curieux  mouvement,  qui  semble  naître  de  l'école  rnenaisienne,  et 
qui  fut  représentée  par  Bnchez  d'une  part,  par  YÊre  nouvelle  de  l'autre. 
Quoiqu'il  n'ait  guère  laissé  de  trace,  ce  n'en  est  pas  moins  un  chapitre 
curieux  de  l'histoire  des  idées,  une  face  intéressante,  quoique  très  secon- 
daire, du  mouvement  de  celte  époque. 

Mais  la  partie  principale  du  volume  de  M.  Henry  Joly  est  consacrée 
aux  idées  particulières  soutenues  sous  le  patronage  du  comte  Albert  de 
Mun  par  l'Association  catholique,  et  par  de  petites  revues  comme  la 
Corporation,  le  XX"  Siècle  et  d'autres  peut-être.  On  l'appelle  quelque- 
fois l'école  des  cercles  catholiques;  mais  M.  Henry  Joly  dit  tort  judi- 
cieusement qu'il  faut  distinguer  l'œuvre,  qui  est  fort  louable,  de  l'école, 
pour  laquelle  il  est  justement  sévère.  Ces  thèses  étant  soutenues  par  des 
personnes  qu'on  pourrait  appeler  des  «  amateurs  »  parce  que  les  études 


—  MO  — 

juridiques  et  économiques  régulières  leur  foiU  généralement  dét'aul,  la 
lâche  de  l'auteur  a  consisté  principalement  à  préciser  les  idées  envelop- 
pées sous  des  expression?  confuses,  à  relever  les  contradictions,  à  dé- 
duire les  conséquences.  Il  Vu  accomplie  avec  une  grande  supériorité,  ([uoi- 
que  avec  une  grande  bienveillance  pour  les  personnes.  En  terminant,  il 
montre  comment  l'enseignemenl  social  contenu  dausTEncycliquo  sur  la 
condition  des  ouvriers  ne  favorise  aucunement  ces  thèses  aventurées,  et 
il  lait  avec  Mgr  Tnrinaz  tH  M.  Analoie  Leroy-Beaulieu  bonne  justice  des 
écrivains  téméraires  qui  ont  prétendu  s'emparer  du  document  pontifical 
au  profit  de  leurs  thèses  personnelles. 

Le  livre  de  M.  Henry  Joly,  onlre  son  intérêt  d  actualité,  est  de  ceux 
qui  resteront  comme  résumant  un  mouvement  d'idées  et  une  source 
précieuse  de  renseignements  sur  la  doctrine  des  Pères  et  des  Scolas- 
tiques. 

13.  —  Le  monde  des  récidivistes  et  des  malfaiteurs  incorrigibles 
fournit  an  socialisme  une  armée  à  l'occasion,  et  la  multiplication  des 
malfaiteurs  professionnels  est  un  des  grands  périls  de  la  société  mo- 
derne. Voilà  pourquoi  il  faut  savoir  gré  à  M.  Pierret,  avec  sa  double 
compétence  de  magistrat  et  dliabitant  de  la  Guyane,  de  s'élever  contre 
les  aberrations  de  notre  système  pénitentiaire  qui,  imbus  d'une  fausse 
philanthropie,  ont  trop  longtemps  fait  un  sort  digne  d'envie  aux  dange- 
reux malfaiteurs  transportés  à  la  Guyane  et  à  la  Nouvelle-Calédonie. 
Devant  ces  abus,  on  condamne  le  principe  môme  de  la  transporlation 
pénale  comme  d'une  réalisation  trop  coûteuse.  M.  Pierret  montre  que  le 
travail  des  condamnés  peut  être  un  élément  utile  de  la  colonisation, 
pourvu  qu'on  sache  dompter  les  natures  perverses  et  qu'on  ne  leur 
fasse  pas  un  sort  supérieur  à  celui  des  ouvriers  honnêtes.  Deux  règle- 
ments d'administration  publique,  des  A  et  15  septembre  1891,  sur  le 
régime  disciplinaire  des  établissements  de  travaux  forcés  aux  colonies 
et  sur  l'emploi  de  la  main-d'œuvre  des  condamnés,  ont  en  partie  donné 
satisfaction  aux  idées  si  justes  de  raulcur. 

14.  —  La  carrière  pai'lt'meîitaire  de  Cobden  (1839-i8Gi)  marque  l'a- 
pogée de  l'économie  politique  on  co  siècle.  ]\L  Léon  Saj  a  publié,  dans 
la  Petite  lïihloiihrfjue  économique  de  Guillaumin,  un  choix  de  discours 
qui  la  résume.  Les  éditeurs  n'ont  pas  reproduit  la  traduction  qu'en 
avait  donnée  Ijastiat,  parce  que  les  parties  accessoires  de  ces  discours 
avaient  été  supprimées.  On  avait  la  doctrine  de  Cobden,  mais  on  ne  con- 
naissait jjas  l'incomparable  orateur  populaire.  Dans  une  courte  mais 
attachante  notice,  M.  Li'on  Say  fait  ressortir  le  talent  et  l'élévation  mo- 
rale de  Cobi.len.  Il  met  bien  en  relief  la  portée  de  sa  doctrine  qui,  par- 
tant de  l'harmonie  des  intérêts,  aboutissait  au  libre-échange  et  à  la  paix 
entre  les  nations.  «  On  a  pu  dire,  avec  raison,  de  sa  philosophie  du 
commerce,  qu'elle  était  h'  pendant  df.  la  doctrine  morale  qui  enseigne 


—  ni- 
que riionnêtelé  est  la  meilleure  politique  et  qu'elle  ne  dépend  pas  de 
ia  malhonnêteté  des  antres.  »  Au  milieu  des  discours  contenus  dans  ce 
volume  se  trouve  une  lettre  aux  électeurs  de  Slockport  qui  a  un  intérêt 
tout  actuel.  Gobden  y  combat  par  d'excellentes  raisons  un  bill  proposé 
alors  au  Parlement,  pour  limiter  à  dix  heures  la  journée  de  travail  des 
ouvriers  adultes  employés  dans  les  lissages.  Gobden  se  prononce  au 
contraire  énergiquement  pour  i'inferdiclion  de  tout  travail  industriel 
des  enfants  avant  treize  ans.  Gela  était  écrit  en  1836;  mais  cela  n'em- 
pêchera pas  les  socialistes  de  répéter  que  les  économistes  ont  été  les 
adversaires  de  la  protection  légale  de  la  femme  et  de  l'enfant. 

15.  —  Dans  les  deux  dernières  livraisons  parues  du  grand  diction- 
naire de  science  catholique  que  publie  la  maison  Herder,  sous  le 
litre  de  Slaatslexikon,  et  que  nous  avons  déjà  bien  souvent  recom- 
m?ndé,  nous  signalerons  particulièrement  les  articles  sur  la  France  et 
ses  colonies  ;  —  L Émancipatwn  des  femmes;  —  Les  Ports  francs  ;  — 
La  Liberté,  par  M.  de  Hertling;  —  Le  Droit  de  libre  domicile  [Freizu- 
gigkeit),  qui,  dans  les  pays  allemands,  est  une  liberté  récente,  encore 
contestée  et  qui  menace  d'être  restreinte  dans  les  rapports  internatio- 
naux ;  —  La  Condition  des  étrangers;  —  Le  Statut  spécial  des  familles 
princières,  par  le  docteur  Walter  Kampfe;  —Le  Gallicanisme,  parle 
docteur  Schwane;  —  Les  Garanties  du  droit  public;  —  Le  Régime  spé- 
cial des  auberges  et  débi.ls  de  boisson;  —  Le  Begirne  pénitentiaire  ;  — 
Les  Communes,  par  le  docteur  Ch.  Bacbem  ;  —  Les  Envoyés  diploma- 
tiques;—  La  Société;  —  Les  Sociétés  secrètes,  par  le  P.  Gruber;  — Do- 
mestiques, hijgiène  publique  et  police  sanitaire,  par  M.  Hopmann  {ce 
dernier  article  est  très  étendu  et  présente  un  tableau  complet  de  la 
législation  allemande  en  cette  matière,  qui  a  pris  une  si  grande  impor- 
tance depuis  quelques  années)  ;  —  LÂberté  du  travail  et  Police  des  mé- 
tiers, par  MM.  Bachem  et  Hitze  (avec  un  commentaire  de  la  Novelle 
de  1891 ,  qui  a  modifié  le  Gode  industriel  de  l'empire)  ;  —  Tribunaux 
industriels,  unions  de  métiers  [geiverbvereine),  -par  M.  Walter  Kampfe; 
—  Grèce,  Grande-Bretagne.  Avec  la  vingtième  livraison,  le  deuxième 
volume  de  celte  grande  publication  est  achevé.  G'est  pour  nous  ime 
grande  satisfaction  de  féliciter  la  Gœrresgcsellschaft  et  la  maison 
Herder  de  l'avoir  entreprise  et  de  l'acheminer  si  heureusement  vers  son 
achèvement.  Claudio  Janxet. 

OUVRAGES  D'INSTRUCTION  CHRÉTIENNE  ET  DE  PIÉTÉ 

!.  Œuvres  de  saint  François  de  Sales,  évoque  de  Genève  et  docteur  de  l'Église.  ÉdiUoa 
complète.  T.  I.  Les  Conirovp.rses.  Genève,  H.  Trembley,  1892,  gr.  in-8  do  civ-420  p., 
8  fi".  —  2.  Conférencea  prêchées  dans  l'église  des  Carmes  sur  l'idée  de  Dieu  dans  l'An- 
cien Testament,  par  Tabbé  de  Broglie.  Avcnt  1890.  Paris,  Putois-CreUé,  1892,  ia-12 
de  viii-3:32  p.,  3  fr.  —  3.  Le  Décalogue,  ou  les  Dix  Commandements  de  Dieu,  expliqué 
par  Louis  de  Grenade.  Trad.  nouvelle  par  le  il    P.  Hldrard,  des  Frères  Prèclieurs. 


—   112  — 

Clermont-Fcrr.Tnd,  Dullel,  189Î.  \n-'3i  de  lô2   p..  0  fr.  ûû.  —  4.  Enseignements  à  la 
jeunesse  catholique,  par  l'abbi!  I-'ava,  aumônier.  Paris,  Hloud  cl  Barrai,    ISOî,  iu-12 
do   468  p.,    3  fr.  —  5.  Les  Sublimiics  de  la  p7-il're,  par  l'abbé  Henry  Boi.o.  Paris. 
Haton,   1893,  2'  éd.,  ia-12  de  364  p.,  2  fr.  50.  —  6.   De  la  Beauté  merveilleuse  du 
cnrps  des  bienheureux,  par  l'abbé  J.-F.  RniNQUANï,  curé  de  Vauxbain.  Paris,  Lamulle 
el  l'oissoa,  1S'J2,  in-8  de  xvi-180  p.,  2  fr.  40.  —  7.  Jésus  adolescent.  Rcrits,  descrip- 
tions, élévations,  par  Mgr  RicAno,  prélat  de  la  maison  d.;  Sa  Sainteté.  Paris,  Lefort, 
1892,  in-12  de  240  p.,  2  fr.  75.  —  8.  Jésus  connu,  aimable,  aimant,  aimé,  par  l'abbé 
AuBRY.  Dijon,    Pellion    et  Marcliel,  1892,   in-t8  do    320    p.    —    9.  La  Dévotion  au 
Sacré  Cœur  el  le  Vén.  J.  Eudes;  réponse  aux  Éludes  religieuses,  par  le  W.  P.  Le  Uork, 
sii[iùricur  général  des  Eudistes.  Paris,  Dclhorameel  Briguct,  s.  d.,  iu-8  île  32  p.,  0  fr.  75. 
—  10.  liegulae  Jesu  el  Mariue,  auctore  V.  J.  Eudes,  instilulore  Cougregalionis  Jesu  et 
Jiariao.  Paris.  Delliomme  et  Briguct,  1892,  in-18  de  126  p.,  0  fr.  50.  —  11.  Louanges 
de  la  Vierge  Marie,  par  saint  BF.RN.\nD,  recueillies  et  traduites  par  l'abbé  Scuwendingeu. 
Paris,  Berclie  et  Traliri,  1892.  in-12  carré  de  xxxii-224  p  .  2  fr.  —  12.  Une  année  de 
médilalions,  par  saint  .Vi.pnoxsE  de  Liguori.  Trad.  nouvelle  par  le  P.    Eug.  Pladvs, 
rédcniptoriste,  Paris,  DL>!liominc  et  Briguct,  1892,  2  vol.   in-12  do  vi!i-G32  et  710   p., 
6  fr.  —  13.   La  Vraie  Épouse  de  Jésus-Çlirist,  par  saint  Alphonse  de  I,iguori.  Trad. 
nouvelle  par  le  P.  Eue.   Pladys,   rédeinplorislc.  Paris,  Delliomme  et  Briguet,   1892, 
2   vol.  in-12    de   417    et  405  p.,  5  fr.  —   14.  La   Voie  sûre  du  salut  par  l'oraison 
mentale,  par  l'abbé  A i;g.  Récuffat,  curé-doyen  do  Saint-Tropez.  Paris,  Vie  et  Amai, 
1892,  in-l2  de  vi-444  p.,  2  fr.  50  —  15.  Introduction  à  la  vie  spirituelle  par  des  ejcer- 
cices  disposés  pour  la  méditation  et  la  lecture  selon  la  méthode  de  saint  Ignace,  par  le 
R.  P.  Jacques  Masknius,  S.  J.  Trari.  par  l'abbé  Z.-G.  Jourdain.  Paris,  Walzer,  1892, 
in-12  de  xu-924  p.,  5  fr.  —  16.  Probalion  religieuse  sur  l'Iiumilité,  |iar  M. -F.  Mau- 
couRANT,   curé  d'Ouion.  Nevers,  Mazerou,  1890,  in-12  de   xxxii-l5S  p..  0  fr.  60.  — 
17.    Probalion  religieuse  sur  iobéissance.  par   M. -F.  Maucourant.   Nevors,  Mazeron, 
1892,  in-12  de  xvi-196  p.,  0  fr.  60.  —  18.  Probation  religieuse  sur  la  pauvreté,  par 
M.-F.  Maucourant.  Nevers,  Mazeron,  1890,  in-12  de  xvi-210  p.,  0  fr.  60  —  19.  Éléva- 
tions sur  les  grandeurs  de  Dieu,  les  perfections  de  Jésus-Christ,  les  misères  et  la  dignité 
de  l'homme,  etc.,  composées  sur  d'anciens  manuscrits,  par  le   R    P.  IIyacintiie-Mauie 
Cormier.  Paris,  Poussielgue.   1891,  in-18  do  xiii-286  p.,    1   fr.  —  20.    La  Colombe  du 
tabernacle,  par  le  R.  P.  H.  Kinane,  P.  P.  Paris,  Dolbonime  el  Briguel,  in  12  de  xvi- 
358  p.,  2  fr.   —   21.   La   Prière   selon  les  PP.    Bourdaloue   et  de    Ravignan,    S.  J. 
Bruxelles,  Société  bjlgedo  librairie,  1892,  in-12  de  288  p.,  1  fr.  50.  — 22.  Lectures  pieuses 
extraites  des  Pires  et  des  principaux  écrivains  catholiques,  par  U""  la  comtesse  Max 
DE  Beaurecueie.  Paris,  Poussielgue,  1892,  in-12  de  viii-532  p.,  2  fr.  50.  —  23.  Fleurs 
et  fruits  d'or  cueillis  dans  la  vie  et  les  écrits  des  saints.  Les  Docteurs  de  l'Eglise.  Saint 
Alphonse  de  Liguori  :  Miini'ere  de  converser  avec  Dieu,   par  l'abbé  J.   Pailler.  Paris, 
Vie  et  Amal,   s.  d.,  in-12  carré  de   136   p.,  1  fr.  —  24    Fleurs  et  fruits  d'or.  Saint 
Anselme.  Incarnation  et  Ilédemption,  par  le  même.  Paris,  Vie  el.\mat,  s.  d.,  in-12  carré 
de  154  p.,  1  fr.  —  25.  Fleurs  el  fruits  d'or.   Saint   Bernard  :  Jésus  et  .Marie,  par 
le  môme.  Paris,  Vie  el  Amal,  s    d.,  in-12  carré  de    150  p.,  1  fr.  —  26.  Vie  de  saint 
Jean-Baptiste.   Etéca lions  contemplatives  sur  la  vie  du  saint  précurseur,  par  l'iibbô 
J.-B.  Dewez   Ouvrage  édité  par  l'abbé  I.  Nolet  de  Brauwere  van  Stekland.  Bruxelles, 
Société  belge  do  librairie,  1893,  in-12  de  x-358  p.,  3  fr.  50.  —  27.  Abrégé  de  l'his- 
toire sainte,  il  l'usage  des  classes  inférieures  des  établissements  d'instruction  publique, 
]iar   le   I)''    F.   Sciiuster.  Fribourg  en  Brisgau,   Horder-,   Paris,   LecolTre,    1892,   in-12 
carré  cartonné,  orné  de  46  grav.,  G  fr.  60.  —  28.  Offieium  parvum  Beatae  Mariae  V'ir- 
ginis  nec  non  0/ficium  defunctorum  Juxtà  ritumsanclue  romanae  Ecclesiae  in  graecam 
linguam  translata  a  .Monacuis  Benedicïinis.  Paris,  Delliomme  et  Briguel,  1892,  iu-18 
lie  xviii-2r2  p.,  1  fr.  50.  —  29.  Le  .Manuel  du  Saint  Rosaire,  ù  l'usage  des  personnes 
pieuses,  2"  éd.  Paris,  Delliommeot  Briguet,  s.  d  ,  in-18  de  316  p.,  1  fr.  50.  —  30  Le  .Mois 
du  saint  Rosaire,  par  F.-l.  Michel    Paris,  Delliommo  et  Briguet,  s.  d.,  in-18  de  80  p  , 
0  fr.  30.  —  31.  .Mois  des  saints  anges,  par  F.-I.  Michel.  Paris,  Dolliomme  et  Briguct, 
s.  <!.,  in-18  do  50  p.,  0  fr.  25.  —  32.  Manuel  de  dévotion  à  saint  Dominique,  contenant 
l'ol]ice  el  les  plus  belles  prières  en  l'honneur  du  saint,  suivies   de  l'Imitation  de  saint 
Duniiniquc,  par  le  1!.  P.  .Mattiiieu-Josi;ph  Rousskt.  Paris,  Dolliommo  et  Briguel,  s.  d., 
in-18  (le  .\ii-:!OÎ  [i  ,  1   fr.  5j.  —  33.  Le  .Vois  des  trépassés,  liad.  du  lirelon    par   l'abbé 


—  113  — 

Kernl;.  Paris,  Uollioinme  el  iSriguet,  s.  il.,  iii-18  do  lO-  p.,  0  fr.  7.J.  —  .'i4.  llecollccliones 
precaLoriaedesumplae  ex  XIV  libris  de.  perfeclionihus  moribusque  divinis  11.  1'.  Leo- 
NARni  Lkssii,  s.  J.  Fribourg  en  Brisgau,  Herder,  s.  d.,  ia-18  de  182  p. 

1  à  G.  —  Doctrine.  —  Dans  son  Bref  D'ives  in  mlserkordla  décernant 
Taiirôole  du  docloral  an  saint  évêque  de  Genève,  Pie  IX  déclare  qu'aux 
œuvres  de  sainl  François  de  Sales  est  assuré  le  privilège  spécial  d'être 
«  citées,  produites  cl  employées  dans  les  écoles  »  comme  répandant  une 
vive  clarté  sur  la  croyance  que  l'Église  catholique,  apostolique  et  romaine 
a  pour  mission  d'enseigner  à  ses  enfants.  »  Ce  sont  ces  paroles  de  l'il- 
lustre et  bien-aimé  Pontife  qui  ont  inspiré  aux  religieuses  de  la  Visita- 
tion du  premier  monastère  d'Annecy  la  pensée  de  publier  une  nouvelle 
édition,  celle-ci  la  plus  complète  possible,  des  œuvres  de  leur  saint  fon- 
dalenr.  Mgr  Isoard,  évèque  d'Annecy,  les  y  a  encouragées,  et  ce  travail, 
conlié  à  l'érudition  et  k  la  piété  du  religieux  bénédictin  Dom  Benedict 
Mackey,  secondé  par  son  frère,  Pierre-Paul  Mackey,  de  l'ordre  de  Saint- 
Dominique,  s'est  accompli  à  la  grande  satisfaction  des  érudits  et  des 
admirateurs  de  l'évêque  de  Genève.  Le  premier  volume  de  cette  édition 
complète  vient  de  paraitre  :  il  contient /es  Controverses.  Les  autres  sui- 
vront régulièrement,  préparés  avec  un  soin  égal,  et  permettront  ainsi  de 
juger  rimportance  et  l'utilité  des  œuvres  du  saint  docteur.  Le  Souverain 
Pontife,  qui  a  daigné  accepter  la  dédicace  de  cette  édition,  a  donné  l'ap- 
probation la  plus  (latteuse  à  cette  publication,  qu'il  juge  «  aussi  impor- 
tante parles  services  qu'elle  est  appelée  à  rendre  qu'elle  est  élevée  par 
son  objet.  »  De  son  côté,  Mgr  l'évoque  d'Annecy  ne  craint  pas  de  déclarer 
que  la  publication  «  authentique  et  définitive  »  des  œuvres  de  saint 
François  de  Sales  est  d'une  providentielle  opportunité.  «  Cette  publica- 
tion, beaucoup  de  lettrés  la  demandaient  depuis  tort  longtemps;  les 
fidèles  l'appelaient  de  leurs  vœux;  maintes  fois,  elle  avait  été  sur  le 
point  d'être  entreprise,  mais  l'abseuce  de  quelqu'une  des  conditions 
requises  pour  un  travail  de  ce  genre  en  avait  toujours  fait  ajourner  l'exé- 
cution. Elles  se  sont  au  contraire  trouvées  toutes  réunies  en  ces  jours  où 
la  qualité  de  docteur  de  l'Église  confère  à  la  parole  de  saint  François  de 
Sales  la  plus  haute  autorité  que  puisse  acquérir  une  parole  humaine....  » 
Mgr  Isoard  ajoute  que,  pour  mener  à  bonne  fin  une  telle  entreprise,  il 
s'est  trouvé  deux  hommes  merveilleusement  préparés  pour  un  travail 
de  ce  genre,  et  qui  réclamait  une  vaste  érudition,  une  grande  sûreté  de 
doctrine,  une  patience  el  une  habileté  à  toute  épreuve  :  Dom  Benedict 
Mackey,  bénédictin,  et  son  frère,  le  R.  P.  Pierre-Paul,  des  Frères  Prê- 
cheurs; ils  ont  été  assez  heureux  l'un  et  l'autre  pour  obtenir  communi- 
cation de  plusieurs  manuscrits  qu'ils  ont  déchifirés  et  qui  lont  la  valeur 
de  celte  édition  nouvelle.  En  ce  qui  concerne  le  premier  volume,  que 
nous  avons  sous  les  yeux  et  qui  est  consacré  tout  entier  aux  Contro- 
verses, c'est  la  famille  des  princes  Chigi  qui  a  bien  voulu  mettre  à  li 
Février  1893.  T.  LXVll,  8. 


—   114  — 

disposition  du  P:  Pierre-Paul  IVÎackey  le  manuscrit  de  cet  ouvrage  capi- 
tal, autographe  précieux  que  le  savant  dominicain  s'est  appliqué  à  repro- 
duire avec  l'exactitude  la  plus  scrupuleuse.  «  11  aura  rendu  par  ce  tra- 
vail, qui  demandait  autant  de  patience  que  d'intelligence,  un  service  de 
premier  ordre  aux  théologiens  et  aux  historiens.  Cetie  édition  a  donc  le 
singulier  mérite  de  donner /e*  Controverses  telles  qu'elles  ont  été  écrites 
par  le  saint,  avec  les  corrections  et  les  variantes  ;  on  peut  ainsi  saisir  et 
suivre  le  travail  de  sa  pensée  lorsqu'il  les  composait.  «  Le  volume  s'ouvre 
par  les  Brefs  de  Léon  XIll  et  do  Pie  IX  relatifs  à  saint  François  de 
Sales.  Vient  ensuite  la  lettre  de  Mgr  Isoard,  après  laquelle  on  lit  avec  le 
plus  vif  intérêt  une  longue  et  savante  «  Introduction  >>  due  à  la  plume 
de  Dom  Bénédict  Mackey,  renseignant  le  lecteur  sur  tous  les  soins  don- 
nés à  cette  nouvelle  édition.  Un  Avis  au  lecteur  clôt  ces  préliminaires. 
Les  Controverses  otm^QWl  près  de  41)0  pages  et  sont  divisées  en  trois 
parties.  Dans  la  première  partie,  saint  François  de  S;iles  prend  la  défense 
de  l'autorité  do  l'Eglise,  et  il  y  traite  de  la  mission,  de  la  nature  et  d^s 
marques  de  l'Église.  La  seconde  partie  est  consacrée  à  démontrer  (\w[' 
les  prétendus  rétormateurs  ont  violé  les  huit  règles  de  noire  foi.  Dans  la 
troisième  et  dernière,  il  est  parlé  des  sacrements  et  du  Purgatoire.  C'est 
le  style  et  même  l'orthographe  du  saint  évêque  de  Genève  que  l'éditeur 
nous  offre;  ils  ont  leur  charme  inappréciable,  et  nous  remercions  Dom 
Mackey  de  nous  avoir  fait  goùler  cette  saveur.  Mais,  comme  certains 
mots,  tombés  en  désuétude  depuis  saint  François  de  Sales,  ou  détournés 
de  leur  ancienne  signification,  pouvaient  embarrasser  le  lecteur,  Dom 
Mackey  a  remédié  à  cet  inconvénient  en  faisant  suivre  les  Controverses 
d'un  Glossaire  des  locutions  et  mots  surannés  employés  dans  cet  ouvrage. 
Nous  ne  saurions  trop  le  féliciter  de  cette  délicale  prévenance,  dont  tons 
ses  lecteurs  lui  auront  très  bon  gré.  En  finissant,  exprimons  le  vœu  de 
voir  celte  édition  se  poursuivre  rapidement  :  la  librairie  H.  Trembley, 
de  Genève,  y  apporte,  au  point  de  vue  typographique,  toute  la  sollicitude 
dont  elle  est  capable,  et  tout  se  réunit  ainsi  pour  faire  de  ce  travail  une 
véritable  «  merveille.  »  Nous  allions  omettre  de  dire  qu'une  fort  belle 
gravure  du  tempS;,  «  l'apothéose  du  saint,  »  et  un  fac-similé  de  son  écri- 
ture ornent  le  volume  que  nous  annonçons. 

Les  Controverses  de  saint  François  de  Sales  ont  encore  de  nos  jours, 
contre  les  mêmes  hérétiques,  une  incontestable  oppnrtunité,  mais  nous 
avons  d'autres  adversaires  à  combattre,  contre  lesquels  il  faut  employer 
d'aulres  armes,  parco  qu'ils  at,ta(fuent  par  do  noii\eaux  arguments  les 
dogmes  même  fondamr'nlaiix  d<'  noire  foi.  Parmi  les  apologistes  de  la 
vérité  catholiipie,  en  iiol rc  siècle  do  matérialismo  et  de  scepticisme,  se 
place  en  bon  ran'g  M.  l'abbé  de  Broglie,  qui  vient  de  |)nblier  ses  Confé- 
rences prrrhres  dans  l'église  des  Cannes,  en  /  S!)(),  sur  l'idée  de  Dieu 
dnn'i  IWnrirn  '/'esiamcti/.  F/(MTiinenl  Pirateur  n'a  jjas  voulu  opposer  aux. 


—  Mo  — 

négations  de  rathéisme  la  déaionsl'-Mlion  philosophique  et  ralionnelle  de 
l'exislence  de  Dieu;  il  pense  qu'une  telle  démonstration  «  n'a  pu,  quand 
elle  a  été  isolée,  produire  nue  croyance  efficace,  durable,  populaire  et 
pratique  au  vrai  Dieu,  »  et  il  lui  préière  «  la  manifestation  que  Dieu  a 
faite  aux  hommes  de  son  existence,  en  leur  révélant  la  vraie  religion.  » 
C'est  la  méthode  «  traditionnelle.  »  Sept  conférences,  conçues  et  rédigées 
d'après  cette  méthode,  ont  pour  objet  :  l'idée  de  Dieu  dans  la  Genèse; 
les  révélations  faites  aux  Patriarches  et  à  Moïse;  l'alliance  entre  Dieu  et 
le  peuple  d'Israël;  les  lois  cérémonielles,  sociales  et  civiles  de  Moïse.  Le 
livre  contient  encore  un  sermon  de  charité  en  faveur  des  œuvres  ouvrières 
catholiques,  et  se  ferme  sur  deux  importantes  «  notes  »  relatives  aux 
châtiments  infligés  à  des  innocents  par  solidarité  avec  les  coupaljles,  et 
au  problème  de  l'origine  du  mal.  Nous  n'avons  pas  à  parler  du  genre  et 
du  style  de  l'auteur  :  l'abbé  de  Broglie  n'en  est  plus  à  faire  ses  preuves^,. 
et  il  suffit  d'annoncer  un  de  ses  livres  pour  que  son  succès  soit  assuré. 
Nous  souhaitons  que  ses  nouvelles  conférences  soient  lues  par  les  libres 
penseurs  avec  l'attention  qu'elles  méritent  :  si  elles  ne  réussissent  pas  à 
triompher  de  leur  incrédulité,  elles  sont  assurées,  du  moins,  de  satis- 
faire leur  raison. 

Une  des  manifestations  de  Dieu,  dans  l'Ancien  Testament,  eut  pour 
objet  la  promulgation  de  sa  loi.  Ce  sont  ces  dix  commandements  que 
Louis  de  Grenade  commente  et  exphque  avec  la  plus  grande  lucidité  dans 
quelques  pages  de  ses  œuvres.  Le  R.  P.  Hébrard  a  en  l'excellente  pensée 
de  traduire  cette  explication  du  Décalogue  :  son  petit  opuscule  de 
152  pages,  plein  d'une  doctrine  substantielle,  écrit  dans  une  langue  cor- 
recte, claire  et  précise,  approuvé  par  les  supérieurs  de  l'ordre  et  par 
l'Ordinaire  de  Ciermont,  doit  se  trouver  entre  les  mains  de  tous  les  caté- 
chistes ;  on  ne  saurait  désirer  pour  les  enfants  un  enseignement  plus 
facile  et  plus  complet.  Beaucoup  d'adultes,  parmi  le  grand  nombre  de 
fidèles  qui  ont  besoin  d'être  éclairt^s,  gagneraient  aussi  à  se  procurer  et 
à  consultf^r  souvent  un  livre  si  précieux. 

Sous  une  autre  forme,  le  livre  de  M.  l'abbé  Fava  :  Enseignements  à 
la  jeunesse  catholique,  est  appelé  à  produire  les  mêmes  fruits  salu- 
taires. Ainsi  que  le  dit  avec  raison  le  savant  examinateur  de  cet 
ouvrage,  ces  pages  nous  semblent  devoir  être  très  utiles  à  ceux  qui 
donnent  l'enspignemenl  religieux  —  dans  les  lycées  ou  collèges  — 
et  à  ceux  qui  le  reçoivent.  Le'^  autres  y  trouveront  aussi  beaucoup  à 
prendre:  c'est  comme  une  formation  graduée  aux  idées  saines  et  aux 
vertus  chrétiennes  pour  les  jeunes  gens  de  l'époque  actuelle.  »  Rien 
ne  saurait  mieux  justifier  cette  assertion,  auprès  de  nos  lecteurs,  que  le 
simple  énoncé  de  quelques  litres  de  ces  allocutions  :  Dieu  dans  l'ensei- 
gnement; nécessité  de  la  religion  comme  devoir  envers  Dieu  et  comme 
besoin  pour  l'homme;  vraie  religion  ou  Église  de  Jésus-Christ  ;  Jésus, 


—  116  — 

source  de  vie  :  les  instrument?  de  la  Passion;  respect  du  saint  lien  ;  liberté; 
conscience;  péché;  vertu;  respect  aux  parents;  obéissance;  travail;  vie 
surnaturelle;  pensée  de  la  présence  de  Dieu;  Eucharistie;  Marie,  Mère 
de  Dieu;  patriotisme,  etc.,  etc.  Le  livre  se  termine  par  les  panégyriques 
de  saint  Berckmans  et  du  bienheureux  La  Salle.  Non  seulement  le  docte 
chanoine  chargé  de  l'examen  du  livre  n'y  a  rien  trouvé  de  contraire  à 
notre  loi,  mais  il  déclare  avoir  «  souvent  admiré  comment  l'auteur  sait 
présenter  à  son  jeune  auditoire  les  aperçus  élevés  de  la  divine  théologie, 
en  se  servant  d'un  langage  fort  bien  approprié  aux  personnes  et  aux  cir- 
constances. »  Nous  n'avons  pas  à  contredire  un  témoignage  si  autorisé 
et  une  si  juste  appréciation  :  les  nombreux  lecteurs  que  nous  souhai- 
tons à  ces  excellentes  pages  seront  certainement  de  notre  avis.  L'au- 
teur nous  dit  avoir  longtemps  hésité  à  publier  son  hvre,  et,  après 
s'y  être  résolu,  il  a  craint  encore  de  trop  présumer  de  lui-même.  Qu'il 
se  rassure  :  plusieurs  de  ses  confrères  lui  sauront  gré  de  les  avoir  fait 
profiter  de  son  travail;  ils  s'en  inspireront  pour  instrnire  leur  jeune 
auditoire,  et  c'est  ainsi  qu'après  avoir  réussi  à  produire  une  salutaire 
impression  sur  les  élèves  qui  les  ont  entendues  tomber  de  ses  lèvres, 
ces  instructions  procureront  le  même  bienfait  à  d'autres  plus  nombreux 
encore. 

Les  Sublimités  de  la  prière,  tel  est  le  titre  du  nouvel  ouvrage  que 
nous  oflVe  lA.  l'abbé  Henry  Bolo.  A  peine  nous  arrive-t-il,  qu'il  en  est 
déjà  à  la  deuxième  édition.  C'est  dire  le  succès  qu'il  a  obtenu,  succès  de 
bon  aloi  et  bien  mérité.  M.  l'abbé  Bolo  n'est  pas  un  inconnu  pour  nos 
lecteurs  :  nous  le  leur  avons  diyà  maintes  fois  présenté,  et  nous  sommes 
convaincu  (ju'ils  sont  bii^n  loin  de  nous  reprocher  nos  pressantes  invita- 
tions à  le  lire.  L'ouvrage  que  nous  leur  annonçons  aujourd'liui  est  digne 
en  tous  points  de  ceux  qui  l'ont  précédé.  Ce  sont  bien  les  «  sublimités  »  de 
la  prière  que  l'auteur  nous  expose  et  nous  développe  :  dès  les  premières 
lignes,  il  nous  dit  :  Sursinn  corda!  et,  nous  enveloppant  de  sou  aile,  il 
nous  fait  monter  avec  lui  dans  les  plus  hautes  sphères  du  moiuie  spiri- 
tuel. Il  considère  d'abord  Dieu  comme  objet  de  notre  prière,  et  puis 
l'âme,  à  qui  Dieu  accorde  toute  grâce  et  toute  aptitude  pour  prier;  il 
nous  parle  de  l'obligation  qui  nous  est  faite  de  la  prière,  ainsi  que  de  la 
toute-puissance  dont  la  prière  est  investie;  il  dit  les  bienfaits  et  les 
conditions  de  la  prière  en  famille,  de  la  prière  nationale  et  de  la  prière 
de  l'Église.  Bien  ne  manque  à  ce  traité  sur  la  prière,  avec  cet  autre 
avantage  d'être  écrit  dans  un  style  élégant,  imagé,  abondamment  émaillé 
de  citations  de  nos  livres  saints.  Peut-êln^  devrions-nous  regretter  un 
ex.cès  d'élégance  et  d'images  qui  iiuil  parlois  à  la  clarté  et  à  la  précision 
du  langage,  mais  c'est  là  l'exception,  et  le  remarqualtle  talent  de  M.  ral)bé 
Bolo  ne  sam'ait  être  atlfint  de  ces  imperl'(>ctions  si  peu  inq)ortantes  dont 
il  pourra  d'ailleur.-,  en  jirenant  tout  son  déveIo])pcmcnl,  se  débarrasser 


—  117  — 

avec  la  pins  grande  facilité.  Nous  serions  plus  sévère  pour  l'absence  de 
tout  Imprimatur  ou.  de  loule  ;ipprobalion;  un  livre  de  doctrine  ou  d'en- 
seignement religieux,  pour  offrir  à  ses  lecteurs  une  sûre  garantie  de  son 
orthodoxie,  doit  être  toujours  revêtu  du  visa  épiscopal  :  c'est  une  simple 
formalité  dont  la  doctrine  de  M.  l'abbé  Bolo  n'a  rien  à  redouter,  mais 
elle  est  obligatoire,  et  les  lecteurs  aiment  bien  à  ce  qu'un  livre  d'ensei- 
gnement ou  de  piélé  leur  arrive  avec  cette  haute  recommandation. 

Nous  l'avons  toujours  trouvée  en  tète  des  ouvrages  de  M.  l'abbé 
Brinqnant,  et  nous  avons  été  heureux  de  le  constater  encore  cette  lois. 
Continuant  son  œuvre,  le  savant  curé  de  Vauxbuin  traite,  dans  son  nou- 
vel ouvrage.  De  la  Beauté  merveilleuse  du  corps  des  bienheureux.  Nous 
dirons  volontiers,  avec  Mgr  l'évêque  de  Soissons,  que  les  lecteurs  des 
derx  premiers  traités  sur  le  bonheur  sensible  du  ciel  attendaient  avec 
«  impatience  »  la  publication  du  troisième.  Vivement  intéressés  par  les 
aperçus  nouveaux  de  l'auteur  «  sur  la  part  de  la  vue  et  de  l'ouïe  dans  les 
jouissances  célestes  des  saints,  leur  pieuse  curiosité  leur  promettait  le 
môme  religieux  et  salutaire  plaisir  à  le  suivre  dans  le  développement 
des  preuves  aussi  ingénieuses  que  fortes  de  la  Beauté  merveilleuse  du 
corps  des  bie^iheureux .  )>  Mgr  Duval  se  plnit  à  louer  «  la  foi  ardente  et 
la  piélé  vraiment  sacerdotale  de  l'écrivain;  ses  vues  et  ses  sentiments 
élevés....,  le  tableau  saisissant  de  l'influence  efficace  de  l'âme  sur  le 
corps....;  les  citations  heureuses  des  Saintes  Écritures  et  des  docteurs 
de  l'Église.  »  Le  sujet  traité  par  l'auteur  offre  le  plus  piquant  intérêt;  il 
excite  la  plus  vive  curiosité,  et  l'on  dévore  ces  pages  où  l'on  aime  à 
apprendre  de  quelle  beauté  réelle  et  durable  sera  revêtue  notre  chair, 
aujourd'hui  mortelle  et  sujette  à  toutes  les  misères,  un  jour  glorieuse  et 
inmiortelle.  On  serait  tenté  parfois  de  croire  que  l'auteur  se  fait  illusion 
et  qu'il  exagère,  mais  on  est  bientôt  obligé  de  convenir  que  si  ces  ta- 
bleaux de  la  beauté  corporelle  des  bienheureux  sont  d'une  splendeur 
incomparable,  le  fond  en  est  des  plus  solides.  «  Son  œuvre  très  littéraire, 
très  agréable  par  la  forme,  est  essentiellement  ihéologique  et  philoso- 
phique. A  part  certains  points  assez  rares  et  qualifiés  par  lui-même  d'hy- 
pothèses probables,  toutes  ses  propositions  sont  appuyées  de  preuves 
inattaquables.  »  Pour  résumer  en  quelques  mots  notre  appréciation  sur 
cet  excellent  livre,  constatons  avec  M.  le  chanoine  Magnier  que  l'ouvrage 
de  M.  l'abbé  Brinqnant  réunit  toutes  les  qualités  propres  à  instruire,  à 
édifier  et  à  délecter  le  lecteur  :  «  nouveauté  du  sujet,  science,  logique, 
charmes  du  style,  originalité  de  bon  aloi,  pieux  mouvements  de  l'âme.  » 

7-11.  — Jésus  et  Marte.  —  En  attendant  que,  par  la  pratique  des  con- 
seils qui  terminent  le  livre  de  M.  le  curé  de  Vauxbuin,  intitulé  :  Jésus 
adolescent,  nous  puissions  mériter  d'être  associés  à  la  gloire  etau  bonheur 
de  l'Homme-Dieu  dans  le  ciel,  efforçons-nous  de  suivre  sur  la  terre  les 
traces  de  Jésus.  MgvRicard  nous  uîontre  ledivin  Sauveur  donnant,  dans 


—  -118  — 

son  adolescence,  les  exemples  deloiUes  les  vertus  propres  à  cette  époque 
de  notre  \ie.  C'est  aux  entants  de  nos  é  -oies,  aux  élèves  des  Frères  des 
écoles  chrétiennes  que  le  savant  prélat  offre  son  livre  :  il  Ta  écrit  pour 
eux,  et  nous  devons  ajouter  qu'ils  ont  tout  à  gagner  à  le  lire,  à  le  médi- 
ter. Qu'ils  ne  s'eSraient  pas:  l'ouvr.-ige,  tout  sérieux  qu'il  leur  paraisse, 
est  à  leur  portée.  «  Écrit  pour  des  jeunes  gens,  dit  l'auteur,  ce  livre  ne 
touche  qu'en  les  effleurant  aux  points  de  vue  Iheologiques  et  philoso- 
phiques qui  s'imposaient  à  notre  regard.  Subre  de  rétlexions  spéculatives, 
il  s'attache  davantage  aux  aspects  qui  tixent  l'imagination  et  émeuvent 
le  cœur.  »  Mgr  Ricard  aurait  pu  trouver  en  son  propre  l'onds  assez  de  ri- 
chesses pour  orner  ses  pages  et  les  rendre  non  moins  utiles  qu'intéres- 
santes ;  il  a  craint  «  l'uniformité  »  et  a  préféré  s'effacer  le  plus  souvent 
pour  donner  la  parole  aux  auteurs  les  plus  estimés.  Beaucoup  ont  été  mis 
àcontribulion  :  Mgr  Gaume,  le  P.  Didon,  l'abbé  Darras,  le  P.  Monsabré, 
Mgr  Gay,  l'abbé  Le  Camus,  l'abbé  Filion,  le  P.  Coleridge,  etc.  Mais  ces 
citalions  nombreuses,  en  apportant  chacune  son  contingent  de  descriptions, 
de  récits  ou  d'élévations,  sont  leplussouvent  Ibnduesl'une  dans  l'autre, 
«  de  manière  à  former  une  trame  nouvelle  sur  un  fonds  ancien.  »  Don- 
nons au  moins  le  titre  des  douze  chapitres  qui  composent  ce  livre  :  Jésus 
vien  t  ;  Premiers  holocaustes  ;  L'Exil  ;  Nazareth  ;  Douze  ans;  Les  Choses  de 
mon  père  ;  Il  descendit  à  Nazareth  ;  Il  leur  était  soumis  ;  la  Croissance  ; 
Jésus  ouvrier;  Fêtes  et  repos;  La  Vie  de  famille.  Les  Litanies  de  Jésus 
adolescent  terminent  le  volume. 

L'ouvrage  de  M.  l'abbé  Aubry,  Jésus  connu,  aimable^  aimant,  aimé, 
est  encore  destiné  à  nous  faire  mieux  connaître  le  Sauveur,  et  ici  c'est  le 
Sauveur  tout  entier,  c'est-à-dire  dans  toutes  les  phases  de  son  existence, 
que  l'auteur  s'attache  à  nous  présenler.  Dans  le  premier  livre,  il  expose 
les  plus  puissantes  preuves  de  la  divinité  de  Jésus  ;  dans  le  second,  il  nous 
montre  combien  Jésus  est  aimable,  aimant  et  aimé  ;  dans  le  troisième, 
il  nous  apprend  la  manière  de  former  Jésus  dans  nos  sens  ;  dans  le  qua- 
trième et  le  cinquième,  il  nous  révèle  la  présence  de  Jésus  dans  les  créa- 
tures, dans  le  temple,  dans  le  tabernacle;  dans  un  court  appendice,  il 
nous  enseigne  une  courte  pratique  pour  communier  avec  piété.  Des 
appréciations  élogieuses  portées  sur  ce  livre,  citons  seulement  les  sui- 
vantes qui  nous  paraissent  les  plus  autorisées.  Mgr  de  Prilly  disait  :  «  Ce 
livre  convient  à  toutes  les  classes  de  la  société,  à  tous  les  catholiques.... 
il  n'est  personne  qui  n'en  puisse  beaucoup  proflter....  »  Mgr  Mioland 
veut  «  qu'on  se  hâte  de  le  livrer  à  Ions  les  fidèles.  »  Enfin,  Mgr  Pie,  au 
plus  fort  de  la  lulte  pour  la  cause  de  l'Église,  consacre  son  adn)irable  va- 
leur et  en  fait  imprimer  un  éloge  où  il  dit  que  ce  \olume«  est  plein  de 
charme  et  d'onction.  »  Tous  ces  témoignages  sont  confirmés  par  celui 
de  Mgr  l'évêque  de  Dijon  (fui  écrit  :  «  Cet  ouvrage,  dont  le  style  est  concis 
et  gracieux,  renferme,  au  point  de  vue  de  la  doctrine,  de  véritables  tré- 


—  119  — 

sors,  et  présente  à  la  piété  de  suaves  aliuieuts....  Les  fidèles....  y  appren- 
dront, comme  à  l'école  la  plus  autorisée,  la  counaissancei  l'amour  et 
l'imitation  du  divin  Maître.  » 

^La  brochure  du  R.  P.  Le  Doré  sur /a  Dévotion  au  Sacré  Cœurn'd.  pas 
pour  objet  une  étude  Ihéologique  ou  mystique  sur  le  Cœur  de  Jésus;  elle 
contient  simplement  une  justification  du  rôle  du  Vénérable  Eudes  dans 
rétal)lissemenl  et  la  prop.igation  du  culte  du  Sacré  Cœur;  encore  môme  le 
travail  de  léminent  auteur  se  borne-t-il  à  préciser  sa  pensée,  qu'un  colla- 
boralenr  des  Eludes  religieuses  lui  paraît  avoir  dénaturée  au  sujet  de  ce 
rôle  da  Vénérable  Eudes.  Nous  n'avons  pas  à  entrer  dans  le  fond  même  du 
débat;  nous  nous  bornons  à  constater  que  «  la  réponse  aux  Etudes  reli- 
gieuses'» nous  paraît  convaincante,  et  qu'en  tout  cas  elle  est  conçue  dans 
les  termes  les  plus  courtois,  tels  qu'ils  conviennent  à  des  adver.saires 
qu'anime  l'esprit  de  loi  et  de  charité. 

Nous  recommanderons  encore  plus  volontiers  l'opuscule  que  publie  le 
même  auteur  sous  ce  litre  :  ReguLae  Jesu  et  Mariae.  Ce  sont  les  règles  de 
la  congrégation  des  religieux  eudistes,  règles  conçues  et  formulées  par 
le  vénérable  fondateur.  Spéciales  à  cette  congrégation,  elles  peuvent 
très  bien  s'adapter  à  toute  vie  sacerdotale,  et  c'est  bien  en  vue  d'être 
utile  à  tous  les  prêtres  que  le  K.  P.  Le  Doré  a  voulu  les  livrer  au  public. 
Un  coup  d'œil  d'ensemble  suffira  pour  faire  entrevoir  la  valeur  de  cet 
ouvrage.  Pour  le  Vénérable  Eudes,  la  sainteté  sacerdotale  doit  s'appuyer 
sur  quatre  principes  qui  sont  connue  les  fondements  de  toute  sa  spiri- 
tualité. La  grâce  en  fait  l'essence  et  en  fournit  les  moyens;  la  croix  est 
sa  méthode  ;  la  volonté  divine  est  sa  loi,  et  la  dévotion  à  Jésus  et  à  Marie 
lui  imprime  le  cachet  catholique....  Le  pieux  auteur  conduit  l'àme  à 
travers  la  triple  voie  de  la  vie  purgative,  illuniinative  et  unilive,  et  ter- 
mine son  œuvre  en  traçant  à  grands  traits  tout  ce  qui  touche  à  la  dignité, 
à  la  sainteté  et  aux  principaux  devoirs  des  prêtres.  Ce  petit  livre  se 
rapproche  beaucoup  de  ï Imitation  de  Jésus-Christ  :  il  exhale  un  parfum 
de  piété  qui  fait  du  bien  à  l'àme,  et  tout  prêtre  qui  voudra  méditer  ces 
courtes  pages  en  retirera  certainement  le  plus  excellent  profit. 

De  Jésus  à  Maiie  la  transition  est  lacile,  et  .«ans  circonlocution  nous 
présentons  aussitôt  à  nos  lecteurs  le  livre  de  M.  l'abbé  Schwendinger 
contenant  les  Louanges  de  la  Vierge  Marie,  par  saint  Bernard,  Nous 
félicitons  l'auteur  delheureuse  idée  qu'il  a  eue  de  rechercher  dans  saint 
Bernard  ce  que  ce  grand  docteur  a  écrit  de  plus  doctrinal  el  de  plus 
suave  sur  l'auguste  Mère  de  Dieu.  Ce  n'est  là  qu'un  modeste  recueil, 
mais  tout  ouvrage  de  ce  genre  n'est  pas  peu  difficile;  il  faut  du  tact,  du 
goût,  du  discernement,  de  la  vraie  et  solida  piété,  bien  d'autres  qualités 
encore,  qu'il  est  rare  de  trouver  réunies,  pour  arriver  à  faire  un  bon  et 
utile  recueil.  Ces  qualités,  M.  l'abbé  Schwendinger  les  possède  :  qu'on 
en  juge  par  les  principaux  titres  sous  lesquels  l'auteur  a  groupé  ses  ex- 


—    ItîU  — 

Iraits  ou  ses  emprunts  :  Prédesliuation  de  iMarie  :  Figures  prophétiques 
de  Marie;  Son  nom  ;  Ses  fiançailles  ;  Marie  visitée  et  saluée  par  l'ange  ; 
Maternité  de  Marie  ;  Sa  purification  ;  Sa  vie  silencieuse  ;  Son  martyre  ;  Son 
assomption,  etc.,  etc.  C'est  comme  une  iiistoire  complète  de  la  vie  de  la 
Très  Sainte  Vierge;  les  nombreux  et  divers  extraits,  tirés  des  œuvres  de 
saint  Bernard,  convergent  ainsi  vers  un  but  unique,  et  l'ouvrage,  fait  de 
pièces  et  de  morceaux,  dissimule  si  bien  ses  emprunts  qu'on  le  dirait 
fait  tout  d'un  seul  jet.  Ajoutons  que  la  traduction  de  M.  l'abbé  Schwen- 
dinger,  dans  un  style  très  agréable  qui  a  toutes  les  allures  d'une  phrase 
originale,  achève  de  donner  à  ce  volume  un  caractère  spécial,  la  valeur 
d'un  «  véritable  monument  élevé  tout  ensemble  à  la  gloire  de  la  Mère  de 
Dieu  et  à  l'honneur  du  chantre  immortel  de  ses  privilèges,  de  sa  puis- 
sance et  de  sa  bonté.  »  Mgrl'évèque  de  Nancy,  que  nous  venons  de  citer, 
ajoute  que  «  ce  Mois  de  Marie  éclairera,  touchera  les  âmes  et  les  con- 
duira dans  la  confiance  et  l'amour  aux  pieds  de  la  Vierge  immaculée.  » 
Nosseigneurs  de  Dijon,  de  Sébaste,  d'Autun  et  de  Chartres  ont  aussi 
approuvé  et  loué  ce  livre. 

12-18.  —  Spiritualité.  —  Parmi  les  auteurs  qui  ont  traité  de  la  spi- 
ritualité, il  n'en  est  pas  qui  soit  plus  expérimenté  et  plus  accrédité  que 
saint  Alphonse  de  Liguori.  Aussi  est-ce  avec  la  plus  vive  satisfaclion  que 
nous  voyons  ses  œuvres  propagées  sous  toutes  les  formes  et  sous  les 
titres  les  plus  divers.  Les  œuvres  complètes  du  saint  docteur  ne  pou- 
vaient être  aux  mains  de  tous  :  les  religieux  rédemptoristes  ont  eu  rai- 
sou,  en  se  partageant  le  travail,  de  scinder  ces  œuvres  et  de  les  mettre 
ainsi;,  les  unes  après  les  autres,  à  la  portée  du  plus  grand  nombre  : 
chaque  Odèle  peut  choisir  celles  qu'il  croit  lui  mieux  convenir,  et  l'uti- 
lité qu'il  peut  en  tirer  est  ainsi  plus  opportune  et  plus  efficace.  VAjdicc 
de  méditations  que  publie  le  K.  P.  Pladys  sera  favorablement  accueillie 
par  le  public  sj)écial  auquel  elle  s'adresse.  En  tête  du  premier  vo- 
lume, une  courte  introducLion  reproduit  les  conseils  du  saint  docteur 
pour  faire  une  bonne  oraison,  et  indique  la  vraie  méthode  à  suivre  pour 
que  l'oraison  soit  réellement  profitable.  Cette  méthode  est  à  peu  près 
celle  de  saint  Ignace;  elle  consiste  en  trois  parties  essentielles  qui  sont  : 
la  préparation,  la  méditation,  la  conclusion.  Dans  la  préparation  il  y  a 
trois  actes  à  faire  :  actes  de  foi,  d'huniiliti!  et  de  demande  ;  dans  la  mé- 
ditation, il  faut  poursuivre  la  lecture  jusqu'à  ce  qu'on  se  sente  frajjpé 
d'une  bonne  pensée,  et  alors  on  doit  se  livrer  à  trois  opérations  succes- 
sives, qui  sont  les  affections,  les  prières,  les  résolutions;  enfin,  dans  la 
conclusion,  il  importe  de  remercier  Dieu,  de  promettre  fidélité  aux  ré- 
solutions ])rises,  de  demander  à  cet  efict  le  secours  de  Jésus  et  de  Marie. 
L'ordre  adopté  pour  la  suite  des  sujets  de  méditations  est  celui-là  même 
de  l'année  liturgique.  La  série  s'ouvre  dans  le  premier  volume  par  le 
premier  dimanche  de  l'Avent  pour  se  clore  en  la  lêle  de  l'Ascension. 


J 


Supplément  au  Polybiblion  de  février  1893 

SOCIÉTÉ  D'HISTOIRE  CONTEMPORAINE 

PARIS,  RUE  Saint-Simon,  5 


La  Société  dliisloire  contemporaine ,  fondée  en  1890  sous 
le  patronage  de  la  Société  bibliographique,  a  pour  but  de 
publier  des  documents  originaux  de  toutes  sortes  (mémoires, 
correspondances,  pièces  d'archives,  etc.),  relatifs  à  l'histoire 
de  la  France  et  de  l'Europe  depuis  1789  jusqu'à  nos  jours, 
en  ne  donnant  que  des  textes  soigneusement  établis  et  en 
les  accompagnant  de  notes,  d'éclaircissements,  de  tables 
alphabétiques,  etc.  Elle  fait  la  part  la  plus  large  à  l'inédit, 
puisant  d'une  main  dans  les  immenses  collections  des  dépôts 
publics,  et  de  l'autre  s'efforcant  de  faire  sortir  des  archives 
privées  les  richesses  qui  y  sont  souvent  trop  jalousement 
gardées;  en  même  temps,  elle  donne  une  place  importante 
à  la  réimpression  des  documents  devenus  rares,  ainsi  que 
de  ceux  qui,  publiés  isolément  ou  dispersés  dans  de  vastes 
recueils,  ont  besoin  d'être  réunis  pour  trouver  toute  leur 
valeur. 

La  Société  est  administrée  par  un  Conseil  de  vingt  membres, 
nommé  en  assemblée  générale. 

On  fait  partie  de  la  Société  après  admission  par  le  Conseil 
sur  la  présentation  de  deux  membres. 

Chaque  sociétaire  paie  une  cotisation  annuelle  de  20  fr., 
qui  lui  donne  droit  gratuitement  aux  volumes  publiés  pen- 
dant l'exercice  correspondant. 

La  Société  publie  actuellement  trois  volumes  par  an.  Ce 
nombre  sera  porté  à  quatre  aussitôt  que  les  ressources 
financières  de  la  Société  le  permettront. 

On  trouvera  ci-contre  un  bulletin  de  souscription. 

Les  publications  de  la  Société  sont  en  vente  à  la  librairie 
A.  Picard  et  Fils,  rue  Bonaparte,  82,  au  prix  de  10  fr.  le  vo 
lume  (6  fr.  pour  les  nouveaux  sociétaires). 


PUBLICATIONS  DE  LA  SOCIÉTÉ  D'HISTOIRE  CONTEMPORAINE 

VOLUMES    PUBLIÉS 

I.  Correspondance  du  marquis  et  de  la  marquise  de 
Raigecourt  avec  le  marquis  et  la  marquise  de  Bombelles 
pendant  l'émigration  (1790-1800),  puljli'M»  dainfs  les  origi- 
naux par  M.  Maxime  de  la  Rocheterie,  un  volume  in-8  de 
XXXII-44-J  pages. 

Le  noble  caractère  de  M"^'  de  Raigecourl  et  de  Bombelles,  toutes  deux 
dames  de  Madame  Elisabeth  et  ses  plus  chères  confidentes,  rend  la  lecture 
de  cette  correspondance  très  attachante.  Mais,  au  point  de  vue  historique, 
ce  qui  en  fait  le  très  vif  intérêt,  ce  sont  les  renseignements  fort  précieux 
qu'on  y  trouve  sur  la  lutte  aiguë  qui  se  poursuivit  jusqu'à  la  captivité  du 
Roi  entre  le  parti  des  Princes,  dirigé  par  M.  de  Galonné,  et  le  parti  de  la 
Cour,  représenté  auprès  des  puissances  étrangères  par  le  baron  de 
Breteuil,  dont  M.  de  Bombelles  était  l'ami  intime  et  le  principal  lieute- 
nant. 

II  et  III.  Captivité  et  derniers  moments  de  Louis  XVI. 

Récits  originaux  et  doeumeuts  ol'liciels,  recueillis  et  puljliés  par  le 
marquis  de  Beaucourt,  deux  vol.  in-8  de  lxvii-400  et  414  pages. 

Ce  recueil  est  la  réunion  de  tous  les  récits  originaux  et  de  tous  les 
documents  officiels  qui  concernent  le  séjour  de  Louis  XVI  au  Temple  et 
son  exécution.  Il  est  précédé  d'une  longue  introduction,  biographique  et 
bibliographique,  où  sont  étudiés  et  critiqués  les  textes  publiés,  et  il  se 
termine  par  des  éclaircissements  sur  dilférents  points,  notamment  sur 
le  mot  de  l'abbé  Edgeworth.  La  table  alphabétique  contient  des  indica- 
tions biographiques  sur  les  personnages  mentionnés  dans  les  deux 
volumes,  en  particulier  sur  les  membres  de  la  Commune. 


Vu  M  MHS    sn(  s    ['liK>sK    (.("    EN    PHKI'AHATIi  «N 

Mémoires  de  Michelot  Moulin  sur  la  Chouannerie 
normande,  publiés  par  le  vicomte  L.  Rioult  de  Neuville. 

C'est  une  page  presque  inconnue  de  cette  longue  lutte  contre  la  Révo- 
lution, racontée  par  un  Important  acteur  (Moulin  était  un  des  principaux 
lieutenants  de  Frotté)  avec  une  sincérité,  une  simplicité  et  une  abondance 
de  détails  qui  donnent  au  récit  un  charme  tout  particulier. 

Le  dix-huit  fructidor.  Recueil  de  documents,  la  plupart 
inédits,  publié  par  M.  Victor  Pierre. 

Dans  ce  volume,  consacré  au  coup  d'Étal  de  fructidor  et  à  ses  suites, 
on  trouvera  :  la  correspondance  inédite  du  général  Hoche  et  du  ministre 
de  la  guerre  sur  les  mouvements  de  troupes,  celle  du  ministre  de  la  ma- 
rine, celle  des  déportés  (Barbé-Marbois,  Tronson  du  Coudray,  etc.)  et  deux 
importantes  séries  de  documents,  l'une  sur  les  commissions  militaires, 
l'autre  sur  la  persécution  religieuse,  qu'on  appela  dès  lors  la  Secomlr 
Terreur. 


Lettres  de  Marie- Antoinette.  Recueil  des  lettres  authen- 
tiques (le  la  Reine,  publié  par  ]\LM.  Maxime  de  la  Rocheterie  et  le 
marquis  de  Beaucourt. 

On  sait  qu'il  a  été  fabriqué  un  nomljre  exlrémcmcnl  considéraljje  de 
lettres  de  Marie-Antoinette,  et  que  beaucoup  d'entre  elles  ont  été  si  bien 
mêlées  à  des  lettres  authentiques  qu'elles  sont  souvent  citées  comme 
telles  dans  des  travaux  sérieux.  11  importail  donc  de  faire  définitivement 
le  départ  du  vrai  et  du  faux,  de  prendre  dans  les  diverses  publications 
uii  elles  sont  actuellement  dispersées  les  lettres  dont  l'authenlicité  est 
indiscutable,  et  d'en  former  un  recueil  spécial. 

Mémoires  de  famille  de  l'abbé  Lambert,  dernier  aumônier 
du  duc  de  Pcntliièvre,  publiés  par  M.  Gaston  de  Beauséjour, 
suivis  des  Mémoires  de  l'abbé  Traizet,  chanoine  de  Soissons, 
publiés  par  M.  Victor  Pierre. 

Ce  volume  pourra  être  le  premier  d'une  série  de  petits  mémoires 
ecclésiastiques  retraçant  la  vie  du  clergé  français  pendant  la  Révolution. 
Dans  ceux  de  l'abbé  Lambert  on  trouvera,  outre  le  récit  de  son  passage 
dans  les  prisons  de  Lons-le-Saunier  et  de  Besançon  et  de  sa  dramatique 
évasion,  l'intéressant  tableau  de  l'émigration  ecclésiastique  en  Suisse. 
Les  mémoires  de  l'abbé  Traizet  racontent  son  séjour  et  sa  vie  en  Belgique 
et  en  Allemagne. 

Journal  d'Adrien  Duquesnoy  sur  l'Assemblée  consti- 
tuante, iniblié  par  M.  R.  de  Grèvecœur. 

Ce  journal  inédit  se  compose  d'une  série  de  lettres  dans  lesquelles  le 
constituant  .\drien  Duquesnoy  rend  compte,  jour  par  jour,  des  séances 
de  l'Assemblée,  depuis  le  mois  de  juin  1789  jusqu'au  mois  d'avril  1790. 
C'est  un  document  d'une  haute  valeur,  car  les  sources  directement 
authentiques  sur  cette  première  période  de  l'Assemblée  sont  rares,  et 
d'autre  part,  les  rétlexions  dont  Duquesnoy  accompagne  ses  comptes 
rendus  font  très  bien  connaître  l'état  d'esprit  de  la  moyenne  des  repré- 
sentants du  Tiers. 


CONSEIL  DE    LA  SOCIETE 

Président  :  M.  DE  LA  SICOTIÈRE  ;  vice-président  :  M.  le  mar- 
quis DE  BEAUCOURT;  secrétaire  :  M.  E.  LEDOS  ;  archiviste- 
trésorier  :  M.  P.  GUILHIERMOZ;  membres:  MM.  L.  BAR- 
BAUT,  le  vicomte  DE  BRUG,  R.  DE  CRÈYECCEUR,  Victor 
FOURNEE,  Paul  LACOMBE,  L.  DE  LANZAG  DE  LABORIE, 
L.  LEGESTRE,  Victor  PIERRE,  le  comte  DE  PUYMAIGPtE, 
le  comte  DE  RIGHEI^IONT,  Maxime  DE  LA  ROGIIETERIE, 
Ludovic  SGIOUT,  Marins  SEPET,  E.  DE  VORGES. 


BKSaNCON.    —  IMP.    DE   P.\UL  JACnUIN. 


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—  1^21    — 

Suivent  deux  appendices  où  selroiivcnt  des  médilalions  pour  les  princi- 
pales Dles  qui  se  célèbrent  dans  cet  intervalle  de  l'année  et  dix-sept 
autres  médilalions  que  l'auteur  appelle  suj)plémentaircs,  destinées  à 
combler  certaines  lacunes  ou  à  attirer  davantage  l'altention  des  fidèles 
de  préférence  à  d'autres  sujets  qui  paraîtraient  leur  moins  convenir.  Le 
second  volume  comprend  tous  les  jours  de  chaque  semaine,  depuis  la 
fête  de  l'Ascension  jusqu'au  samedi  de  la  vingt-quatrième  semaine  après 
la  Pentecôte.  Il  se  termine  comme  le  premier  par  deux  appendices  con- 
tenant vingt-sept  médilalions  de  circonstance  sur  les  principales  t'êtes 
de  cette  époque  de  l'année  et  vingt-sept  autres  méditations  sur  divers 
sujets.  Ainsi  l'année  est  plus  que  complète  :  l'auteur  n'a  omis  aucun 
jour  elila  ajouté  en  outre  près  de  quatre-vingts  méditations  qui  peuvent 
sci'vir  à  varier  les  sujets,  selon  la  convenance  de  chacun.  Chaque  médi- 
tation conlient  en  moyenne  la  valeur  tle  trois  pages,  étendue  plus  que 
suffisante  pour  les  esprits  qui  ont  besoin  de  quelque  développement; 
elle  peut  être  abrégée  à  volonté  par  ceux  qui,  plus  habitués  à  réfléchir, 
peuvent  se  contenter  des  idées  principales.  L'ouvrage  est  revêtu  de 
l'approbation  des  supérieurs  qui  attestent  «  la  fidélité  delà  traduction.  » 
Le  même  écrivain  nous  donne  encore  de  son  saint  fondateur  le  traité 
qui  a  pour  titre  :  La  Vraie  E-pou&e  de  Jésus-Christ,  ou  la  Religieuse 
sanctifiée  par  la  pratique  des  vertus  propres  à  son  état.  Cet  ouvrage 
s'adresse  plus  spécialement  aux  membres  des  congrégations  religieuses, 
mais  il  peut  être  utile  aux  personnes  pieuses  qui,  quoique  vivant  dans 
le  monde,  désirent  avancer  dans  les  voies  de  la  spiritualité  ;  en  maints 
endroits  celles-ci  trouveront  des  avis,  des  exhortations  dont  elles  pour- 
ront tirer  le  plus  grand  profit.  Après  un  avertissement  de  l'auteur,  l'ou- 
vrage débute  par  un  chapitre  consacré  à  la  virginité,  vertu  d'un  prix 
inestimable  dont  l'auteur  précise  la  nature,  énumère  les  avantages  et 
les  préro^^alives,  indique  les  conditions  et  les  caractères.  Le  chapitre 
second  traite  des  avantages  de  la  vie  religieuse.  Dans  le  troisième,  il  est 
dit  comment  la  religieuse  doit  être  toute  à  Dieu.  Le  désir  de  la  perfec- 
tion fait  l'objet  du  quatrième  chapitre.  Dans  le  cinquième  et  le  sixième, 
il  e?l  question  des  péchés  et  de  la  tiédeur.  Le  septième  et  le  huitième 
traitent  de  la  morlificalion  intérieure  et  extérieure.  Les  quatre  derniers 
ont  pour  objet  la  pauvreté  religieuse,  le  détachement,  l'humilité  et  la 
charité.  Douze  autres  chapitres  font  la  matière  du  second  volume  et 
complètent  l'ensemble  des  sujets  à  traiter  pour  qu'une  âme  devienne"  la 
vraie  épouse  de  Jésus-Christ.  »  Ces  chapitres  sont  consacrés  à  la  patience, 
à  la  résignation,  à  l'oraison  mentale,  au  silence,  à  la  lecture  spirituelle, 
à  la  fréquente  communion,  à  la  pureté  d'inlention,  à  la  prière,  à  la  dévo- 
tion envers  la  Sainte  Vierge,  à  l'amour  envers  Jésus-Christ.  L'auteur 
joint  à  ses  sujets  des  avis  particuliers  qui  concernent  les  divers  emplois 
des  religieuses  et  un  «  règlement  de  vie  oour  une  religieuse  qui  veut  se 


—  i±2  - 

sanctifier.  »  Gomme  on  le  voil,  cel  ouvrage,  d'une  spiriUialilé  pratique, 
contient  tout  ce  qui  doit  aider  une  âme  à  marcher  dans  la  voie  de 
la  perfection;  il  doit  se  trouver  dans  la  bibliothèque  de  toute  commu- 
nauté pour  passer  tour  à  tour  entre  les  mains  de  chaque  religieuse.  Il 
servira  aussi  très  utilement  aux  prédicateurs  des  retraites  spirituelles  : 
la  science  qu'il  contient  est  celle  d'un  docteur  et  d'un  saint,  on  n'eu  sau- 
rait désirer  une  plus  sûre. 

Ce  ue  sont  plus  des  règles  de  perfection  religieuse  ou  des  sujets  de 
méditations  que  nous  offre  M.  l'abbé  Rébuflat  dans  son  livre  :  La 
Voie  sûre  du  saluL  par  l'oraison  mentale.  Le  vénérable  curé-doyen 
•de  Saint-Tropez  a  eu  pour  but  de  nous  enseigner  l'usage  de  la  médita- 
lion;  il  veut  nous  en  faire  comprendre  la  nécessité  et  les  avantages, 
nous  en  indiquer  la  métliode.  Plaise  à  Dieu  que  le  plus  grand  nombre 
des  fidèles  se  laissent  convaincre  par  ses  considérations  si  justes  et  si 
persuasives  !  Que  de  préjugés  !  que  de  prétextes  !  que  d'objections  contre 
cette  piatique,  pourtant  si  utile  et  à  la  portée  de  tous!  M.  l'abbé  Rébufïat 
s'attache  à  répondre  à  toutes  les  objections,  à  combattre  tous  les  pré- 
textes, à  détruire  tous  les  préjugés;  il  excelle  surtout  à  exposer  la  vraie 
méthode  de  l'oraison  en  suivant  les  voies  ordinaires  de  la  vie  purgative, 
de  la  vie  iUuminative  et  de  la  vie  unitive.  «  Votre  ouvrage,  lui  écrit  le 
vicaire  général  de  Fréjus,  est  un  traité  complet  de  l'oraison;  vous  con- 
duisez votre  lecteur  depuis  les  principes  élémentaires  de  la  méditation 
jusqu'aux  sommets  ardus  de  la  vie  unilive.  Vous  y  marchez  d'un  pas 
sur;  on  voit  que  tous  ces  sentiers  vous  sont  connus.  »  —  Confirmant 
le  témoignage  de  son  vicaire  général,  Mgr  Mignot  ditàsou  tour  :  «  Votre 
ouvrage  ne  contient  point  d'erreur  doctrinale,  et,  si  vos  lecteurs  vous 
suivent,  vous  les  conduirez  sûrement  dans  la  voie  du  ciel.  Vous  trou- 
verez des  disciples  fidèles  parmi  les  prêtres  et  les  religieux;  vous  en 
trouverez  aussi  parmi  les  âmes  de  choix  qui  mènent  dans  le  monde  une 
vie  céleste  et  sont  vraiment,  par  leurs  exemples  et  leurs  vertus,  le  sel 
de  la  terre.  » 

Avec  Ylnlroduchon  à  la  vie  spirituelle.,  du  U.  P.  Masénius,  dont 
M.  l'abbé  Jourdain  nous  donne  une  excellente  traduction,  nous  voici 
de  nouveau  à  la  pratique  même  de  la  méditalion.  C'est  une  retraite 
de  huit  jours  que  nous  aide  à  faire  le  vénérable  auteur  avec  quatre 
nitiditaliuns  par  jour,  en  conformité  complète  avec  la  méthode  (U;  saint 
Ignace.  Ces  exercices  sj)irituels  sont  précédés  de  Prolégomènes,  ou  d'une 
étude  préliminaire  consacrée  à  faire  connaître  la  métliode  d'oraison,  à 
donner  de  sages  avis  ou  à  développer  des  considérations  sur  la  lecture 
spirituelle,  les  deux  examens  de  conscience  et  la  confession  générale. 
Quant  aux  exercices  spirituels  eux-aiêmes,  ils  sont  assez  connus  pour 
que  nous  n'ayons  à  en  indiquer  ici  ni  la  suite  ni  les  divers  sujets.  Mais 
la  manière  dont  ils  sont  exposés  et  développés  est  spéciale  à  l'auteur  : 


—  12;ï  — 

elle  nous  a  paru  une  des  meilleures.  Ces  exercices  de  retraite  sont  suivis 
d'un  Tmlié  de  Vélection  ou  du  choix  d'un  état  de  vie  et  du  moyen  d'y 
vivre,  ainsi  que  de  huit  méditations  à  Tusage  particulier  des  ecclésias- 
tiques. Nous  n'avons  pas  à  insister  sur  la  valeur  d'un  ouvrage  qui  a  été, 
depuis  deux  siècles,  si  souvent  édité  ;  la  laveur  dont  il  a  toujours  joui  est 
son  meilleur  éloge.  La  traduction  française  qui  nous  en  est  donnée  pour 
la  première  fois  ne  pourra  que  servir  à  faire  connaître  davantage  ce  livre, 
qui  doit  rendre  aux  âmes  pieuses  les  plus  signalés  services. 

La  vie  spirituelle,  pour  le  religieux,  consiste  dans  la  pratique  des 
quatre  vertus  qui  embrassent  tous  ses  devoirs  :  riuimilité,  l'obéissance, 
la  pauvreté  et  la  chasteté.  Nous  avons,  sur  les  trois  premières,  les  opus- 
cules de  M.  l'abbé  Maucourant,  qui  sont  de  nature  à  favoriser,  en  cette 
voie,  les  progrès  spirituels  d'une  âme;  la  chasteté  fera  l'objet  d'un  nou- 
veau traité  qui  sera  suivi  d'autres  encore  sur  la  dévotion  au  saint  Sacre- 
ment, sur  l'aménité,  etc.,  etc.  M.  le  curé  d'Oulon  a  intitulé  ses  opus- 
cules :  Pi'obation  religieuse,  parce  que  dans  son  travail  il  place  l'âme  en 
présence  de  chaque  vertu,  la  lui  tail  étudier  et  puis  l'invite  à  se  regarder 
elle-même  :  l'âme  «  s'éprouve  »  ainsi,  en  acquérant  la  double  connaissance 
d'elle-même  et  de  la  vertu.  «  Connaître  la  vertu,  c'est  l'aimer,  dit  l'au- 
teur; se  connaître  soi-même,  c'est  vouIûk  être  meilleur.  Les  probations 
développent  cette  bonne  volonté,  l'encouragent,  la  mènent  à  la  perfec- 
tion. »  Dans  le  traité  de  l'humilité,  M.  l'abbé  Maucourant  expose  d'abord 
la  nature,  les  degrés,  la  nécessité  et  les  avantages  de  cette  vertu;  il 
nous  fait  connaître  ensuite  la  pratique  de  l'humilité  soit  envers  Dieu, 
soit  envers  le  prochain,  soit  envers  nous-même;  il  indique  les  signes 
distinctifs  de  cette  vertu  et  les  modèles  que  nous  en  avons  en  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ,  en  la  Sainte  Vierge,  en  tous  les  saints  ;  il  dit  un 
mot  des  obstacles  que  nous  devons  rencontrer  et  encourage  enfin  nos 
efforts  en  nous  excitant  à  la  persévérance.  L'opuscule  se  termine  par  un 
examensur  la  vertu  d'huinilité  et  par  l'indication  de  certaines  pratiques 
propres  à  développer  l'esprit  de  cette  vertu.  La  Prohaiion  religieuse 
sur  lliumililé  a  mérité  les  suffrages  de  plusieurs  évêques,  et  en  parti- 
culier de  Mgr  Tévêque  de  Nevers. 

Le  même  prélat  recommande  encore  les  deux  autres  livres  de 
M.  l'abbé  Maucourant  sur  l'obéissance  et  la  pauvreté.  Dans  ses  trente 
méditations  sur  l'une  et  l'autre  de  ces  vertus,  M.  le  curé  d'Oulon  suit 
la  même  mélbode  et  le  même  ordre  que  dans  ses  méditations  sur 
l'humilité  :  il  traile  tour  à  tour  de  la  nécessité,  de  la  grandeur  des 
qualités  de  l'obéissance,  de  ses  avantages,  de  son  objet,  de  ses  modèles, 
des  obstacles  qu'elle  rencontre.  De  même  pour  la  pauvreté  :  nous 
sommes  initiés  à  la  nature  de  la  pauvreté  chrétienne,  à  ses  avantages, 
à  ses  degrés,  à  sa  pratique,  à  ses  qualités  ;  l'auteur  nous  parle  de 
l'amour  du  pauvre,  des  manquements  contre  la  pauvreté,  de  l'esprit  et 


—  l-^i  - 

des  récompen?es  de  cette  vertu.  Comme  dan?  le  premier  opuscule,  ces 
deux  traités  contiennent,  en  forme  d'appendice,  un  examen  sur  robéis- 
sance  et  la  pauvreté,  ainsi  qu'une  série  de  pratiques  pouvant  aider 
d'abord  à  les  acquérir,  ensuite  à  les  développer. 

19-27.  —  Piété.  —  Les  Elévalions  sur  les  grandeurs  de  Dieu,  par 
le  R.  P.  Cormier,  sont  extraites  d'im  ouvrage  plus  étendu,  publié  il  y  a 
quelques  années  par  le  savant  dominicain.  Ce  sont  comme  des  médi- 
tations ou  des  lectures  qui  doivent  servir  aux  fidèles  pour  «  se  iornier 
dans  l'esprit  une  connaissance  claire  et  distincte  de  leurs  devoirs  et  do 
l'excellence  de  leur  vocation,  en  môme  temps  qu'à  exciter  dans  leur 
cœur  des  affections  conformes  à  cette  lumière.  »  Ces  considérations 
prennent  la  forme  d'élévation  et  de  colloque  afin  qu'il  n'y  ait  pas 
même  à  opérer  le  moindre  changement  pour  les  employer  à  s'entrete- 
nir directement  avec  Dieu.  Le  chapitre  premier  contient  des  élévations 
sur  les  grandeurs  de  Dieu.  Dans  le  second  et  le  troisième,  les  élévations 
ont  pour  objet  les  perfections  et  les  vertus  de  Jésus-Christ  ;  le  chapitre 
quatrième  est  consacré  aux  élévations  sur  les  misères  et  les  grandeurs 
de  l'homme  ;  enfin,  dans  le  cinquième  chapitre  se  trouvent  des  consi- 
dérations sur  les  dons  du  Saint-Esprit  et  sur  les  béatitudes.  Certaines 
vérités  et  certaines  aspirations  reviennent  plusieurs  fois  dans  diflé- 
rentes  élévations  :  «  Ces  répétitions,  nous  dit  l'auteur,  sont  faites  à 
dessein  pour  imprimer  plus  fortement  dans  l'âme  les  sentiments  qui 
lui  sont  les  plus  nécessaires,  les  plus  avantageux  et  les  plus  consolants.» 

La  Colombe  du  tabernacle,  par  le  K,  P.  Kinane,  n'a  pas  l'étendue  et 
la  variété  des  madères  du  précédent  ouvrage;  l'auteur  concentre  toute 
son  attention  sur  le  mystère  de  nos  autels  et  nous  préseiUe,  sous  une 
forme  attrayante,  les  considérations  les  plus  élevées  et  aussi  les  plus 
pratiques  sur  l'Kucharistie.  Une  préface,  par  Mgr  l'archevêque  de 
Cashel,  sert  d'introduction  au  lecteur  pour  lui  permettre  de  bien  com- 
prer.drc  le  but  et  l'objet  de  cet  ouvrage.  «  Augmenter,  dit-il,  dans  le 
cœur  des  fidèles  l'amour  cl  la  dévotion  pour  Notre  Seigneur  dans  la 
divine  Eucharistie,  tel  a  été  le  but  du  pieux  auteur  de  ce  modeste  petit 
livre  que  nous  recommandons  fortement  à  nos  diocésains.  D'une  piété 
naïve  et  simple,  il  est  destiné  à  se  trouver  entre  les  mains  de  chacun, 
sans  exception.  Tous,  les  savants  connue  les  ignorants,  y  trouveront 
les  motifs  d'édification  et  de  perfectionnement  spirituel....  Les  cœurs 
sincei'es  apprendront  dans  ce  livre  à  aimer  plus  ardemment  Notre- 
Seigneur  dans  la  sainte  Eucbaristio;  à  le  recevoir  plus  fré(juemment  et 
dans  de  meilleures  dispositions;  à  le  visiter  plus  souvent....  Ce  petit 
livre,  appelé  avec  raison  la  Colombe  du  tabernacle,  est  bien  fait  pour 
répandre  partout  l'esprit  de  piété'.  »  Quatorze  chapitres  suffisent  pour 
épuiser  un  sujet  si  vaste  et  si  complexe  ;  ils  ti'aitent  de  l'Incarnation  et 
du  saint  Sacrement  ;  du  divin  Enfant  et  de  la  sainte  hostie  ;  de  la  sainte 


-   12-J  — 

maison  de  Loretle;  de  la  vie  cachée  de  Notre-Seigneiir  Jésiis-ChrisL  sut- 
la  terre  et  dans  rEucliaristie;  du  Calvaire  et  de  l'autel  ;  de  la  présence 
réelle,  du  sacrifice  adorable  de  la  Messe  et  de  la  manière  de  l'entendre  ;  de 
la  sainte  communion  ;  de  la  communion  fréquente;  de  la  communion 
spirituelle;  des  visites  au  saint  Sacrement;  des  saluts  et  du  saint 
viatique;  de  la  sainte  habitude  de  la  présence  de  Dieu.  Un  choix  de 
prières  indulgcnciées  et  les  exercices  pour  la  sainte  Messe  terminent  le 
volume.  Nous  nous  réjouissons  que  cet  ouvrage,  écrit  en  anglais,  ait  été 
traduit  en  notre  langue  ;  celte  traduction,  dont  les  lecteurs  sauront 
apprécier  les  incontestables  qualités,  nous  permet  de  profiter  des  excel- 
lentes considérations  du  P.  Kinane  sur  l'Eucharistie  et  étendra  parmi 
nous  les  bienfaits  qu'en  attendait  Mgr  l'archevêque  de  Cashel. 

La  pratique  de  la  prière  est  aussi  nécessaire  et  aussi  utile  que  la 
pratique  de  la  divine  Eucharistie;  et  de  la  prière,  comme  du  sacrement 
de  l'autel,  il  est  vrai  de  dire  qu'elle  n'est  pas  assez  connue,  qu'on  n'en 
use  pas  assez.  «Ce  qui  m'afflige,  dit  saint  Alphonse  de  Liguori,  c'est 
qu'on  ne  parle  presque  point  de  la  prière....,  c'est  que  les  livres  de 
piété  n'insistent  pas  assez  sur  ce  sujet....  »  Le  désir  de  faire  connaître 
davantage  la  Prière  et  de  la  recommander  plus  instamment  aux  fidèles 
a  inspiré  au  P.  Caels,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  le  livre  que  nous 
annonçons.  Se  déliant  trop,  et  bien  à  tort,  de  ses  propres  lumières, 
c'est  à  Bourdaloue  et  au  P.  de  Ravignau  que  l'auteur  est  allé  deman- 
der les  considérations  les  plus  élevées  et  les  plus  convaincantes  sur  la 
pratique  de  la  prière.  Il  a  choisi  de  préférence  ces  deux  auteurs  parce 
que,  dit-il,  «  ces  deux  princes  de  la  chaire  sacrée  se  sont  fait  un  devoir, 
dans  leurs  prédications  et  leurs  exhortations,  d'exciter  à  cette  pra- 
tique.... Ils  parlent  de  la  prière  avec  une  insistance  et  une  éloquence 
singulièrement  persuasives.  On  sent,  en  lisant  leurs  discours,  qu'ils 
enseignent  ce  qu'ils  ont  fidèlement  pratiqué  eux-mêmes.  »  Voici  en 
quel  ordre  l'auteur  a  disposé  les  emprunts  qu'il  leur  a  faits.  Le  livre  est 
divisé  en  quatre  parties.  Dans  la  première,  l'auteur  fait  connaître  la 
nature  et  l'importance  de  la  prière  ;  dans  la  seconde,  il  expose  les 
méthodes  et  les  formes  de  la  prière;  il  consacre  la  troisième  aux  avan- 
tages, aux  consolations  et  aux  fruits  delà  prière;  enfin  les  modèles,  les 
conditions  et  les  défauts  de  la  prière  font  l'objet  de  la  quatrième  et  der- 
nière partie.  Ce  court  aperçu  doit  suffire  pour  donner  une  idée  du  vo- 
lume qui  contient  les  meilleures  pages  de  deux  illustres  orateurs  sur  la 
prière  :  «  Ce  traité,  nous  n'en  doutons  pas,  sera  lu  avec  fruit,  môme 
après  tant  de  bons  ouvrages  qui  ont  été  composés  sur  un  sujet  si  fé- 
cond. » 

Voici  un  autre  livre  l'ail  aussi  de  citations,  mais   celui-ci  sans  unité 

s  de  plan  ;  il  n'a,  d'ailleurs,  pour  but  que  d'oflVir  un  choix  de  Lectures 

pieuses.  Mais  comme  ce  choix  s'est  inspiré  du  meilleur  goût,  ces  pages 


—  12G  — 

nous  produisonl  l'pfïet  d'un  délicieux  écrin  où  sont  renfermées  les 
pierres  les  pins  précieuses.  «  Ceux  qui  respireront  les  parfums  de  vos 
Heurs,  écrit  Mgr  de  Chartres  à  M"""  de  Beaurecueil,  vous  sauront  gré 
d'avoir  rassemblé  pour  eux  ce  qui  était  épars  dans  beaucoup  de  volumes 
et  de  leur  en  avoir  préparé  un  qui  peut  en  suppléer  plusieurs  autres.  » 
Mgr  Lagrange  a  raison  :  les  Lectures  pieuses  renferment  ce  qu'il  y  a  de 
meilleur  dans  plus  de  vingt  gros  volumes  et  en  tiennent  suffisamment 
lieu.  iSous  voyons  défiler  saint  Jérôme,  saint  Augustin,  sainte  Paule, 
sainte  Thérèse,  saint  Jean  de  la  Croix,  M""  Acarie,  sainte  Chaulai, 
M'"''  Barat,  Silvio  Pellico,  P.  de  Ravignan,  etc.,  etc.,  qui  viennent  nous 
offrir,  pour  noire  intelligence  et  pour  notre  cœur,  la  plus  agréable  et 
la  plus  subslanlielle  nourriture.  Mais  à  l'arrivée  de  chacun  de  ces 
saints  ou  illustres  personnages,  l'aulenr  nous  le  présente  eu  nous 
donnant  un  résumé  de  sa  vie  ;  il  nons  est  aussitôt  sympathique  et 
ce  qu'il  va  dire  nous  plaira  davantagH.  Ces  résumés  et  ces  exlrails 
représentent  une  somme  considérable  de  travail;  U  a  fallu  à  M"^  de 
Beaurecueil  de  longues  et  sérieuses  Lectures  pour  arriver  à  préparer 
celles  qu'elle  oflre  aujourd'hui.  Nous  désirons  vivement  que  chacun 
fasse  pour  le  livre  dont  nous  parlons  ce  que  l'auteur  a  fait  pour  tous 
ceux  qu'elle  a  consultés  et  lus;  qu'ils  le  lisent  «  la  plume  à  la  main  « 
ou  an  moins  avec  attention  :  c'est  le  seul  moyen  pour  eux  d'en  profiler 
réellement. 

Ce  sont  encore  des  Fleurs  que  M.  l'abbé  Pailler  a  cueillies  dans  la 
vie  et  les  écrits  des  saints,  et  dont  il  a  formé  comme  un  délicat  et  odo- 
rant bouquet.  Nous  avons  sous  la  main  trois  de  ses  opuscules,  contenant 
chacun  trente  et  une  lectures  extraites  des  œuvres  de  quelque  docteur 
de  l'Église  :  l'un  est  consacré  aux  œuvres  de  saint  vMphonse  de  Liguori, 
l'autre  à  saint  Anselme,  le  troisième  à  sainl  Bei-nard,  avec  ces  sous- 
titres  :  Manière  de  converser  avec  Dieu;  Incarnation  et  Rédemption; 
Jésus  et  Marie.  On  pressent  quelles  pages  délicieuses  renferment  ces 
opuscules  et  combien  l'auteur  a  eu  raison  de  nous  prévenir  qu'il  a 
cueilli  dans  le  parterre  de  l'Église  des  Fleurs  et  des  fruits  d'or.  Que  nos 
lecteurs  s'empressent  de  savourer  le  parfum  de  ces  tleurs  el  de  goûter  à 
ces  excellents  fruits  !  Ce  sont  des  livres  qui  ne  s'analysent  pas  :  ils  de- 
mandent à  être  lus  f.'t  médités;  nous  leur  souhaitons  un  grand  nombre 
de  lecteurs. 

Après  la  théorie,  la  pratique;  après  la  leçon,  l'exemple.  La  Vie  de 
saint  Jeun- Baptiste  s'offre  maintenant  pour  nous  montrer  comment  il 
nous  est  possible  de  traduire  en  actes  les  préceptes  et  les  conseils  dont 
nous  avons  appris  à  connaître  l'obligalion  et  l'importance.  Cependant, 
il  nous  convient  d'ajouter  que  «  lœuvre  de  M.  l'abbé  Dewez  n'est  pas 
un  travail  exclusivement  historique;  »  il  est  formé  de  méditations  et 
d'élévations  mystiques.  L'auteur  rapporte  les  passages  des  évangélistes 


—  127  — 

ayant  trait  à  la  vie  Au  Précurseur  et  y  ajoute  les  développements  histo- 
riques, philosophiques  et  moraux  que  comportent  les  textes  sacrés.  Les 
cilalions  nombreuses,  empruntées  avec  discernement  aux  saints  Pères, 
à  Bossuet,  à  f3onrdaloue,  etc.,  prouvent  le  soin  que  l'auteur  a  mis  à  la 
partie  littéraire  de  son  travail.  M.  l'abbé  Dewez  est  mort  depuis  bientôt 
cinq  ans  et  il  n'a  pu  mettre  la  dernière  main  à  son  livre.  M.  l'abbé 
Nolet,  son  ami,  s'est  char^^é  de  le  suppléer,  et  il  s'est  acquitté  de  cette 
tâche  avec  tout  le  soin  qu'elle  réclamait.  Aussi  a-t-il  raison  de 
dire  :  «  La  lecture  de  ces  pages  ascétiques  et  littéraires  plaira,  nous  en 
sommes  persuadé,  aux  personnes  qui  recherchent  les  livres  dont  le 
fond  et  la  forme  sont  également  recommandables;  elle  édifiera  les  com- 
munautés religieuses....;  elle  trouvera  bon  accueil  auprès  de  tous  ceux 
qr.i,  portant  le  nom  du  saint  Précurseur,  désireront  lire  cette  nouvelle 
publication  faite  en  son  honneur.  » 

Saint  Jean-Baptiste  est  le  dernier  anneau  de  cette  longue  chaîne  de 
saints  personnages  qui  ont  vécu  depuis  Adam  jusqu'à  Jésus-Christ,  et  le 
premier  de  cette  chaîne  nouvelle  qui  rattache  notre  époque  à  celle  du 
Sauveur.  Pour  ne  parler  que  de  l'histoire  sainte,  qui  comprend  les  quatre 
mille  ans  écoulés  depuis  la  création  jusqu'à  l'Ascension  du  Sauveur, 
que  de  faits  intéressants  à  connaître!  Parmi  les  résumés  nombreux  de 
cette  histoire,  nous  distinguons  volontiers  celui  que  vient  de  publier  le 
docteur  L  Schuster  avec  l'approbation  d'un  grand  nombre  d'évèques.  Le 
style  en  est  excellent,  clair,  rapide,  littéraire;  les  coupures  des  récils 
sont  courtes,  très  fréquentes,  précédées  toujours  d'un  titre  bien  en  évi- 
dence; il  n'est  presque  pas  une  page  sans  une  gravure  destinée  à  rap- 
peler le  fait  le  plus  saillant  dont  il  est  question.  Aussi  ne  nous  éton- 
nons-nous pas  de  la  faveur  avec  laquelle  ce  petit  Abrégé  de  thisloire 
sainte  a  été  accueilli  partout,  dans  nos  écoles  chrétiennes;  il  en  est  déjà 
à  sa  neuvième  édition  et  il  ne  s'arrêtera  pas  en  si  bon  chemin. 

58-34-.  —  Dévotions.  —  La  meilleure  pratique  de  dévotion  en  l'honneur 
de  la  Très  Sainte  Vierge  est  sans  contredit  la  récitation  du  Petit  Office  : 
elle  est  aussi  la  plus  agréable  à  FÉghse,  qui  a  pris  soin  de  composer  un 
ofFir.e  spécial  pour  cette  dévotion.  Un  grand  nombre  de  communautés  le 
récitent,  et,  dans  le  monde,  on  pourrait  bien  trouver  assez  de  fidèles  qui 
disent  cet  office  au  moins  le  samedi  et  les  jours  de  la  fête  de  la  Vierge. 
Ce  qui  est  moins  commun,  c'est  la  récitation  du  Petit  Office  en  grec  : 
ceci  est  spécial  aux  savants,  aux  prêtres,  mais  ce  n'est  pas  si  rare  qu'on 
le  pense.  Aussi  les  moines  bénédictins  de  l'abbaye  de  Saint-Dominique 
de  Lilos  ont-ils  eu  l'excellente  pensée  de  faire  une  édition  de  l'oflice 
de  la  Vierge  en  latin  et  en  grec,  répondant  ainsi  au  désir  d'un  certain 
nombre  de  leurs  confrères  et  de  prêtres  séculiers.  La  langue  grecque  est 
aussi  la  langue  de  l'Église  ;  elle  a  sa  liturgie  reconnue  et  approuvée  ;  elle 
mérite  bien  de  n'être  pas  oubliée.  D'autre  part,  le  grec,  discrédité  de 


—  128  — 

pins  C'A  plus  auprès  de  nos  universitaires,  risque  Ibrl  de  devenir  le  pri- 
vilège de  quelques  rares  érudits  :  il  est  bon  que  la  langue  de  Ciirysos- 
tome,  qui  est  aussi  celle  de  Démoslhène,  soil  assurée  de  trouver  un 
refuge  au  sein  du  clergé,  à  qui  Dieu  a  confié  la  garde  de  toutes  les 
sciences.  Au  Petit  O/fice  en  Thonneur  de  la  Vierge  est  joint,  dans  le 
même  volume,  et  aussi  dans  les  deux  langues,  l'office  dos  morts. 

Une  autre  dévotion  excellente  envers  la  Mère  de  Dieu  est  celle  du 
saint  Rosaire,  qui  a  pris  en  notre  siècle,  et  surtout  depuis  Léon  XIII, 
une  grande  extension.  Les  livres  qui  traitent  de  cette  dévotion  sont 
innombrables,  mais  ils  n'ont  pas  tous,  il  s'en  faut,  les  mêmes  qualités  et 
la  même  valeur.  Celui  que  nous  annonçons  nous  paraît  pouvoir  être 
classé  parmi  les  bons  :  il  est  assez  étendu  pour  comprendre  tout  ce  qu'il 
est  nécessaire  de  dire  sur  cette  dévotion  ;  il  ne  l'est  pas  trop  pour  que 
les  simples  fidèles  en  puissent  être  effrayés.  L'auteur  a  eu  pour  but  l'ins- 
truction du  commun  des  fidèles  et  ses  efforts  ont  tendu  à  se  mettre  à 
leur  portée.  «  Les  mystères  sont  faciles  à  comprendre,  dit-il;  les  per- 
sonnes les  plus  simples  les  connaissent  déjà  pour  la  plupart,  quoique 
d'une  manière  confuse  :  il  ne  leur  manque,  pour  y  mettre  de  l'ordre, 
(jue  l'enchaînement  liistoriqne  des  foils  qui  en  sont  l'objet.  Les  vertus 
pratiques  qui  sont  le  fruit  naturel  de  ces  mystères  sont  plus  difficiles  à 
saisir.  Les  personnes  dépourvues  d'instruction  ont  besoin  d'un  guide 
qui  les  dirige  dans  cette  étude....  »  L'auteur  du  Manuel  du  saint  Rosaire 
à  rusage  des  personnes  pieuses  s'offre  à  être  ce  guide,  et,  à  en  juger  par 
les  bonnes  qualités  de  son  travail,  il  ne  présume  pas  trop  de  lui-même; 
ses  explications  sont  courtes, précises,  intelligildes,  surtout  très  exactes; 
elles  sont  propres  à  faire  mieux  connaître  le  Mosaire,  à  le  faire  aimer  et 
à  en  propager  la  iiratiipie.  Six  chapitres  sont  consacres  à  rappeler  l'ori- 
gine de  la  dévotion  el  de  la  fêle  du  Rosaire;  à  donner  la  vraie  notion  de 
cette  dévotion;  à  indi(|ner  la  manière  de  réciter  le  Rosaire;  à  en  démon- 
trer l'excellence;  à  expliquer  les  prières  qui  le  composent,  à  exposer  les 
mystères  et  à  méditer  sur  les  vertus  qui  en  sont  le  fruit.  La  deuxième 
partie  du  livre  est  sjiéciale  à  la  confrérie  du  Saint-Rosaire,  et  puis,  en 
appendice,  se  trouvent  des  exercices  spirituels  pour  la  sainte  Messe, 
pour  la  communion,  la  visite  au  saint  Sacrement,  pour  la  dévotion  au 
Sacré  Cœur  et  aux  àm^"'S  du  [Purgatoire,  etc.  Manuel  complet  de  piété. 

Le  Mois  du  saint  Rosaire,  ])ar  le  R.  P.  Michel,  est  exclusivenient 
pratique  :  c'est  la  méditation  d'un  des  quinze  mystères  pour  chaque 
jour  du  mois,  chacpie  mystère  étant  doublé  par  la  considération  qui  en 
est  faite,  soit  |)ar  i-apport  à  Jésus,  soil  par  rajjport  à  Marie.  Cette  nou- 
velle el  ingénieuse  manière  de  méditer  les  saints  mystères  nous  a  bien 
plu  el  beaucoup  intéressé,  d'autant  mieux  que  ce  rapprochement  est 
fait  sans  effort,  très  naturellement.  Rien,  d'aillcm-s,  de  plus  logique  et 
de  plus  vrai  que  celte  union  intime  et  constante  du  Fils  et  de  la  Mère. 


—  129  — 

Mgr  l'évêque  do  Chartres  a  loué  «  ces  pages  simples,  pieuses,  élégantes, 
qui  conlrii)ueronL  à  ni«lLro  en  honiiour  une  dévolion  si  salutaire  et 
sanclifianle.  »  Ces  mois  suffisent  à  recommander  ce  petit  opuscule. 

Le  Mois  des  saints  anges,  du  mèm?  autenr  ,  approuvé  aussi  par 
Mgr  l'évêque  de  Chartres,  est  fait  sur  le  même  plun  que  le  Mois  du 
saint  Rosaire.  Dan.^  une  cinquantaine  de  pages,  le  P.  Michel  a  su  con- 
denser ce  que  la  théologie  et  les  Pères  nous  ont  enseigné  sur  les  esprits 
célestes,  ce  que  les  auteurs  spirituels  nous  apprennent  de  leurs  vertus 
qui  doivent  nous  servir  d'exemples..  Ce  petit  livre  contribuera  aussi 
beaucoup  à  propager  la  dévolion  aux  saints  anges,  «  dévolion  solide, 
ancienne,  approuvée  et  éprouvée,  dévotion  aimable  et  gracieuse,  dévo- 
tion salutaire.  »  Nous  serions  heureux  que  ce  Mois  des  saints  anges 
fût  répandu  à  profusion  dans  nos  écoles,  afin  que  nos  enfants,  formés 
de  bonne  heure  à  cette  dévotion,  fussent  plus  excités  à  imiter  de  tels 
modèles  et  à  rechercher  le  secours  de  tels  protecteurs. 

Le  Manuel  de  la  dévotion  à  saint  Dominique,  par  le  R.  P.  Mathieu, 
comprend  d'abord  l'office  en  l'honneur  du  saint  et  un  grand  nombre 
de  prières  et  de  pratiques  en  usage  dans  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs 
et  parmi  beaucoup  de  simples  fidèles  dévots  à  saint  Dominique.  Une 
seconde  partie  comprend,  en  trente  chapitres,  l'Imitation  de  saint  Domi- 
nique. Le  Culte  de  ce  saint  fait  l'objet  d'une  troisième  partie  et  l'ou- 
vrage se  complète  par  les  Dévotions  de  l'ordre.  Ce  manuel  peut  conve- 
nir à  tous  les  fidèles,  mais  il  s'adresse  spécialement  aux  religieux  et 
religieuses  du  grand  ordre  dominicain,  aux  tertiaires  de  l'un  et  de 
l'autre  sexe  vivant  au  milieu  du  monde,  aux  membres  si  nombreux 
delà  confrérie  du  Saint-Rosaire.  11  est  revêtu  de  l'approbation  des  Su- 
périeurs et  de  l'Ordinaire,  ce  qui  est  un  gage  de  son  orthodoxie;  à  cha- 
cun de  nous  maintenant  d'en  goûter  la  suave  onction,  de  savourer  le 
parfum  de  piété  qui  s'en  exhale,  de  nous  laisser  charmer  par  ce  style 
facile,  correct  et  élégant  qui  le  distingue. 

Le  Mois  des  trépassés  avait  été  écrit  en  breton  par  M.  l'abbé  Kerné. 
Devenu  populaire  dans  cette  région  où  la  foi  s'est  conservée  si  forte  et 
si  ardente,  il  devait  franchir  les  limites  trop  étroites  de  la  Bretagne  et 
se  répandre  dans  toute  la  France.  Du  breton,  l'auteur  lui-même  l'a  tra- 
duit en  français,  «  en  s'etforçant  de  conserver  à  son  nouveau  travail  la 
couleur  et  la  simplicité  naïve  de  l'original.  »  Ce  qui  n'a  pas  empêché 
cette  traduction  d'être  faite  en  un  excellent  français.  Ce  «  mois  »  est  ab- 
solument écrit  selon  le  mode  de  nos  anciens  Mois  de  Marie,  le  meilleur 
mode  pour  cette  dévotion  populaire  :  une  lecture  pour  chaque  jour  avec 
un  exemple  ou  une  histoire  à  l'appui.  11  y  a  là  d(3  quoi  satisfaire  tous 
les  goûts  cl  de  quoi  contenter  les  plus  exigeants,  avec  ce  caractère  spé- 
cial que  soit  l'exemple,  soit  la  méditation,  y  revêt  «  cette  forme  toute 
familière  et  toute  paternelle  de  l'enseignement  religieux  en  Bretagne.  » 
Février  1893.  T.  LXVII.  9. 


—  J30  — 

L'auteur  dédie  ?on  livre  aux  saintes  àuies  du  Purgatoire,  eu  faveur  des- 
quelles il  veut  exciter  la  plus  etricace  compassiou. 

Uu  mol  seuloiueul  des  Recollectiones  precaloriae  extraites  des  œuvres 
du  R.  P.  Léonard  Lessius,  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Ce  petit  volume, 
destiné  aux  prêtres  et  aux  fidèles  instruits,  comprend  quatorze  médita- 
tions en  forme  de  prières  sur  les  perieclions  divines  et  sept  autres  sur 
les  fruits  à  tirer  des  considérations  précédentes.  Ces  pages  sont  bien  an- 
ciennes, elles  ont  pins  de  denx  siècles  d'existence,  mais  elles  n'ont  fait 
que  gagner  à  cette  longue  épreuve  du  temps,  loiijours  bien  lues  et  très 
appréciées.  L'édition  nouvelle,  qui  |)araît  avec  l'approbation  de  l'arche- 
vèqne  de  Fribourg,  permettra  à  un  plus  grand  nombre  de  lecteurs  de 
goûter  ces  Recollectiones  si  remplies  «  de  la  plus  suave  onction  et  de  la 
plus  profonde  doctrine.  »  F.  Cdapot. 


THEOLOGIE 

JÉtudc  Hwiv  la  caiioiiicitc  des  Valûtes  Éeritiirew,  par  le  cha- 
noine Magnier,  ancien  professeur  d'Écriture  Sainte  au  grand  séminaire 
de  Soissons.  I.  Ancien  Testament.  ï^aris,  Lethielleux,  1893,  in-12  de 
392  p.  —  Prix  :  4  fr. 

V Élude  sur  la  canonkité  des  Saintes  Ecritures,  de  M.  l'abbé  Magnier, 
est  la  critique  et  la  réfutation  de  l'Histoire  du  canon  de  r  Ancien  Tes- 
tament par  M.  l'abbé  Loisy,  professeur  d'Écriture  Sainte  à  l'Institut 
catholique  de  Paris.  Cette  étude  a  paru  d'abord  en  articles,  du  moins 
quant  au  fond,  dans  le  journal  l'Univers.  M.  Magnier  reproche  à 
M.  Loisy  de  reculer  la  cauonicité  des  Écritures  de  l'Ancien  Testament  à 
des  époques  prodigieusement  éloignées  delà  composition  des  livres  et  de 
l'appuyer  sur  un  fondement  absolument  ruineux,  d'ailleurs  insaisissable  : 
l'autorité  de  la  Bible  partagée  en  deux  :  l'une  d'un  ordre  supérieur, 
l'autre  d'un  ordre  inférieur,  lesquelles  semblaient  être  essentiellement 
distinctes  dans  la  pensée  de  l'auteur.  M.  Loisy  suppose,  d'après  M.  Ma- 
gnier, que  l'inspiration,  source  de  l'autorité  biblique,  varie  selon  l'objet 
des  Livres  Saints;  qu'elle  est  plus  intense  en  certains  livres  qu'en 
d'autres;  dans  un  même  livre,  en  quelques  parties  plus  qu'en  d'autres.  11 
ne  donne  que  des  idées  vagues  et  indécises  sur  la  nature  de  l'inspiration  ; 
il  ne  dit  pas  nettement  si  elle  préserve  l'écrivain  de  l'erreur  ou  si  elle 
l'abandonne  au  contraire  à  ses  propres  connaissances  et  même  aux  pré- 
jugés de  sa  formation  intellectnello.  11  semble  admettre  deux  auteurs  des 
Saintes  Écritures,  Dieu  et  un  homme.  Tout  ce  qui  touche  au  dogme 
aurait  Dieu  pour  auteur  principal,  et  c'est  sans  doute  relativement  à 
cet  objet  que  l'inspiration  atteindrait  le  degré  le  plus  intense,  en  sorte 
que,  sur  ce  point,  l'écrivain  serait  réellement  et  (;IIicac(!ment  iirémuni 
contre  l'erreur;  m;iis  il  ne  dit  [luint  (mi  (pioi  consiste  l'inspiration  (jui  se 


—  131  — 

rapporte  aux  antres  objets  et  qui  paraît  être  de  second  ordre.  Telle  est  la 
doctrine  que  M.  Magnier  attribue  à  M.  Loisy.  Il  est  certain  que  ce  n'est 
pas  la  doctrine  des  docteurs  catlioliques.  Mais  nous  pensons,  sans  pré- 
tendre que  l'anteur  de  VHisloire  du  canon  de  l'Ancien  Testament  soit  à 
l'abri  de  toute  critique  et  sans  vouloir  juslifier  toutes  ses  assertions,  que 
M.  iVIagnier  l'a  ma!  compris  et  lui  a  attribué  des  idées  et  des  opinions 
qu'il  n'a  point.  M.  Loisy,  écrivant  l'histoire  du  canon,  n'a  pas  traité 
ex  professa  la  question  de  la  nature  de  l'inspiration,  qui  est  en  eflét  dif- 
iérente.  M.  îMaguier  a  d'ailleurs  raison  de  soutenir  dans  la  première  partie 
de  son  livre  que  l'inspiration  est  le  fondement  de  la  canonicité  des  Livres 
Saints.  Mais  tout  ce  qu'il  dit,  dans  la  seconde  partie,  sur  la  démonstra- 
tion de  la  canonicité  des  Livres  de  l'Ancien  Testament  dans  la  syna- 
gogue juive  est-il  également  satisfaisant  et  suffisamment  prouvé?  Ce 
qu'il  dit,  page  115,  sur  la  révélation  divine  est  assez  peu  précis.  Ce  qu'il 
dit,  pages  122-123,  sur  la  manière  dont  les  juifs  reconnaissaient  la 
canonicité  d'un  livre  inspiré  l'est  moins  encore  et  repose  sur  de  simples 
affirmations,  non  sur  des  preuves.  Il  est  vrai  que  la  question  est  fort 
difficile,  et  si  l'auteur  n'est  pas  toujours  aussi  démonstratif  qu'on  pour- 
rait le  désirer,  on  doit  toujours  rendre  hommage  à  l'orthodoxie  de  sa 
doctrine  et  à  la  science  théologique  et  patristique  dont  il  fait  preuve. 

xN.  0. 

L,e  Uroit  social  de  rÉglîse,  par  P.  Ch.  M.,  docteur  en  droit.  Paris, 
Retaux;  Larose  cL  Forcel,  1892,  in-8  de  414  p.  —  Prix  :  4  l'r. 

Voici  un  livre  qui,  dans  les  circonstances  présentes,  peut  être  fort 
utile.  Rien  de  plus  à  propos,  j'ajouterai  de  plus  nécessaire  que  de  mettre 
en  relief  le  rôle  social  de  l'Église.  Depuis  que  la  foi  a  diminué  parmi 
nous,  il  s'est  fait  entre  les  incroyants  et  les  croyants  timides  une  sorte 
d'opinion  moyenne  qui  tend  à  considérer  l'Église  comme  une  école  de 
philosophie.  Ce  sont  croyances  intimes  que  l'on  adopte  ou  que  l'on 
rejette,  selon  son  point  de  vue;  c'est  aSaire  de  goût  personnel,  et  entre 
honnêtes  gens,  on  ne  se  préoccupe  point  de  ces  divergences  indivi- 
duelles. Tout  autre  est  l'idée  que  l'Église  nous  donne  d'elle-même. 
Elle  se  présente  comme  une  société,  un  peuple,  suivant  l'expression  de 
l'Écriture,  société  qui  a  des  droits  comme  telle  et  qui  les  réclame,  et  qui 
prétend  même  à  une  certaine  supériorité  sur  les  sociétés  civiles  for- 
mées dans  son  sein. 

L'auteur  de  ce  livre  cache  son  nom,  mais  il  ne  cache  point  ses  idées. 
On  voit  de  suite  que  l'on  a  affaire  à  un  catholique  décidé.  Il  se  donne 
même  des  airs  d'intransigeance  qui  ne  sont  point  justifiés  par  la  suite 
de  l'ouvrage,  car  ses  conclusions  nous  ont  paru  en  définitive  plus  modé- 
rées que  ne  l'annonçaient  ses  prémisses.  Au  premier  moment,  on  eût 
pu  croire  qu'il  exigeait  une  subordination  complète  de  l'État  à  l'Église, 


—  132  — 

ce  qui  eût  fait  crier,  par  bien  des  gens,  à  la  théocratie.  Aux  conclusions, 
on  voit  qu'il  ne  s  "agit  que  de  la  liberié  d'action  de  l'Église,  du  respect 
de  ses  droits  et  de  la  conformité  obligatoire  de  la  loi  dans  les  États  chré- 
tiens aux  lois  divines  positives.  Tout  cela  ne  saurait  être  sériouseuient 
mis  eu  doute,  car  on  ne  saurait  accepter,  au  point  de  vue  rationnel,  la 
prétention  de  l'État  révolutionnaire  d'être  la  première  et  l'unique  source 
du  droit.  L'Église  a  déjà  rencontré  cette  prétention  dans  l'Empire  ro- 
main :  elle  y  a  été,  et  elle  serait  encore  aujourd'hui,  la  cause  d'une  ty- 
rannie effroyable. 

Après  avoir  établi  les  notions  fondamentales,  l'anleur  expose  la  na- 
ture de  la  société  civile  et  de  la  société  religieuse,  les  rapports  de  l'une 
et  de  l'autre.  Il  montre  la  nécessité  de  la  morale  pour  la  prospérité 
même  de  l'ordre  social,  et  l'impossibilité  de  fonder  une  morale  vivante 
et  pratique  en  dehors  de  la  religion.  Il  indique  ce  qu'il  tant  penser  des 
prétentions  du  gouvernement,  prétentions  qu'on  n'hésite  pas  à  renou- 
veler de  cet  ancien  régime,  qu'on  décrie  tant  d'ailleurs  :  nécessité  du 
visa  aux  lettres  pontificales,  appel  comme  d'abus,  vente  des  biens  des 
menses  épiscopales,  etc.,  tout  cet  attirail  de  mesures  que  l'on  prétend 
défensives,  et  qui  n'ont  d'autre  but  que  d'éloufter  peu  à  peu  l'Église 
dans  une  foule  d'entraves. 

L'auteur  explique  encore  ce  qu'il  faut  penser  de  l'interdiction  des 
processions,  des  écoles  neutres,  de  la  police  purement  civile  des  cime- 
tières, de  la  crémation  et  d'autres  questions  actuelles. 

Cet  ouvrage,  on  le  voit,  a  une  portée  très  pratique.  Mais  pour  le  lire 
avec  fruit,  il  faut  croire  préalablement  à  la  mission  divine  de  l'Église. 
Excellent  pour  agir  sur  les  catholiques,  il  ne  peut  guère  avoir  d'action 
sur  les  libres  penseurs.  C'est  une  des  dithcultés  de  notre  époque  de  pu- 
blicité à  outrance,  que  le  livre  va  à  la  fois  à  ceux  auxquels  il  est  néces- 
saire et  à  ceux  qu'il  heurte  et  dont  il  exaspère  les  préjugés.  Le  seul 
moyen  de  diminuer  cet  inconvénient  inévitable,  c'est  un  grand  soin  à 
n'apporter  que  des  arguments  absolument  certains,  et  d'éviter,  même 
en  exprimant  une  indignation  juslitîée,  un  ton  de  pamphlet  qui  nuise  à 
la  dignité  de  la  matière.  A  ce  point  de  vue,  il  nous  semble  que  l'auteur 
s'est  par  moments  laissé  entraîner.  Toutefois,  il  nous  parait  avoir  fait 
une  bonne  œuvre.  La  France  n'est  plus  catholique  du  fait  du  gouverne- 
ment, elle  l'est  encore  par  les  mœurs.  Cette  situation  ambiguë  crée  des 
difficultés  spéciales.  11  importe,  dans  cet  état  troublé,  qu'au  moins  les 
catholiques  sachent  bien  ce  qu'est  l'Église,  ce  qu'elle  veut  et  quels  sont 
ses  droits,  encore  que  les  circonstances  les  obligent  souvent,  dans  l'ap- 
plication, à  se  contenter  de  peu.  D.  V. 


33 


SGIExNCES 

Les  PassSous  et  la  voSouté,  par   J.    Gardair.   Paris,  Lethielleux, 
1892,  iii-12  de  506  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Le  nouvel  ouvrage  de  M.  Gardair  esl  la  rédaction  du  cours  que  ce  vail- 
lant défenseur  de  la  philosophie  thomiste  a  professé  à  la  Sorbonne  au 
printemps  de  1892.  On  y  trouvera  exposée  avec  une  grande  Qdélité  la 
belle  cl  profonde  théorie  de  saint  Thomas  sur  les  passions,  l'amour  et  la 
haine,  le  plaisir  et  la  douleur,  l'espérance,  la  crainte,  la  colère,  etc.  Les 
fines  et  pénétrantes  analyses  de  l'Ange  de  l'école  sont  reproduites  par 
M.  Gardair  avec  exactitude  et  dans  un  style  d'une  parfaite  hmpidité. 
H  y  a  beaucoup  à  apprendre  dans  ce  livre,  car  la  théorie  de  saint  Tho- 
mas sur  les  passions  est  fort  peu  connue  eu  dehors  du  monde  ecclésias- 
tique, et  elle  résout  heureusement  bien  des  questions  autour  desquelles 
s'agitent  en  vain  les  penseurs  modernes. 

Si  j'avais  un  regret  à  exprimer  au  professeur  distingué  qui  nous 
donne  ce  livre,  ce  serait  qu'il  s'est  peut-être  laissé  trop  entraîner  par  le 
plaisir  de  suivre  dans  tous  leurs  détails  les  subtiles  observations  du 
Prince  de  l'école.  J'aurais  souhaité  qu'il  négligeât  les  moins  importantes. 
Dans  la  chaire  de  la  Sorbonne  la  chaleur  du  débit  couvrait  lout;  à  la 
lecture,  cette  suite  pressée  de  distinctions  délicates  paraît  un  peu  aride. 

Un  des  principaux  mérites  de  iM.  Gardair  est  sou  soin  scrupuleux  à 
suivre  pas  à  pas  l'enseignement  du  maître;  il  ne  marche  jamais  qu'ap- 
puyé sur  des  textes  du  Prince  de  l'école.  Il  y  a  pourtant  une  partie  de 
son  livre  où  il  est  plus  personnel;  il  n'en  est  que  plus  attachant.  C'est 
celle  où  il  traite  de  la  volonté,  du  bien  et  du  libre  arbitre.  M.  Gardair  a 
depuis  lun^lemps  conçu  l'idée  très  juste  qu'il  y  a  un  fond  de  platonisme 
derrière  le  péripatétisme  de  saint  Thomas.  11  s'applique  avec  raison  à  le 
mettre  en  lumière.  Mais  la  préoccupation  de  ce  point  de  vue  ne  lui  a-t- 
elle  pas  fait  exagérer  certaines  conclusions?  Les  nombreux  passages  où 
saint  Thomas  identifie  la  notion  universelle  du  bien  avec  le  bien  absolu 
et  avec  Dieu  môme,  veulent-ils  dire  autre  chose  sinon  que  là  seulement 
l'homme  peut  et  doit  chercher  la  réalisation  complète  el  sans  mélange 
de  la  notion  du  bien?  Est-il  bien  vrai  que  nous  ayons  conscience  d'une 
tendance  nécessaire  vers  le  bien  absolu  et  parfait?  Une  telle  conscience 
ne  nous  induirait-elle  pas  à  conclure  que  la  possession  complète  de  ce 
bien  nous  est  due  même  dans  l'ordre  naturel  ?  Telles  sont  les  diffi- 
cultés qui  nous  venaient  à  l'esprit  en  lisant  ces  belles  pages  sur  la  vo- 
lonté et  le  bonheur,  pleines  d'ailleurs  de  vues  si  élevées  et  d'aspi- 
rations si  religieuses.  D.  V. 


—   134  — 

La  Pliilosophîe  de  récriture,  par  Louis  Deschamps.  Paris,  Alcan, 
1892,  iii-8  de  160  p.  —  Prix  :  3  iV. 

Nous  ouvrons  ce  volume,  el  un  spectacle  inallendu  frappe  aussilôt 
nos  yeux  :  au  Ironlispice,  à  la  place  d'honneur,  figure  un  bel  autographe 
de  M.  Crépieux-Jamin,  «  fond.iLeur  de  la  graphologie;  »  quant  à  l'abbé 
INJichon,  il  aura  son  tour  plus  loin,  parmi  les  pages  du  texte,  avec  une 
part  de  londaleur  galamment  octroyée;  les  dates  sont  là,  d'ailleurs,  pour 
atténuer  l'anachronisme.  Le  livre  qui  nous  révèle  ainsi,  dès  avant  sa 
première  ligne,  son  esprit  el  sa  note  dominante,  est  édité  avec  beaucoup 
de  soin;  il  contient  vingt-six  planches  d'écritures-types  d'une  reproduc- 
tion parfaite;  il  comprend,  à  la  suite  d'un  Avant-pi-opos,  quatre  cha- 
pitres, savoir  :  L  Principes  généraux  ;  H.  Eludes  pratiques;  IlL  Les 
Signes  graphologiques;  IV.  Bibliograjjhie.  Le  premier  d'entre  eux  est 
le  meilleur,  à  notre  avis,  car  il  présente  sous  une  forme  heureusement 
condensée  la  justification  delà  doctrine  dont  il  traite,  et,  se  tenant  dans 
les  sphères  élevées  de  la  philosophie  et  de  la  science,  il  est  générale- 
ment de  nature  à  rallier  les  sutirages  des  ledeurs  réfléchis.  Les  deux 
chapitres  suivants  sont  à  peu  près  consacrés  à  exposer  la  méthode  de 
M.  Crépieux-Jamin,  basée,  nous  dit-on,  sur  le  principe  suivant  :  «  Un 
signe  n'a  pas  de  valeur  absolue.  Considéré  seul  et  détaché  des  signes 
voisins,  il  n'a  qu'une  valeur  relative....  »  Le  Pobjbiblion  a  déjà  appré- 
cié, en  temps  opportun,  les  ouvrages  de  ce  dernier  auteur,  à  qui  nous 
sommes  redevables  de  vues  nouvelles  parfois  remarquables,  parfois  tra- 
duites en  généralisations  de  vérités  partielles,  et  qui  mérite  mieux  que 
de  dangereuses  apothéoses;  bornons-nous  à  rapprocher  de  la  propo- 
sition précitr-e  la  phrase  textuelle  du  Traité  pratique  fp.  28)  :  «  Si 
nous  considérons  un  signe  en  lui-même,  il  a  une  valeur  absolue,  mais 
dans  un  ensemble  il  a  une  valeur  relative,  n  M.  Louis  Deschainps  aurait 
dû  nous  dire  comment  il  concilie  ces  deux  assertions;  sa  discussion  eût 
pu  l'amener  à  tracer,  en  cette  matière,  la  ligne  de  partage  entre  la  cer- 
titude et  la  conjecture.  Malheureusement  la  critique  joue  un  rôle  des 
plus  eflacés  dans  celte  partie  de  son  livre.  Vient  ensuite  un  Index  bi- 
bliographique, le  plus  complet  qu'on  puisse  lire  sur  ce  sujet  :  nous  y 
trouvons,  entre  autres,  deux  notices  intéressantes,  l'une  sur  le  journal  la 
Graphologie,  l'autre  sur  l'abbé  Michon  ;  mais  la  plupart  des  écrits  spé- 
ciaux coNlem[)Orains  sont  l'objet  de  jugements  des  pins  sévères,  où  l'on 
eût  du  moins  aimé  à  découviir  ce  vernis  d'aménité  (jui  ne  dépare  ja- 
mais la  crilique.  Kn  résumé,  si  la  Philosophie  de  l'écriture  motive 
l'expression  do  quckpies  desiderata,  il  faut  reconnaître  que  'S\.  Louis 
DesrJKunps  y  a  fait  preuve  de  qnalil('s  peu  coiiimimes  d'exposition,  (]ui 
nous  itermettent  de  saluer  eu  lui  ime  recrue  de  valeur  pour  la  grapho- 
logie. L.  V. 


—  135  - 

Jabi'bïich    des  !^'atHr»vûsseiisel»afteis.   5.   Jahrgang,  1889-1890. 

Uiiter  Mitwirkung  voii  Jachmaiiacrn  berausgegeben  von  D""  Max  Wilder- 

MANN.  Fribourg  en  Brisgau,  Herder,  in-8  de  xi-595  p.,  avec  37  fig.  dans  le 

texte. 
Jlalirhsaelio...  6.  Jahrgang,  1890-1891.  Fribourg  en  Brisgau,  Herder,  in-8 

de  xi-527  et  xxvi  p.,  aveo  35  fig.  dans  le  texte. 

Jaliriteicli....  7.  Jahrgang,  1891-1892.  Fribourg  en  Brisgau,  Herder, 
1890-1892,  in-8  de  xvi-560  p.,  avec  35  fig.  dans  le  texte.  —  Prixde  chaque 
volume  :  Broché,  7  fr.  25;  relié  toile,  8  fr.  75. 

En  présentant  aux  lecteurs  du  Polybiblion  les  trois  derniers  volumes 
du  Jahrbuch  der  IValurivissenschaflen,  nous  n'avons  pas  à  revenir  sur 
récononiie  générale  de  celle  utile  publication,  qui  a  été  indiquée  dans 
un  précédent  compte  rendu  (t.  LVIIl,  p.  431).  La  distribution  et  le  mode 
de  division  des  matières  sont  restés  les  mêmes  que  pour  le  tome  IV,  sauf 
quelques  changements  dans  le  personnel  des  collaborateurs.  Ainsi,  pour 
la  chimie,  M.  Klingemann  remplace,  dans  les  tomes  V  et  Yl,  M.  Hoves- 
ledt,  qui  revient  avecle  tome  VII;  pour  la  météorologie,  M.  W.  Tnibert 
s'adjoint  à  M.  Peruter,  puis  reste  seul  chargé  de  la  rédaction  ;  la  zoologie, 
contiée  d'abord  à  plusieurs  naturalistes,  est  désormais  traitée  par 
M.  WeslhofT.  A  partir  du  tome  V,  M  F.  Behr  prend  la  géographie;  le 
rapport  consacré  aux  sciences  médicales  qui,  jusqu'au  cinquième  volume, 
avait  pour  auteur  M.  le  docteur  Schmitz,  passe  aux  mains  de  M.  le 
docteur  Bouibaum  dans  le  sixième,  etc. 

Des  répertoires  de  cette  nature,  dont  le  titre  indique  d'ailleurs  suflîsam- 
ment  l'objet,  se  recommandent,  mais  ne  s'analysent  pas;  disons  seulement 
que  ces  trois  nouveaux:  volumes  nous  ont  paru  confirmer  notre  impres- 
sion première  sur  les  qualités  et  les  défauts  du  Jahrbuch  :  malgré  les  quel- 
ques critiques  que  l'on  pourrait  formuler,  soit  au  sujet  du  plan,  soit  au 
sujet  de  l'exécution  du  travail,  ces  archives  annuelles  n'en  restent  pas 
moins,  sous  leur  forme  soiumaire,  d'un  maniement  commode  pour  les 
gens  du  monde:  l'on  voudrait  toutefois,  dans  quelques  chapitres,  notam- 
ment dans  ceux  où  il  est  question  d'histoire  naturelle,  une  allure  plus 
synthétique  et  moins  de  menus  fails  isolés,  qui  rappellent  un  peu  trop, 
parfois,  la  chronique  des  revues  hebdomadaires. 

Au  tome  VI  est  jointe  une  table  générale  des  cinq  premiers  volumes; 
cette  table,  qui  n'occupe  pas  moins  de  trente-six  pages  en  petits  cirac- 
lères,  est  disposée  par  ordre  alphabétique  pour  chacune  des  grandes  divi- 
sions adoptées  dans  le  recueil.  Le  tome  VII  conlient  en  outre  un  long 
article  nécrologique  sur  les  savants  morts  en  1891,  et  un  intéressant  ca- 
lendrier indiquant  les  principaux  phénomènes  célestes  observaides  en 
Europe  du  1"  mai  189-2  au  1"  mai  1893.  E.  M. 


—  136 


BELLES-LETTRES 

Dictionnaire  aipliabétiqiie  et  aualog;l<|ue  <le  la  langue 
fraucai^e.  à  l'usage  des  écoles,  par  Élie  Blanc.  (Collection  F.  T.  D.) 
Lyon,  E.  Vitte,  1892,'  in-16  de  H15  p.  —  Prix  cartonné  :  2  fr.  40. 

Nous  ne  saurions  recommander  trop  vivement  à  nos  lecteurs  l'excel- 
lent petit  ouvrage  que  vient  de  publier  M.  Élie  Blanc.  Nous  ne  nous 
arrêterons  pas  sur  la  partie  alphabétique  du  dictionnaire  ;  elle  ne 
diffère  pas  sensiblement  des  autres  publications  de  ce  genre  ;  la  nomen- 
clature cependant  nous  en  a  paru  sur  certains  points  plus  complète.  Mais, 
ce  qu'il  y  a  de  plus  neufdans  ce  travail,  ce  qui  mériîe  tous  éloges,  tant 
pour  la  conception  que  pour  l'exécution,  c'est  la  partie  analogique  ;  et 
c'est  là-dessus  que  nous  voulons  attirer  l'altention  du  public.  L'auteur 
a  pour  objet,  ici,  de  grouper  dans  un  ordre  systématique  les  mots 
épars  dans  la  partie  alphabétique.  On  a  là  comme  les  cadres  d'une  ency- 
clopédie résumée.  L'auteur  explique  excellemment  l'idée  qui  a  présidé  à 
son  plan  et  au  classement  des  mois  dans  cette  partie.  Sous  seize  chefs 
difierents  sont  groupés  tous  les  objets  de  la  connaissance  humaine  : 
1.  Dieu  (théologie);  2.  L'être  en  générai  (métaphysique  et  logique)  ; 
3.  L'âme  (psychologie);  -4.  Vertu  (morale);  5.  Sciences  et  arts  (logi(jue)  ; 
6.  Corp?  humain  (médecine);  7.  Société  (sciences  sociales)  ;  8.  Signes 
(belles-lellres  et  beaux-arts)  ;  9.  Ordre  social  (droit  et  politique)  ; 
10.  Loi  (jurisprudence);  11.  Valeur  (économie  politique,  arts,  indus- 
tries) ;  12.  Instruments  (sciences  et  arts  mécaniques)  ;  13.  Animaux 
(zoologiej;  li.  Végétaux  (botanique)  ;  lo.  Matière  (astronomie^  géolo- 
gie, chimie,  etc.);  16.  Accidents  de  la  matière  (mathématiques,  phy- 
sique, etc.).  Chiicun  de  ces  seize  livres  comprend  des  notes  philosophiques, 
qui  en  donnent  l'idée  générale;  la  table  des  mots  qui  s'y  rappoi'teiit ; 
puis  des  considérations  sur  les  synonymes,  sur  leur  exacte  valeur,  sur 
le  rapport  qu'ils  ont  entre  eux.  On  voit  toute  l'utilité  que  l'on  peut 
retirer  d'un  tel  ouvrage,  et  combien  de  choses  y  sont  renfermées.  L'on 
appelait  autrefois  «Trésor»  les  dictionnaires  de  langue;  on  pourrait 
appli(]uer  ce  nom  an  Biclionnœb-e   nlphabélirpic  cl  nnafogiquc 

E.-G.  Ledos. 


La  Vie  littéraire,  par  Anatole  France,  i*^  série.  Paris,  Calmann  Lévy, 
1892,  in-12  (le  xvi-372  p.  —  IVix  :  3  fr.  50. 

J'ai  eu  plusieurs  occasions  de  dire  et  h;  plaisir  que  m'avaient  causé 
les  premiers  volumes  de  la  Vie  iiUcralre,  et  le  regret  que  m'avaient 
fait  éprouver  certaines  opinions  qui  parfois  y  venaient  contrarier 
ce  plaisir.  Je  n'ai  pas  à  revenir  sur  les  (lualités  d'exposition  et  de 
style  de  l'écrivain,  ni  sur  le  scepticisme  du  pensein-.  Les  impressions 
préccdemmejit  ressenties  restent  les  mêmes,  et  je  dois  me  borner  à  peu 


—  137  — 

près  à  l'annonce  (le  ce  nouveau  volume.  Impossible  de  m'arrèteraux  nom- 
breux articles  qui  le  composent  et  qui  lui  donnent  beaucoup  de  va- 
riété. C'est  une  trentaine  de  personnages,  les  uns  contemporains  :  Ba- 
ranle,  Weiss,  Th.  de  Banville,  M  Gaston  Boissier,  Gyp,  etc.  ;  les  autres, 
anciens,  comme  César  Borgia,  Pascal,  M""  de  la  Fayette;  d'autres  enfin 
tout  à  lait  antiques  :  Cléopâlre,  iMithridate,  l'empereur  Julien;  —  ces 
derniers  à  propos  de  récentes  publications  inspirées  par  eux,  —  dont 
M.  A.  France  fait  le  sujet,  ou  très  souvent  plutôt,  le  prétexte  de  ses  cau- 
series. L'une  d'elles,  très  intéressante,  Apologiepour  le  plagiai,  est  en 
quelque  sorle  la  paraphrase  du  vers  de  Musset  : 

Rien  n'appartient  à  rien,  tout  appartient  à  tous. 

Dans  cet  article,  M.  France  s'occupe  de  rencontres  bizarres,  mais  qu'il 
regarde  comme  involontaires  (et  alors  il  n'eût  pas  dû  employer  le  mot 
plagiai] ;  il  s'en  occupe  à  propos  àeVObstade  de  M.  Sardou,  qui  rappolle 
la  donnée  d'un  drame  de  M.  Maurice  Montégut,  qui  rappelle  à  son  tour 
une  nouvelle  de  Fontniartin,  laquelle  fait  souvenir  de  VHérilage  faial  de 
M.  Jules  Dumay....,  et  la  généalogie  remonte  encore  plus  loin.  Il  est  cer- 
tain qu'on  ne  peut  toujours  crier  :  au  voleur!  mais  parfois  les  ressem- 
blances sont  vraiment  bien  étranges;  ainsi  je  connais  un  jeune  écrivain, 
M.  Etienne  de  Besancenet,  qui  a  publié  un  roman,  l'Epouse  vierge,  dont 
l'idée  est  absolument  la  même  que  celle  du  Mariage  blanc,  de  M.  Jules 
Lemaître,  venu  beaucoup  plus  tard.  Dans  tout  ceci  la  ressemblance  peut 
être  fortuite,  mais  dans  d'autres  cas  le  plagiat  est  visible,  comme  quand 
Molière  prend  plusieurs  scènes  de  Tartuffe  à  Scarron;  ce  plagiat  avait 
déjà  été  signalé  par  La  Harpe  {Cours  de  liltéralure,  éd.  Elmlée,  1829, 
l.  VI,  p.  286),  que  M.  A.France  oublie  de  citer.  Mais  La  Harpe 
n'avait  pas  su  que  Scarron,  lui,  avait  pillé  une  nouvelle  espagnole.  Il  y 
aurait  un  curieux  volume  à  faire  sur  les  larcins  littéraires  et  qui  cause- 
rait bien  des  surprises.-  Tu.  P. 


Alcuufi  NtMïÏD  SH  lïaute  Aliglaieri,  del  prof.  D.  Giagomo  Poletto, 
corne  appendice  al  dizionario  dantcsco  del  medesimo  autore.  Siena,  tip. 
Beniardino,  1892,  in-16  de  ix-345  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Le  Dizionario  dantesco  en  sept  volumes,  ouvrage  d'une  érudition 
colossale,  a  fait  connaître  à  tous  les  amis  de  Dante  le  nom  de  Mgr  Po- 
letto. Le  docte  prélat  a  voulu  traiter,  dans  ces  Eludes,  certains  points 
d'exégèse  dantesque  plus  particuliers. 

Le  volume  s'ouvre  par  une  dissertation  sur  Béatrice,  où  l'auteur  prouve 
jusqu'à  l'évidence  sa  réalité  historique  ;  le  plus  curieux,  c'est  qu'il  y 
réussit  presque  exclusivement  à  l'aide  de  citations  abondantes  et  habi- 
lement rapprochées,  qu'il  emprunte  à  la  Divine  Comédie  et  à  la  Vita 
Nuova.  Dans  l'appendice  consacré  à  la  Selva  selvaggia,  il  précise  la  vé- 


—  138  — 

rilable  signification  de  ce  symbole,  en  écartant  l'allégorie  politique  de 
Marchelli,  et  rallcgorie  philosophique  imposée  par  Karl  Witte  à  ses  dis- 
ciples avec  l'opiniàlrolé  que  l'on  sait,  malgré  les  objections  de  Klackzko. 
11  reproduit  sur  ce  point  les  conclusions  de  Barloli,  le  dernier  historien 
de  la  littérature  italienne,  et  affirme  avec  raison  que  la  forèl  sauvage 
n'est  que  la  forêt  des  vices  et  des  péchés.  On  lira  avec  grand  intérêt  la 
thèse  absolument  neuve  que  soutient  Mgr  Poletto,  dans  son  chapitre  sur 
le  symbolisme  des  trois  animaux  au  premier  chant  de  YInferno,  car  il 
y  combat  l'opinion  de  tous  les  anciens  commentateurs  avec  une  force 
d'argumentation  capable,  tout  au  moins,  d'ébranler  les  convictions  de 
leurs  partisans  :  poiu-  lui,  la  louve  désigne  la  cupidité  sous  toutes  ses 
formes,  et  la  panthère,  ou  plus  exactement  le  lynx,  désigne  l'envie.  Au 
cours  de  l'étude  relative  au  mystérieux  envoyé  de  Dieu,  au  lévrier  an- 
noncé par  Dante,  nous  avons  eu  le  plaisir  de  voir  une  de  nos  opinions 
personnelles  défendue  par  l'auteur  à  l'aide  de  toutes  les  ressources  que 
lui  fournissent  son  talent  et  sa  science  :  pour  lui  et  pour  nous,  ce  sau- 
veur ne  peut  être  un  Pape,  étant  donnés  son  caractère  et  sa  mission.  Il 
doit,  en  effet,  délruire  la  louve,  symbole  de  la  cupidité,  ou  désir  immo- 
déré des  biens  terrestres.  Or,  quiconque  a  lu  les  nombreuses  invectives 
de  Dante  contre  l'avarice  et  l'ambition  de  certains  pontifes,  envers  les- 
quels il  se  montre  sévère  jusffu'à  l'exagéralion,  ne  saurait  douter  qu"il 
ne  les  crût  sujets,  comme  les  autres  hommes,  à  pécher  par  cupidité. 
Mais  l'Empereur,  possesseur  et  maître  suprême  de  l'univers,  ne  saurait 
désirer  el'accroître  son  domaine  ni  sa  puissance,  qui  sont  universels  :  il 
n'est  donc  point  capable  de  cupidité.  11  est  d'ailleurs  seul  investi  du 
pouvoir  de  refréner  les  dissensions  et  les  abus  engendrés  par  cette  pas- 
sion, et  il  incarne  en  sa  personne  la  justice,  qui  est  directement  op|)osée 
à  celle-ci;  enfin,  l'autorité  pontificale  ne  doit  pas,  selon  Alighieri,  inter- 
venir dans  le  domaine  civil,  réservé  à  l'Empereur. 

Il  explique  à  merveille  ce  que  sont,  dans  la  pensée  de  Dante,  la  Papauté 
et  l'Empire  :  deux  institutions  également  nécessaires  et  providentielle- 
ment coordonnées  par  la  volonté  divine,  pour  la  réalisation  de  ses  des- 
seins sur  l'himianité  en  ce  monde  et  dans  l'autre.  Toutes  deux  doivent 
agir  ensomhle  et  parallèlement  et  procurer,  l'une  le  bonheur  terrestre 
de  la  grande  famille  humaine,  l'autre  son  salut  éternel.  Elles  sont  in- 
dépendantes, mais  celle  dont  la  mission  est  purement  terrestre  est  infé- 
rieure à  l'autre,  et  son  chef  doit  au  vicaire  de  Jésus-Christ  le  respect  d'un 
lils  envers  son  père.  Et  comme  le  bon  ordre  social  et  politique  est  favo- 
rahle  à  l'action  delà  religion  sur  les  âmes,  l'Empereur  seconde  indirecte- 
ment la  Papauté  dans  son  ministère.  Il  y  a  loin  de  là  à  cet  antagonisme 
irréductible  (jue  Dante  aurai  ,  dit-on,  imaginé  entre  les  deux  pouvoirs, 
tombant  ainsi  dans  le  fanatisme  gibelin  des  partisans  de  Louis  de  Ba- 
vière. 


—  13!)  — 

L'élude  consacrée  à  la  recherche  de  la  véritable  opinion  de  Dante  sur 
le  pouvoir  temporel  des  Papes  oUre  une  argumentalion  très  neuve,  et 
d'ailleurs  aussi  judicieuse  qu'elle  est  originale.  Mgr  Poletto  montre  que 
Dante  n'a  point  attaqué  les  droits  du  Saint-Siège  à  posséder  et  à  admi- 
nistrer ce  qu'on  appelle  les  États  de  l'Église,  mais  qu'il  a  blâmé  seule- 
ment la  substitution  de  l'autorité  pontificale  à  l'autorité  impériale  dans 
la  direction  politique  de  l'Europe.  Cette  démonslralion  s'appuie  sur  de 
nombreux  passages  du  traité  De  Monarchia;  Mgr  Poletto  nous  prouve 
une  lois  de  plus  l'importance  des  Opère  minoin  pour  rintelligence  de  la 
Divine  Comédie. 

Signalons  la  nouvelle  explication  de  l'allégorie  du  chant  XIV  de  Vln- 
ferno,  empruntée  au  songe  de  Nabuchodonosor  :  d'après  l'auteur,  Dante 
a  voulu  symboliser  dans  cette  statue  d'or,  d'argent,  d'airain  et  d'argile, 
non  pas  la  succession  des  diverses  monarchies,  mais  la  décadence  pro- 
gressive de  l'humanité.  D'après  lui  encore,  «  la  plante  dépouillée  de 
fleurs  et  de  feuilles,  »  à  la  fin  du  Purgatorio,  indique  tout  à  la  t'ois  les 
vicissitudes  de  la  race  humaine  et  de  Rome,  impériale  et  pontificale.  Et 
il  voit  dans  la  Mathildo  de  Dante  la  double  représentation  de  la  vie  active 
et  de  la  vie  contemplative.  Toutes  ces  opinions  sont  défendues  avec  une 
grande  vigueur  de  logique. 

Des  aperçus  intéressants  sur  la  bibliographie  dantesque,  sur  l'in- 
fluence que  la  Divine  Comédie  a  exercée  dans  le  domaine  des  beaux- 
arts;  la  reproduction  d'une  très  savante  dissertation  de  M.  l'abbé  Borto- 
lan,  relative  à  un  passage  historique  du  chant  IX  du  Paradiso,  des  con- 
sidérations instructives  sur  le  symbohsme  des  nombres  dans  Alighieri, 
et  un  tableau  chronologique  des  principaux  événements  de  son  époque, 
si  accidentée,  si  difficile  à  bien  connaître,  complètent  ce  remarquable  vo- 
lume. Maxime  Formomt. 


Lettres  €Sc  Franeol»  Pétrav€fltic  h  «lean  Boccace,  traduites 
du  latin  pour  la  première  fois,  par  Victor  Develay.  Paris,  Marpon  et 
Flammarion,  1891,  in-16  de  xix-291  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Un  volume,  le  Canzoniere,  a  rendu  le  nom  de  Pétrarque  immortel, 
mais  le  poète  ne  comptait  pas  sur  ses  vers  en  langue  italienne  pour 
protéger  sa  mémoire  contre  l'oubli.  Engoué  de  l'antiquité,  il  chercha, 
par  une  patiente  étude,  à  se  fau'e  le  contemporain  de  Virgile,  et  ce  fut 
dans  son  idiome  qu'il  écrivit  une  quantité  d'ouvrages  que  les  analyses 
de  quelques  critiques  nous  avaient  fait  connaître  fort  imparfaitement. 
Nous  devons  à  M.  V.  Develay  la  révélation  si  curieuse  de  ces  travaux 
dont  une  enveloppe  trop  savante  ne  permettait  l'accès  qu'à  quelques 
érudils.  M.  Develay  vient  d'ajouter,  aux  traductions  qu'on  lui  doit  déjà 
des  œuvres  latines  de  Pétrarque,  un  volume  qui  contient  les  lettres  du 
poète  à  Boccace.  Ce  fut  en  se  rendant  à  Rome  pour  le  Jubilé  de  1350 


—  uo  — 

que  Pétrarque  se  lia  avec  Boccace  d'une  amitié  qui  dura  vingt-cinq  ans 
sans  un  refroidissement,  qui  penl  paraître  singulière  quand  on  songe  à 
la  différence  de  caractère  el  de  mœurs  des  deux  correspondants,  et  qui 
ne  cessa  que  par  la  mort.  Une  lettre  de  l'auteur  du  Décaméron  (M.  De- 
velay  la  donne  dans  son  introduction)  exprime  la  douleur  que  lui  cause 
la  perte  de  son  ami,  el  atteste  à  la  fois  dos  sentiments  religieux  dont  on 
pourrait  être  sur))ris  si  l'on  ne  savait  les  étranges  contrastes  qu'oflYent 
les  hommes  du  moyen  âge.  Les  lettres  que  M.Develay  vient  de  traduire 
sont  au  nombre  de  vingt-huit.  Écrites  dans  une  langue  morte,  elles  n'ont 
pas  le  laisser  aller  qui  plaît  surtout  dans  le  style  épislolaire,  elles  sont 
travaillées  comme  si  leur  auteur  eût  dû  les  adresser  à  quelques-unes  do 
ces  grandes  ombres  romaines  dont  le  souvenir  le  dominait,  elles  sont 
intéressantes  néanmoins  à  divers  titres.  La  dernière  de  ces  lettres  ren- 
ferme l'histoire  de  Griselidis  empruntée  au  Décaméron^  que  Pétrarque 
s'était  plu  à  traduire  en  latin,  et  qu'un  de  ses  amis,  un  habitant  de 
Padoue,  ne  put  lire  sans  fondre  en  larmes.  L'histoire  est  touchante,  mais, 
blasés  que  nous  sommes,  nous  ne  comprenons  guère  une  telle  émotion. 

J.  DE  V. 


Le  Reporter  d'an  évèijsie.  Lettres  de  Boursault  à  Monscigiieiir  de 
Langres,  publiées  et  annotées  par  Emile  Colombey.  Paris,  May  et  Motte- 
roz,  1891,  in-16  do  257  p.  —  Prix  :  8  ïv. 

Trois  comédies,  manquant  d'intrigue,  pièces  à  tiroir,  comme  l'on  dit, 
mais  pleines  de  scènes  charmantes,  de  vers  admirablement  frappés,  de 
la  verve  la  plus  caustique,  ont  placé  Boursault  parmi  nos  meilleurs  au- 
teurs dramatiques  du  xvii^  siècle,  mais  on  ne  connaît  pas  assez  ses 
œuvres  en  prose;  ses  lettres  à  Babel  et  celles  au  duc-évêque  de  Langres 
ont  cependant  été  pillées  par  tous  les  dénicheurs  d'anecdotes,  qui  se  sont 
bien  gardés  d'indiquer  les  livres  qu'ils  mettaient  à  contribution.  Les 
historiettes,  les  bons  mots  qui  y  foisonnent,  se  sont  donc  reproduits  de 
tous  cùLos,  mais  le  cadre  que  leur  donnait  Boursault  mérite  bien  l'atten- 
tion dos  gourmets  littéraires,  et  M.  Emile  Colonibey,  qui  précédemment 
a  publié  les  premières  lettres  de  Boursault,  a  parfaitement  fait  de  nous 
donner  une  jolie  édition  des  secondes.  Seulement  nous  n'aitnons  pas 
beaucoup  ce  titre:  :  Le  Reporter  d'un  cvêque:  il  est  trop  de  noire  époque 
el  apparaît  comme  une  sorte  d'anaclironisme.  Le  destinataire  des  der- 
nières lettres  de  notre  auteur  était  ce  prélat  (ju'on  appelait  volontiers  le 
bon  Langres,  excellent  homme,  dit  Saint-Simon,  qui  n'avait  rien  de  mau- 
vais même  pour  les  mœurs,  mais  ipii  n'était  pas  fait  pour  être  évoque. 
Cet  évêque,  de  son  vrai  nom  Armand  de  Simiano  de  Gordes,  regardait 
sa  ville  épiscopale  comme  un  lieu  d'exil,  il  demanda  à  Boursault  de  le 
tenir  au  courant  de  ce  qui  se  passait  à  Paris,  el  de  là  les  cancans,  les 
amusants  commérages  recueillis  par  son  correspondant  et  narrés  avec 


—  141   — 

une  liberté  de  langage  dont  on  ne  se  scandalise  pas  trop  quand  on 
se  reporle  à  Tépoque  où  il  vivait  et  qu'on  se  souvient  de  certaines 
lettres  de  M"°  de  Sévigné.  Il  y  a  des  pages  bien  spirituelles,  bien  fines, 
dans  les  commnnicalions  de  Boursault,  et  une  foule  de  curieux  ren?ei- 
gnements  sur  son  tempy.  Nous  y  voyons  que  les  prétentions  nobiliaires 
s'y  épanouissaient  non  moins  que  dans  noire  siècle  démocratique.  Bour- 
sault a  l'horreur  de  ce  que,  dans  une  de  ses  comédies,  il  appelle  la  no- 
blesse à  la  détrempe,  et  sur  la  noblesse  véritable  il  adresse  à  l'évèque  des 
observations  fort  judicieuses  (p.  108),  mais  assez  satiriques.  Son  époque, 
par  exemple,  diffère  fort  de  la  nôtre  par  le  respect  qu'on  avait  pour  la 
langue.  Boursaidt  trouve  que  M.  de  Segrais  a  été  bien  hardi  d'employer 
le  mot  impardonnable;  cependant  M.  Chapelain,  M.  Pelisson,  M.  Mé- 
nage, M""  de  Scudéri,  ont  admis  que  le  poète  pouvait  se  servir  de  ce 
mot  nouveau.  Les  néologismes  ne  nous  inspirent  plus  de  pareils  scru- 
pules. Il  y  aurait  une  foule  de  petites  choses  à  tirer  des  lettres  de  Bour- 
sault ;  nous  y  renvoyons  nos  lecteurs,  mais  en  les  avertissant  bien 
que  le  volume  ne  devra  pas  traîner  sur  la  table  d'un  salon.  iM.  Colombey 
a  joint  des  notes  utiles  au  texte  de  Boursault  et  a  terminé  le  livre  par 
un  bon  index  onomastique.  Th.  P. 

HISTOIRE 

Édifie  snr  le  Lîher  ceu<«uiint  €Se  l'Égli.se  romaine,  par  Paul 
Fabre,  ancien  membre  de  rÉcole  française  de  Rome  (Bibliothèque  des 
écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  fasc.  lxii).  Paris,  Thorin,  1892, 
in-8  de  vii-233  p.  —  Prix  :  7  fr. 

M.  Fabre  a  commencé,  il  y  a  trois  ans,  la  publication  du  Libey-  censuum 
de  l'Église  romaine;  le  l^""  fascicule  a  seul  paru  :  j'en  ai  rendu  compte 
ici  même  (t.  LVI,  p.  .^iO-oOi.  Le  présent  volume,  d'un  format  différent, 
en  est  la  préface  naturelle.  L'auteur  l'a  dédié  à  la  mémoire  de  son  an- 
cien maître,  Fustel  de  Coulanges.  <(  L'Église  romaine,  dit-il  dans  son 
Avant-propos,  a  eu  de  très  bonne  heure  de  grandes  propriétés  foncières. 
Aussi  éprouva- t-elle  bien  vile  la  nécessité  de  faire  dresser  un  état  géné- 
ral de  ses  revenus  ou,  comme  on  disait  alors,  un  Polyptyque  ;  à  la  fin 
du  V*  siècle,  le  pape  Gélase  s'acquitta  de  cette  tâche  avec  tant  de  succès, 
que  son  œuvre,  à  peine  modifiée  par  saint  Grégoire  le  Grand,  était  en- 
core d'un  usage  courant  quatre  siècles  plus  tard.  Mais  durant  les  épreu- 
ves qu'eurent  à  subir  au  x"  et  au  xi^  siècle  la  ville  de  Rome  et  la  Papauté, 
il  se  creusa  un  véritable  abîme  entre  les  temps  anciens  et  les  temps 
nouveaux.  Les  vieilles  archives,  les  vieux  titres  de  l'Église  romaine  dis- 
parurent dans  la  tourmente,  et  lorsque  Grégoire  YII  entreprit  de  réor- 
ganiser toute  chose,  il  eut  grand'peine  à  rassembler  les  débris  qui 
avaient  échappé  au  naufrage.  C'est  de  ce  moment  que  date  à  Rome  le 
double  mouvement  qui  pousse,  d'une  part,  à  recueillir  et  à  coordonner 


—  142  — 

des  litres  domaniaux,  c'est-à-dire  à  former  des  cartiilaires,  et  d'autre 
part  à  établir  de  nouveaux  polyptyques,  c'osL-à-dire  de  nouveaux  états 
de  revenus.  De  là  différents  essais  auxquels  le  camérier  Cencius,  l'officier 
chargé  des  temporalités  de  l'Église,  donna,  en  1192,  leur  forme  défini- 
tive. »  Son  œuvre  comprend  deux  parties  :  «  1"  un  registre  où  sont  ins- 
crits, province  par  province,  les  noms  des  débiteurs  de  l'Église  romaine 
et  la  quotité  de  leurs  redevances;  2'^  un  cartulaire  qui  contient  les  titres 
constitutifs  de  la  propriété  et  de  la  suzeraineté  du  Saint-Siège  (dona- 
tions, contrats  d'acbaL  ou  d'échange,  serments  d'hommage,  etc.).  »  La 
première  constitue  à  proprement  parler  le  Liber  censuum,  qui  fait  rol)jet 
de  cette  étude.  Il  marque  «  le  point  d'arrivée  d'une  longue  évolution 
historique,  qui  a  constitué,  au  profit  du  Saint-Siège,  une  seigneurie  d'an 
caractère  spécial  et  d'une  immense  étendue.  »  Il  y  a  plaisir  à  suivre 
dans  le  chapitre  II  (qui  occupe  à  hii  seul  plus  de  la  moitié  du  volume) 
l'analyse  des  origines  multiples  et  des  significations  graduées  du  «  cens 
apostolique;  »  le  suivant  traite  de  sa  perception.  L'objet  et  les  sources 
du  Liber  censuum  sont  étudiés  dans  le  F'"  chapitre,  ses  manuscrits  dans 
le  IV'=  et  dernier.  On  pourra  critiquer  cette  disposition,  adoptée  sans 
doute  par  Fauteur  pour  rejeter  à  la  fin  et  comme  en  appendice  la  partie 
purement  technique.  Cencius,  on  l'a  vu,  avait  eu  des  prédécesseurs; 
son  œuvre  est  la  résultante  des  travaux  antérieurs  :  une  collection  per- 
due du  pontifical  de  saint  Grégoire  VII,  la  collection  canonique  d'An- 
selme deLucques,  celledu  cardinalDeusdedit,le  polyptyque  du  cbanoine 
Benoit,  le  livre  censier  d'Eugène  III,  celui  du  cardinal  Boson,  enfin  les 
X*'  et  XI*  livres  des  Gesta  pauperis  sc/wlaris  Albini.  Le  dernier  cha- 
pitre, relatif  aux  manuscrits,  est  divisé  en  trois  paragraphes  :  descrip- 
lion,  classement,  histoire.  Après  avoir  soigneusement  décrit  les  dix-neuf 
manuscrits  qui  sont  venus  à  sa  connaissance,  M.  F,ibrc  fait  remarquer 
que  treize  d'entre  eux  (tous  ceux  qui  sont  en  papier)  sont  la  pure  repro- 
duction des  manuscriis  Kiccardi  229.  De  six  autres  sur  parchemin,  ce- 
lui des  Archives  Vaticanes,  xxxv,  18,  n'est  que  la  copie  du  Kiccardi  228; 
les  quatre  autres  dérivent  du  Valicanus  8486,  qui  est  le  prototype  ori- 
ginal. Les  péripéties  de  son  existence  le  rendent  doublement  précieux  : 
deux  fois  il  fît  le  voyage  de  Lyon,  à  roccasion  des  conciles  de  1245  et 
127-i;  au  xiv''  siècle,  il  fut  transféré  à  Assise,  puis  à  Avignon.  Au  xv'', 
on  le  retrouve  à  la  bibliotliètiue  du  Vatican  ;  il  eu  disparaît  lors  du  sac 
de  Home  (1.527).  Il  y  était  rentré  sous  Paul  III,  mais  on  ne  saurait  affir- 
mer avec  certitude  s'il  fit  partie  de  YArchivio  créé  par  Paul  V  eu  161 1. 
Au  commencement  de  ce  siècle  il  faisait  partie  de  la  bibliothèque  Co- 
lonna;  à  sa  vente  (1821)  il  a  été  réintégré  au  Vatican  par  les  soins  du 
cardinal  Alaï  :  habcnl  sua  fala  Ubelli.  On  ne  saurait  assez  remercier  et . 
lou(!r  M.  Fabre  du  soin  avec  lequel  il  a  élucidé  un  chapitre  imj)orlaut 
de  l'histoire  du  domaine  temporel  des  Papes.  U.  Chevalier. 


—  143  — 

Histoire  de  Bretagne.  —  Critique  des  sources.  —  ^aiut 
Goulveu.  Texte  de  sa  vie  latine  ancienne  et  inédite  publié  avec  notes  et 
commentaire  historique,  par  Arthur  de  la  Borderie,  de  l'Institut.  Rennes, 
J.  Plihon  et  L.  Hervé,  1892,  gr.  in-8  de  35  p. 

iSaiut  Hervé.  Texte  latin  de  la  vie  la  plus  ancienne  de  ce  saint  publié  avec 
notes  et  commentaire  historique,  par  Arthur  de  la  Borderie.  Mêmes  édi- 
teurs, 1893,  in-8  de  52  p. 

M.  A.  de  la  Borderie,  qui  a  fait  de  l'histoire  et  de  la  géographie  féo- 
dale de  la  Bretagne  l'objet  de  ses  études  favorites  et  de  ses  studieuses 
et  savantes  investii^alions,  poursuit  avec  ardeur  la  critique  des  sources 
bretonnes  hagiographiques  qu'il  a  entreprises  en  1887  etquil'oiiL,  depuis 
lors,  désigné  comme  le  véritable  successeur  de  Dom  Lobioeau.  Les  deux 
brochures  dont  le  litre  précède,  toutes  deux  enrichies  d'un  Avertissement 
des  plus  instructifs  et  de  notes  fort  érudiles,  sont,  l'une  et  l'autre,  ex- 
traites des  Mémoires  de  la  Société  d'émulation  des  Côtes-du-Nord 
(t.  XXIX,  p.  214-250  et  p.  2ol-30i). 

La  première  reproduit  le  texte  de  la  Vie  de  saint  Goulven  d'après  une 
copie  des  bénédictins  bretons  du  xvii^  siècle,  que  vient  ensuite  éclairer 
un  remarquable  commentaire  historique,  dans  lequpl  l'éminent  auteur, 
après  s'être  expliqué  tour  à  tour  sur  l'époque  de  la  rédaction  de  la  vie 
de  saint  Goulven,  sur  l'époque  de  ce  saint  et  sur  celle  du  comte  Even 
le  Grand,  nous  retrace  les  traits  caractéristiques  de  l'histoire  de  Goulven, 
nous  démontre  que  saint  Goulven  et  Even  le  Grand  n'ont  pas  été  con- 
temporains, et  nous  entretient  enfin  des  dernières  années  et  de  la  mort  de 
saint  Goulven.  —  Dans  sa  conclusion,  M.  de  la  Borderie  considère  comme 
une  pure  et  gratuite  hypothèse  l'opinion  d'après  laquelle  une  vie  de 
saint  Goulven  aurait  été  écrite  au  vu*"  siècle,  peu  après  la  mort  du  saint 
et  apparemment  par  un  contemporain.  Dans  tous  les  cas,  à  supposer 
qu'elle  ail  jamais  été  composée,  elle  péril  dans  les  désastres  des  inva- 
sions normandes,  longtemps  avant  l'époque  où  fut  rédigée  celle  qu'il 
publie  aujourd'hui.  C'est  actuellement  le  plus  ancien  document  qui  existe 
de  saint  Goulven  et  dont  l'auteur  n'employa  ni  ne  connut  la  prétendue 
vie  du  VII*  siècle.  Ayant  eu  pour  guide  unique  la  tradilion  orale,  il  n'est 
point  surprenant  qu'on  y  rencontre  des  erreurs  que  M.  de  la  Borderie 
ne  manque  pas  de  relever.  Malgré  la  date  récente  de  sa  rédaction,  la  vie 
latine  de  saint  Goulven,  de  cet  austère  anachorète  et  de  cet  incorrigible 
ascète,  fournit  des  notions  précienses  à  l'histoire  antique  de  la  Bretagne  et 
reste  un  des  documents  curieux  de  la  littérature  bretonne  hagiographique. 

—  La  seconde  des  deux  monographies  dont  nous  nous  occupons  est  con- 
sacrée à  saint  Hervé,  et  contient  la  reproduction  de  la  vie  de  ce  saint  si 
populaire,  dont  le  culte  est  si  public  et  si  ancien  en  Bretagne,  d'après  le 
plus  ancien  document  venu  jusqu'à  nous  et  dont  le  texte  n'est  pas,  d'ail- 
leurs_,  d'une  époque  fort  reculée.  Gomme  la  publication  de  la  vie  latine 


—  lii  — 

de  saint  Goulven,  celle  de  la  vie  latine  de  saint  Hervé  est  snivie  d'un 
excellent  commentaire  historique,  dans  lequel  AI.  de  la  Borderie  com- 
mence par  rechercher  l'époque  et  le  caractère  de  la  vie  de  saint  Hervé, 
les  traditions  modernes  et  anciennes  qui  existent  sur  lui;  puis  il  nous 
entretient  du  mariage  de  ses  parents,  de  sa  jeunesse,  de  la  fondation  du 
monastère  d'Hervé,  de  la  grande  assemblée  du  Menez-Bré,  de  la  vision 
héatitique  et  de  la  mort  de  saint  Hervé. 

Avec  un  soin  et  une  conscience  qui  lui  font  le  plus  grand  honneur, 
M.  de  la  Borderie  a  recherché  et  déterminé  les  traits,  les  épisodes  oppo- 
sés aux  mœurs  et  aux  idées  du  xiii''  siècle,  et  même,  pour  la  plupart. 
à  celles  du  ix°,  que  la  vie  actuelle  qu'il  publie  a  recueillis  par  conséquent 
dans  une  tradition  remontant,  par  ses  linéaments  essentiels,  à  l'âge  méro- 
vingien. 11  excelle  à  nous  peindre  la  physionomie  du  saint  telle  qu'elle  se 
dégage  de  sa  vie  latine  et  à  nous  montrer  que,  surtout  d'après  la  partie 
ancienne,  dont  il  rapporte  la  rédaction  au  ix*  siècle,  tandis  que  la  partie 
plus  récente  a  été  composée  au  xiii""  siècle,  il  est  moine  actif,  ardent, 
agissant  et,  malgré  sa  cécité,  toujours  pérégrinant,  commençant  par  le 
désert,  puis  de  son  ermitage  faisant  une  école,  façonnant  ensuite  des 
écoliers,  des  moines,  devenant,  quoique  laïque,  le  chef  de  la  commu- 
nauté qu'il  a  fondée,  communauté  ambulante  comme  lui,  allant  à  tra- 
vers les  déserts  et  les  forêts,  partout  où  il  y  a  quelque  bien  à  dispenser, 
se  résolvant,  en  lin  de  compte,  à  construire  un  monastère  statif,  comme 
Hervé  à  être  un  abbé  en  titre,  en  forme  régulière,  mais  se  refusant  à 
tout  ordre  ecclésiastique  plus  élevé  que  celui  d'exorciste,  et,  malgré 
l'humilité  de  ce  grade,  se  rendant  bientôt  célèbre  et  étant  vénéré  dans 
toute  la  Bretagne.  Aussi  l'auteur  est-il  en  droit  de  conclure  que  «  la  vie 
latine  de  saint  Hervé,  si  altérée,  si  mutilée  qu'elle  soit  j)ar  les  fantaisies 
du  XII i''  siècle,  est  un  des  documents  qui  prouvent  le  mieux  l'influence 
capitale,  le  rôle  souverain  du  monachisme  dans  l'Église  bretonne  au 
VI'  siècle.   »  X. 


IBIi'itoirt'  eoutcni[»»raIuc  de  la  traiiNfornBatlon  poSliSfiuc 
c4.  «oclalc  de  TËiarope.  L'Italie  et  la  Poloyiie,  iS60-iS6i,  par  le 
pi-iiicc  LunoMiRSKi.  l'aris,  Calmanu  Lévy,  1892,  in-8  de  89G  p.  —  Prix  : 
7  l'r.  TjO. 

Ni  le  titre  ni  le  sous-titre  du  livre  énoncé  ci-dessus  n'en  donnent  une 
idée  juste  et  adéquate.  En  vain  y  chercherait-on  quelque  chose  qui  rap- 
pelai les  belles  études  de  M.  Taine  ou  de  Tocqueville.  L'auteur  s'est 
borné  à  des  digressions  sans  importance  qui  doivent  probablement, 
dans  son  idée,  remplacer  l'histoire  promise  des  transformations.  Tout 
le  livre  est  écrit  plutôt  sous  forme  d'annales,  à  peu  près  comme  la  Quin- 
zalnr.  politique  de  certaines  revues,  et  ce  sont  les  journaux  qui  semblent 
avoir  servi  de  source  principale. 


Que  si  le  litre  en  dil  trop,  le  sous-Lilre,  au  contraire,  n'en  dit  pas 
assez.  L'auteur  ne  traite  pas  senlement  de  l'Italie  et  de  la  Pologne,  mais 
de  l'Europe  entière,  de  l'Asie,  de  rAl'rique,  des  deux  Amériques,  de 
l'Australie.  Il  est  vrai  que  l'Italie  et  la  Pologne  occupent  plus  de  place 
que  les  antres  pays,  et  c'est  à  cause  de  cela  sans  doute  qu'elles  ont 
bénéficié  d'une  mention  particulière. 

Nous  n'ajonterons  que  les  deux  observations  suivantes.  D'abord,  sauf 
quelques  souvenirs  personnels,  on  ne  trouvera  pas  dans  ce  livre  de 
nouveaux  renseignements.  Ensuite,  les  principes  de  l'auteur  sont  son- 
vent  hasardés  et  inadmissibles,  et  leur  application  est  plus  ou  moins 
arbitraire.  A  la  page  512  nous  lisons  ces  mots  :  «  Celui  qui  affirme  son 
incrédulité  en  présence  de  l'inconnu  (il  s'agit  du  moment  de  la  mort) 
est  non  seulement  très  brave,  mais  encore  il  peut  se  glorifier  d'im  cou- 
rage peu  banal.  »  Ailleurs  (p.  524),  l'auteur  parle  de  Pie  IX  dans  des 
termes  indignes  d'un  historien  sérieux.  P.  S.  P. 


Il  Cas»  «lelBa  ftartcnza  «flel  papa  «Sa  SSoEBïa.  Studio  di  Nerio 
Malvezzi.  Bologiia,  Zanichelli,  1891.  ia-8  de  67  p.  —  Prix  :  1  tV. 

Les  Italiens  sont  d'excellents  politiques  :  tout  le  monde  le  dit,  eux 
surtout.  Cela  n'empêche  pas  toutefois  leurs  belles  combinaisons  de 
les  plonger  dans  une  misère  des  plus  noires,  et  l'expérience  qu'ils 
ont  acquise  à  leurs  dépens  leur  fait  craindre  (quand  leur  fièvre  ambi- 
tieuse leur  permet  de  juger  un  peu  sainement)  des  maux  pins  grands 
encore.  Que  deviendraient  le  commerce  italien,  les  chemins  de  fer  ita- 
liens, les  propriétaires,  les  hôtels  italiens,  et  tous  les  raonsignori  de  là- 
bas,  si  le  Pape  partait  de  Rome  ?  «  Réfléchissez  donc  que  la  Papauté,  si 
elle  a  une  patrie,  n'en  peut  avoir  d'autre  que  l'Italie;  pensez  que  les 
plus  grands  papes  furent  des  Italien?,  que  la  majorité  des  cardinaux, 
nonces,  prélats,  sont  Italiens,  et  maintenant,  aurez-vous  le  triste  cou- 
rage ou  la  folle  imprudence  de  vouloir  que  le  gouvernement  de  l'Église 
sorte  de  l'Italie?....  »{p.  13  et  14).  A  qui  profiteraient  désormais  le  De- 
nier de  saint  Pierre  et  toutes  ces  belles  oSrandes  obtenues  sous  de  lou- 
chants prétextes,  qu'on  sait  si  bien  amener  à  bon  port?....  Vcrgogna  ! 
mes  amis,  quelle  besogne  faites-vous?  Tombez  sur  la  religion,  mais  pas 
trop  fort,  n'oubliez  pas  qu'elle  donne  une  suprématie  spirituelle  à  notre 
pays  et  qu'elle  lui  apporte  un  bénéfice  annuel  qui  n'est  pas  à  dédaigner. 
Nous  avons  escamoté  le  pouvoir  temporel  au  moment  propice,  mais  la 
situation  n'est  pas  encore  tirée  au  clair....  Prudence  !  Respectons  au 
moins  la  loi  si  peu  gênante  des  Garanties,  car  si  nous  ne  nous  bornions, 
des  voisins,  qui  n'ont  pas  renoncé  à  jouer  un  rôle  dans  l'afllrlre,  pour- 
raient trouver  leur  intérêt  à  réclamer  voix  au  chapitre  (Voir  p.  39).  «  C'est 
une  légèreté  scientifique  que  d'affirmer  définitivement  résolue  la  ques- 
Février  1893.  T.  LXVIL  10. 


—  146  — 

tion  romaine  et  de  ne  pouvoir  supporter  que  d'autres  l'éUidienl,  la  mé- 
ditent, en  parlent  »  (p.  15). 

Voilà  ce  qu'avec  beaucoup  de  sagesse,  un  publiciste,  respectueux  pour- 
tant de  «  l'illustre  Gibbon  »  et  très  fidèle  à  la  mémoire  du  «  glorioso  mo- 
narca,  »  crie  sur  tous  les  tons  à  ses  imprévoyants  compatriotes.  La  bro- 
chure n'est  pas  longue,  mais  elle  est  fort  instrnclive,  et  c'est  à  canse  de 
son  importance  que  nous  n'avons  pas  craint  d'élargir  un  peu  les  limites 
d'un  compte  rendu  ordinaire.  Au  reste,  à  côté  de  la  note  italianissime 
que  nous  avons  déjà  relevée  dans  d'autres  l'actums  analogues,  on  ren- 
contre, à  travers  les  pages  de  cette  étude,  des  réflexions  inspirées  par 
une  observation  bien  intelligente  des  événements  contemporains,  rela- 
tivement à  la  politique  pontificale  et  à  l'opposition  que  peuvent  lui  faire 
certains  catholiques  (p.  7).  A  signaler  aussi  la  pensée  suivante,  plu- 
sieurs fois  émise  récemment,  bien  qu'avec  une  certaine  timidité,  mais 
qui  pourrait  devenir  pour  l'Eglise  le  programme  de  demain  :  «  Ceux 
qui  croient  que  le  christianisme  doit  durer  autant  que  le  monde  ne 
jugent  pas  que  des  modifications  disciplinaires,  des  changements  appor- 
tés au  droit  canonique,  à  la  liturgie,  etc.,  soient  graves  et  importants  au 
point  de  compromettre  la  cause  éternelle  de  la  religion,  ou  que  la  Pa- 
pauté perdrait  de  son  aulorité  si  la  cour  du  Vatican  venait  à  être  ré- 
formée »  (p.  34).  Bien  juste  encore  cette  remarque,  dont  non  seuleiuent 
l'autorité  politique  qni  préside  aux  destinées  des  nations,  mais  nos  chefs 
religieux  surtout,  devraient  se  pénétrer,  comme  l'ont  fait  les  évoques 
d'Allemagne:  «  Il  serait  bon  que  le  clergé  sortît  de  cette  vie  à  l'écart 
où  on  l'a  cantonné,  et  beaucoup  de  désordres  prendraient  iu\  si  le  prêtre 
n'était  pas  systématiquement  excln  de  la  vie  administrative  du  pays.  » 

Le  rêve  de  M.  Malvezzi  serait  de  voir  la  bonne  intelligence  se  rétablir 
entre  la  Papanté  et  la  maison  de  Savoie  :  Rome  resterait  une  métropole 
éminemment  italienne,  mais  en  même  temps  «  mondiale,  »  où  les  deux 
pouvoirs  juxtaposés  s'exerceraient  dans  la  plus  belle  harmonie.  Malben- 
reusement,  l'auteur  n'a  pas  indicjué  le  moyen  pratique  d'arriver  à  celle 
solution.  11  se  borne  en  di'^tinilive  à  rééditer  ce  souhait  si  longlemjis 
caressé,  mais  toujours  aussi  irréalisable,  de  voir  un  congrès  européen 
sanctionner  le  fait  accompli  en  attribuant  à  la  loi  des  (iaranties  le  ca- 
ractère international  qui  lui  fait  délaut,  ou  encore  (touchant  spectacle  I)  de 
contempler  un  pape  italien  donnant,  du  liant  delà  lofjgia  de  Saint-Pierre, 
à  ses  compatriotes  enthousiasmés,  la  solennelle  bénédiction,  gage  d'une 
parfaite  réconciliation!  L'espérance  est  une  douce  chose;  espérez  donc, 
Monsieur,  mais  il  sembli-  (]i!'il  couIimm  encore  beauconj)  de  boue 
entre  les  rives  du  Tibre,  avant  (piim  accord  puisse  intervenir  sur  de 
telles  bases.  G.  Péries. 


—  1-47  — 

L.e  î^tvrc  des  faits  et  bonnes  luceurs  du  sage  Roi 
Charles  V,  par  Christink  de  Pisan.  Lille  et  Bruges,  Société  de  Saint- 
Augustin,  Desclée  et  de  Brouwer,  1892,  in-8  de  393  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Nos  lecteurs  connaissent  de  longue  date  les  publications  par  lesquelles 
la  Société  de  Saint-AugUstin  s'efforce  de  vulgariser  les  œuvres  de  nos 
vieux  auteurs.  Le  nouveau  volume  qui  s'ajoute  à  la  collection  nous  offre 
un  des  textes  les  plus  importants  pour  l'histoire  de  Charles  le  Sage. 
Fille  de  l'astronome-astrologue  Thomas  de  Pisan,  qui  fut  fort  estimé  du 
successeur  de  Jean  le  Bon,  Christine  fut  élevée  à  la  cour  des  rois  de 
France.  Aussi  fut-elle  à  même  de  bien  connaître  les  personnages  dont 
elle  parle.  Son  Livre  des  faits  est  un  panégyrique  plutôt  qu'une  histoire 
proprement  dite,  et  l'on  ne  peut  accepter  sans  contrôle  toutes  les  asser- 
tions de  l'auteur;  d'ailleurs  quelques  erreurs  matérielles  se  sont  glissées 
dans  la  rédaction,  qui  viennent  de  ce  que  Christine  raconte  d'après  les 
témoignages  de  personnes  dont  la  mémoire  peu  sûre  a  pu  brouiller  les 
faits.  L'instruction  savante  qu'avait  reçue  la  fille  de  Thomas  de  Pisan  l'a 
fait  tomber  parfois  dans  le  pédantisuie;  sou  travail  n'est  pourtant  pas 
dépourvu  de  tout  intérêt  littéraire,  et,  à  ce  titre  encore,  il  méritait  l'hon- 
neur qu'on  lui  a  fait  de  lui  donner  une  place  dans  cette  bibliothèque  de 
vulgarisation.  L'on  saura  gré  à  l'éditeur  d'avoir  joint  au  Livre  des  faits 
et  bonnes  mœurs  quelques  poésies  de  Christine  de  Pisan,  parmi  les- 
quelles plusieurs,  notamment  des  ballades  ou  des  rondeaux,  ont  vrai- 
ment bonne  tournure. 

Une  publication  de  textes  rajeunis  ne  peut  avoir  de  prétentions  à  l'éru- 
dition; mais  ce  n'est  pas  une  raison  pour  pardonner  à  l'éditeur  quel- 
ques grosses  erreurs  qu'il  a  commises  :  par  exemple,  page  15,  il  ne  faut 
pas  donner  à  Gilles  Malet  le  nom  de  Guy  Maled;  page  79,  n.  1,  il  eût 
été  bien  facile  de  s'assurer  que  c'est  de  Philippe-Auguste  que  veut  par- 
ler Christine  de  Pisan  ;  le  passage  des  Grandes  Chroniques  auquel  elle 
fait  allusion  est  le  chapitre  XX  du  livre  consacré  au  règne  de  ce  prince. 
De  même,  page  90,  n.  1,  «  probablement  »  est  de  trop  ;  c'est  certaine- 
ment de  Henri  le  Boiteux  qu'il  s'agit  dans  la  phrase  de  Christine. 
Page  135,  ce  n'est  pasAmbert,  mais  Amburs,  que  Christine  désigne  sous 
le  nom  des  Embeurs.  11  n'est  pas  permis  de  défigurer  en  «  Théodore  de 
Nieus  »  le  fameux  Dietrich  ou  Théodoric  de  Niem  (p.  337,  n.  1).  Nous 
voulons  croire  que  c'est  une  simple  faute  d'impression,  d'autant  plus 
que  les  coquilles  abondent  dans  ce  volume  :  par  exemple,  page  11(5,  Rué 
pour  Rue  ;  page  127,  n.  2,  Du  Haillau  pour  du  Haillan  ;  page  137,  n.  1, 
Orrouville  pour  Orronville.  Cela  dit  sans  vouloir  décrier  le  travail  utile 
et  méritoire  que  nous  donne  la  Société  de  Saint-Augusliu. 

E.-G.  Ledos. 


—  118  — 

La  S*«5lSilîsaae  cs.ilérlcsaa*e  dî»  L,îBîalBC  €5<»  ^av©Ic.  —  Relations 
diplomatiques  de  la  France  et  de  l'Angleterre  pendant  la  captivité  de  Frar^ 
çois  I*"'  (i  525-1 326),  par  G.  Jagqueton.  Paris,  Bouillon,  1892,  in-8  de 
xxni-467  p.  —  Prix  :  13  fr.  50. 

Voici  une  thèse  d'École  des  chartes  qui  est  devenue  rapidement  un 
bon  livre,  sobrement  documenté,  clairement  écrit,  et  il  faut  savoir  gré  à 
l'auteur  de  ne  pas  l'avoir  ^ardé  dans  ses  cartons.  L'information  est  abon- 
dante et  sûre  :  en  dehors  des  grands  dépôts  de  Paris,  les  archives  de 
plusieurs  autres  villes  ont  été  mises  à  profit;  le  British  Muséum  elle 
Record  Office,  consultés  avec  soin  ;  les  publications  italiennes  ou  espa- 
gnoles, maniées  avec  circonspection.  La  liste  des  ouvrages  cités  (xvii- 
xxiii)  est  brève  :  il  n'y  a  pas  étalage  d'in-folio,  le  lecteur  la  parcourt 
sans  fatigue.  Trois  cents  pages  de  texte  découpé  en  neuf  chapitres,  qui 
se  subdivisent  eux-mêmes  en  alinéas  de  moyenne  longueur,  une  soixan- 
taine de  pièces  choisies  «  illustrant  »  ledit  texte,  telle  est  l'économie  de 
cet  ouvrage  agréable  à  l'œil  et  à  l'esprit.  —  Trois  points  à  signaler  : 
i°  le  caractère  pécuniaire  des  relations  franco-anglaises;  2°  les  relations 
si  mal  connues  de  Wolsey  et  de  Henri  VIII  ;  3°  le  portrait  de  Louise  de 
Savoie.  —  1°  Les  rois  d'Angleterre  deviennent  nos  pensionnaires  en 
1475;  leurs  ressources  matérielles  sont  médiocres,  et  ils  sont  heureux 
de  vendre  la  paix;  la  France  paie  sans  mot  dire,  son  budget  est  d'une 
élasticité  complaisante  qui  permet  les  largesses  :  cinquante  mille  écus 
sur  un  revenu  de  quatre  millions  de  livres,  n'est-ce  pas  une  bagatelle? 
Deux  fois  seulement  la  paix  est  troublée  (en  cinquante  ans)  :  en  1  i92  et 
en  1513  ;  mais  Henri  VIII  s'arrête  à  Boulogne  et  se  rembarque  avec  joie 
devant  des  offres  séduisantes  et  «  sonnantes  ;  »  son  fils  fait  une  prome- 
nade militaire,  un  de  ces  élégants  tournois  où  il  excelle,  et  enlève  Tournai 
à  la  pointe  de  sa  lance.  Ce  n'est  point  sérieux  :  le  peuple  anglais,  pasto- 
ral et  commerçant,  se  soucie  médiocrement  des  aventures  et  déteste 
la  guerre;  il  luifauLson  confort,  h  rosbif  et  Taie  à  discrétion....  M.  Jac- 
queton  a  bien  éclairci  ce  premier  i)oint.  —  2'^  Il  croit  que  Wolsey  éLait 
rinnnble  exécuteur  des  volontés  do  son  maitre  :  idée  nouvelle,  contraire 
à  la  légende  qui  représente  le  cardinal  connue  ayant  une  politiqni^  à  lui 
et  insurgé  parfois  contre  son  roi.  (^est  bien  connaître  les  Tudors  qui  ont 
implanté  l'absolutisme  outre  Manche  :  Hemù  VIII  était  trop  amant  du 
pouvoir  pour  en  abdiquer  une  parct;lle  ;  quand  il  préparait  quelque  volte- 
face  diplomati({ue,  il  lançait  Wolsey  en  éclaireur  pour  sonder  le  lerrain, 
et  il  se  tenait  priulemment  en  arrière,  attendant  le  résultat;  Wolsey 
réussissait-il,  il  venait  à  la  rescousse  en  applaudissant;  en  cas  d'échec, 
il  le  désavouait.  Wolsey  a  été  victime  de  son  dévouement:  ce  jeu  dan- 
gereux lui  a  coûté  la  vie  et  l'homieur  de  sa  mémoire.  —  T  Louise  de 
Savoie  sort  transfigurée  du  livre  de  M.  Jacqueton.  Reconnaissons  avec 
lui  qu'elle  fut  bonne  mère  et  «  Hue  mouche  »  en  matière  i)olitique.  Jeune 


—  149  — 

el  jolie,  elle  refusa  toujours  de  se  remarier,  pour  se  consacrer  tout  en- 
tière à  son  fils  et  travailler  à  sa  gloire.  Régente  parvenue  au  comble 
de  ses  vœux,  elle  se  révéla  bonne  Française  et  sortit  avec  honneur  d'un 
pas  périlleux  :  le  Roi  prisonnier  en  Espagne,  des  ennemis  toul  autour 
de  soi,  une  noblesse  mécontente....  Elle  rallia  le  peuple  et  les  seigneurs 
et  joua  une  partie  serrée  avec  Henri  VIII  :  elle  finit  par  conclure  une 
paix  avantageuse  et  remporta  d'autres  succès  en  Italie  et  «  tra  los 
montes.  »  —  Mais  il  ne  s'agit  pas  de  déflorer  ici  l'intérêt  de  l'ouvrage  ; 
les  lecteurs  en  apprécieront  la  nouveauté  désormais  mise  en  lumière. 
—  M.  Jacqueton  a  écrit  un  important  chapitre  d'histoire  diplomatique 
et  il  a  choisi  l'épisode  capital  des  relations  franco-anglaises  dans  la 
première  moitié  du  xvi*  siècle.  A. 


Mssea-veSIes  fâeeSBipretaes  eriti«jBacs  sbib*  les  relatiois!^  poîî- 
tîïgBHe^  de  la  I^'a-ïassec  îa^ec  l"AB3esiia§-Bfie,  de  83î^  àa  S4ï»l, 
par  Alfred  Leroux,  archiviste  de  la  Haute-Vienne.  Paris,  Emile  Bouil- 
lon, 1892,  gr.  in-8  de  viii-368  p.  -  Prix  :  7  fr.  50. 

M.  Alfred  Leroux  avait  choisi  pour  sujet  de  thèse  à  l'École  des  chartes, 
en  1878,  l'histoire  des  r^^lations  politiques  de  la  France  avec  l'Allemagne 
sons  Charles  VIL  Depuis  il  n'a  pas  cessé  de  recueillir  des  matériaux 
pour  élucider  le  difficile  problème  des  relations  diplomatiques  entre  la 
France  et  l'Allemagne  aux  xiv'=  et  xv''  siècles.  De  novembre  1885  à 
mars  1887,  il  fnl  chargé  par  l'École  des  hautes  études  d'explorer  les 
archives  de  Vienne,  de  Munich,  de  Francfort,  de  Weimar,  etc.  Après 
avoir  donné,  en  1882,  un  \)remiev  \o\ume  ûqs  Recherches  critiques  sur  les 
relations  politiques  de  la  France  avec  V Allemagne  de  i 292  à  i 378,  il 
continue  aujourd'hui  ses  études,  qui  seront  complétées  par  des  Dernières 
Recherches,  comprenant  le  règne  de  Louis  XI  et  les  dix  premières  années 
de  Charles  VIII,  el  par  un  travail  sur  la  Royauté  française  et  le  Saint- 
Empire  romain  au  moyen  âge.  De  cet  ensemble  de  publications 
résultera  non  point  un  travail  définitif  sur  un  si  vaste  sujet,  mais  un 
ensemble  d'indications  précieuses  rassemblées  avec  érudition  et  avec 
méthode  qui  permettra,  à  l'aide  des  matériaux  nouveaux  que  la  science 
nous  off're  chaque  jour,  de  se  rendre  un  compte  exact  de  ce  que  furent 
de  l'292  à  14-93  les  relations  politiques  de  la  France  avec  l'Allemagne. 

M.  Alfred  Leroux  a  partagé  ses  Nouvelles  Recherches  en  trois  livres  : 
le  premier  comprend  les  chapitres  suivants  :  Le  Grand  Schisme  ecclésias- 
tique; Wenceslas  et  Robert;  En  Italie  (1380-1409);  Sur  la  frontière 
(1378-1405)  ;  Les  Ducs  de  Bourgogne  et  d'Orléans  (1384  1409)  ;  La  Guerre 
de  Cent  ans  (1378-1408).  —  Le  second  livre  comprend  les  chapitres  sui- 
vants :  Les  Conciles  de  Pise,  de  Constance  et  de  Sienne;  La  Guerre  de 
Cent  ans  (1414-1422)  ;  Sur  la  frontière  (1408-1430).  —  Le  troisième  livre 
comprend  les  chapitres  suivants  :  Le  Duc  de  Bourgogne  et  l'Allemagne 


—  ioO  — 

(1-430-1-418);  Lulle  du  roi  de  France  contre  le  duc  de  Bourgogne  dans 
l'empire  :  I.  Alliances  avec  les  ducs  d'Autriche  et  de  Lorraine;  II.  L'Ex- 
pédilion  de  Suisse  et  de  Lorraine;  III.  Relalions  avec  les  princes  et  les 
villes  (1445-1450)  ;  IV.  Relalions  avec  les  princes  et  les  villes  (14-52-1461); 
Le  Nouveau  Schisme  ecclésiastique  ;  En  Italie  et  dans  le  royaume  d'Arles  ; 
La  Croisade  contre  les  Turcs.  Tel  est  le  vasle  champ  qu'a  parcouru  l'au- 
teur ;  il  a  glissé  sur  les  parties  de  son  sujet  qui  avaient  été  élucidées  par 
ses  de\anciers,  dont  il  s'est  borné  à  résumer  les  recherches,  s'arrêtant 
avec  plus  de  développement  aux  points  sur  lesquels  il  apportait  des  in- 
formations nouvelles.  Nous  ne  pouvons  entrer  dans  l'analyse  de  cet  im- 
portant travail.  Bornons-nous  à  constater  le  soin  et  l'érudition  dont 
M.  Alfred  Leroux  a  fait  preuve  dans  l'élucidation  de  ses  nombreux  ma- 
tériaux et  félicitons-le  d'avoir  apporté  un  si  précieux  contingent  à  l'his- 
toire diplomatique  de  la  France  pour  une  période  si  peu  connue. 

G.  DE  B. 


Le  Parti  ûvfi  l*oliâi(3«iC!«  asi  fieBittieiiBaiii  de  la  ^aint-ltar- 
iliéBemy.  La  lloSle  et  l'oeossat,  par  Francis  de  Crue.  ]\iris, 
Pion  et  Nourrit,  1892,  in-8  de  vii-365  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Pour  quiconque  connaît  un  peu  par  le  menu  l'histoire  des  derniers 
Valois,  il  n'y  a  pas  de  lecture  plus  attachante  que  celle  du  nouveau  vo- 
lume de  M.  de  Crue.  Il  regorge,  enefïet,  de  renseignements,  de  portraits, 
d'anecdotes  sur  les  personnages  que  les  passions  religieuses,  les  intri- 
gues politiques,  les  haines  de  famille  ou  les  entraînements  du  cœur 
faisaient  mouvoir  à  cette  époque  élégante  et  affluée,  relevée  à  l'occasion 
par  un  reste  de  cruauté  et  de  barbarie.  L'auteur  est  un  chercheur  aussi 
heureux  ([u'infaligable  ;  il  est  précis  autant  qu'exact  :  on  peut  se  lier  à 
ses  documents^,  sans  contrôler  les  sources  nombreuses  qu'il  indique. 
Mais  dans  l'interprétation  des  faits  qu'il  a  recueillis,  dans  leur  mise  en 
œuvre,  nous  craignons  qu'il  ne  se  soit  laissé  aller  à  une  idée  person- 
nelle, assez  excusable  et  naturelle  après  tout,  puisqu'elle  lui  avait  d;'jà 
valu  un  succès  éclatant  et  incontesté.  Son  ouvrage  tourne  un  peu  trop 
autour  de  la  seule  maison  de  Montmorency.  Les  Fi/s  du  connétable  tel 
aurait  dû  être  le  litre  unique  de  ce  travail.  El  s'il  était  vraiment  louable 
de  donner  la  juste  note  historique  sur  le  roman  et  le  drame  populaire  de 
la  Beinc  Margot,  il  ne  fallait  pas  chercher  à  faire  concurrence  à  l'imagi- 
nation du  vieux  Dumas,  en  allribuanlà  la  conspiration  de  La  Môle  etCo- 
con;is  —  La  Molle  et  Coconal,  si  l'on  veut  —  dos  proportions  qu'elle 
n'eut  pas. 

L(î  parti  des  jioiiticjues,  très  franrais,  très  gallican,  j)our  mieux  dire, 
o]ii,  il  exista  à  la  fin  du  xvi°  siècle;  mais  il  eut  pour  chefs  l'Hospilal 
d'abord,  Catherine  d»'  iMédicis  elle-même  un  instant,  Henri  IV  jusqiies 
et  y  compris  l'édit  de  Nantes,  les  parlementaires  de  la  Satire  Mibilp/jce, 


—    loi   — 

les  patriotes  ennemis  des  Espagnols  et  de  l'ambitieuse  l'îimilie  de  Guise. 
Faire  figurer  en  tête  de  cette  phalange  Anne  de  Montmorency,  ce  catlio- 
lique  fougueux  et  intransigeant,  cet  esprit  plus  droit,  plus  fier,  que 
bon  manœuvrier  et  fin  diplomate,  c'est  un  contresens  que  sa  profonde 
connaissance  de  l'époque  aurait  dû  éviter  à  M.  de  Crue.  Si  un  grand 
guerrier  contemporain  pouvait  être  rangé  parmi  les  politiques  ou  les 
modérés,  c'était  le  rival  de  Montmorency  dans  toute  sa  carrière,  avec 
moins  de  prestige,  moins  de  celte  iniluence  que  donne  un  somptueux 
état  de  maison  et  de  princières  alliances,  mais  meilleur  général,  plus 
heureux  négociateur,  ce  maréchal  de  Vieilleville,  fidèle  à  la  foi  catho- 
lique jusqu'à  sa  mort,  qu'on  peut  reconnaître  comme  libéral,  à  ce  signe 
infaillible,  à  savoir,  que  les  purs  l'accusèrent  d'être  huguenot  et  que, 
sjns  jamais  abandonner  son  roi,  il  se  tint  toujours  à  l'écart  des  querelles 
religieuses. 

Quant  aux  fils  du  connétable,  l'auteur  les  a  bien  caractérisés,  en  dis- 
tinguant les  deux  aînés  des  plus  jeunes,  Thoré  et  Méru,  «  les  aventu- 
reux et  les  aventuriers,  »  comme  il  les  appelle  par  deux  fois  (p.  101 
et  2:25),  et  qui  se  sont  montrés  de  simples  fauteurs  de  guerre  civile; 
mais  il  s'est  plu  à  attribuer  au  maréchal  un  rôle  prépondérant  qu'il  n'a 
jamais  eu.  Pourquoi  aussi  répéter  à  satiété  qu'il  occupait  à  la  cour  la 
place  de  beau-frère  du  Roi?  (V.  p.  127,  154,  205,  213,  247,  297.)  Il  est 
vrai  qu'il  avait  épousé  la  fille  naturelle  de  Henri  II  et  de  Diane  de  Poi- 
tiers; mais  les  Valois  la  traitaient-ils  absolument  comme  leur  sœur? 
Catherine  en  particulier,  qui  aurait  pu  dire,  comme  autrefois  Valentine 
de  Milan,  qu'elle  lui  avait  été  dérobée,  fit-elle  jamais  l'effort  un  peu  ou- 
trageant et  inutile  de  l'adopter  dans  la  famille  royale,  et  n'est-on  pas 
choqué  d'une  phrase  ainsi  conçue  :  «  La  réconciliation  des  deux  beaux- 
irères  (le  duc  d'Anjou  et  François  de  Montmorency]  arracha  des  larmes 
à  la  Reine-mère?  »  Ce  sont  des  détails  sans  importance^  qui  prouveront 
du  moins  à  M.  de  Crue  que  nous  ne  l'avons  pas  lu  sans  attention.  Et 
puisque  nous  en  sommes  aux  vétilles^  signalons  en  passant  un  procédé 
de  style  qui  semble  dangereux  :  c'est  la  tendance  trop  fréquente  à  ajou- 
ter au  récit  des  réflexions  en  forme  de  proverbes  ou  de  maximes,  qui 
n'ont  même  pas  toujours  le  mérite  de  la  nouveauté.  On  en  citerait  vingt 
exemples  :  «  Rien  n'ouvre  l'esprit  comme  les  voyages  »  (p.  24)  ;  —  «  Il 
en  coûte  moins  de  courir  des  risques  à  qui  n'a  rien  à  perdre  »  (p.  85)  ;  — 
«  Un  bien  présent  vaut  mieux  qu'un  plus  grand  à  venir  »  (p.  107)  ;  — 
«  Le  mariage  adoucit  les  mœurs  «  (p.  128);  —  «  La  galanterie  et  la  su- 
perstition vont  bien  ensemble  »  (p.  163);  —  «  Le  bien  sort  maintes  fois 
de  ce  que  l'on  juge  de  pire  «  (p.  222);  —  «  S'il  est  facile  d'allumer  l'in- 
cendie, il  l'est  moins  de  l'éteindre  »  (p.  305),  etc.  Quand  les  faits  parlent 
d'eux-mêmes,  qu'ils  sont  intéressants,  dramatiques,  la  grande  histoire  n'a 
pas  besoin  de  ces  agréments  étrangers.  C'est  assez  d'y  joindre  des  tableaux 


—  152  — 

amenés  naturellement  et  que  la  plume  de  M.  de  Crue  sait  tracer  avec 
charme,  comme  la  description  de  Chantilly  à  propos  de  l'hospilaliLé 
princière  offerte  à  Charles  IX,  conime  la  «  satrapie  »  du  Languedoc  et 
la  situation  presque  royale  que  s'y  était  ménagée  Damville.  Le  récit  de 
reflet  produit  «  en  France  »  par  la  fausse  nouvelle  de  l'empoisonnement 
de  ce  gouverneur  trop  indépendant,  un  peu  après  l'avènement  de 
Henri  lil,  est  construit  avec  un  art  merveilleux,  trop  poussé  au  tragique 
peut-être,  lorsque  l'auteur  ajoute  qu'en  apprenant  la  rumeur,  «  Catherine 
rit  comme  jamais  elle  n'avait  fait  et  que  le  Roi  guérit.  » 

Pour  ce  qui  est  de  la  conspiration  de  1574,  et  de  la  guerre  qui  se  ter- 
mina par  la  paix  de  Monsieur,  il  ne  serait  pas  juste  de  dire  que  «  les 
politiques  »  en  furent  les  chefs  et  que  leurs  doctrines  en  sortirent  triom- 
phantes. Au  fond  les  vrais  vainqueurs,  les  seuls  alliés  du  duc  d'Alençon, 
ce  furent  les  protestants  de  France  et  d'Allemagne.  Mézeray,  auquel  il 
faut  toujours  revenir,  surtout  quand  il  s'agit  de  l'histoire  moderne,  et 
qui  a  écrit  beaucoup  plus  qu'on  ne  le  croit  sur  les  documents,  a  dit  à 
l'occasion  de  ces  événements  :  «  Il  y  avait  une  grande  division  entre  les 
chefs  et  une  puissante  faction  de  trois  sortes  de  gens,  appelés  mal-con- 
tents,  fîdelles  et  nouveaux.  Les  mal-contents  étaient  ceux  qui  se  fâ- 
chaient de  n'avoir  pas  del'employselonleur  mérite....  Tous  les  seigneurs 
étaient  mal-contents  de  la  Reine-mère  qui  gouvernait  tout  parles  mains 
de  deux  ou  trois  estrangers.  »  Voilà  le  grand  mot  lâché  I  C'est  contre  Ca- 
therine de  Médicis  et  l'influence  qu'elle  exerçait  sur  son  fils  mourant, 
Charles  IX,  sur  le  duc  d'Anjou,  qu'elle  venait  de  faire  roi  de  Pologne  et 
auquel  elle  gardait  soigneusement  le  trône  de  France,  c'est  contre  elle 
seule  que  les  factieux  tentèrent  leurs  entreprises,  en  s'appuyant  princi- 
palement sur  les  huguenots.  La  Reine-mère  le  savait  si  bien  qu'elle 
paya  d'audace,  en  faisant  mettre  à  la  Bastille  sans  jugement  les  maré- 
chaux de  Montmorency  et  de  Cossé.  Mais  à  cette  époque  le  roi  de  Na- 
varre ne  songeait  pas  encore  à  sortir  de  sa  retraite;  personne  ne  pen- 
sait à  la  Ligue  ;  le  tiers-parti  ne  se  formait  pas.  Il  y  avait  de  grands  sei- 
gneurs «  mal-contents,  »  comme  il  y  en  eut  sous  toutes  les  régences  ; 
et  les  fils  (lu  connétable  de  Montmorency  étaient   du  nombre,  créant 
beaucoup  d'embarras  à  la  Hoyauté  et  en  tirant  pour  eux  très  peu  de  profit. 

G.  Baguenault  i)k  Puchesse. 


IMnairiec  «le  Wax*'  et  Be  iti»ir<g«iiN  «a'AB'fteiîSOïi,  ])ar  ](!  duc  dk 
Bhoolik,  (le  rAcacU'mic  iVançiiiso.  l^aris,  Cahiiann  Lévy,  1801,  2  vol.  iu-S 
<\r.  .'ir,2  et  398  p.  —  Prix  :  IT,  fV. 

Ln  B^aSx  «l'.%lx-Ia-C"lia|><»2B«',  [.ar  le  iiirme.  Paris,  Calmann  Lévy, 
1892,  in-8  de  34G  ]'.  —  l'i-ix  :  7  IV.  ÔO. 

Si   un  homme  sort  amoindri  des  nouvelles  et  belles  études  de  M.  le 
duc  de  Broglie   sur  le  wiii"  siècle,  —  qui,  nous  l'espérons  bien,  ne 


—  153  — 

sont  point  encore  les  dernières,  —  c'est  évidemment  le  marquis  d'Ar- 
genson  :  esprit  élevé  à  certains  points  de  vue,  mais  essentiellement 
chimérique,  et  qui,  pendant  son  passage  aux  affaires  étrangères,  accu- 
mula fautes  sur  fautes  et  fut  la  dupe  à  peu  près  de  tous  ceux  avec 
lesquels  il  eut  à  traiter.  Son  obstination  à  poursuivre  en  Italie  un  plan 
do  confédération,  irréalisable  à  cette  époque,  compromit  les  armées 
françaises  en  l'aveuglant  sur  les  intentions  pacifiques  du  roi  de  Sar- 
daigne,  et  son  intervention  intempestive  dans  les  choses  militaires  fil 
batire  le  maréchal  de  Maillebois,  au  moment  où  il  devait  se  croire 
assuré  du  succès.  Sa  facilité  à  accueillir  les  ouvertures  plus  ou  moins 
sincères  de  la  Hollande  faillit,  à  l'autre  extrémité  du  théâtre  de  la 
guerre,  compromettre  les  opérations  du  vainqueur  de  Fontenoy  et  do 
Kocoux.  Heureusement  Maurice  de  Saxe  fut  moins  docile  et  plus 
clairvoyant  que  iMaillebois,  et  c'est  dans  les  Pays-Bas  et  par  lui  que 
fut  sauvé  l'honneur  du  drapeau  français  et  que  furent  frappés  les  coups 
décisifs  qui  déterminèrent  une  paix,  si  souhaitée  parle  pays.  Mais  celle 
paix  même,  ou  du  moins  les  avantages  que  la  France  eût  dû  en  retirer, 
furent  compromis  aussi  par  la  naïveté  du  ministre  qui,  dès  le  débu!, 
déterminant  le  minimum  des  prétentions  du  Roi,  les  fit  tellement  mo- 
destes que  cela  semblait  plutôt  la  résignation  humiliée  d'un  vaincu  que 
les  conditions  d'un  vainqueur.  Son  successeur,  dailleurs,  le  marquis  de 
Puisieulx,  n'eut  ni  plus  de  clairvoyance  ni  plus  d'habileté.  La  situation 
n'était  point  facile,  il  est  vrai;  l'Espagne  était  une  alliée  singulière- 
ment exigeante  et  incommode,  et,  plus  d'une  fois,  les  prétentions  de  ses 
généraux  et  de  ses  diplomates  vinrent  contrecarrer  et  faire  échouer  les 
opérations  des  nôtres.  Mais  la  concorde  ne  régnait  pas  davantage  entre 
nos  adversaires,  et  des  politiques  habiles  eussent  pu  tirer  un  merveilleux 
parti  des  ambitions,  des  jalousies  et  des  rancunes  des  Autrichiens  et 
des  Anglais.  Au  Ueu  de  cela,  les  admirables  campagnes  du  maréchal  de 
Saxe  n'aboutirent  qu'à  celte  déplorable  paix  d'Aix-la-Chapelle,  où  la 
France  ne  garda  rien  de  ses  conquêtes  et  se  laissa  imposer  l'humiliante 
expulsion  du  vaillant  el  malheureux  Charles-Edouard. 

Le  résultai  le  plus  clair,  —  mais  celui-là,  ni  d'Argenson  ni  Puisieulx 
ne  l'avaient  prévu,  —  ce  fut  la  volte-face  opérée  dans  les  alliances 
européennes  et  le  nouveau  groupement  des  puissances.  Tandis  que  les 
ministres  français  se  mettaient  aux  genoux  et  à  la  remorque  du  roi  de 
Prusse,  celui-ci,  avec  sa  cynique  désinvolture,  les  trahissait  pour  pré- 
parer son  accord  avec  FAngielerre.  11  fallait  d'autres  alliés,  el  par  une 
rare  bonne  fortune,  à  ce  moment  même  Marie-Thérèse  cherchait  à  se 
rapprocher  de  la  France.  Ses  ouvertures  avaient  été  nombreuses  et 
pressantes;  hypnotisé  par  Frédéric,  d'Argenson  les  avait  repoussées. 
11  fallut  bien  les  accepter  plus  tard,  mais,  comme  le  remarque  justement 
M.  le  duc  de  Broglie,  trop  tard.  Si,  au  Jieu  d'attendre  jusqu'en  1756, 


—   lo4  — 

l'alliance  austro-française  avait  été  réalisée  dès  17-48  et  même  plus  tôt, 
qui  ne  voit  combien  les  conditions  en  eussent  été  plus  avantageuses  et 
les  conséquences  plus  heureuses  ?  Une  fois  de  plus,  Tilluslre  auteur 
proclame  la  légitimité  et  la  nécessité  même  du  changement  opéré  par 
Louis  XV  dans  la  politique  française  et  qui  a  donné  lieu,  au  xviii"  siècle 
et  même  de  nos  jours,  à  tant  de  critiques  injustes  et  de  soties  légendes. 
«  Ces  contes,  d'une  ineptie  ridicule,  dit-il,  propagés  par  les  flatteurs 
gagés  de  Frédéric,  répétés  par  les  déclamations  démagogiques  de  nos 
clubs  révohitionnaires,  et  pieusement  transmis  ensuite  à  la  crédulité 
populaire  par  des  historiens  français  même  de  notre  âge,  n'ont  pas 
l'ombre  d'un  fondement.  Le  traité  de  1756  ne  lut  point,  comme  on 
l'a  dit,  la  l'aute  du  règne  ;  la  faute  fut  d'avoir  attendu,  pour  le  conclure, 
une  nécessité  si  pressante,  que  rien  n'en  avait  préparé  l'exéculion  et 
qu'il  ne  restait  plus  qu'à  y  apposer  d'une  main  tremblante  une  signa- 
ture tardive.  »  Max  de  la  Rocheterie. 


g;éuéral  des  Sîuauccs  tic  iîA»  à  fiî.ï4,  par  M.  Mauion.  Paris, 
Hachette,  1892,  iu-S  de  xx-463  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Ce  volume,  très  dense  de  matière  et  d'impression,  exigerait  un  long 
compte  rendn  s'il  fallait  le  mesurer  au  nombre,  à  l'étendue  et  à  l'im- 
portance des  sujets  traités.  Machault  n'occupa  que  quelques  années 
le  poste  de  contrôleur  général  des  finances  ;  mais  l'impôt  du  vingtième 
qu'il  établit  en  17-49  et  les  luttes  soit  contre  les  parlements,  soit  contre 
le  clergé,  qui  en  furent  la  conséquence,  ont  donné  à  cette  période  un  in- 
térêt qui  subsiste  encore.  Outre  sa  valeur  financière,  cet  impôt  en  avait 
une  autre  d'un  caractère  plus  général  :  il  touchait  toutes  les  classes,  il 
embrassait  les  trois  ordres,  il  ne  tenait  pas  compte  des  privilégiés,  il 
frappait  les  biens  du  clergé  au  même  litre  que  les  autres.  Aussi,  après 
avoir  très  soigneusement  étudié  l'établissement  et  l'organisation  du 
nouvel  impôt  et  la  manière  dont  il  fut  accueilli  soil  dans  les  pays 
d'Ëlats,  soit  dans  les  pays  d'élections  (15-198),  l'auteur  examine  l'orga- 
nisation financière  elles  contributions  du  clergé  au  uiilien  du  xviii''  siècle; 
sans  garantir  les  chiffres  qu'il  donne,  il  croit  pouvoir  évaluer  les  revenus 
à  soixante  millions  etie  produit  des  dîmes  à  quatre-vingts  millions.  Nous 
reconmiandons  la  lecture  de  ce  chapitre,  autant  j)our  les  renseignemiMits 
qu'il  fournit  que  pour  la  prudence  des  conclusions.  L'asseniijlée  du 
clergé  de  France  de  1750,  la  campagne  do  brochures  qui  s'ensui\  il,  l'alti- 
tude de  la  Cour,  enfin  la  (piestion  de  relus  de  sacrements  sur  la(|uellc 
s'engagea  entre  les  Parbunents  et  la  Cour  um^  lutte  si  \  ive,  où  la  raison  et 
le  respect  de  la  liberté  religieuse  liiiiMit  du  cùlé  dn  lloi,  compos(!nl  des 
chapitres  très  précieuv  d'inform.ilions  et  (jue  d(!  récentes  décisions  nii- 
nistérielles  rendent  encore  plus  o])portunes  à  étudier. 


—  153  — 

Machaiilt  succomba.  Dans  sa  liilte  contre  le  clergé,  s'inspira-t-il  de 
sentiments  d'hostilité  que  l'époque  où  il  vécut  suffirait  à  expliquer?  Ne 
l'ut-il  pas  plutôt  un  financier  qui  se  bornait  à  son  rôle  et  qui  cherchait  à 
faire  de  bonnes  finances,  sans  s'inquiéter  d'anciens  privilèges  qui  le 
gênaient  ?  M.  Marion  écrit  :  «  Les  sentiments  chrétiens  de  Machault 
étaient  vifs  et  sincères.  A  cet  égard  comme  à  bien  d'autres,  lise  rappro- 
chait pins  de  la  société  austère  et  croyante  dn  xvii*  siècle  que  du  monde 
volontiers  impie  et  libertin  de  son  temps.  Il  était  très  pratiquant  et  par- 
tout connu  comme  tel.  Sa  fréquentation  des  sacrements  dépassait  les 
bornes  d'une  simple  régularité,  et  pouvait  l'aire  ranger  dans  la  catégorie 
des  hommes  dévots  cet  adversaire  acharné,  à  la  Cour,  du  parti  de  la  dé- 
votion »  (p.  243).  Ajoutons  encore,  avec  l'auteur  de  ce  livre,  que  le 
fils  aîné  de  Machault,  plus  tard  évêque  d'Amiens,  n'eut  aucunes  attaches 
jansénistes,  et  que,  dans  une  certaine  mesure,  «  les  sentiments  du  fils 
sont  les  garants  de  ceux  du  père.  » 

Ce  livre  est  donc  à  étudier  de  près.  Il  ne  faut  pas  s'arrêter  à  quelques 
phrases  imprudentes  auxquelles  la  passion  de  son  sujet  et  le  culte  de 
son  héros  ont  pu  entraîner  l'auteur  :  il  faut  aller  au  fond.  Pour  l'érudit 
et  le  chercheur,  il  y  a  là  ample  matière,  bien  que  les  documents  soient 
plutôt  l'objet  de  renvois  que  de  citations  ;  mais,  pour  le  lecteur  ordi- 
naire, il  manque  peut-être,  ou  des  sommaires  un  peu  détaillés  en  tête 
des  chapitres,  ou,  à  la  lin  de  chacun  d'eux,  des  résumés  qui  les  embras- 
sent en  quelques  lignes  :  ce  qui  ne  dispenserait  pas  de  lire,  mais  don- 
nerait des  points  de  repère.  En  somme,  c'est  une  excellente  thèse,  bien 
écrite,  bien  digérée,  témoignant  de  longues  études  ;  elle  gagnerait  auprès 
du  public  à  devenir  un  livre  moins  compact.  Victor  Pierre. 


lia  Aiiifi  de  la  Heine  (Marie-AMtoBMedtc  —  33.  «Se  Fei'sen), 
par  Paul  Gallot.  2^  éd.  Pari^^,  OUendortî,  1892,  gr.  in-18  de  viii-379p.— 
Prix  :  3  fr.  50. 

Cet  ami  de  la  Reine,  c'est  le  comte  de  Fersen,  et  non  pas  seulement 
un  ami  de  la  prospérité,  mais  un  ami  de  la  vie  entière,  un  fidèle  du 
malheur  surtout.  Il  semble  bien,  s'il  faut  eu  croire  une  dépèche 
célèbre  de  l'aujbassadeur  de  Suède,  le  comte  de  Cceatz,  qu'il  y  eut  de 
la  part  de  la  Reine  pour  Fersen  plus  qu'une  sympathie  banale,  un  véri- 
table sentiment,  et  ce  sentiment  ne  put  être  que  fortifié  par  toutes  les 
preuves  de  dévouement  que  le  chevaleresque  Suédois  prodigua  à  la 
famille  royale  pendant  les  heures  sombres.  Mais  que  ce  sentiment  soit 
resté  honnête  et  pur,  il  n'y  a  que  les  calomnieux  Mémoires  de  lord 
Holland  qui  en  aient  douté,  et  leurs  insinuations  sont  démenties  par 
tous  les  témoins.  De  son  côté,  chez  Fersen,  le  dévouement  à  la  souve- 
raine se  doublait  d'un  certain  sentiment  chevaleresque  pour  la  femme, 
cequine  l'empêcha  point  pourtant  d'avoir  des  liaisons  passagères,  comme 


cela  résulte  manifestement  des  lettres  saisies  chez  lui  el  publiées  par 
M.  Bimbenet,  letlres  que  M.  Gaulot  paraît  n'avoir  point  connues.  Bien 
accueilii  par  Marie-Antoinette,  d'abord  Daiiphine,  pnis  Reine,  Fersen 
lui  voua  un  attachement  reconnaissant  qui  ne  s'éteignit  qu'avec  sa  vie. 
Dans  les  jours  de  bonheur,  lorsque  le  service  militaire  ne  le  retenait 
point  à  son  régiment,  ou  que  son  goût  des  aventures  ne  l'entraînait 
point  en  Amérique,  il  fut  l'un  des  habitués  de  Trianon.  Mais  c'est 
surtout  pendant  les  années  d'épreuves  que  son  rôle  grandit.  Personne 
n'ignore  qu'il  fut  le  principal  organisateur  du  projet  d'évasion  qui 
aboutit  si  déplorablement  à  Varennes.  Et  il  n'a  pas  tenu  à  lui  que  le 
résultat  n'ait  été  tout  antre;  si  ses  conseils  avaient  été  plus  écoutés, 
s'il  y  eût  eu  moins  de  luxe  de  précautions  et  de  troupes,  si  surtout 
Fersen,  après  avoir  préparé  la  fuite,  l'avait  dirigée  jusqu'à  la  fin,  peut- 
être  Louis  XVI  aurait-il  réussi  comme  le  comte  de  Provence.  Ce  qu'on 
sait  moins,  ce  qui  est  connu  aujourd'hui  grâce  à  la  publication  de  ses 
Papiers,  et  ce  que  M.  Gaulot  raconte  en  grands  diHails,  c'est  le  rôle 
prépondérant  joué  par  Fersen  après  le  20  juin  1791.  Il  reste,  hors  de 
France,  l'homme  de  confiance  du  Roi  et  surtout  de  la  Reine,  leur  inter- 
médiaire avec  le  roi  de  Suède  et  l'Empereur.  Là,  comme  au  !^0  juin, 
il  échoue;  mais  il  lutte  jusqu'à  la  fin,  et  lorsque  la  famille  royale  est 
au  Temple,  lorsque  après  l'assassinat  de  Louis  XVI,  Marie-Antoinette 
est  menacée  à  son  tour,  tandis  ([ue  les  puissances  semblent  indifférentes 
au  sort  des  augustes  prisonniers,  que  Mercy,  le  confident  de  Marie- 
Tliérèse,  le  mentor  de  Marie- Antoinette,  les  abandonne,  Fersen  remue 
ciel  et  terre  pour  les  sauver.  Grande  et  noble  figure,  à  laquelle  n'a  pas 
même  manqué  l'auréole  du  martyre;  car  lui  aussi,  comme  ses  royaux 
clients,  meurt  victime  d'une  populace  en  délire,  abandonné  par  ceux 
qui  eussent  dû  le  protéger.  C'est  cette  vie  si  pleine  el  si  une  que 
M.  Gaulot  a  retracée  dans  un  volume  plein  d'intérêt,  parfois  trop 
sévère  pour  la  Reine  et  pour  le  Roi,  mais  dont  une  deuxième  édition,  si 
voisine  de  la  première,  atteste  le  légitime  succès.  Qu'il  nous  permette 
toutefois  de  lui  demander  pour  le  prochain  volume  qu'il  annonce  de 
contrôler  plus  sévèrement  les  sources  auxquelles  il  puise  et  de  se  défier 
davantage  des  mémoires  apocryphes  comme  ceux  de  M""  Berlin,  ou 
justement  suspects  comme  ceux  de  Lauzun,  de  lord  Holland  et  de 
La  fond  d'Aussonne.  Max.  dk  la  Rocueterie. 


ï^a  SoeBéié  fraeafraS.sc  avaiiâ.  «."4  «î»»***»  flïH»,  par  Vir/rou  du  Ijleu. 
Piifis,  Calrnanii  Luvy,  1892,  in-12dc  vni-337  p.  —  Prix  :  3  IV.  50, 

La  Sociale  française  avant  el  après'  J7S9,  ce  titre  n'est-il  pas  un 
pou  ambitieux?  Car  enfin  les  trois  études  différentes  qui  constituent  le 
volume,  et  qui  ont  d'abord  paru  dans  la  Itcone  des  Deux  Mondes,  ne 
lornifut  pas  et  n'ont  pas  la  piM>lention  de  former  un  tableau  complet  de 


—  iri7  — 

celte  société  française  du  xviii''  siècle,  faile  de  tant  de  contrastes,  si 
charmante  et  si  corrompue.  Sans  doute;  mais  autour  dn  héros  de  la 
seconde  de  ces  études,  «  le  client  de  rancieu  régirne,  »  l'auteur  a  su  grou- 
per tant  de  personnages,  il  nous  a  fait  à  sa  suite  pénétrer  dans  tant  de 
salons,  il  a  décrit  tant  de  scènes  diverses  que  nous  finissons  par  avoir, 
à  force  de  détails,  une  sorte  de  vue  d'ensemble.  Le  chevalier  de  l'Isle 
n'est  qu'un  comparse,  mais  c'est  un  comparse  aimable  qui  pénètre  par- 
tout. Voici  le  salon  des  Ghoiseul  et  celui  de  M"'"  du  Deffand,  le  «  grand- 
papa  »  et  la  «  petite-fille  ;  >»  autour  du  premier  tout  ce  qni  compte  à  la  cour 
et  dans  la  politique,  autour  de  la  seconde  tout  ce  qui  compte  dans  les  let- 
tres et  la  philosophie,  et  entre  les  deux  la  «  grand'maman,  »  celte  exquise 
duchesse  de  Ghoiseul,  si  bonne,  si  dévouée,  si  fidèle  à  un  mari  qui  ne 
Tctail  guère.  Et  un  peu  plus  tard,  voici  le  salon  des  Polignac  avec  celte 
société  de  la  duchesse,  devenue  si  vite  et  trop  complètement  la  sociiHé 
de  Marie-Antoinette, et  le  séjour  paisible  de  Trianon,  où  la  séduisante  et 
malheureuse  Reine  va  oublier  les  ennuis  de  la  représentation  et  les  sou- 
cis de  la  politique  pour  se  sentir  et  s'écouler  vivre  et  pour  se  dou'ier 
toule  à  l'amitié,  amitié  dangereuse;  car,  dit  justement  M.  (lu  Blod, 
«  c'est  une  question  de  savoir  si  la  favorite  d'une  reine  ne  nuit  pas 
autant  à  la  royauté  que  la  favorite  d'un  roi,  »  surtout  lorsque  le  mari 
de  cette  reine  s'appelle  Louis  XVL 

Au  milieu  de  ces  sociétés  diverses,  le  chevalier  de  l'Isle  va,  vient, 
récite  des  vers,  compose  des  chansons,  raconte  des  anecdotes,  écrit  des 
lettres  pleines  de  gaieté  et  d'humour,  dont  une  partie  considérable  a 
été  recueillie  par  un  de  ses  pelits-neveux  et  qu'il  Serait  bien  souhaitable 
de  voir  publier;  car  leur  ton  léger  mèuie  peint  bien  ce  monde  séduisant 
et  frivole,  qui  rit  de  tout,  qui  va,  en  s'amiisant,  à  la  catastrophe,  sans 
paraître  s'en  douter,  el  qui  ne  voit  l'abîme  que  lorsqu'il  s'ouvre  béant 
sous  ses  pas. 

La  catastrophe  vient  cependant,  et  elle  est  terrible;  les  salons  ne  sont 
plus  à  Versailles  ou  au  faubourg  Saint-Germain,  ils  sont  cà  la  Concier- 
gerie, à  la  Force,  dans  les  prisons;  car  c'est  là  que  se  sont  réveillés 
ces  seigneurs  et  ces  grandes  dames  endormis  dans  un  rêve  de  plaisir. 
Mais  là  anssi  l'on  est  gai,  là  aussi  l'ouest  héroïque.  On  va  à  la  guillotine 
comme  l'on  allait  au  bal,  et  c'est  ce  que  M.  du  Bled  nous  montre  dans 
l'élude  intitulée  les  Prisons  sous  la  Terreur.  ¥À  là  reparaît  enfin  ce 
sentiment  chrétien  qui  anime  par  exemple  la  duchesse  d'Ayen  et  la 
vicomtesse  de  Noaillos,  et  qui  fait  dire  au  maréchal  de  Mouchy  ces  fîères 
paroles  :  «  A  seize  ans,  je  suis  monté  à  l'assaut  pour  mou  roi  ;  à  quaire- 
vingts  je  monte  à  l'échataud  pour  mou  Dieu  :  je  ne  suis  pas  à  plaindre.  » 

Sur  la  première  de  ces  études  :  Un  amour  platonique  au  XVI  II"  siècle, 
nous  aurions  quelques  réserves  à  faire.  Il  nous  semble  que  M.  du  Bled 
a  un  peu  trop  suivi,  sans  les  contrôler  suffisamment,  les  Mémoires  de 


—  -158  — 

Laiizun,  qui  sont  loin  d'èlre  véridiques,  et  dont  ranlhenticilé  même  a 
été  snspecLée.  El  quant  à  la  marquise  de  Goigny,  nous  avouons  éprou- 
ver pour  elle  peu  de  sympathie  :  la  femme  dont  les  indicibles  souf- 
frances du  Temple  n'ont  pas  suffi  à  apaiser  les  envieuses  rancunes  con- 
tre les  Bourbons  pouvait  être  et  était  certainement  une  femme  d'esprit; 
quelque  amour  platonique  qu'elle  ait  pu  avoir  pour  Lanzun,  ce  n'était 
pas  une  femme  de  cœur.  Max.  dr  la  Rocheterie. 


MéstBoircs  et  sflUBTeaiîrs  «Iîb  B»aB'«iia  Blydc  de  l^eBivîHc.  T.  III, 
CJuiilci^  .V,  la  Dnehess^c  do  Bcrrij,  le  Comte  de  Chainhord.  l^aris,  Pion  et 
Nourrit,  1892,  Jn-8  de  591  p.,  héliograv.  et  fac-similé  d'autographes.  — 
Prix  :  7  fr.  50. 

Voici  le  troisième  et  dernier  volume  des  Mémoires  du  baron  Hyde 
de  Neuville;  on  le  lit  avec  le  môme  iuLérêt  que  les  deux  premiers  et  on 
le  quitte  à  regret  ;  car  il  faut  dire  adieu  à  l'une  des  figures  les  plus 
sympathiques  de  la  première  moitié  de  ce  siècle  troublé.  Nommé  à  son 
retour  d'Amérique,  et  presque  sinuiltanément,  député  de  la  Nièvre  et  am- 
bassadeur à  Lisbonne,  le  baron  Hyde  de  Neuville  prend  une  part  déci- 
sive aux  graves  événements  qui  troublent  le  Portugal  le  30  avril  18214. 
Il  soutient  énergiquomeut  la  cause  et  amène  le  triomphe  du  roi  Jean  VI, 
prisonnier  d'une  insurrection  militaire  dirigée  par  sa  femme  et  son  fils, 
et  cette  vigoureuse  et  efficace  intervention  porte  au  plus  haut  degré  l'in- 
fluence de  la  France  dans  ce  petit  pays,  au  détriment  de  la  séculaire  pré- 
pondérance de  notre  éternelle  rivale,  l'Angleterre.  M.  Hyde  de  Neuville 
avait  donc  bien  mérité  du  pays  et  de  la  légitimité;  malheureusement, 
la  chute  de  Chateaubriand,  avec  lequel  il  était  intimement  lié,  entraîna 
sa  propre  chute;  l'ambassadeur  fut  mis  en  disponibilité  aussi  brutale- 
ment que  le  ministre,  et  réduit  à  combattre,  à  la  Chambre  des  députés, 
une  politique  qu'il  ne  pouvait  plus  servir,  il  le  fît  non  par  rancune, 
mais  par  conviction.  Très  royaliste  —  il  l'avait  bien  prouvé  en  risquant 
plus  d'une  fois  sa  vie  pour  les  Bourbons  pendant  la  Révolution,  — 
mais  aussi  très  libéral,  dans  le  meilleur  sens  du  mot,  M.  Hyde  de  Neu- 
ville croyait  que  la  Restauration  ne  pouvait  durer  qu'en  donnant  satis- 
faction aux  vœux  de  la  France  par  une  sage  liberté;  la  Charte,  à  ses 
yeux,  n'était  pas  seulement  une  garantie  pour  le  pays,  mais  aussi  pour  la 
dynastie.  C'est  à  ce  titre  qu'il  ht  partie  du  ministère  Martignac,  lorsque 
M.  de  Villèle  loniba  pour  avoir  cherché  trop  exclusivement  son  appui^ 
dans  l'extrême  droite;  mais  il  eût  voulu  forlilier  ce  ministère  parle; 
grand  nom  de  Chatiiatd)riaiid  ;  riniiiti'lligen((^  rancime  du  vieux  Roi  ne  le 
permit  pas,  et  le  cabinet,  très  sage,  très  loyal,  mais  manquant  un  peu| 
de  prestige,  combattu  sous  main  par  les  ultras,  mal  vu  par  le  souverain, i 
et  abandonné  par  ses  alliés  du  centre  gauche,  lut  renversé  à  son  tour  et,  j 
pour  le  malheur  de  la  France,  remplacé  par  le  cabinet  Polignac.  M.  Hyde 


—  159  — 

de  Neuville  en  comprit  les  désastreuses  conséquences  ;  il  prévit  aussitôt 
la  chute  de  la  monarchie,  mais  il  pouvait  se  rendre  la  justice  qu'il  avait 
tout  fait  pour  la  prévenir. 

Ce  môme  esprit  clairvoyant  et  sage,  il  le  conserva  jusqu'au  bout  ; 
quand  la  duchesse  de  Berry  rentra  en  France  pour  soulever  la  Vendée, 
il  s'elforca  de  tout  son  pouvoir  d'empêcher  cette  héroïque  folie,  et  plus 
tard  il  chercha,  avec  toute  l'autorité  de  son  âge  et  de  ses  services,  à  ins- 
pirer au  comte  de  Chambord  une  politique  plus  large  et  moins  «  barre 
de  fer.  »  Il  échoua  près  du  petit-fils  comme  il  avait  échoué  près  de 
l'aïeul  ;  mais  n'est-il  pas  permis  de  penser  que  si  ses  conseils  avaient  été 
suivis,  les  choses  eussent  tourné  autrement,  pour  le  plus  grand  avan- 
tage de  la  France  et  de  la  monarchie?  Max.  de  la  Rocheterie. 


l,a    C@î©iaSsati©M    de    î'lMaï«B-€)îï5B«e.    L'Expérience    anglaise,    par 
J.  Chailley-Bert.  Paris,  Colin,  1892,  in-i2  de  xvi-398  p.  —  Prix  :  4  fr. 

M.  Joseph  Chailley  accompagna  naguère  au  Tonkin  iM.  Paul  BerL  en 
qualité  de  chef  de  cabinet.  L'admiration  enthousiaste  qu'il  professait 
pour  son  beau-père  ne  l'a  pas  empêché  de  se  rendre  compte  des  vices 
organiques  qui  s'opposaient  an  développement  de  notre  colonie  indo- 
chinoise ;  et,  dans  un  consciencieux  travail,  il  a  voulu  dégager  les  prin- 
cipes de  colonisation  appliqués  par  les  Anglais  à  leurs  possessions  d'Ex- 
trême Orient. 

L'ouvrage  comprend  deux  études  distinctes  ayant  trait  l'ime  à  Hong- 
Kong,  cet  îlot  rocheux  et  dénudé,  à  la  rade  merveilleuse,  où  le  génie  et 
la  patience  des  Anglo-Saxons  ont  édifié  une  ville  salubre  et  riante  et 
étahh  d'immenses  entrepôts  ;  l'autre  à  la  Birmanie,  vaste  région  simi- 
laire au  Tonkin,  —  car  le  delta  de  l'Iraoïiaddy  ressemble  fort  à  celui  du 
Fleuve  Rouge  et  les  Shans  de  la  haute  vallée  du  Salouen  ne  différent 
pas  sensiblement  des  Muongs  de  la  Rivière  Noire. 

M.  Ghailley-Bert  rend  tout  d'abord  justice  aux  «  méthodes  coloniales 
de  l'ancien  régime,  auxquelles  la  France  a  dû  tant  de  possessions  magni- 
fiques qui,  au  xviii°  siècle  encore,  faisaient  douter  qui,  d'elle  ou  de 
l'Angleterre,  serait  la  grande  nation  colonisatrice  (pag.  3)  ;  »  puis  il  fait 
un  tableau  précis  des  conditions  de  la  conquête  anglaise  et  des  gouver- 
nements intronisés  ;  il  insiste  tout  particulièrement  sur  le  régime  des 
lois  et  le  recrutement  des  fonctionnaires. 

Tandis  qu'au  Tonkin  l'on  applique  une  législation  unique,  empruntée 
à  l'arsenal  administratif  qui  donne  des  armes  uniformes  aux  colonies  les 
pins  disparates,  la  Birmanie  est,  sous  le  rapport  des  lois,  divisée  en  cinq 
régions  :  1° l'ancienne  Birmanie  britannique,  régie  par  la  législation  géné- 
rale de  l'Inde;  là"  l'ancienne  Birmanie  supérieure,  où  l'on  applique  une 
loi  de  1886  infiniment  moins  formaliste  ;  3°  les  districts  de  la  basse  Bir- 
manie, où  l'on  se  contente  du  Scfieduled  districts  act,  interprété  avec  une 


—  IGO  — 

grande  souplesse  d'espril:  i°  les  disli'icls  de  la  haale  Birmanie,  soumis 
encore,  en  raison  de  leur  silnalion  de  provinces  frontières,  à  un  régime 
autoritaire  et  d'exception  ;  5°  les  États  Shans,où  l'on  a  respecté  presque 
dans  leur  intégralité  les  coutumes  indigènes. 

Mais  les  lois  ne  sont  pas  tout.  Il  faut  des  soldats,  des  fonctionnaires 
et  des  juges  pour  les  faire  appliquer,  et  tandis  que  le  recrutement  des 
fonctionnaires  anglais  est  entouré  de  toutes  les  garanties  désirables,  les 
résidents  de  France  en  Indo-Chine  sont  choisis  d'une  façon  déplorable 
parmi  les  fruits  secs  des  ministères  et  les  créatures  des  députés.  Et  Ton 
s'étonne  des  conûits  permanents  qui  mettent  aux  prises  les  oflSciers 
et  les  administrateurs  civils  !  M.  Cliailley  nous  explique  pourquoi  un 
tel  antagonisme  n'existe  pas  aux  Indes,  où  «  le  vice-roi,  représentant 
de  la  Reine,  commande  aux  autorités  de  toute  nature,  soit  civiles,  soit 
militaires,  »  et  «  où  les  fonctionnaires  civils,  comme  la  plupart  des 
fonctionnaires  anglais,  sont  d'une  respectabilité  et  d'un  mérite  qui  s'im- 
posent (p.  187).  » 

Au  Tonkin,  le  gouverneur  général  n'est  que  le  représentant  éphémère 
d'un  ministère  républicain  plus  éphémère  encore  ;  et,  depuis  qu'existe 
le  régime  civil  inauguré  p:ir  M.  Paul  Bert,  les  fonctionnaires  n'ont 
brillé  ni  parleur  respectabilité  ni  par  leur  mérite.      Rogek  Lambelix. 


mSsâQSrc  elc  l'AMjaye  d  de  îa  Tcst®  aie  SalEst-CSasaîlc,  par 
Dom  1^.  Benoît.  Paris,  A.  Picard,  1890-1892,  2  vol.  gr.  in-8  de  vn-672  et 
1009  p.,  illustrés  de  267  iîg.  et  de  24  planches,  plans  et  cartes  hors  texte. 
—  Prix  :  30  fr. 

De  la  ville  romaine  d'Izernore,  —  que  M.  Gravot  a  cru  pouvoir,  en  1862, 
sans  succès  d'ailleurs,  identifier  avec  l'Alésia  des  Commentaires  de  César, 
—  à  la  cité  d'Antre,  dont  les  ruines  ensevelies  ont  été  pour  la  première 
fois  signalées  en  1709  par  le  savant  Dunod,  s'étendait  une  vaste  région 
montagneuse  inhabitée,  presque  entièrement  couverte  de  torèts.  C'est  le 
haut  Jura,  qui  s'est  appelé  «  le  Mont-Joux  durant  tout  le  moyen  âge,  » 
et  que,  actuellement,  les  gens  du  pays  désignent  sous  cette  simple  appella- 
lion  :  la  Montagne.  Au  commencement  du  v"  siècle,  les  premiers  habitants 
de  ces  solitudes  furent  «  deux  frères  et  deux  saints,  saint  Romain  ot 
saint  Lupicin.  »  Ce  sont  ces  pieux  ermites  qui  fondèrent  le  monastère  de 
Condat,  lequel,  par  la  suite,  d(!vait  jeter  le  plus  vif  éclat  et  devenir,  sous 
le  nom  de  Saint-Claïule,  sinon  la  plus  célèbre,  du  moins  l'une  des  plus 
illustres  abbayes  de  l'Europe.  Le  quatrième  abbé  de  Condat,  saint  Oyend, 
donna  le  spectacle  d'une  si  grande  vertu  qu'après  sa  mort  son  nom  mémo 
fut  substitué  à  celui  de  Condat.  A  cette  époque,  la  gloire  du  monastère 
rayonna  au  loin;  car  saint  Oyend  était  tout  à  la  fois  un  administrateur, 
un  lettré  et  un  savant. 

Au  temps  de  saint  Olympe,  deuxième   successfuir  de  saint  Oyend, 


—  161  — 

c'est-à-dire  vers  le  milieu  tlii  yi°  siècle,  se  produisit  un  lait  important. 
Jusqu'alors  il  n'y  avait  eu  à  Condat  que  des  religieux;  mais  bientôt,  dit 
la  Chronique  rimée,  saint  Olympe  «  admit  les  laïques  à  Condat,  leur 
concéda  des  terres  et  leur  permit  d'y  construire  des  maisons,  sous  la 
condition  d'un  cens  annuel  et  en  réservant  au  monastère  le  droit  de  pro- 
priété. »  Ainsi,  l'abbaye  de  Condat  ou  de  Saint-Oyend  et  le  bourg  auquel 
elle  avait  donné  naissance  étaient  en  pleine  prospérité  lorsque  parut  «  le 
plus  illustre  des  saints  de  Condat,  celui  dont  l'abbaye,  la  ville  et  toute 
la  terre  monastique  ont  pris  le  nom.  Nous  avons  nommé  saint  Glande.  » 
L'auteur  s'est  étendu,  et  avec  raison,  sur  les  faits  et  gestes  du  grand 
thaumaturge  qui,  en  un  jour  de  grâce,  renonçant  à  son  archevêché  de 
Besançon,  se  fit  moine  et  mourut  abbé  du  monastère  du  haut  Jura. 

Je  ne  saurais  suivre  Doni  Benoît  dans  les  détails  de  l'immense  mono- 
graphie que  notre  collaborateur  M.  Charles  Huit,  en  deux  articles  remar- 
quables, ajustement  qualifiée  (Cf.  le  Monde,  numéros  du  2i  août  1891. 
et  du  22  août  1892)  d'  «  œuvre  de  bénédictin.  »  Je  me  bornerai  à  envi- 
sager l'ensemble  du  travail  et  à  présenter  quelques  critiques  d'ordre 
secondaire. 

Le  tome  \"  de  l'ouvrage  va  des  origines  jusqu'au  xiv'=  siècle.  Cette 
partie,  qu'on  ne  saurait  considérer  comme  la  moins  intéressante,  est 
certainement  celle  dont  l'exposition  est  le  plus  ardue.  Dom  Benoît  in- 
siste sur  les  droits  de  propriété  de  l'abbaye  relatifs  au  haut  Jura,  droits 
qui  semblent  parfaitement  établis  par  des  chartes  de  souverains  dont 
il  s'applique  à  démontrer  l'authenticité  qui,  en  ce  qui  concerne  du 
moins  les  plus  anciennes,  a  été  souvent  contestée  depuis  l'avocat 
Chrislin.  Il  examine  aussi  quelles  furent  les  causes  assez  multiples  de 
la  décadence  de  l'abbaye  ;  il  donne  des  détails  sur  les  conditions  de  la 
Terre  de  Saint-Claude  vis-à-vis  des  empereurs  d'Allemagne,  des  ducs  de 
Bourgogne  ou  des  rois  de  France  ;  enfin  il  appuie  volontiers  sur  tout 
ce  qui  constitue  les  mœurs  et  les  coutumes  du  pays,  ainsi  que  sur  le  ré- 
gime sous  lequel  vivent  les  habitants,  la  plupart  soumis  à  la  mainmorte. 

Dans  le  tome  H,  l'auteur  parle  d'abord  des  fiefs  et  des  vassaux  de  l'ab- 
baye depuis  le  milieu  du  xei'^  siècle  jusqu'aux  premières  années  du  xiv'-  ; 
il  rappelle  certaines  contestations  qui  s'élevèrent  dans  le  même  temps 
entre  le  monastère  et  plusieurs  voisins;  puis,  constatant  le  relâchement 
des  religieux,  il  parle  assez  longuement  des  deux  fléaux  qui  s'abattirent 
sur  le  pays  entre  1328  et  1348  :  la  peste  noire  et  les  routiers. 

En  14-48,  le  pape  Nicolas  V  prescrivit  la  réforme  de  l'abbaye;  mais 
les  effets  qu'elle  devait  produire  furent  à  peu  près  nuls.  D'ailleurs,  les 
luttes  sanglantes  dont  la  Franche-Comté  fut  le  théâtre,  avec  quelques 
interruptions,  depuis  Louis  XI  jusqu'à  Louis  XIV,  ne  pouvaient  que 
préjudicier  à  celte  mesnre. 

La  guerre  de  Dix  ans,  qui  commença  en  1G36,  vit  se  produire  dans  la 
Février  1893.  °  T.  LXVII.  11. 


—  162  — 

Terre  de  Saint-Claude  nn  héros  très  populaire  et  devenu,  depuis, 
presque  fabuleux  :  le  capitaine  Lacuzon.  L'auteur  lui  consacre  des  pages 
eslrêmement  intéressantes,  qui  n"ont  d'équivalentes  que  celles  où  il  est 
question  de  Marquis,  le  curé  de  Saint-Lupicin,  un  prêtre-soldat  tout  à  fait 
extraordinaire,  même  pour  l'époque  où  il  vécut.  A  ce  propos,  Dom  Benoît 
me  permettra  de  lui  signaler  Terreur  qu'il  a  commise  (t.  II,  p.  511)  en 
donnant  à  Lacuzon  pour  lieutenant  un  nommé  «  La  Curée,  dit  le  Mar- 
quis. »  Gela  paraît,  à  première  vue,  un  calembour  historique.  Dom 
Benoît  a  pris  sans  doute  cette  indication  dans  V Histoire  de  la  réunion  de 
la  Franclie-Cornlé  à  la  France.  Or,  si  notre  auteur  avait  consulté  le 
volume  de  M.  Emile  Longin  :  Lettre  d'un  Franc-Comtois  sur  un  ou- 
vrage couronné  par  V Académie  française,  il  aurait  vu  (p.  303)  ce  qu'il 
faut  penser  de  cette  fantaisie. 

Enfin  les  combats,  dans  la  Terre  de  Saint-Claude  comme  dans  le  reste 
de  la  province,  ayant  cessé  faute  de  combattants  et  grâce  aussi  à  cer- 
taines défections  (on  dit  aujourd'hui,  d'une  façon  ultra-polie,  des  «  rallie- 
ments «),  le  pays  entier  fut,  dès  1674,  réuni  efTectivement  à  la  France, 
et  le  traité  de  Nimègue  (1678)  ratifia  la  conquête  du  grand  Roi. 

Dès  les  premières  années  du  xviii®  siècle,  dont  la  fin  devait  voir  tant 
de  catastrophes,  les  causes  de  la  ruine  morale  et  matérielle  du  monas- 
tère s'accentuent,  tant  et  si  bien  que  le  Roi  et  le  Pape  ne  tardèrent  point 
à  se  mettre  d'accord  pour  remplacer  l'abbaye  par  un  évèché  (1742),  qui, 
avant  la  Révolution,  fut  successivement  occupé  par  MgrMéallet  de  Far- 
gues  et  par  Mgr  de  Chabot.  11  convient  de  rappeler  ici  que  c'est  sous 
ces  deux  prélats  qu'eurent  lieu  les  retentissants  procès  engagés  par  les 
mainmortables  de  la  Terre  contre  les  chanoines.  L'esprit  public  voulait 
l'afirancliissement  des  derniers  serfs  ;  l'évèché,  de  son  côté,  conseillait 
vivement  cette  mesure  libérale;  il  semble  donc  que,  sinon  en  droit,  du 
moins  en  fait,  les  chanoines  eurent  tort  de  ne  point  céder. 

Arrive  la  Révolution.  Alors  l'affranchissement,  si  discuté  précédem- 
ment, est  chose  faite.  Alors  aussi,  les  démagogues  commeltcut  toute 
sorte  d'excès  et  d'horreurs  dont  le  couronnement  est  la  destruction  par 
le  feu  du  glorieux  corps  de  saint  Claude  (nuit  du  6  au  7  mars  170 i).  Il 
est  vrai  que  la  ville  ne  tarda  pas  à  subir  le  châtiment  d'un  crime  au([uel 
elle  avait  sinon  participé,  du  moins  donné  sou  adhésion  :  le  19  juin 
1799,  la  cité  devenait  à  son  tour  la  proie  des  llammes. 

Les  derniers  chapitres  de  l'ouvrage  sont  relalils  à  la  restauration  du 
culte  catholique  à  Saint-Claude,  au  rétablissement  du  siège  épiscopal  et 
aux  événements  qui  se  sont  accomplis  dans  la  région  jusques  et  y  com- 
pris le  cyclone  du  19  août  1H90. 

Le  livre  de  Dom  Benoît  est  orné  à  profusion  de  gravures  hors  texte,j 
de  cartes,  de  reproductions  photolypiques  de  chartes,  et  de  vignettes  dansl 
le  texte.  Ces  deux  dernières  catégories  d'illustrations  laissent  à  désirer  :] 


—  163  — 

observation  qui  ne  louche  qu'au  point  de  vue  matériel  un  travail  qui, 
dans  son  ensemble,  malgré  certaines  affirmations  hasardées,  quelques 
longueurs  et  plusieurs  détails  inutiles,  constitue  une  œuvre  de  réel 
mérite.  Mais  comme  il  n'est  pas  donné  à  chacun  de  pouvoir  aborder  avec 
fruit  la  lecture  d'un  volume  tout  d'érudition  et  d'un  prix  assez  élevé,  je 
conseillerai  au  savant  auteur  de  publier,  quelque  jour,  de  son  Histoire  de 
l'Abbaye  et  r/c  la  Terre  de  Saint-Claude  une  édition  abrégée,  de  format 
petit  in-8  illustré,  à  l'usage  du  grand  public.  E.-G.  Gaudot. 


1%'otîce  sur  îa  Ckaiinltre  des  coniptes  de  Mole,  suivie  d'un  ar- 
moriai de  ses  officiers,  par  Rogkr  de  Lurion.  Bcriançou,  Paul  Jacquin, 
1892,  ia-8  de  vii-322  p.   —  Prix  :  4  fr.  50. 

Le  travail  de  M.  de  Larion  apporte  une  utile  contribution  à  l'histoire 
des  Chambres  des  comptes  provinciales  jusqu'ici  peu  étudiée.  Malgré 
l'affirmation  de  divers  auteurs,  la  Chambre  de  Dole,  il  est  vrai,  ne 
remonte  pas  à  une  haute  antiquité  :  elle  ne  fut  établie  qu'en  liOi,  et 
encore  cette  première  institution  disparut  dès  l'idinée  loOO.  Jusque-là 
le  comté  de  Bourgogne  avait  été  adminislré  par  la  Chambre  des 
comptes  de  Dijon,  et  il  le  fut  au  xvr  siècle  par  celle  de  Lille.  C'est  seu- 
lement en  1362  que  Philippe  II  établit  d'une  manière  définitive  la 
Chambre  des  comptes  de  Dole.  Elle  subsista  jusqu'en  d'Tl,  et  son  his- 
toire ne  présente  guère  d'autres  faits  marquants  que  les  luttes  perpé- 
tuelles qu'elle  eut  à  soutenir  contre  le  Parlement  ou  l'Université  de  la 
province.  Il  faut  noter  cependant  la  pari  importante  qu'elle  prit  à  la 
défense  de  la  Fianche-Conilé,  lors  de  la  conquête  de  Louis  XIY. 

L'introduction  de  cette  étude  contient  une  indication  des  principales 
sources  des  revenus  de  la  Conité,  et  un  résumé  intéressant  de  l'histoire 
de  l'administration  financière  de  ce  pays  aux  xiv®  et  xv*  siècles.  Enfin 
les  noms  et  armes  de  tous  les  membres  de  la  Chambre,  avec  les  dates 
auxquelles  ces  derniers  ont  exercé  leurs  fonctions,  terminent  le  volume 
et  en  remplissent  près  de  la  moitié.  Cette  dernière  partie  paraît  étu- 
diée avec  soin  et  exactitude. 

Il  est  regrettable  que  l'auteur  n'ait  pas  consacré  aux  attributions  de 
la  Chambre  au  moins  un  chapitre  spécial.  Les  renseignements  qui  les 
concernent,  disséminés  çà  et  là  au  cours  de  la  narration,  eussent 
gagné  à  être  réunis,  présentant  ainsi  dans  leur  ensemble  un  aperçu  du 
ressort  el  de  la  jurisprudence  de  la  Chambre,  de  ses  usages  intérieurs, 
comme  aussi  de  la  nature  el  du  contenu  de  ses  archives  et  de  ce  qui  en 
subsiste  actuellement.  Celte  réserve,  toutefois,  ne  diminue  pas  l'intérêt 
d'un  travail  qui  comble  une  lacune  dans  l'histoire  des  Chambres  des 
comptes  provinciales  el  nous  donne  des  notions  précises  sur  une  de 
ces  institutions  si  intimement  liées  à  l'histoire  des  provinces,  et,  par  là, 
à  celle  de  la  nation.  J.  de  Grot. 


—   161  - 

Modcru  l^ng;li!^li  B»iograpliy,  (?o?7/aù?uir/  many  thousand  concise  mem- 
oirs  of  pcnons  xoho  hâve  dicd  since  the  ijcar  ISoO,  by  Frédéric  Boase. 
Tome  I.  Truro,  Netherton  and  Worth,  1892,  in-4  de  viii  p.  et  1710  co- 
lonnes. —  Prix  :  37  fr.  50. 

L'objet  que  s'est  proposé  M.  F.  Boase  dans  l'ouvrage  dont  nous  an- 
nonçons aujourd'hui  le  premier  volume,  il  nous  l'expose  lui-même  dans 
sa  préface  :  il  a  voulu  donner  des  notices  sur  les  membres  des  divers 
conseils  et  des  diverses  administrations,  sur  le  personnel  judiciaire, 
sur  les  membres  de  l'armée,  du  clergé,  du  parlement,  sur  les  inven- 
teurs, les  savants,  les  artistes  et  les  littérateurs,  sur  toutes  les  célébri- 
tés, môme  sur  les  excentriques  connus  et  les  grands  criminels,  sur  tous 
les  personnages  dont  il  peut  être  question  dans  la  conversation.  Ce 
vaste  r.^'perloire  ne  comprend  que  les  personnes  mortes  depuis  1850  et 
avant  -1887.  Celte  dernière  date  n'est  pas  indiquée  par  l'auteur;  mais 
nous  n'avons  pas  rencontré  dans  ce  premier  volume  de  notice  sur  les 
personnes  décédées  postérieurement  au  1"  janvier  1888. 

L'épigraphe  inscrite  par  ^L  Boase  en  tôle  de  son  volume  :  Facta  non 
verba,  montra  assez  l'esprit  dans  lequel  il  a  conçu  son  ouvrage,  le  peu 
de  souci  qu'il  a  pris  de  rédiger  ces  notices  dans  une  forme  littéraire, 
l'intention  (jn'il  a  eue  de  résumer  brièvement,  mais  exactement,  les 
faits  principaux  de  la  vie  des  personnages  dont  il  parle.  En  effet,  chaque 
notice  se  compose  d'une  suite  de  phrases  aussi  courtes  que  possible,  in- 
diquant le  lieu  et  la  date  de  naissance  de  chaque  personne,  le  lieu  où 
elle  a  été  élevée,  ceux  où  elle  a  passé  sa  vie,  —  M.  Boase  pousse  le 
scrupule  de  l'exactitude  jusqu'à  indiquer  parfois  les  rues  où  ont  habité  ses 
héros,  —  les  titres  qu'elle  a  obtenus,  les  fonctions  qu'elle  a  remplies, 
les  ouvrages  qu'elle  a  composés,  le  lieu  et  la  date  de  sa  mort.  Chaque 
notice  se  termine,  quand  il  est  possible,  par  l'indication  des  principaux 
ouvrages  ou  articles  biographiqui'S  consacrés  à  la  personne  dont  il  est 
question,  et  des  portraits  qui  en  ont  été  faits.  Nous  devons  proclamer, 
à  la  louange  de  l'auteur,  que  dans  ces  articles  courts  et  secs,  on  trouve 
une  foule  considérable  de  renseignements  précis.  Ce  n'est  pas  à  dire 
que  tout  soit  parfait  et  qu'il  n'y  ait  rien  à  reprendre.  L'on  sera  choqué, 
par  exemple,  de  la  coutume  adoptée  par  M.  Boase,  de  ne  citer,  parmi 
les  ouvrages  d'un  auteur  fécond  (Dickens,  par  exemple),  que  les  deux 
ou  trois  plus  anciens.  S'il  fallait  faire  un  choix,  ce  n'étaient  pas  les 
premiers  ouvrages  dans  l'ordre  chronologique  que  l'on  devait  choisir, 
mais  les  premiers  par  le  mérite  littéraire  ou  scientifique  et  par  la  répu- 
tation dont  ils  jouissent. 

Nous  exprimerons  aussi  le  regret  de  ne  pas  trouver  dans  le  Diclion- 
naire,  quand  un  personnage  a  été  connu  sons  deux  noms  différents,  de 
renvois  de  l'un  à  l'autre.  Je  sais  bien  que  la  table  placée  à  la  tin  du  vo- 
lume y  supplée  en  partie,  mais  en  partie  seulement.  Un  seul  exemple 


( 


—  165  — 

suffira  à  expliquer  notre  critique  :  pendant  les  soixante  premières  an- 
nées de  sa  vie,  lord  Clyde  a  été  connu  simplement  sous  le  nom  de  Colin 
Campbell  ;  ce  n'est  qu'en  I800  qu'il  a  été  élevé  au  baronnage;  il  eût  donc 
été  utile  de  trouver  au  mot  Campbell  un  renvoi  à  Clyde,  sous  lequel 
naturellement  se  trouve  son  article.  Nous  venons  de  mentionner  la  table 
qui  termine  ce  premier  volume  ;  elle  en  est  un  des  principaux  avantages. 
C'est  une  table  des  matières  les  plus  intéressantes  contenues  dans  le 
volume.  Quelques  articles  méritent  d'être  particulièrement  signalés  :  la 
liste  des  acteurs,  avec  celle  de  leurs  noms  d'artistes;  la  liste  des  duels 
célèbres;  les  listes  des  inilialismes,  des  pseudonymes  et  des  noms  d'em- 
prunt; celles  des  compositeurs,  des  revues;  les  articles  consacrés  aux 
diverses  communions  et  sectes  [religions  dénominations),  etc.  Cette 
table  double  la  valeur  de  cet  ouvrage  considérable,  dans  lequel  elle  faci- 
lite les  recherches  et  dont  elle  fait  une  sorle  de  petite  encyclopédie  des 
quarante  dernières  années.  E.-G.  Ledos. 


BULLETIN 

I^remlères  leçons  d'algèbre  élémentaire  (Nombres  nêgcdifs  et  posi- 
tifs Opérations  sur  les  polynômes^,  par  Henri  Padé.  Paris,  Gauthier-Villars, 
1892,  in-12  de  80  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Cette  petite  étude  ne  jette  pas  de  lumière  nouvelle  sur  la  théorie  des 
nombres  positifs  ou  négatifs,  non  plus  d'ailleurs  que  sur  celles  des  opéra- 
tions sur  les  polynômes  :  un  vocable  nouveau  et  une  notation  également 
nouvelle,  voilà  à  peu  près  tout  ce  que  l'on  peut  raisonnablement  signaler. 
Il  ne  s'ensuit  pas  que  la  brochure  de  M.  Padé  soit  sans  valeur;  bien  au  con- 
traire :  d'abord  parce  que  les  débuts  toujours  épineux  de  l'algèbre  ne  sau- 
raient être  envisagés  sous  trop  de  faces  différentes,  puis,  surtout,  parce 
que  l'auteur  sait  demeurer  clair  jusqu'à  la  fin,  gros  mérite  pour  un  sujet 
aussi  ardu.  Cette  double  considération  rend  intéressante  la  lecture  de  ces 
«  premières  leçons  »  et  la  rend  aussi  recommandable  aux  élèves  et  aux  pro- 
fesseurs. D.  Martel. 


Bulles  de  savon,  quatne  conféi-enees  sui"  la  capillarité  faîtes 
devant  un  jeune  auditoire,  par  G -V.  Boys.  Traduit  de  l'anglais  par 
Ch.-Ed.  Guillaume.  Paris,  Gauthier-Villars,  1892,  in-16  de  145  p.,  avec  60  grav. 
—  Prix  :  2  fr.  75. 

Il  est,  en  physique,  une  branche  importante  sur  laquelle  on  a  déjà  beau- 
coup écrit,  et  sur  laquelle  il  reste  toujours  beaucoup  à  dire  ;  cette  branche, 
c'est  la  capillarité.  M.  C.-V.  Boys  vient  de  traiter  cette  question  d'une  façon 
neuve  et  originale  à  l'aide  d'expériences  bien  curieuses  qui  confirment  une 
fois  de  plus  ces  paroles  de  sir  W.  Thomson  :  «  Soufflez  une  bulle  de  savon 
et  regardez-la  ;  vous  pourrez  l'étudier  votre  vie  durant  et  toujours  en  tirer 
des  leçons  de  science.  »  W.  Thomson  avait  raison,  le  lecteur  pourra  s'en 
convaincre  en  parcourant  cette  intéressante  brochure,  qui  s'adresse  aussi 
bien  au  simple  amateur  qu'à  celui  qui  cultive  la  physique  par  profession. 

D.  Martel. 


—  16(î  — 

Vîueenzo  Bellin!.  —  Arle-Studl    e  ricerche,   per  Antoxino  Amore.  Catania, 
N.  Giannolla,  1892,  in-12  de  xiv-449  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Bellini  est  né  dans  une  famille  qui  comptait,  déjà  quatre  générations 
de  bons  musiciens.  A  sept  ans,  il  composait  un  Gallus  cantavit,  un 
Salve  Regina,  un  Tantum  crgo.  Au  conservatoire  de  Naples,  il  eut  pour 
maître  Zingarelli.  En  1829,  il  débutait  au  théâtre  de  San-Carlo  avec  un 
opéra  en  un  acte,  qui  fut  interprété  par  Lalande,  Rubini  et  Lablache.  Le 
roi  François  I"  donna  le  signal  des  applaudissements  qui,  d'après  l'éti- 
quette, n'auraient  pu  éclater  sans  cette  initiative.  La  Sonnambula  et  I 
Puritani  eurent  un  succès  énorme.  La  mort  atteignit  l'artiste  en  pleine 
gloire,  le  23  septembre  1835.  A  ses  derniers  moments  il  disait  :  «Je  com- 
mence à  devenir  un  compositeur.  »  M.  Amore  peint  sous  des  couleurs 
agréables  le  physique  de  son  héros,  dont  on  peut  se  faire  une  idée  par  la 
jolie  gravure  placée  en  tète  du  volume  et  qui  est  signée  «  La  Malibran 
dip.  »  Le  panégyriste  sent  frémir  en  Bellini  Tàme  de  la  patrie  italienne  : 
il  rappelle  l'enthousiasme  excité  à  Milan  par  le  chœur  Gucrra  !  Gucrra  ! 
dans  l'opéra  de  Norma.  Les  relations  avec  Rossini  sont  exposées  en  détail. 

Au  point  de  vue  de  l'art,  M.  Amore  estime  que  Bellini,  rompant  avec 
les  errements  de  l'école  italienne,  a  établi  l'accord  de  la  mélodie  avec  le 
poème  et  fait  entrer  le  récitatif  dans  la  mélodie  :  il  serait  un  précurseur  de 
Wagner.  Il  a  aussi  fait  progresser  l'orchestration.  Du  reste,  il  travaillait 
beaucoup.  Ses  mélodies,  qui  paraissent  si  naturelles  et  si  faciles,  exi- 
geaient un  grand  travail  et  de  nombreuses  retouches.  Plusieurs  des  lettres 
insérées  au  cours  du  récit  présentent  plus  d'intérêt  que  les  documents  de 
famille  reproduits  à  la  lin  du  volume,  qui  sera  lu  avec  plaisir,  même  par 
les  personnes  qui  ne  partageront  pas  complètement  l'enthousiasme  du 
biographe.  A.  d'Avril. 

Clorai-Seîs  Eïïsen  «t    ïe   Théâti-c  coat.f  uii|>oi-«5ti,    par  Auguste    Ehiiiiahd. 

Paris,  Lecène  et  Oudin,1892,  in-18  de  470  p.  —  Prix  :  :\  fr.  f.O. 
I^a  Fîiniiic  «le  ïu  mer*.  —  ttJii  enncsuî  du  peiipBe,  traduction  de  Ad.   Che- 

NEviKHE  et  H.  JoHAXSEX.  Pafis,  Savino,  1892,  in-18  de  xi-314  p. —  Prix  :  3  f r.  50. 
lI«Mlr3a   «nSvSeï-,  trad.  par  M.   Pnozon.   Paris,  Savinc,  1892,    in-t8  de  292  p.  — 

Prix  :  3  fr.  50. 

Devons-nous  dire  avec  Voltaire  : 

C'est  du  nord  aujourd'hui  que  nous  vient  la  lumière. 

A  Tengouemcnt  pour  la  littérature  russe,  en  succède  un  auti'c  pour  la  lit- 
térature norwégienne,  représentée  surtout  par  Ibsen.  A  ces  lueurs  septen-- 
trionales  nous  préférons  les  grands  beaux  soleils  du  Midi,  et  le  livre  de 
M.  Ehrhard,  tout  bien  fait  et  bien  écrit  qu'il  soit,  ne  nous  l'ait  pas  changi'r  d'avis. 
Mais  ce  liv'rc  arrive  à  propos,  on  parle  beaucoup  de  l'écrivain  anarchiste,  il  faut 
un  peu  savoir  ce  qu'il  est,  ce  qu'il  a  produit.  M.  Ehrhard  le  place  au  premier 
rang  dans  la  littéhature  contemporaine,  étudie  son  caractère,  son  talent  et 
analyse  soigneusement  ses  drames:  drames  romantiques,  philosophiques, 
modernes,  symboliques.  Le  lecteur  à  qui  ce  consciencieux  examen  ne  suffi- 
rait pas,  qui  aurait  été  mis  en  goût  d'une  initiation  plus  complète,  pourra 
lire  la  traduction  de  plusieurs  drames  d'Ibs(în,  entre  autres  du  Canard  aan- 
vaç/e  et  de  Hoinersknlm,  dont  il  a  été  dit  un  mot  dans  cette  revue,  de  la 
Dame  de  la  mer,  d'fV/  ennemi  du  peuple,  traduction  de  Ad.  Chcnevière  et 
II.  Jdliansen,  et  de /Acf/c/«  Gabier,  que  M.  Pi-ozor  a  l'ait  passer  dans  notre 
langue  et  qui.  d'ailleni-s,  a  ét(;  représentée  au  Vaudeville  et  a  été  le  suje't 


—  167  — 

(l'une  conl'érence  de  M.  J.  Lemaîtrc  ;  la  pièce,  selon  nous,  la  plus  intùres- 
sante  du  dramatan'cro  norwéaricn.  Grisberg. 


dii-lstian  Goëî,  par  Emile  Cuambe.  Lyon,  Dizain  et  Richard,  1891,  in-8  de 
48  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Christian  Goël  est  un  musicien  de  génie  dont  la  musique  et  plus  encore 
l'orgueil  et  le  besoin  de  marcher  hors  du  sens  commun  ont  quelque  peu  détra- 
qué la  cervelle.  Pour  comble  de  malheur,  il  est  devenu  sourd  et  ne  peut  plus 
entendre  l'affreux  charivari  où  il  s'est  efforcé  de  réaliser  la  musique  de  l'ave- 
nir. Il  en  meurt,  et  deux  jeunes  amoureux,  Nau  et  Olly,  assistent  à  ses 
derniers  accès  de  folie,  qui  se  terminent  parla  mort.  Voilà  le  sujet  du  drame 
à  trois  personnages  que  vient  de  publier  M.  Emile  Chambe,  sous  une  forme 
élégante  qui  est  dans  les  traditions  de  l'imprimerie  lyonnaise.  Cette  pla- 
qvette  a  été  tirée  à  250  exemplaires  numérotés,  avec  une  jolie  eau-forte  de 
Lalauzc.Nous  la  signalons  aux  bibliophiles  amateurs.  Les  pèlerins  de 
Bayreuth  ne  la  liront  pas  sans  profit,  si  toutefois  ils  savent  en  comprendre 
la  leçon.  P.  Talon. 

Bibliothèque  lîttéi-aîne  de  la  famSllc,  puijliée  SOUS  la  direction  de  F. 
Lhomme,  agrégé  de  l'Université.  —  Voltaire,  OEuvres  choisies  (prose  et  vers.)  — 
Les  Chefs-d'œuvre  de  la  chaire.  —  Saint-Simon,  Scènes  et  portrails.  —  Les  Femmes 
écrivains,  œuvres  choisies.  —  Paris,  Librairie  de  l'Art  (s.  d),  4  vol.  gr.  in-8 
illustrés  de  390-458-486-546  p.  —  Prix  :  6  fr.  le  volume. 

Dans  le  premier  volume  de  cette  nouvelle  collection,  M.  Lhomme  explique 
son  but,  qui  est  de  «  recueillir  dans  tous  les  genres  de  la  littérature  ce  qu'on 
s'accorde  à  reconnaître  comme  excellent....  ce  qui  a  été  écrit  de  meilleur  en 
France  depuis  trois  siècles.  »  Toutefois  il  fei-a  connaître  les  grands  auteurs, 
non  point,  comme  dans  la  plupart  des  collections  similaires,  «  par  de  courts 
extraits,  mais  par  des  ouvrages  entiers  ou  par  des  fragments  qui  présenteront 
un  sens  complet.  )>  Mais  il  aura  soin  d.'ailleurs  de  n'introduire  rien,  dans 
ses  volumes,  «  qui  puisse  offenser  les  convictions  religieuses.  »  Tout  sera 
«  littérairement  excellent  et  d'une  morale  irréprochable.  »  Au  point  de  vue 
matériel,  M.  Lhomme  et  son  éditeur  se  proposent  de  donner  à  tous  leurs 
volumes  l'attrait  d'une  impression  nette,  d'un  format  commode  et  de  belles 
illustrations.  Voilà  le  programme  :  nous  pouvons  assurer  qu'en  ce  qui  con- 
cerne les  quatre  premiers  volumes,  il  est  très  bien  rempli. 

—  C'est  par  Voltaire  que  commence  la  collection  :  l'éditeur  l'a  choisi  à 
dessein ,  pour  permettre  d'apprécier  avec  quel  scrupule  il  accomplit  sa 
tâche,  même  quand  il  s'agit  des  auteurs  les  plus  suspects.  Son  recueil 
iVŒuvrcs  choisies  de  Voltaire  embrasse  tous  les  genres  :  histoire,  critique 
littéraire,  lettres,  romans  et  contes,  variétés,  poésie  épique,  philosophique 
et  dramatique,  épîtres  et  satires.  Une  notice  biographique  ouvre  le  livre, 
qui  se  termine  par  des  notes  et  remarques ,  oîi  les  erreurs  de  Voltaire 
sont  très  soigneusement  redressées.  Quant  à  l'illustration,  elle  comprend 
des  portraits  de  Voltaire  à  tous  les  âges  et  une  série  de  gravures  qui,  em- 
pruntées toutes  au  dernier  siècle,  constituent  une  très  intéressante  source 
de  documents  historiques  où  la  fantaisie  n'a  point  de  part. 

—  Le  second  volume  est  consacré  aux  Chefs-d'œuvre  de  la  chaire.  Il  com- 
prend des  œuvres  de  Bossuet,  Bourdaloue,  Fléchier,  Mascaron,  Fénelon, 
Massillon,  Maury,  Bridaine,  Frayssinous  et  Lacordaire,  toujours  précédées 
de  notices  biographiques,  éclairées  par  des  notes,  et  illustrées  avec  beau- 


—  108  — 

coup  de  goût.  Nous  ne  parlons  pas  de  rimpressiou,  qui,  comme  pour  tous 
les  volumes  de  la  collection,  est  très  soignée. 

—  Saint-Simon  occupe  tout  le  troisième  volume  avec  ses  Sccncf^  et  j^ortraits. 
Ici  encore,  comme  pour  Voltaire,  les  redressements  et  corrections  sont  bien 
nécessaires.  M.  Lhomme  remplit  avec  beaucoup  de  science  et  de  goût 
cette  partie  délicate  de  sa  tâche.  Les  gravures  font  revivre  les  scènes  et 
personnages  cjue  Saint-Simon  sait  si  bien  représenter  et  décrire. 

—  Enfin  le  quatrième  volume  nous  fait  faire  connaissance  avec  les  plus 
distinguées  des  Femmes  crrivains,  depuis  Marguerite  d'Angoulème  jusqu'à 
Mme  de  Souza,  en  passant  parlesMotteville,  les  Sévigné,  les  Maintenon,le3 
Caylus  et  autres  auteurs  célèbres  de  lettres,  de  Mémoires  ou  de  romans. 
Nous  souhaitons  bonne  chance  à  cette  collection,  qui  mérite  vraiment  de 
devenir  la  Bibliothèque  littéraire  de  la  famille.  P.  Talon. 


Liûon  X-Blia  ot  l'Union  oîitîiolî<iuc,  par  Un  prêtre  lecteur  assidu  de  VUnt' 
tws.  Paris,  Lamulle  et  Poisson,  1893,  in-8  de  72  p.  —  Prix:  1  fr. 

L'auteur,  justement  centriste  des  divisions  qui  se  sont  produites  au  sein 
des  catholiques,  a  voulu  montrer  :  !<>  le  but  que  nous  indiquent  les  deux  En- 
cycliques ;  2°  les  moyens  qu'elles  nous  proposent;  3°  quelle  doit  être  la 
base  de  la  Ligue  catholique;  4°  quelles  sont  les  obligations  qui  découlent  des 
enseignements  pontificaux  pour  tous  les  Français  dignes  de  ce  nom.  Sa 
brochure  est  écrite  avec  talent,  avec  netteté,  avec  une  force  d'argumenta- 
tion qu'il  serait  difficile  de  réfuter.  Nous  engageons  vivement  à  la  lire  et  à 
la  faire  lire.  Plus  que  jamais  il  est  temps  de  serrer  les  rangs  et  de  s'unir  en 
un  faisceau  compact  contre  la  Révolution.  Nous  nous  associons  pleinement 
aux  conclusions  de  l'auteur:  «  Tout  à  l'heure,  les  ligueurs  ne  seront  ni 
républicains,  ni  monarchistes,  ni  impérialistes,  il  n'y  aura  parmi  eux  qui' 
des  Français,  de  vrais  enfants  de  l'église,  prêts  à  tous  les  sacrifices  pour 
ces  deux  choses  qui  toujours  firent  battre  les  nobles  cœurs  :  l'Eglise  et  la 
Patrie.  »  G.  de  B. 


SIonoKraOas  «le  OatnSiinyn.  Diccioiiari  hislorich-geographic  anofat,  pcr 
J.  Ri:ir.  Y  ViLAUDELi..  Barcclona,  Fidel  Giro,  1891-1892,  fasc.  II,  III,  IV,  formant 
36  V  p. 

Nous  avons  parlé  des  Monournphics  de  la  Catalogne  en  donnant  à  cet!(>  pu- 
blication des  éloges  que  justifient  les  nouveaux  fascicules  qui  viennent 
de  nous  parvenir  {Polijbiblion,  tome  LX,  p.  275).  La  deuxième,  la  tnti- 
siènie  et  la  rpuitrième  livraisons  contiennent  la  suite  des  notices  consacrées 
aux  localités  dont  le  nom  commence  par  un  B.  Nous  avons  là  un  important 
artichï  sur  Balaguer  et  un  plus  ample  travail  encore  sur  Barcelone,  mais 
dans  cette  dernière  monographie,  l'auteur  n'a  pas  suivi  la  division,  fort 
bonne,  selon  nous,  <|u'il  a  adoptée  pour  des  villes  moins  considérables  : 
situation,  communication,  population,  productions,  églises,  monuments, 
histoire,  folklore.  Il  a  placé  les  matières  dans  un  ordre  alphabétique;  ainsi 
à  la  lettre  .\,  le  lecteur  trouve  Arxiiis  (archives),  etc.;  à  la  lettre  B,  Biblio- 
thèques, etc.;  à  la  lettre  G,  Carrcro  (rues),  et  ainsi  de  suite.  Tout  en 
comprenant  que  pour  tant  de  choses  qui  concernent  une  ville  de  plus  de 
deux  cent  cinquante  mille  ànujs,  cette  classilication  devait  rendre  la  be- 
sogne moins  diflirile,  on  pourra  regretter  que  M.  Heig  y  Vilardell  ait 
momentanément  renonc(;  au  premier  classement.  On  aimerait  à  suivre  dans 
ses  diverses  périodes   l'histoire  de   l;i  capitale  de  la  Catalogne;  on  se  piu'd 


—  1G9  — 

clans  ce  mélange  de  sujets  disparates  qui,  souvent  sans  aucune  liaison 
entre  eux,  se  placent  sous  une  lettre.  Peut-être  était-il  impossible  d'agir 
autrement;  mais,  dans  cette  hypothèse,  un  aperçu  historique  placé  en  tète 
des  pages  consacrées  à  Barcelone  était  toujours  exécutable.  C'eût  été  une 
bonne  introduction  à  tout  ce  qui  devait  suivre. 

Ces  dernières  livraisons,  comme  celles  qui  les  ont  précédées,  sont  ornées 
de  jolies  illustrations,  et  nous  serions  heureux  de  voir  nos  provinces  de- 
venir l'objet  d'un  travail  tel  que  M.  Reig  y  Vilardell  l'a  entrepris  pour  sa 
patrie.  Th.  P. 

Xliomas  Martin  de  Gallai'don,  par  le  capitaine  Paul   Marin.  Paris,  Carré, 
1892,  in-18  de  222  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Thomas  Martin  était  un  laboureur  de  Gallardon,  près  de  Chartres;  en  1816, 
il  prétendit  avoir  des  visions.  C'était  l'ange  Raphaël  qui  lui  apparaissait, 
vê'u  d'une  redingote  blonde,  et  qui  lui  ordonnait  de  se  rendre  auprès  de 
Louis  XYIII  et  de  lui  faire  certaines  révélations.  Jeanne  d'Arc  déclarait  à 
Charles  VII  qu'il  était  légitime;  Martin  avait  mission  de  déclarer  à  Louis  XVIII 
qu'il  occupait  illégitimement  le  trône.  La  contrefaçon  est  visible.  Thomas 
Martin  fait  des  ouvertures  à  l'évèque  et  au  préfet;  on  le  conduit  d'abord  à 
Gharenton,  puis  devant  le  Roi.  Partout,  à  chaque  pas,  l'ange  en  redingote 
blonde  se  manifeste.  Louis  XVIII  fut,  dit-on,  très  ému;  quant  à  Martin,  il 
rentra  chez  lui  fort  paisiblement,  n'ayant  plus  affaire  qu'aux  jansénistes, 
de  qui  il  était  bien  vu,  spécialement  de  M.  Silvy,  l'acquéreur  de  Port-Royal. 

Le  fond  de  ces  rêveries  exploitées  par  qui  de  droit,  c'est  l'existence  de 
Louis  XVII,  à  propos  de  qui  on  réédite  des  déclarations  maintes  fois  démen- 
ties, et  de  plus  les  remords  de  Mme  la  duchesse  d'Angoulême.  Justement,  il 
y  a  quelques  mois,  Mgr  Ricard  publiait  une  lettre  écrite  à  ce  sujet  par 
M.  de  Montbel  à  l'abbé  Combalot  :  elle  est  datée  de  Frohsdorf,  10  juin  1851, 
c'est-à-dire  peu  de  temps  avant  la  mort  de  la  princesse  et  par  ses  ordres; 
loin  d'avoir  des  remords,  la  princesse  déclarait  être  certaine  de  la  mort  de 
son  frère  et  n'avoir  aucune  sympathie  pour  «  les  vingt-six  fripons  »  qui 
avaient  pris  son  nom  [Vie  de  M.  l'abbé  Combalot,  457-460). 

L'auteur  de  ce  livre'  est-il,  à  l'endroit  de  ces  légendes,  un  sceptique  ou 
un  croyant"?  Tantôt  l'un,  tantôt  l'autre,  mais  plutôt  disposé  en  faveur  du 
visionnaire.  Il  ne  semble  pas  s'être  rendu  compte  de  l'action  janséniste  qui 
s'est  jouée  dans  cette  affaire  ;  l'Ami  de  la  Religion  est  pour  lui  comme  une 
île,  jusqu'ici  inconnue,  qu'il  découvre  à  ses  lecteurs.  S'il  cherche  sincère- 
ment la  vérité,  qu'il  sonde  plus  à  fond,  qu'il  use  avec  confiance  de  son  juge- 
ment, et,  au  travers  des  documents  dits  originaux  qui  n'apparaissent  qu'en 
copie,  des  mensonges  habilement  répandus  et  des  déclarations  qui  tombent 
mystérieusement  du  ciel  ou  qui  arrivent  par  des  voies  inconnues,  il  recon- 
naîtra les  procédés  d'un  vieux  parti  qui  exploite  une  sottise  pour  perpétuer 
une  intrisue.  Victor  Pierre. 


CHROIVIQUE 

Nécrologie.  —  Nous  annonçons  avec  douleur  la  mort  de  S.  Em.  Joseph- 
Alfred  Foulon,  cardinal-archevêque  de  Lyon,  survenue  le  23  janvier.  C'est 
une  perte  pour  l'Église  et  plus  spécialement  pour  le  diocèse  de  Paris,  où  le 
regretté  prélat  était  né  le  29  avril  1823,  oîi  il  avait  fait  ses  études  théolo- 
giques, où  la  tendre  affection  de   Mgr  Darboy  l'avait  appelé  à  la  direction 


—  170  — 

du  petit  séminaire.  Tour  à  tour  évoque  de  Nancy  et  de  Toul  (1867),  arche- 
vêque de  Besançon  (1882),  il  fut  appelé  en  1887  au  siège  de  Lyon  et  créé 
cardinal  au  titre  de  Saint-Eusèbe  en  1889.  Il  ne  nous  appartient  pas  de 
retracer  ici  les  vertus  ecclésiastiques  par  lesquelles  Mgr  Foulon  s'est 
honoré  dans  l'exercice  de  ces  diverses  fonctions  ;  mais  nous  devons  rappeler 
toute  la  doctrine  du  théologien  et  les  mérites  de  Técrivain.  Le  peu  de  tra- 
vaux qu'il  laisse  suffisent  à  sa  bonne  réputation.  Ce  sont  des  OEuvrcs 
pastorales  (1882,  2  vol.  in-8),  et  une  Vie  de  Mgr  Darboy  (1889,  in-8).  Nos 
ecteurs  n'ont  pas  oublié  la  juste  part  d'éloges  donnée  ici  à  ce  dernier 
ouvrage  (t.  LVIII,  p.  117),  auquel  nous  diimes  cependant  reprocher  une 
trop  grande  indulgence  pour  l'archevêque  de  Paris.  Mgr  Foulon  faisait 
partie  des'congrégations  du  Consistoire,  de  la  Propagande,  des  saints  Rites 
et  des  xjtudes. 

—  Le  R.  P.  Charles  Daniel,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  fondateur  des 
Études  religieuses,  philosophiques,  historiques  et  littéraires,  est  mort  à  Paris, 
dans  la  nuit  du  31  décembre  au  1"  janvier,  à  l'âge  de  soixante-quinze  ans. 
Né  à  Beauvais,  le  31  décembre  1818,  il  suivit  d'abord  les  cours  de  droit,  se 
lit  recevoir  docteur,  et,  en  18il,  entra  dans  la  Compagnie  de  Jésus.  C'est 
en  1856  qu'il  fit  paraître  pour  la  première  fois,  avec  le  P.  Jean  Gagarin,  les 
Etudes  de  théologie,  de  ]jhilosophie  et  d'histoire.  D'abord  publiées  à  inter- 
valles éloignés,  les  Études  prirent  la  forme  d'une  revue  mensuelle  et  de- 
vinrent, sous  le  titre  que  tout  le  monde  connaît,  un  des  recueils  périodiques 
les  meilleurs  pour  la  forme  et  pour  le  fond.  L'un  des  premiers  collabora- 
teurs de  cette  œuvre  excellente  a  été  notre  vénéré  collaborateur,  le 
R.  P.  Martinov.  Peu  après  1880,  le  P.  Daniel  fut  rudement  affligé  de  Dieu, 
qui  le  priva  de  l'ouie  et  presque  de  la  vue  ;  mais  cette  épreuve  n'abattit  pas 
son  courage  et  sa  bonne  humeur.  Ecrivain  distingué,  le  fondateur  des 
Études,  outre  les  nombreux  articles  qu'il  a  insérés  dans  ce  recueil,  laisse 
quelques  ouvrages  remarquables.  Nous  citons  ici  les  principaux  :  Des 
Études  classiques  dans  la  société  chrétienne  (1853,  in-8);  —  Le  Devoir  du 
chrétien  dans  les  jours  d'épreuve  et  de  combat  (1861,  in-18)  ;  —  Une  vocation 
et  une  disgrâce  à  la  cour  de  Louis  XIII  (1801,  in-18);  —  Madame  Swetrhinc, 
sa  vie  et  son  influence  religieuse  (1864,  in-8);  —  Histoire  de  la  bienheureuse 
Marguerite-Marie,  religieuse  de  la  Visitation  Sainte-Marie,  et  des  origines  de  la 
dévotion  au  Cœur  de  Jésus  (1865,  in-8);  —  La  Liberté  d'enseignement,  les  Jé- 
suites et  la  cour  de  Rome  en  ISio.  Lettre  à  M.  Guizot  sur  un  chapitre  de  ses 
Mt-moircs  (1866,  in-8);  —  Le  Mariage  chrétien  et  le  Code  Napoléon  (1870,  in-8)  ; 
—  Alexis  Clerc,  jésuite  et  otage  de  la  Commune,  fusillé  à  la  Hoquette,  le 
2i  mai  1811  (1875,  in-12);  —  Les  Jésuites  instituteurs  de  la  jeunesse  française 
au  XVW^  et  au  XVIIt  siècle  (1880,  in-12). 

—  Le  Polijbiblion  perd  plus  qu'un  collaborateur  oi'dinaire  dans  la  per- 
sonne de  M.  Achille  Lk  Vavasseur,  mort  à  uvrccy  (Calvados),  le  10  janvier. 
Né  au  même  endroit,  le  25  octobre  1862,  il  entra  à  l'École  des  chartes  ù.  la 
suite  d'études  solides.  La  thèse  qu'il  soutint  avec  succès  en  1886  fut  foi-i- 
ginc  de  deux  publications  oia  se  révélèrent  ses  excellentes  qualités  d'érudil: 
Valeur  historique  de  la  «  Chronique  d'Arthur  de  Richemont,  connétable  de 
France,  duc  de  Bretagne  >^  (1393-1  ioS),  par  Guillaume  Gruel  {VMviùt  des 
tomes  XLVII  et  XLVIII  de  \aliibliothcque  de  l'École  des  chartes,  1887,  in-8),  et 
une  bonne  édition  faite  par  la  Société  do  l'histoire  de  France  de  cette  même 
Chronique  d'Arthur  de  Rirheiitont,  connétable  de  France,  duc  de  Bretagne 
(1393-W,o8),par  Guillaume  Gruel  (1890,  in-8).  De  1886  à  1888,  M.  Le  Va- 
vasseur fut  bibliothécaire  ailjoint  de  la  Sociélé  bibliographique  et  secré- 
taire de  la  rédaction  du  l'ohjIjibUon.  Il    se  donna  df  tout  cœuv  à  ces  l'onc- 


—   171  — 

lions,  comme  à  tout  ce  ([u"il  entreprenait,  et  nous  apporta  le  concours 
précieux  d\in  esprit  méthodique  et  soigneux,  d'un  jugement  sain,  d'un 
caractère  laborieux,  d'une  érudition  sûre  et  attentive.  Sa  retraite,  motivée 
en  grande  partie  par  des  raisons  de  santé,  ne  nous  priva  pas  complètement 
de  son  aide,  et  il  resta  notre  collaborateur.  Nous  rappellerons  encore 
l'utile  aperçu  qu'il  présenta  en  1888  au  Congrès  bibliographique  sur  les 
Sources  de  l'histoire  de  France.  Entré  en  1887  à  la  Bibliothèque  nationale, 
le  principal  poids  du  Bulletin  des  livres  étrangers  reposait  sur  lui.  Lorsque 
la  mort  est  venue  le  surprendre,  il  travaillait  avec  activité  à  une  Bibliogra- 
phie des  élèves  de  l'École  des  chartes.  Le  travail  est  malheureusement  resté 
inachevé. 

—  M.  Albert  Delpit,  littérateur  et  auteur  dramatique,  est  mort  à  Paris 
le  4  janvier  1893.  Né  à  la  Nouvelle-Orléans,  de  parents  français,  il  vint  en 
France  à  l'âge  de  dix-sept  ans  et  fit  son  apprentissage  d'écrivain  sous  les 
yeux  d'Alexandre  Dumas  père.  Il  collabora  à  la  Revue  des  Deux  Mondes  et  à 
un  grand  nombre  de  journaux.  Voici  la  liste  complète  de  ses  œuvres  : 
Romans  :  Le  Mystère  du  Bas-Meudon  (1876,  in-12)  ;  —  La  Famille  Cavalià 
(1878,  in-12);  —  Le  Fils  de  Coralie  (1879,  in-12);  —  Le  Mariage  d'Odette 
(1880,  in-12);  —  Le  Père  de  Martial  (1881,  in-12);  —  La  Marquise  (1882, 
in-12)  ;  —  Les  Amours  cruelles  (1884,  in-12)  ;  —  Solange  de  Croix-Saint-Luc 
(1885,  in-12)  ;  —  Mademoiselle  de  Bressier  (1887,  in-12);  —  Thérésine  (1888, 
in-12);  —  Disparu  (1888,  in-12)  ;  —  Passionnément  (1890,  in-12)  ;  —  Comme 
dans  la  vie  (1891,  in-12)  ;  —  Toutes  les  deux  (1891,  in-12)  ;  —  Belle-Madame 
(1892,  in-12).  —  Poésie:  La  Vieillesse  de  Corneille  (1877,  in-12);  —  Les  Chants 
de  ri7ivasion ;  —  Les  Dieux  qu'on  ôj-ise  (1881,  in-12).  —  Théâtre:  Robert 
Pradel,  quatre  actes  en  prose  (Odéon,  1873)  ;  —  Jeaii  Nu-pieds,  quatre  actes 
en  vers  (Vaudeville,  1875);  —  Le  Messager  de  Scapin,  un  acte  en  vers  (Co- 
médie-Française) ;  —  Les  Chevaliers  de  la  patrie,  drame  historique  en  cinq 
actes  (Théâtre  historique,  1876)  ;  —  Le  Fils  de  Coralie,  comédie  en  quatre 
actes  (Gymnase,  1879);  —  Les  Maucroix,.  comédie  en  trois  actes  (Comédie- 
Française,  1883)  ;  —  Le  Père  de  Martial,  en  quatre  actes  (Gymnase)  ;  —  Ma- 
demoiselle de  Bressier,  drame  en  cinq  actes  (Ambigu)  ;  —  Passionnément,  co- 
médie en  trois  actes  (Odéon,  1892).  —  .\u  moment  où  la  mort  est  venue  le 
surprendre,  M.  Albert  Delpit  mettait  la  dernière  main  à  un  poème  consacré 
à  Jeanne  d'Arc. 

—  La  mort  de  don  José  Zorrilla  y  Moral,  survenue  le  22  janvier,  est 
pour  l'Espagne  un  deuil  national  et  y  a  été  pleurée  avec  une  douleur  au 
moins  égale  à  celle  qui,  en  France,  accueillit  la  mort  de  Victor  Hugo  et  en 
Angleterre  celle  de  lord  Tennyson.  Fils  d'un  magistrat,  don  José  Zorrilla, 
et  de  dona  Mercedes  Moral,  le  poète  naquit  ta  Valladolid  le  21  février  1817. 
A  dix  ans,  il  fut  envoyé  à  Madrid  et  reçut  une  bonne  éducation  au  sémi- 
naire des  nobles.  A  dix-sept  ans,  il  dut  suivre  les  cours  de  l'Université  de 
Tolède  pour  se  former  à  la  science  du  droit.  Mais  en  même  temps,  il  se 
livrait  à  son  goût  pour  la  poésie;  c'est  en  1835  que  parut  sa  première  poésie 
Elvira  dans  El  Artista.  Enlîn,  émancipé  de  la  tutelle  de  son  père,  il  s'em- 
pressa de  fuir  les  études  arides  auxquelles  on  avait  voulu  le  plier  et  se  fixa 
dans  Madrid  (1836),  où  il  fonda  un  journal  et  vécut  inconnu  jusqu'à  ce  que, 
le  15  février  1837,  la  mort  du  poète  Larra  lui  donnât  l'occasion  de  révéler 
son  talent  par  la  lecture  de  cette  belle  poésie,  qui  commence  ainsi  : 

Ese  vago  clamer  que  rasga  el  viento 
Es  la  voz  funeral  de  la  canipana. 

Cinq  mois  après,  son  premier  volume  de  poésies  excitait  de  vives  discus- 


—  17-2  — 

sions  clans  la  presse.  Sa  réputation,  commencée  par  une  élégie,  fut  établie 
déliiiitivement  par  la  publication  (1840-1841)  des  Cantos  del  trovador,  et  un 
peu  plus  tard  de  son  poème  consacré  à  la  Très  Sainte  Vierge  :  Maria  (1846). 
Nous  ne  pouvons  oublier  que  le  romantisme  français  exerça  une  certaine 
influence  sur  le  poète  que  pleure  l'Espagne,  ni  que  Tune  de  ses  œuvres  les 
plus  goûtées,  Granada,  fut  publiée  à  Paris  môme  (1853).  Quant  à  ses  aspira- 
tions, le  poète  les  a  résumées  en  ces  deux  vers  : 

Crisliano  y  caballero,  como  Espanol  sin  tacha, 
Ganté  la  fe  y  las  glorias  que  en  mi  naciùn  halle. 

Voici  une  liste  des  œuvres  du  grand  écrivain,  que  nous  regrettons  de  ne 
pouvoir  donner  plus  complète,  et  où.  nous  ne  faisons  pas  entrer  divers  re- 
cueils auxquels  il  a  collaboré,  tels  que  VAlbum  literario  espanol  (1846, 
in-8),  la  Corona  funèbre  del  dos  de  mayo  ISOS  (1849,  in-4),  VAlbum  de 
Morno  (1847,  in-4),  VAlbum  rcligioso  (1848,  in-4),  VAlbum  del  bardo  (1850, 
in-4)  :  A  la  memoria  desr/raciada  del  joveu  literato  D.  Mariano  José  de  Larra 
(1837);  —  Poesias  (1837,  in-8);  —  Vivir  loco  y  morir  mas,  comedia  (1837, 
in-8);  —  Mas  valc  llegar  a  tiempo  che  rondar  un  ano,  comedia  antigua  (1838, 
in-8);  —  A  buen  juez  mejor  testigo  (1838,  in-8);  —  Para  verdades  el  tiempo 
y  para  jusficia  Dios  (1838,  in-8)  ;  —  Cada  cual  con  su  razon  (1839,  in-8)  ;  — 
Ganar  pcrdiendo,  comedia  (1839,  in-8);  —  Juan  Dandolo,  drama  (1833,  in-8); 

—  Lealtad  de  una  mujer  y  aventuras  de  una  noche,  comedia  (1840,  in-8)  ;  — 
Poesias  (1840,  13  vol.  in-8);  —  Apoteosis  de  D.  Pedro  Calderon  (1841,  in-8); 

—  Libi'o  de  la  juventud  cscrito  en  italiano  por  Silvio  Pellico,  traduction  (1841, 
in-8);  —  Los  dos  virreyes,  drama  nuevo  (1842,  in-8);  —  Sancho  Garcia,  trage- 
dia  (1842,  in-8);  —  Un  ano  y  un  drama  (1842,  in-8);  —  El  eco  del  torrente, 
drama  (1842,  in-8)  ;  —  El  Caballo  del  rcy  Sancho,  drama  (1842,  in-8)  ;  —  Gain 
Pirata  (1842,  in-8);  — El  molino  de  Gandalajara,  drama  (1843,  in-8)  ;  —  El  Punal 
del  godo,  drama  (1843,  in-8);  —  Vigilias  del  estio  (1842,  in-8);  —  La  Mejor 
razon,  la  espada  (1843,  iii-8)  ;  —  La  Oliva  y  el  Laurel.  Alegoria  escrita  para  las 
fiestas  de  la  proclnmacion  de  S.  M.  la  reina  dona  Isabel  II  (1843,  in-8);  —  So- 
fronia,  tragedia  (1843,  in-8);  —  Don  Juan  Tenorio,  drama  (1844,  in-8);  —  La 
Copa  de  Marfil,  tragedia  (1844,  in  8);  —  Rccuerdos  y  fantasias  (1844,  in-8);  — 
La  azuana  silvestre,  leyenda  (1845,  in-8);  —  La  Calentura,  drama  fantastico 
(1845,  in-8)  ;  —  El  Desafîo  del  diablo  y  Un  testigo  de  broncc,  dos  leyendas 
(1845,  in-8);  —  Sancho  Garcia,  composicion  lirica  (1846,  in-18};  —  El  Zapa- 
tei'O  y  el  Rey,  drama  (1846-1848,  2  vol.  in-8);  —  El  Rey  loco,  drama  (1847, 
in-8)  ;  —  Obras,  formant  les  tomes  XXXIX  et  XL  de  la  Colecciôn  de  los  mejores 
autores  espaTiolcs  (1847,  2  vol.  in-8)  ;  —  Ofrcnda  poelica  al  licco  artistico  y 
literario  de  Madrid  (1848,  in-8);  —  El  Alcaldc  Ronquille,  drama  (1848,  in-8)  ; 

—  El  Excomulgado,  draina  (1848,  in-8);  —  La  Creacion  y  el  diluvio  (1848, 
in-8);  —  Maria,  corona  poetica  de  la  Virgen  (1849,  in-8);  —  Traidor  incon- 
fcso  ymarlir,  drama  (1849,  in-8);  —  La  fe  cristiana,  oda  (1849,  in-8);  —  JJn 
Cuento  de  amorcs  (1850,  in-8);  —  Cuento  de  cuentos,  mil  leyendas  granadinas 
(1851,  in-8);  —  Ensayos  poetiros  por  Don  P.  de  la  Vera  e  Isla  Fernandez  (1852, 
in-4);  —  Obras,  nueva  edicion  con  su  biografia  par  Ildcfonsa  de  Ovejas  (1852, 
3  vol.  in-8);  —  La  Rosa  de  Alcjandria,  leyenda  (1857,  in-8)  ;  —  Album  de  un 
loco  (1866,  in-8);  —  El  Drama  del  ahma,  leyenda  (1867,  in-8);  —  Leyenda  del 
Cid  (1871,  in-8)  ;  —  Lecturas  publicas  hcchas  en  cl  Ateneo  (1877,  in-8);  —  Rc- 
cuerdos del  tempo  viejo,  notes  autobiographiques  parues  dès  1879  dans  17m- 
parcial  (1880,  in-8);  —  Composiciones  varias  (1877,  in-8);  —  Gnomosy  mujeres 
(1886,  in-8);  —  De  Murcia  al  cielo  (1888,  in-8);  —  A  cscape  y  al  vuelo  (1888, 
in-8)  ;  —  Coronaciôn  de  lorrilla  (1890,  in-8). 


—  173  — 

—  M.  le  gtiiiéral  Charles-Antoine  Thoumas  est  mort  le  9  janvier.  Né  à, 
Laurière  (Haute-Vienne)  le  19  juillet  1820,  il  entra  en  1839  à  l'École  poly- 
technique, sortit  dans  l'armée,  se  distingua  dans  Taffaire  d'Inkermann.  En 
1870,  il  fut  nommé  colonel  et  chargé  par  le  gouvernement  de  la  Défense 
nationale  de  la  direction  de  l'artillerie,  qu'il  organisa  rapidement.  Général 
de  division  en  1878,  il  fut  mis  à  la  retraite  en  1885.  C'est  seulement  à  cette 
époque  qu'il  commença  sa  carrière  d'écrivain.  Les  articles  militaires  qu'il 
donnait  au  Temps  étaient  fort  remarqués.  Il  publiait  aussi  des  mémoires 
dans  la  Revue  de  cavalerie.  Voici  la  liste  des  excellents  ouvrages  dus  à  cet 
écrivain  :  Les  Capitulations,  étude  historique  militaire  sur  la  responsabilité  du 
commandement  (1886,  in-12);  —  Les  Cadres  de  l'armée  devant  le  Parlement 
(1887,  in-8);  —  Le  Général  Curély,  itinéraire  d\in  cavalier  léger  de  la  Grande 
Armée  (1193-181  o],  d'après  un  manuscrit  authentique  (1887,  in-12);  —Les 
Transformations  de  l'armée  française,  essais  d'histoire  et  de  critique  sur  l'état 
militaire  de  la  France  (1887,  2  vol.  gr.  in-8)  ;  —  Autour  du  drapeau  (il 89- 
4889).  Campagnes  de  l'armée  française  depuis  cent  ans  (1888,  in-4);  —  Cause- 
ries militaires  (1889-1890,  2  vol.  in-12);  —  Autour  du  drapeau  tricolore 
('1789-1889)  :  l'Armée  française  depuis  cent  ans  (1889,  gr.  in-8);  —  Exposi- 
tion rétrospective  militaire  du  ministère  de  la  guerre  en  1889  (1890,  in-4)  ;  — 
Les  grands  Cavaliers  du  premier  Empire  (1890,  in-8)  ;  —  Le  Maréchal  Lannes 
(1891,  in-8). 

—  M.  Antonin-François  Rondelet  est  mort  le  24  janvier.  Né  à  Lyon  le 
28  février  1823,  c'est  dans  cette  ville  qu'il  fit  ses  études  et  se  prépara  aux 
examens  de  l'École  normale  supérieure,  oiî  il  fut  reçu  en  1841.  Tour  à 
tour  professeur  de  philosophie  aux  collèges  de  Rennes,  de  Poitiers  et  de 
Marseille,  puis,  après  qu'il  eut  été  reçu  docteur,  à  la  Faculté  des  lettres  de 
Clermont-Ferrand.  Lors  de  la  fondation  de  la  Faculté  catholique  des  lettres 
de  Paris,  M.  Antonin  Rondelet  y  accepta  la  chaire  de  philosophie.  Ce  sont 
surtout  les  questions  philosophiques  et  économiques  sur  lesquelles  s'est 
portée  l'attention  de  l'écrivain  catholique.  Parmi  les  revues  auxquelles  il 
a  collaboré,  nous  citerons  la  Revue  d'économie  chrétienne  et  la  Revue  contem- 
poraine. Quant  aux  ouvrages  qu'il  a  écrits,  voici  les  titres  des  principaux  : 
Exposition  critique  de  la  morale  d'Aristote  (1846,  in-8);  — De  modalibus  apud 
Aristotelcm  (1847,  in-8)  ;  —  Prorjrammes  de  philosophie  (1851 ,  in-18)  ;  — 
Madame  Récamier  (1851,  in-18)  ;  —  Du  spiritualisme  en  économie  politique  (1859, 
in-8);  —  De  la  philosophie  pratique  (1859,  in-8)  ;  —  Conseils  aux  parents  sur 
l'éducation  de  leurs  enfants  (1861,  in-12);  —  Les  Mémoires  d'Antoine  (1860, 
in-12);  —  Mémoires  d'un  homme  du  monde  (1861,  in-12);  —  Théorie  logique 
des  propositions  modales  (1861,  in-8);  —  La  Morale  de  la  richesse {iS63,  in-12); 

—  Nouvelles  et  voijages  (1863,  in-12);  —  Londres  pour  ceux  qui  n'y  vont  pas 
(1864,  in-12)  ;  — Le  Lendemain  du  mariage  (1866,  in-12);  —  La  Science  delà 
foi  (1867,  in-12);  —  Petit  Manuel  de  l'économie  politique  (1868,  in-12);  — 
Les  Lois  du  travail  et  de  la  production  (1868,  in-18)  ;  —  L'Économie  politique 
dans  la  vie  pratique  (1868,  in-18);  -  Le  Danger  de  plaire  (1869,  in-12)  ;  — 
Le  Travail  et  ses  lois  (1869,  in-32)  ;  —  L'Opposition  et  la  révolte  (1871,  in-12); 

—  Les  Limites  du  suffrage  universel  (1871,  in-12);  —  Du  Découragement 
(1871,  in-18);  —  L'Emploi  du  loisir  à  l'École  de  droit  (1872,  in-12);  —  L'É- 
ducation de  la  vingtième  année  (1873,  in-12);  —  Un  Drame  en  omnibus  (1875, 
in-12);  —  Mon  Voyage  au  pays  des  chimères  (1875,  in-12);  —  L'Art  d'écrire 
(1878,  in-8)  ;  —  L'Art  déparier  (1879,  in-8);  —  Réflexions  de  littérature  et  de 
philosophie,  de  morale  et  de  religion  (1881,  in-8);  —  Manuel  chrétien  d'insti-uc- 
tion  civique  (1883,  in-18)  ;  —  Philosophie  et  sciences  sociales  (1883,  in-12);  — 
La  Vie  dans  le  mariage  (1884,  in-12)  ;  —  La  Ressuscitée  de  Cologne  (1888, 


in-12);  —  Le  Livre  de  la  vieillesse  (1888,  in-12)  ;  —  Une  Femme  bien  malheu- 
reuse (1890,  in-12). 

—  M.  Gustav  VoLKMAR,  qui  est  mort  à  Zurich  le  9  janvier,  était  un  des 
principaux  représentants,  à  l'heure  actuelle,  de  l'Ecole  de  Tubingue.  Né  à 
Herst'eld,  le  11  janvier  1809,  c'est  à  l'Université  de  Marbourg  qu'il  lit  ses 
études.  Après  quelques  années  passées  dans  l'enseignement  secondaire  en 
Allemagne,  il  se  vit  destitué  par  le  gouvernement,  h  la  suite  d'une  brochure 
politique  (1850).  II  ne  tarda  pas  à  se  retirer  en  Suisse,  oil  il  trouvait  plus 
de  liberté  pour  exprimer  ses  pensées.  L'Université  de  Zurich  l'admit  comme 
privat-docent  (1853-1858),  puis  comme  professeur  extraordinaire  (1858- 
1863),  et  enfin  lui  confia  la  chaire  de  professeur  ordinaire  d'exégèse  du 
Nouveau  Testament  (1863).  C'est,  en  effet,  à  cette  étude  que  s'est  surtout  livré 
le  professeur  de  Zurich,  et  c'est  par  elle  qu'il  a  conquis  toute  sa  réputation  : 
l'un  des  premiers  exégètes  de  son  époque,  si  les  hardiesses  d'une  critique 
aventureuse,  les  emportements  passionnés  de  la  discussion,  soutenus  d'ail- 
leurs par  une  érudition  étendue,  sont  dignes  de  ce  titre.  L'on  connaît  le 
système  de  M.  Volkmar,  fondé  sur  l'hypothèse  d'un  Évangile  primitif  de 
saint  Marc,  dont  les  synoptiques  et  les  apocryphes  ne  seraient  que  des 
déformations  faites  au  profit  de  telle  ou  telle  école.  Voici  la  liste  chronolo- 
gique des  principales  œuvres  du  savant  allemand  :  De  vocabulorum  agios  et 
agnos,  saccr  et  sanctus,  origine  (1837,  in-8);  —  De  verbi  legendi  natura  atqiie 
progenic  prxcipua  verborum  relegendi  etreligendi  ratione  habita  (1838,  in-8)  ; 

—  Ber  hôchste  Grimdsatz  des  Christenihums,  der  Reformation  und  des  freien 
Katholizismus  der  Gcgcmvart  (1846,  in-8);  —  Ucber  Justin  dcn  Màrturer  xind 
sein  Verhàltniss  zu  unsern  Evangclien  (1853,  in-8)  ;  —  Die  Quellen  der  Ketzer- 
geschichte  bis  zum  Nicànum  (1855,  in-8)  ;  —  Ueber  die  rômische  liirchc,  ihren 
Ursprung  und  ersten  Conftict  (1857,  in-8);  —  Die  Religion  Jesu  und  ihre  erste 
Entwicklung  nach  dem  gegenwdrtigen  Stande  der  Wissenschaft  (1857,  in-8); — 
Bas  vierte  Buch  Esra  und  apokahiptische  Geheimnisse  uberhaupt  (1858,  gr. 
in-8)  ;  —  Uandbuch  der  Einleitung  in  die  Apoknjphen  (1860-1863,   2  gr.  in-8); 

—  Eine  neutestamentliche  Eniderknng  und  dcren  Beslreitung ,  odcr  die  Ge- 
schichtsvision  des  Bûches  Henoch  (1862,  gr.  in-8)  ;  —  Commentar  zur  Offcnba- 
rung  Johanncs  (1862,  gr.  in-8)  ;  —  Ber  Ursprung  unserer  Evangelien  nach  den 
Urkunden  (1866,  gr.  in-8);  —  Mose  Prophétie  und  lïintmelfahrt  (1867,  gr. 
in-8)  ;  —  Bie  Evangelien  oder  Marcus  und  die  Synopsis  der  kanonischeji  und 
ausserkanonischen  Evangelien  (1869,  gr.  in-8);  —  Zwingli,  scinLebcn  und  Wir- 
ken  (1870,  gr.  in-8);  —  Bie  rômische  Papstmythe  (1873,  gr.  in-8);  —  Bie  Her- 
kunft  Jesu  Christi  nach  der  Bibel  selbsl  (1874,  gr.  in-8);  —  Bie  neutestament- 
lichen  Briefe  (1875,  gr.  in-8);  —  Die  kanonischen  Synoptiker  in  Uebe7'sicht 
mit  Randglossen  (1876,  gr.  in-8);  —  Die  ivahre  Gottesvcrehrung  nach  Offenba- 
rung  Johannes  cap.  IV  (1879,  in-8)  ;  —  Jésus  Nazarenus  ïind  die  crslcr  christ- 
lichc  Zeit  (1882,  gr.  in-8);  —  Bie  neuentdeckte  urchristliche  Schrift  :  Lehre 
der  zivôlf  Aposteln  an  die  Vôlker  (1885,  in-8)  ;  —  Paubis  von  Bamascus  bis 
zum  Galaterbricf(iSSl,  in-8). 

—  M.  Amédée-Victor  Guillkmin  est  mort  le  4  janvier,  à  Pierre  (Saône-et- 
Loire),  où  il  était  né  le  5  juillet  1826.  Ses  études,  commencées  à  Beaunc, 
furent  achevées  ù.  Paris.  Professeur  de  sciences,  il  sut  mettre  un  très  grand 
talent  à  la  vulgarisation  des  idées  scientiiiques.  De  nombreux  articles  signés 
de  lui  parurent  dans  la  Revue  philosophique,  dans  la  Revue  politique  et  litté- 
raire, dans  V Avenir  national,  dans  la  LS«roic',  journal  démocratique  qu'il  avait 
fondé  et  qui  n'eut  qu'une  existence  passagère,  et  dans  ])caucoup  d'autres 
recueils.  Les  sciences  qu'il  s'est  plus  particulièrement  efforcé  de  faire 
connaître  au  grand  public  sont  l'asti-onouiie  et  les  sciences  physi(]U('S.  Voici 


d'ailleurs  la  liste  de  ses  ouvrages,  tous  estimables  :  Les  Mondes,  causeries 
astronomiques  (1801,  iii-12)  ;  —  Simple  explication  des  chemins  de  fer  (1862, 
in-12)  ;  —  Le  Ciel,  notions  d'astronomie  à  l'usage  des  gens  du  monde  et  de  la 
jeunesse  (1864,  gr.  in-8)  ;  —  Éléments  de  cosmographie  (1866,  in-12)  ;  —  La 
Lune  (1866,  iu-12)  ;  —  Les  Phénomènes  de  la  physique  (1867,  iii-12)  ;  —  Les 
Chemins  de  fer  (1867-1884,  2  vol.  iii-12)  ;  —  Le  Soleil  (1869,  in-12)  ;  —  La 
Vapeur  (1873,  in-12);  —  Les  Apjplir.ations  de  la  physique  aux  sciences,  à  Vin- 
dusfrie  et  aux  arts  (1873,  in-8)  ;  —  Les  Coinétes  (1874,  in-8)  ;  —  La  Lumière  et 
les  couleurs  (1875,  in-12)  ;  —  Le  Son,  notions  d'acoustic/ue  physique  et  musi- 
cale (1876,  in-12)  ;  —  Les  Étoiles,  notions  d'astronomie  sidérale  (1877,  in-12); 

—  Les  Nébuleuses,  notions  d'astronomie  sidérale  (1880,  in-12);  —  Le  Monde 
physique  (1880-1885,  5  vol.  gr.  in-8); —  Lo  Feu  souterrain;  volcans  et  tremble- 
ments de  terre  (1886,  in-12)  ;  —  Le  Télégraphe  et  le  téléphone  (1886,  in-12)  ; 

—  Le  Beau  et  le  mauvais  Temps  (1887,  in-12)  ;  —  Les  Comètes  (1887,  in-12)  ; 

—  Les  Météores  électriques  et  optiques  (1887,  in-12)  ;  —  La  Terre  et  le  ciel 
(1388, gr.  in-8);  —  Les  Machines  à  vapeur  et  à  gaz  (1888,  in-12)  ;  —  Les  Étoiles 
filantes  et  les  pierres  qui  tombent  du  ciel  (1889,  in-12)  ;  —  Le  Magnétisme  et 
Vélectricité  (1889-1890,  2  vol.  in-12). 

—  Nous  devons  encore  une  notice  spéciale  à  M.  le  chanoine  Ulysse  May- 
NARD,  mort  à  Poitiers  le  22  janvier.  Le  défaut  d'espace  nous  empêche  de 
nous  étendre  longuement  sur  cet  écrivain,  qui  eut  de  grandes  cjualités  de 
critique  et  d'historien.  Tout  le  monde  connaît  notamment  son  étude  si 
solide  sur  Pascal.  L'on  se  rappelle  aussi,  non  sans  un  certain  regret,  la  vio- 
lente polémique  qu'entama  l'ardent  chanoine  contre  Mgr  Lagrange  à  propos 
de  la  Vie  de  Mgr  Dupanloup,  et  aussi  à  propos  de  la  publication  d'une  Vie 
de  saint  Vincent  de  Paul,  dont  le  principal  défaut  était  peut-être  de  traiter 
un  sujet  que  M.  l'abbé  Maynard  croyait  avoir  épuisé.  Nous  donnons  ci- 
dessous  l'indication  des  principaux  ouvrages  de  M.  le  chanoine  U.  Maynard  : 
Pascal,  sa  vie  et  son  caractère,  ses  écrits  et  son  génie  (1850,  2  vol.  in-8)  ;  — 
Saint  Vincent  de  Paul,  sa  vie,  son  temps,  ses  œuvres,  son  influence  (1860,  4  vol. 
in-8)  ;  —  Vertus  et  doctrine  spirituelle  de  saint  Vincent  de  Paul  (1864,  in-12); 

—  Voltaire,  sa  vie  et  ses  œuvres  (1867,  2  vol.  in-8);  —  Vie  de  Voltaire  (1869, 
in-12);  —  Vie  (abrégée)  de  saint  Vincent  de  Paul  (1874,  in-12);  —  Jacc^ues 
Crétincau-Joly,  sa  vie  politique,  religieuse  et  littéraire  (1875,  in-8);  —  La 
Sainte  Vierge  (1877,  in-4)  ;  —  Mgr  Dupanloup  et  M.  Lagrange,  son  historien 
(1884,  in-8)  ;  —  Maximes  et  pratic/ucs  de  saint  Vincent  de  Paul,  extraites  de 
sa  vie,  ses  lettres  et  ses  conférences  (1885,  in-12). 

—  On  annonce  encore  la  mort  :  de  M.  l'abbé  Berthon,  prêtre  de  la  Société 
des  missions  et  missionnaire  en  Chine,  mort  à  Paris  au  commencement  de 
janvier;  —  de  M.  Chabrillat,  ancien  directeur  de  l'Ambigu,  rédacteur  au 
Figaro,  mort  à  cinquante  ans,  le  15  janvier,  à  Courbevoie  ;  —  de  M.  Chesnier 
DU  Chesne,  ancien  collaborateur  de  ÏUnioji,  mort  au  début  de  janvier,  dans 
son  château  de  La  Roche-Chargé  ;  —  de  M.  le  docteur  Joseph  Desnos,  mé- 
decin des  hôpitaux,  mort  le  14  janvier,  âgé  de  soixante-quatre  ans  ;  —  de 
M.  Laurent  de  Gavoly,  fondateur  de  la  France  moderne,  de  Marseille,  mort 
le  1"' janvier;  —  de  M.  Garipuy,  conservateur  du  musée  de  Toulouse  et 
directeur  de  l'École  des  beaux-arts  de  cette  ville,  mort  à  soixante-seize  ans, 
le  24  janvier  ;  —  de  M.  le  docteur  André  Gay,  médecin  lyonnais,  qui  remplit 
pendant  un  temps  les  fonctions  de  bibliothécaire  de  la  Société  de  géogra- 
phie de  Lyon,  mort  le  26  décembre  ;  —  de  M.  le  docteur  Hardy,  professeur 
honoraire  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  ancien  président  de  l'Académie 
de  médecine,  ancien  médecin  de  l'hôpital  Saint-Louis,  mort  le  23  janvier  ; 

—  de   M.   le   docteur  Horteloup,  chirurgien  de  l'hôpital  Necker,  mort  à 


—  176  — 

Hyères  le  13  janvier;  —  de  M.  Joly,  doyen  honoraire  de  la  Faculté  dos 
lettres  de  Caen,  honorablement  connu  par  de  nombreux  travaux  d'érudition, 
en  partie  consacrés  à  la  littérature  médiévale,  mort  le  16  janvier  à  Caen; 

—  du  R.  P.  DE  LA  Tour  de  Roghemure,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  mort 
en  janvier  à  Lyon;  —  de  M.  Ferdinand  Lavainne,  directeur  honoraire  du 
conservatoire  de  musique  de  Lille,  mort  le  10  janvier  ;  —  de  M.  le  docteur 
OzANNE,  premier  chirurgien  honoraire  de  l'hôpital  civil  de  Versailles,  mort 
dans  cette  ville,  dans  sa  quatre-vingtième  année,  le  10  janvier  ;  —  de 
M.  Charles  Philippon,  pendant  de  longues  années  secrétaire  de  la  Faculté 
des  sciences  de  Paris,  mort  à  soixante-douze  ans,  le  25  janvier;  —  de 
M.  l'abbé  Joseph  Rouquette,  ancien  curé  du  Sacré-Cœur  à  Millau,  dont 
on  connaît  les  estimables  travaux  d'histoire  locale,  et  notamment  une 
excellente  Histoire  du  Rouergue  sous  la  domination  anglaise,  mort  à  la  fin 
de  décembre  ;  —  de  M.  Vendryes,  inspecteur  honoraire  d'Académie,  pro- 
fesseur agrégé  d'histoire,  mort  le  19  janvier,  à  quatre-vingt-trois  ans. 

—  A  l'étranger,  on  annonce  la  mort  :  de  M.  Nicolaï  Vladimirovitch 
Adlerberg,  écrivain  russe,  mort  le  13  décembre;  — de  M.  Evan-Canuce 
Buller,  éditeur  catholique  de  Preston,  dont  on  cite  quelques  poésies  et  une 
History  of  Ushaiv  (1889,  in-8),  mort  en  janvier;  —  de  M.  James-Edmund  Doyle, 
qui  a  donné  une  estimable  Chronidc  of  En  gland  (1863,  in-8),  et  un  ouvrage 
considérable  :  The  officiai  Baronage  of  England,  mort  aussi  dans  le  courant 
de  janvier  ;  —  de  M.  Cesare  Foucard,  autrefois  archiviste  de  Venise,  auteur 
de  publications  palcographiques  et  historiques  estimées,  mort  le  7  novembre 
à  Florence;  —  du  minéralogiste  Axel  Gadolin,  mort  en  janvier  à  Saint-Pé- 
tersbourg; —  de  M.  le  chanoine  Jacopo-Luigi  Grassi,  bibliothécaire  de  l'Ate- 
neo  de  Gènes  de  1840  à  1849,  l'un  des  meilleurs  collaborateurs  des  Atti 
délia  socictà  ligxirc,  dont  nous  devons  citer  entre  autres  bons  travaux  :  Série 
dei  vcscovi  cd  arcivescovi  di  Genova  (1872,  in-4),  et  Catalogo  dei  Liguri  che 
ebbero  alte  dignità  ccclesiastic?ie  (1858,  in-8),  mort  à  Gènes  le  25  octobre, 
âgé  de  quatre-vingt-deux  ans;  —  de  M.  Thomson  Hankey,  économiste  dis- 
tingué, mort  à  quatre-vingt-sept  ans;  —  de  M.  James-Augustus  Hessey, 
archidiacre  de  Middiesex,  théologien  anglais,  dont  on  cite  avec  éloges  Bio- 
graphies of  the  Rings  of  Judah  ;  Moral  Difficulties  connected  tvith  thc  Bible  et 
une  brochure  sur  la  question  du  repos  dominical  (Sunday,  ils  origln,  his- 
tory and  présent  obligation),  mort  à  sa  résidence  de  Leicester  Gai'dcn,  le 
24  décembre,  dans  sa  quatre-vingtième  année;  — du  général  russe  Nicolas 
KoKCHARov,  correspondant  de  l'Académie  des  sciences,  géologue  et  miné- 
ralogiste distingué,  dont  les  travaux  sur  la  minéralogie  de  la  Russie 
jouissent  d'une  légitime  réputation,  mort  le  2  janvier  à  Saint-Pétersbourg, 
à  soixante-quinze  ans  ;  —  de  M.  August  Lammers,  économiste,  mort  à 
soixante-deux  ans,  le  28  décembre,  à  Brème;  —  de  M.  Nicolaï-Loginovitch 
Loman,  professeur  à  rUiiivcrsité  de  Saint-Pétersbourg,  mort  le  5  décembre  ; 

—  de  M.  Ricliard-Halk(;tt  Lord,  journaliste,  éditeur  (le  The  Book  mari,  mort 
le  19 novembre  à  Londres;  —  de  M.  John  P.  Lundy,  pasteur  protestant,  auteur 
de  nombreux  ouvrages  religieux,  parnii  lesquels  l'on  cite  :  Monumental 
chrislianity,  or  thc  art  of  symbolism  of  the  primitive  Christian  Chnrch,  mort  à 
Philadelphie,  le  12  décembre,  âgé  de  soixante-dix  ans  ;  —  de  M.  F.  von 
MocNiK,  mathématicien,  mort  à  Graz,  le  1""  décembre,  à  soixante-dix-huit 
ans;  —  de  M.  le  capitaine  Franck-E.  Moran,  collaborateur  de  The  Cenliiry  ci 
d'autres  recueils,  mort  à  Baltimore,  le  9  décembre;  —  de  M.  M.-J.  Popov, 
collaborateur  de  VAslrakanskii  Viestnik,  et  d'autres  revues,  mort  le  14  no- 
vembre; —  de  M.  T.  H.  HowNEY, chimiste  etgéologiste,  mort  à  soixante-cinq 
ans;  —  de  M.  REiciu:NSpi;nGEU,run  des  chefs  du  centre  allemand  au  Reichstag, 


i 


—  177  — 

auteur  d'assez  nombreux  écrits,  notamment  sur  le  Kulturkampf,  mort  au 
commencement  de  janvier,  à  Berlin;  —  de  M.  Hans  Sghulze,  connu  par  ses 
recherches  de  chimie  analytique,  mort  le  24  novembre  à  Santiago;  —  de 
M.  ScHRUMP,  qui  s'était  fait  une  spécialité  de  la  philologie  arménienne,  mort 
en  décembre;  —  de  M.  Howley  Smart,  romancier  anglais;  —  de  M.  Daniel 
Spitzer,  humoriste  d'un  esprit  caustique,  dont  tout  le  monde  connaît  les 
Wiener  Spazicrgànge,  mort  le  11  janvier,  à  Meran,  jàgé  de  cinquante-huit 
ans  ;  —  de  M.  Stefan,  président  de  l'Académie  des  sciences  de  Vienne, 
dont  les  travaux  ont  surtout  porté  sur  l'étude  de  la  physique,  mort  à  cin- 
quante-huit ans,  le  7  janvier  ;  —  de  M.  Swinfleet,  archéologue  de  mérite, 
collaborateur  des  Notes  and  Queries,  mort  le  6  janvier;  —  de  M.  Tafel, 
théologien  allemand,  mort  à  soixante  et  un  ans,  le  9  janvier  ;  —  de 
M.  Anton  Thormachten,  poète  allemand  fort  goûté,  mort  à  Milwaukee,  le 
10  décembre,  à  soixante-trois  ans;  —  de  M.  Benjamin  Vetter,  connu  par 
ses  travaux  de  zoologie,  mort  à  Dresde  le  l^""  janvier;  —  de  M.  George 
West,  dont  on  cite  :  Methodism  in  Marshland,  mort  en  janvier  ;  —  de 
M.  Montagu  Williams,  auteur  de  Leaves  of  a  life,  mort  le  23  décembre,  à 
Ramsgate;  —  du  chanoine  Théodore-Ignace  Welvaerts,  prieur  et  biblio- 
thécaire de  l'abbaye  des  Prémontrés  de  Postel  en  Campine,  collaborateur 
du  Kcmpisch  Muséum,  mort  en  décembre. 

Congrès.  —  A  l'occasion  de  l'exposition  universelle  de  Chicago  aura  lieu 
un  très  important  congrès  de  folklore  ;  des  invitations  à  en  faire  partie  ont 
été  adressées  à  des  savants  du  vieux  et  du  nouveau  monde.  Parmi  les  in- 
vités français  nous  remarquons  MM.  Henri  Gaidoz,  d'Arbois  de  Jubain- 
ville,  le  comte  de  Puymaigre,  le  vicomte  de  la  Villemarqué,  Paul  Sebillot, 
le  comte  de  Charencey,  G.  Maspero,  H.  Carnoy,  le  prince  Roland  Bonaparte. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  — 
Dans  la  séance  du  13  janvier,  après  une  communication  de  M.  Philippe  Ber- 
ger sur  une  inscription  néo-punique  trouvée  à  Maktar,  M.  Théodore  Rei- 
nach  a  commencé  la  lecture  d'un  mémoire  sur  la  représentation  en  matière 
de  successions  féminines  dans  les  droits  égyptien,  grec  et  romain.  —  Cette 
lecture  a  été  terminée  dans  la  séance  du  20  janvier;  ensuite  M.  de  Mas-La- 
trie a  communiqué  un  mémoire  sur  l'empoisonnement  politique  employé 
comme  moyen  ordinaire  de  gouvernement  dans  la  république  de  Venise. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques.  — 
Dans  la  séance  du  21  janvier,  M.  Charles  Gomel  a  lu  un  mémoire  sur  le  mi- 
nistère de  d'Ormesson,  contrôleur  général  des  finances  du  30  mars  au  3  dé- 
cembre 1783.  —  Le  28  janvier,  M.  Levasseur  a  présenté  à  l'Académie  un 
tableau  graphique  du  prix  du  blé  en  France  depuis  l'an  1200,  à  propos 
duquel  il  a  exposé  une  suite  d'observations  sur  les  variations  du  prix  du 
blé  depuis  le  xiiie  siècle. 

Le  Livre  d'or  de  la  belle  défense  de  Saint-Jean-de-Losne  en  1636.  — 
L'année  1636  a  vu  les  sièges  successifs  de  deux  villes  héroïques  :  Dole  et 
Saint-Jean-de-Losne.  Celle-ci,  d'importance  moindre,  n'eut  guère  à  tenir 
tète  à  l'ennemi  que  pendant  une  semaine,  tandis  que  celle-là  résista  victo- 
rieusement, trois  mois  durant,  à  une  armée  de  28,000  hommes  commandée 
par  le  père  du  grand  Condé  et  pourvue  d'une  artillerie  formidable.  Dole 
était  la  capitale  de  la  Franche-Comté,  province  appartenant  alors  à  l'Es- 
pagne, et  Saint-Jean-de-Losne,  petite  ville  forte  sur  la  Saône,  relevait  du 
duché  de  Bourgogne.  Quand  le  siège  de  Dole  eut  été  levé  par  les  Français, 
l'armée  impériale  accourue  au  secours  des  Comtois,  «  combinée  d'Alle- 
magne, Espagne,  Hongrie  et  Lorraine,  commandée  par  quatre  généraux,  » 
mais  sur  Tetrectif  de  laquelle  les  historiens  varient,  non  sans  exagération, 
Février  1893.  T.  LXYH.  12, 


—  178  — 

entre  les  chiffres  de  50,000  et  200,000  hommes,  l'armée  impériale,  disons- 
nous,  se  décida,  par  représailles,  à  envahir  la  Bourgogne.  Après  avoir  sac- 
cagé quelques  localités  pourvues  de  fortilications,  elle  se  présenta,  sous  les 
ordres  du  général  Gallas,  devant  Saint-Jean-de-Losne,  et,  malgré  plusieurs 
assauts,  ne  put  se  rendre  maîtresse  de  cette  bicoque  énergiquement 
défendue  par  quelques  soldats,  de  simples  bourgeois  et  même  les  femmes 
de  ceux-ci.  L'histoire  de  cette  défense  célèbre  a  été  écrite  par  différents 
auteurs  et  notamment  par  M.  Tabbé  Jules  Thomas,  en  1886.  Pour  compléter 
en  quelque  sorte  son  travail,  Térudit  ecclésiastique  vient  de  publier  le 
Livre  d'or  de  la  belle  défense  de  Saint- Jcan-de-Losne  en  1636  (Dijon,  chez  l'au- 
teur, in-8  de  248  p.).  Ce  «  Livre  d'or  »  n'est  autre  que  le  catalogue  alpha- 
bétique des  habitants  de  Saint-Jean-de-Losne  (des  deux  sexes)  qui  vivaient 
au  temps  du  siège.  Il  est  précédé  de  33  pages  explicatives  de  l'éditeur  du 
manuscrit  et  suivi  d'appendices  relatifs  aux  anniversaires,  trentenaires, 
cinquantenaires  et  centenaires  célébrés  à  l'occasion  de  la  «  belle  défense.  » 
Il  convient  de  noter  que  ce  catalogue,  dressé  par  un  nommé  Nicolas  Fleury, 
receveur  de  la  ville  en  1760,  n'avait  jamais  été  imprimé.  Les  curieux  de 
l'histoire  locale,  en  général,  et  les  habitants  de  Saint-Jean-de-Losne,  en 
particulier,  ne  peuvent  manquer  de  savoir  grand  gré  à  M.  l'abbé  Jules  Thomas 
de  s'être  décidé  à  mettre  au  jour  ce  document. 

Paris. —  L'administration  de  la  Bibliothèque  nationale  vient  de  publier 
le  Catalogue  des  livres  provenant  des  collections  d'Eurjéne  Piot,  vendues  à 
Paris  en  1891  (Paris,  Imp.  nationale,  in-8  de  16i  p.).  L'on  a  eu  raison  de 
dresser  rapidement  et  de  mettre  à  la  disposition  du  public  l'inventaire 
de  cette  collection  fort  importante  surtout  pour  l'histoire  et  la  littérature 
de  l'Italie.  Les  ouvrages  sont  classés  suivant  l'ordre  méthodique.  Nous  y 
notons  :  un  recueil  de  38  pièces  relatives  au  concile  de  Trente  ;  36  poésies 
sur  la  bataille  de  Lépante,  la  plupart  fort  rares  ;  et  enfin  une  importante 
collection  de  pièces  de  théâtre  en  italien  (plus  de  1,300).  L'on  trouvera  là  un 
utile  supplément  à  la  Drammaturgia  d'Allacci  et  de  ses  continuateurs.  Nous 
regretterons  seulement  que  l'on  n'ait  pas  assez  pris  soin  de  restituer  les 
pièces  anonymes  ou  pseudonyques  à  leurs  véritables  auteurs,  même  dans 
les  cas  où  la  chose  était  facile.  Quand  des  pièces  sont  l'œuvre  d'écrivains 
aussi  connus  que  Métastase  (par  exemple  Adriano  in  Siria,  p.  102;  Dcntetrio, 
éd.  de  1742,  p.  120  ;  L' Imprésario  delU  isole  Canarie,  p.  132),  ou  Goldoni  {De 
Gustibiis  non  est  disputandum,  p.  119;  La  Fondazion  di  Venezia,  p.  128)  ; 
Lugrezia  romana  in  Costantinopoli,  p.  136),  il  n'est  guère  permis  de  les 
laisser  anonymes.  Pourquoi  avoir  omis  de  dire  (p.  127  et  138)  que  Polis- 
seno  Fegejo  est  le  pseudonyme  bien  connu  de  Carlo  Goldoni,  alors  qu'on  le 
rappelle  un  peu  plus  loin?  L'on  a  eu  recours  à  l'édition  de  1753  de  la 
Drarninaiurgia,  mais  pas  assez  souvent,  puisiju'on  n'a  pas  profité  de  mainte 
indication  qui  s'y  trouve  :  par  exemple,  l'Honor  al  cimenio  (p.  131)  est  de 
Girolamo  CoUatelli  ;  Manritio  (p.  138),  d' Adriano  Morselli;  La  Verità  neW 
inganno  (p.  160),  de  l'abbé  Silvani.  Il  eût  été  aussi  facile  (p.  136)  de  résoudre 
les  initiales  G.  P.  du  Maresciallo  d'Anci^e  (Giovanni  Peruzzini).  P.  144,  c'est 
à  tort  que  l'on  attribue  à  Leone  Tottola  plusieurs  éditions  d'Otello,  ossia 
VAfricano  di  Venezia;  le  titre  de  l'édition  de  1833  porte  en  effet  cette  attri- 
bution; mais  M.  Salvioli  a  déjà  observé  que  l'auteur  de  cet  opéra  est  le 
marquis  Berio  [Arch.  Veneto,  tome  XVI,  p.  379);  et  il  eût  été  facile  de  s'en 
assurer  en  comparant  ce  texte  avec  celui  des  éditions  qui  donnent  le  nom 
du  véritable  auteur  et  que  l'on  cite  à  côté.  L'on  pourrait  encore  présenter 
quelques  observations  sur  d'autres  parties  de  cet  intéressant  catalogue  : 
l'on  est  trop  habitué  en  Franco  à  nommer  Arioste  l'auteur  du  Roland,  pour 


—  179  — 

n'être  pas  choqué  de  la  l'orme  Ariosti  (p. ^94)  ;  le  cardinal  Bernardo  da  Bibiena 
étant  aussi  connu  sous  son  nom  patronymique  de  Divizio,  ce  nom  devait, 
sinon  servir  de  vedette  pour  le  classement,  du  moins  être  mentionné.  Pour- 
quoi classer  tantôt  au  prénom,  tantôt  à  celui  d'origine,  les  personnages 
([ui  sont  désignés  sous  ces  deux  noms?  Quelques  fautes  d'impression  :  p.  5, 
■/.ciTY]-/jrTuôç  ^ouv -AKzn/jfjiJ.bç  ;  p.  95,  traitent  menti  pour  trattenimendi,  etc. 
Terminons  en  remerciant  une  fois  encore  la  Bibliothèque  d'avoir  publié 
ce  catalogue  fort  intéressant. 

—  Les  Gloses  latino-françaises  de  Jacques  Greptus,  et  la  Poésie  en  patois 
savoyard  de  io6A,  que  publie  M.  François  Mugnier  (Paris,  Champion, 
in-8  de  63  p.),  sont,  comme  le  dit  l'auteur  en  empruntant  aux  Allemands 
une  expression  barbare,  d'utiles  contributions  à  l'étude  de  la  langue  fran- 
riiise  et  du  patois  en  Savoie  au  XVI'^  siècle.  De  lien  entre  ces  deux  pièces,  il 
n'en  faut  d'ailleurs  point  chercher.  Les  gloses  se  rapportent  aux  Eleyantiae 
de  Valla;  la  poésie  est  écrite  à  l'occasion  de  la  convalescence  d'Emmanuel- 
Philibert  de  Savoie.  Le  vers  20  (post  loz  lau  devan  aveyr  vieu)  ne  peut  se 
traduire  :  «  Peut  en  face  regarder  les  loups,  »  ce  qui  n'aurait  ici  aucun 
sens;  «  devan  »  veut  dire  «  auparavant,  »  et  c'est  une  allusion  à  la  croyance 
populaire  si  répandue  autrefois  et  dont  on  trouve  déjà  la  trace  dans  Pline 
l'Ancien  (XXXIV,  1)  que  le  regard  des  loups  est  nuisible,  et  que  pour  échap- 
per à  cette  influence  maligne  il  faut  voir  le  loup  avant  d'en  être  vu. 

—  Notre  collaborateur  M.  Henri  Stein  vient  de  reconstituer  heureusement 
Un  épisode  de  la  guerre  de  Cent  ans  dans  le  Gâtinais,  l'affaire  de  Villema- 
réchal  {4366)  (Paris,  A.  Picard,  in-8  de  32  p.).  Il  prétend  —  et  il  nous 
semble  étayer  son  assertion  sur  des  preuves  solides  —  que  c'est  à  Ville- 
maréchal  en  Gâtinais  c[u'il  faut  rapporter  l'affaire  des  Tournelles,  men- 
tionnée par  les  Grandes  Chroniques  (Ed.  P.  Paris,  VI,  168).  Le  plan  de 
Villemaréchal  et  celui  des  Tournelles,  ainsi  que  les  sceaux  de  famille  des 
chevaliers  français  qui  prirent  part  à  la  lutce,  accompagnent  cette  intéres- 
sante dissertation. 

—  <(  Il  manquait  en  France  une  revue  documentaire  qui  ne  fût  inféodée 
à  aucun  parti  de  gauche  ou  de  droite,  et  servît  la  vérité  toute  nue  aux 
travailleurs,  »  tels  sont  les  termes  dans  lesquels  M.  Léon  Séché  nous 
annonce  la  création  d'une  revue  bimensuelle,  l'Archiviste  (Asnières,5,  rue 
Parmentier),  dont  le  premier  numéro  a  paru  le  25  décembre.  Quatre  parties 
dans  la  revue  :  la  première,  consacrée  à  l'étude  de  questions  historiques  ; 
la  deuxième,  purement  documentaire  ;  la  troisième,  bibliographique  ;  la 
quatrième,  réservée  aux  questions  et  réponses.  Est-il  bien  sûr  que  l'impar- 
tialité sera  là  observée  aussi  rigoureusement  que  l'annonce  M.  Séché  ;  ses 
travaux  sur  le  jansénisme  ,n'en  sont  pas  une  garantie  suffisante.  La  revue 
n'en  mérite  pas  moins  d'être  signalée.  Outre  un  travail  du  directeur  sur  les 
Origines  du  Concordat,  elle  nous  annonce  la  publication  de  la  Correspon- 
dance du  chevalier  d'Azara;  de  celle  de  Cacault  (Négociations  entre  le 
Directoire  et  Pie  VI)  ;  de  celle  des  préfets  du  Consulat.  La  disposition  typo- 
graphique des  questions  et  réponses  ne  nous  paraît  pas  heureuse  ;  elle  perd 
trop  de  papier. 

—  Annonçons  également  la  publication,  commencée  le  15  janvier  à  la 
librairie  Hachette  et  0'*=,  d'une  Revue  de  métaphi/sique  et  de  morale.  Le  titre 
en  dit  suffisamment  l'objet  ;  nous  nous  bornons  à  dire  que  la  Revue  pa- 
raîtra tous  les  deux  mois. 

—  Au  contraire,  il  faut  quelques  mots  pour  expliquer  ce  qu'est  la  Haute 
science,  revue  documentaire  de  la  tradition  ésotcriciue  (Librairie  de  l'ai't  indé- 
pendant, in-8.  Mensuelle).  C'est  à  la  connaissance  de  la  kabbale,  de  la  magie. 


—  180  — 

de  roccultismc  en  général,  que  prétend  servir  cette  nouvelle  revue,  qui 
commencera  dès  le  29  janvier  la  publication  de  traductions  du  Zohar,  de 
V Antre  des  nymphes  de  Porphyre,  de  la  Brihadàranyaka-Upanishad. 

—  Le  libraire  Georges  Brunox  entreprend  une  œuvre  importante,  qui  sera 
comme  une  nouvelle  continuation  de  la  France  littéraire  de  Quérard  :  La 
Librairie  française  pendant  cinquante  ans  (iSiO-1890).  L'ouvrage,  qui  com- 
prendra dix  volumes,  semble  d'abord  devoir  faire  double  emploi  avec  le 
Catalogue  de  Lorenz,  mais,  outre  qu'il  sera  sans  doute  plus  complet,  il 
offrira  l'avantage  de  renfermer  dans  une  seule  série  ce  qui  se  trouve  mor- 
celé en  quatre  parties  dans  le  Catalogue  de  la  librairie  française. 

—  Vient  de  paraître  le  premier  numéro  de  la  France-album  (Paris,  51, 
cité  des  Fleurs.  Publication  mensuelle.  Abonnement  :  France,  6  fr.  ; 
Union  postale,  8  fr.).  Ce  premier  numéro,  qui  renferme  32  dessins  de 
Karl,  est  consacré  au  'département  des  Alpes-Maritimes  ;  pour  la  saison, 
cela  est  tout  à  fait  d'actualité.  Et  voici  dans  quels  termes  les  éditeurs 
tracent  les  lignes  principales  de  leur  programme  :  «  Nous  présentons  au 
public,  et  plus  particulièrement  aux  voyageurs,  aux  touristes,  aux  amis  de 
notre  beau  pays  et  aux  admirateurs  de  ses  merveilles,  un  ouvrage  unique 
en  son  genre,  qui  réunira  sous  un  format  commode  une  immense  collection 
de  dessins  représentant  tout  ce  que  la  France  possède  de  curieux,  d'in- 
téressant et  de  remarquable  aux  points  de  vue  artistique,  pittoresque, 
ethnographique  et  monumental,  classé  par  albums  régionaux  ayant  pour 
centre  une  ville  importante  et  donnant  la  reproduction  fidèle  des  curiosités 
contenues  dans  les  environs.  »  Si  tous  nos  départements  sont  traités  de 
la  sorte,  cette  publication,  d'un  bon  marché  réel,  est  appelée  à  un  succès 
certain. 

Artois.  —  Le  tome  XXIII  (2e  série)  des  Mémoires  de  V Académie  des  sciences, 
lettres  et  arts  d' Avisas,  qui  vient  de  paraître  (Arras,  imp.  Rohard-Courtin, 
in-8  de  282  p.),  contient,  entre  autres  travaux,  les  études  suivantes  qu'il  est 
utile  de  signaler  ici  :  Un  Salon  au  XVIIl"  siècle  ('M'ne  Geoffrin),  par  M.  de  Mal- 
lortie;  —  Jean  Le  Febvre,  chanoine,  théologal  et  ô'7<=  prévôt  du  chapitre  d' Arras, 
sa  vie  et  ses  œuvres  dans  leurs  rapports  avec  l'histoire  locale,  par  M.  l'abbé 
Depotter;  —  Mon  voyage  en  Irlande,  par  M.  le  baron  Cavrois;  —  Le  Pas- 
de-Calais  sous  l'administration  préfectorale  de  M.  le  baron  de  la  Chaise  (iS03- 
1815),  par  M.  Gustave  de  Hauteclocquc;  —  Les  Drigittines  à  Arras.  Histoire 
du  monastère  de  Notre-Dame  de  Sainte-Espérance,  en  la  cité  d'Arras,  1608- 
1792,  par  M.  ral)bé  Depotter;  —  L'Egypte  au  temps  de  Joseph,  par  M.  l'abbé 
Rohart. 

BouRGOGNK.  —  Parmi  les  articles  les  plus  intéressants  que  comprend  le 
tome  IX  (2"  série)  des  Annales  de  l'Académie  de  Mdcon,  que  nous  venons  de 
recevoir,  nous  devons  mentionner  spécialement  :  Vignes  américaines,  sélec- 
tion, adaptation,  par  M.  de  Èenoist;  —  L^ Abbaye  de  Saint-Chaffre-du-Monas- 
lier  cl  ses  rapports  avec  Cluny,  par  M.  F.  Lacroix;  —  Enlèvement  de  l'artil- 
lerie du  château  de  Pierreclos  en  1190,  par  INI.  A.  Arcelin;  —  La  Science 
sociale,  par  le  même;  —  Un  Banquet  au  XFe  siècle,  érudite  communication 
de  M.  A.  Villars;  —  Mdcon  au  XVI"  siècle,  notes  bibliographiques,  histo- 
riques et  biographiques,  sources  et  preuves,  par  M.  A.  Jeandet  (suite)  ;  — 
L'Ayinée  1800,  curieuse  dissertation,  par  M.  de  Gham])run  de  Ilosemont, 
sur  la  (juestion  dr  savoir  si  l'an  1800  appartient  au  xvur'  ou  au  xix"  siècle; 
—  Vne  Page  de  philosophie  sur  la  vraie  liberté,  par  M.  l'abbé  Canet;  — 
Marins  Chaumelin,  par  M.  P.  Martin;  —  La  Dépopulation  de  la  France,  par 
M.  A.  Putois;  —  Le  Vicomte  de  Tavannes,  par  M.  A.  Jeandet;  —  Du  Prix 
des  choses  comparativement  à  la  valeur  de  l'argent  et  de  i accroissement  des 


—  181  — 

dépe7iscf>,  par  M.  A.  Villars;  —  Les  Prairies  et  les  débordements  de  la  Saône, 
par  M.  de  Beaoist;  —  VObituaire  de  Saint-Vincent,  par  M.  le  baron  Lombard 
de  Buffières. 

Bretagne.  —  M.  Fraiii  de  la  Gaulayrie  nous  donne  le  quatrième  fascicule 
des  Tableaux  généalogiques,  notices  et  documents  inédits,  au  soutien  du  mé- 
moire où  il  est  fait  mention  de  plusieurs  familles  établies  à  Vitré  et  paroisses 
environnantes  aux  XV^,  XVI'^,  XVIF-  et  XVIII"  siècles  (Vitré,  imp.  Lécuyer, 
in-4  de  81  p.  Tiré  à  150  exemplaires).  Ce  nouveau  fascicule,  où  l'on  remar- 
quera notamment  vingt-trois  lettres  de  l'intendant  général  du  duc  de  la 
Trémoille,  baron  de  Vitré,  écrites  de  1696  à  1700  à  l'avocat  fiscal  de  la 
baronnie  de  Vitré,  montre  une  fois  de  plus  que  M.  Frain  de  la  Gaulayrie  est 
un  des  plus  recommandables  généalogistes  de  Bretagne. 

—  M.  Paul  Sébillot,  bien  connu  de  tous  les  traditionnistes  par  ses  travaux, 
a  eu  Texcellente  idée  de  mentionner  dans  une  table  alphabétique  tous  les 
incidents,  tous  les  personnages  qui  figurent  dans  les  contes  publiés  par  lui, 
tant  dans  ses  livres  que  dans  des  revues  françaises  ou  étrangères,  avec  des 
renvois  à  ces  si  nombreux  récits  (Les  Incidents  des  contes  populaires  de  la 
Haute-Bretagne.  Vannes,  Lafolye,  1892,  in-8  de  39  p.).  Cette  table,  dont 
l'exécution  a  exigé  du  temps  et  de  la  patience,  sera  du  plus  grand  secours 
pour  les  recherches  des  références.  Cet  aride  mais  utile  labeur  peut  être  cité 
comme  un  exemple  à  suivre  à  tous  les  chercheurs  de  contes  populaires. 

Champagne.  —  Encore  un  bon  travail  de  M.  Henri  Jadart:  La  Famille  de 
la  Salle  à  Reims  du  XVI^  au  XV/JP  siècle.  Nouveaux  documents  extraits  des 
archives  de  cette  ville  (Arcis-sur-Aube,  imp.  Frémont,  gr,  in-8  de  24  p.). 
Cet  érudit,  revenant  sur  un  sujet  qu'il  avait  déjà  traité  en  1888  (Revue  de 
Champagne  et  de  Brie),  écartant  les  données  fournies  par  les  notes  inscrites 
sur  un  livre  d'heures,  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Reims,  où  M.  L.  Delisle 
a  reconnu  l'œuvre  d'un  faussaire,  établit,  d'après  des  pièces  authentiques 
(anciens  registres  paroissiaux,  minutes  des  notaires,  etc.),  que  la  famille  de 
«  l'éducateur  des  enfants  pauvres,  »  du  «  bienheureux  fondateur  des  frères  des 
écoles  chrétiennes,  »  est  de  très  simple  origine.  Les  aïeux  de  J.-B.  de  la  Salle 
«  furent  des  commerçants  honnêtes  et  laborieux;  ils  s'enrichirent,  comme 
ceux  du  grand  Colbert,  dans  le  négoce  et  les  aifaires.  »  De  nombreux  docu- 
ments inédits  complètent  cette  étude  généalogique,  dont  les  principales  in- 
dications sont  résumées  dans  un  tableau  des  ramifications  de  la  famille  de 
la  Salle  à  Reims  du  xvi^  au  xviii"  siècle. 

Dauphiné.  —  M.  Prudhomme,  archiviste  du  département  de  l'Isère,  vient 
de  faire  paraître  V Inventaire-sommaire  des  archives  historiques  de  l'hôpital  de 
Grenoble  (Grenoble,  in-4  de  xxx-436  p.). 

Franche-Comté.  —  Nous  ne  connaissions  M.  Henri  Mairot  que  comme 
voyageur  dans  les  montagnes  du  Jura  à  la  suite  de  Xavier  Marmier  et  de 
M'"^  de  Gasparin,  et  dans  les  Alpes  suisses  où  dernièrement  il  nous  a  con- 
duits en  compagnie  d'Eugène  Rambert.  Aujourd'hui  l'historien  se  révèle  à 
propos  à.'\]ne  ambassade  suisse  en  Franche-Comté  (iôli)  (Besançon,  imp. 
Paul  Jacquin,  in-8  de  35  p.  Extrait  du  Bulletin  de  VAcadémie  de  Besancon). 
M.  Henri  Mairot  raconte,  d'après  une  thèse  soutenue  en  langue  allemande 
par  M.  Mag,  professeur  à  l'école  supérieure  de  Claris,  devant  la  Faculté  de 
philosophie  de  Zurich,  et  aussi  d'après  des  documents  manuscrits  qu'il  a 
pu  consulter  aux  archives  historiques  du  ministère  de  la  guerre,  l'inter- 
vention assez  molle  des  Cantons  suisses  en  faveur  de  la  Franche-Comté 
pour  conserver  à  cette  province,  envahie  par  les  troupes  de  Louis  XIV,  une 
neutralité  tout  à  l'avantage,  en  somrrie,  de  la  République  helvétique.  Il  ré- 
sulte de  cette  courte  et  substantielle  étude  que  les  Comtois  perdirent,  en 


—  182  — 

cette  circonstance,  leurs  pas  et  leurs  démarches,  ainsi  que  leur  argent,  car 
les  «  Magnifiques  seigneurs,  »  après  réflexion,  jugèrent  peu  profitable  de  s'alié- 
ner le  grand  Roi,  fort  généreux  à  leur  égard.  De  sorte  que  désormais  la 
Suisse  «  eut  pour  voisin,  sur  toute  sa  frontière  du  Jura,  le  puissant  royaume 
de  France,  »  et  que  la  Franche-Comté  put  recueillir,  quoique  malgré  elle 
au  début,  le  bénéfice  de  sa  rentrée  dans  la  grande  patrie  française  à  laquelle 
elle  a  de  tout  temps  appartenu  par  la  langue,  les  mœurs  et  la  religion. 

—  M.  Théodore  Courtaux,  né  de  parents  lorrains  à  l'île  Maurice,  vient 
d'enrichir  la  bibliographie  franc-comtoise  d'un  gracieux  volume  intitulé  : 
Sonnets  franc-comtois  ccrits  au  commencement  du  XVII"  siècle  (Paris,  Cabinet 
de  V Historiographe,  52,  rue  d'Amsterdam,  in-i6  de  172  p.,  avec  deux  bla- 
sons en  couleurs  et  un  fac-similé  héliographique  de  l'écriture  du  manus- 
crit. Prix  :  4  fr.).  Ces  sonnets,  parmi  lesquels  il  s'en  trouve  d'excellents, 
pleins  de  couleur  et  de  mouvement,  sont  extraits  d'un  recueil  d'Emblèmes 
gravés  par  Pierre  de  Loysi,  à  Besançon,  vers  1615.  La  bibliothèque  de  Be- 
sançon possède  un  exemplaire  de  ce  recueil,  mais  les  planches  ne  sont  pas 
accompagnées  du  texte  (vers  manuscrits)  que  M.  Courtaux  a  trouvé  dans  un 
deuxième  exemplaire  des  Emblèmes  acheté  par  lui,  en  mai  1883,  lors  de  la 
'  vente  après  décès  de  la  bibliothèque  du  général  de  Valdan,  à  l'Isle-.^dam. 
Quelle  aubaine  !  L'éditeur  mérite  des  remerciements  pour  la  publication 
qu'il  a  faite  de  sa  précieuse  trouvaille  et  aussi  des  éloges  pour  la  conscien- 
cieuse introduction  historique  dont  il  l'a  fait  précéder.  Il  résulte  de  cette 
introduction,  bien  que  des  preuves  certaines  n'en  soient  point  fournies, 
que,  selon  toute  probabilité,  l'œuvre  doit  être  attribuée  au  poète  Jean- 
Baptiste  Chassignet,  né  à  Besançon  en  1578,  mort  vers  1635,  et  qui  exerça 
la  charge  de  procureur  fiscal  au  bailliage  de  Gray.  Ajoutons  que  M.  Th. 
Courtaux  donne,  avant  chaque  sonnet,  une  description  de  l'estampe  placée 
en  tète  dans  le  manuscrit  original  et  qu'il  y  joint  de  nombreuses  notes 
historiques  et  philologiques.  Dédié  à  la  ville  de  Besançon,  ce  petit  volume, 
qui  sort  des  presses  de  D.  Jouaust,  ne  peut  manquer  de  faire  la  joie  des 
lettrés,  des  érudits  et  des  bibliophiles  de  tous  pays. 

—  L'Académie  de  Besançon  a  fait  récemment  une  excellente  recrue, 
M.  Armand  Boussey,  qui,  à  l'occasion  de  sa  réception,  a  prononcé  un  dis- 
cours dont  Un  aventurier  franc-comtois  au  XVlIIf'  siècle,  Gonzel,  a  fait  les  frais. 
Ce  discours  a  été  tiré  à  part  (Besançon,  imp.  Paul  Jacquin,  in-8  de  27  p.). 
L'auteur  retrace  avec  autant  de  modération  que  de  netteté  les  intrigues 
avec  la  cour  d'Autriche  d'un  certain  Gonzel,  abbé  des  moins  recomman- 
dables,  créé  comte  d'Empire  pour  ses  services  occultes,  et  dont  la  figure 
énigmatique  et  l'existence  scandaleuse  n'inspireront  d'estime  ni  de  sympa- 
thie à  personne.  Enfermé  à  la  Bastille  en  1702,  ce  conspirateur  y  mouriil 
en  1701). 

—  Histoire  Je  Luxcitil  serait  certaiiicmenl  un  titi'o  qiii'l(]ue  peu  prélen- 
tieux  pour  le  petit  volume  que  M.  E.  Jeudy  vient  de  publier  sur  cette  loca- 
lité, s'il  n'avait  pour  correctif  ce  sous-titre  :  Guide  du  baigneur  et  du  touriste 
(Luxcuil-les-Bains,  E.  Jeudy;  Piquerey,  petit  in-18  de  155  p.  Prix  :  2  fr.  50). 
L'auteur  a  un  esprit  mordant  qu'il  met  volontiers  au  service  de  la  religion, 
ce  dont  il  convient  de  lui  savoir  gré.  Il  expose  sommairement,  en  s'arrè- 
tant  à  l'époque  révolutionnaire,  les  divers  événements  qui  se  sont  accomplis 
à  Luxeuil  depuis  les  temps  les  plus  reculés  e(  ddinK-  (]uelques  détails  sur 
les  bains,  les  monuments  curieux  de  la  ville  et  les  promenades  et  excur- 
sions que  l'on  peut  faire  aux  environs.  Un  certain  nombre  de  dessins  hors 
texte  ornent  ce  volume,  qui  gagnera  à  renfermer  plus  tard,  ainsi  que  se  le 
propose  l'auteur,  une  carte  et  un  plan.  Nous  engageons  M.  Jeudy  à  attendre 


—  183  — 

pour  cela  la  deuxième  édition  de  son  travail  qu'il  fera  bien  de  compléter, 
surtout  pour  la  partie  historique  qui  devrait  être  conduite  jusqu'à  nos  jours. 
—  MM.  Delacroix  et  Castan  n'ont  pas  laissé,  au  point  de  vue  archéologique, 
de  meilleur  continuateur  en  Franche-Comté  que  M.  l'abbé  Guichard,  curé  de 
Pupillin.  Déjà  nous  avons  eu  ici  l'occasion  de  mentionner  élogieusement 
son  travail  :  Une  Tour  du  guet  gallo-romaine  (Cf.  Polybiblion,  t.  LVI,  p.  471), 
Nous  sommes  heureux,  présentement,  de  recommander  à  ceux  de  nos  lec- 
teurs qui  s'occupent  d'archéologie  sa  nouvelle  brochure  sur  la  Cité 
gallo-romaine  de  Grozon  (Lons-le-Saunier,  Déclume,  in-8  de  42  p.,  avec 
6  planches),  qui  a  fait  l'objet  d'une  lecture  remarquée  au  congrès  des  so- 
ciétés savantes  à  la  Sorbonne,  en  juin  dernier.  M.  Guichard  a  fait  exécuter, 
avec  quelques  subsides  qui  lui  ont  été  accordés  par  le  ministère  de  l'ins- 
truction publique  et  des  beaux-arts,  des  fouilles  intéressantes  sur  le  terri- 
toire de  Grozon  (Jura),  et  ce  n'est  là  qu'un  commencement.  Plusieurs  des 
nombreux  objets  exhumés  ont  été  déposés  au  musée  de  Saint-Germain.  Les 
recherches  auxquelles  M.  Guichard  continue  à  se  livrer  font  espérer  des 
résultats  grandement  appréciables  :  aussi  souhaitons-nous  que  les  sociétés 
savantes  et  les  riches  particuliers  de  la  région  viennent  en  aide  à  l'érudit 
ecclésiastique,  qui,  de  la  sorte,  sera  mieux  à  même  de  poursuivre  fructueu- 
sement ses  investigations. 

—  L'an  dernier  (Cf.  Polybiblion,  t.  LXIV,  p.  181)  nous  avons  signalé  aux 
amateurs  de  patois  le  curieux,  mais  peu  édifiant.  A/manac/t  des  bonnes  gens 
du  pays  de  Montbêliard.  Le  même  almanach  pour  1893  (Montbéliard,  A.  Pé- 
termann,  petit  in-4  de  95  p.,  avec  de  nombr.  grav.)  se  fait  remarquer  par 
les  mêmes  défauts  graves  pour  les  catholiques  et  par  les  mêmes  qualités 
pour  les  philologues.  L'esprit  montbéliardais,  entre  parenthèses,  nous 
paraît  bien  «  aigu,  )>  pour  ne  pas  dire  autrement.  Notons  aussi  que  les 
morceaux  intitulés  :  In  Fteut  saint  et  la  sixième  partie  de  Poulet  et  Djoset, 
par  M.  P.  de  Résener,  qui  porte  le  sous-titre  de:  Une  veillée  à  Mandeure, 
sont  des  plus  répréhensibles  :  l'auteur  y  ridiculise  les  deux  illustres  patrons 
de  la  Franche-Comté,  saints  Ferréol  et  Ferjeux.  Quand,  au  bas  de  la  pièce 
de  vers  français  :  Montbéliard,  d'un  réel  mérite,  on  lit  la  signature  de 
M.  P.  de  Résener,  on  est  en  droit  de  s'étonner  qu'il  fasse,  en  patois,  de  si 
détestable  besogne. 

Guyenne  et  Gascogne.  —  La  Revue  catholique  de  Bordeaux  vient  de  faire 
paraître  un  long  article  de  81  pages  in-8  sur  Peiresc,  abbé  de  Guîtres,  par 
M.  Tamizey  de  Larroque  (Paris,  Alphonse  Picard).  Ce  sont  les  documents  de 
la  collection  Libri,  rapportés  d'Angleterre  par  M.  Delisle,  qui  ont  fourni  à 
un  de  nos  plus  éminents  collaborateurs  l'occasion  de  compléter  la  notice 
de  M.  de  Lantenay  sur  l'abbé  de  Guîtres.  Encore  M.  Tamizey  de  Larroque 
a-t-il  supprimé  «  par  discrétion  et  prudence  »  quelques  passages  (p.  45). 
Nous  ne  comprenons  pas  très  bien  ses  raisons,  surtout  en  matière  d'érudi- 
tion, et  nous  regrettons  d'autant  plus  sa  discrétion  et  sa  prudence  que  ce 
qu'il  nous  donne  est  savoureux.  Songez  qu'il  ne  s'agissait  pas  de  moins 
pour  M.  de  Peiresc  que  de  se  défendre  contre  M.  de  Sourdis  et  M.  le  car- 
dinal de  Richelieu,  voire  même  contre  les  bons  Pères  de  l'abbaye.  Joignez-y 
une  petite  anecdote  (p.  24,  no  2)  sur  les  exigences  fiscales  de  la  cour  romaine 
déjouées  par  M.  de  Montesquieu,  et  contée  le  plus  galamment  du  monde 
par  M.  Tamizey  de  Larroque;  et  cette  intervention  si  «  franche  »  (p.  23)  de 
M.  Le  Camus,  procureur  général  de  la  cour  des  Aydesà  Paris,  un  «  père  de 
famille,  »  dit  l'annotateur.  Un  curieux  appendice  nous  conte  comment  on 
devenait  moine  de  Guîtres  en  l'an  1710. 

—  M.  Francisque  Habasque  consacre   une  fine   et  spirituelle  étude  au 


—  184  — 

Théâtre  en  Agenais  au  XVII"  siècle  (Issoudun,  imp.  Gaignault,  gr.  in-8  de 
23  p.  Extrait  de  Va  Revue  d'art  dramatique).  Le  premier  des  documents  qu'il 
analyse  remonte  à  l'année  1585  ;  le  dernier  date  de  l'année  1788.  Les  ama- 
teurs de  récits  anecdotiques  sauront  gré  à  M.  Habasque  d'avoir  tiré  de  pou- 
dreuses liasses  d'amusantes  particularités  qui  pourront  figurer  dans  une 
nouvelle  édition  des  Curiosités  théâtrales. 

—  M,  Ernest  Gaullieur,  archiviste  la  ville  de  Bordeaux,  publie  une  notice 
sur  Louis  de  Foix  (Bordeaux,  Gounouilhou,  gr.  in-8  de  52  p.  Extrait  du 
Bulletin  de  la  Société  de  géographie  commerciale  de  Bordeaux),  laquelle  con- 
tient des  renseignements  inédits  qui  complètent  ceux  déjà  fournis  sur  l'é- 
minent  architecte  par  MM.  Gustave  Labat,  Charles  Marionneau,  Tamizey  de 
Larroque.  Les  devanciers  du  savant  archiviste  avaient  signalé  les  beaux  tra- 
vaux exécutés  par  Louis  de  Foix  en  Bretagne,  à  Bayonne,  surtout  à  Cor- 
douan,  mais  ils  n'avaient  pas  connu  la  part  considérable  prise  par  l'ingé- 
nieur parisien  à  l'assainissement  de  la  ville  de  Bordeaux,  à  la  suite  de  la 
cruelle  épidémie  de  1585-86.  Une  autre  découverte  de  M.  Gaullieur,  c'est 
celle  de  l'architecte  Pierre  de  Foix,  fils  et  associé  de  Louis  de  Foix.  En  re- 
vanche, le  consciencieux  biographe  a  ignoré  que  Ton  a  inséré,  dans  le  der- 
nier volume  paru  des  Archives  historiques  de  laSaintonge  et  de  l' A  unis  {iS9i), 
des  documents  qui  lui  auraient  révélé  diverses  particularités  sur  le  mariage 
et  sur  la  famille  de  son  héros. 

—  M.  Charles  Baradat,  marquis  de  Lacaze,  a  extrait  du  tome  XXVII  des 
Archives  historiques  du  département  de  la  Gi^^onde,  une  communication  très 
importante  sur  la  Vicomte  de  Fezensaguet,  capitale  Mauvezin,  ses  vicomtes,  sa 
composition,  ses  coutumes  (Paris,  H.  Champion  ;  Auch,  Villot,  in-4  de  120  p.). 
La  publication  est  divisée  en  trois  parties  :  I.  Les  Vicomtes  de  Fezensaguet; 
II.  Composition  de  Fezensaguet  (détails  sur  les  localités,  Mauvezin,  pa- 
roisses et  chàtellenies  diverses,  et  sur  les  familles  principales)  ;  III.  Cou- 
tumes de  Mauvezin  et  du  Fezensaguet.  L'éditeur  a  fait  précéder  le  texte  des 
coutumes  (xni'^  siècle)  d'un  sommaire  analytique  dont  chaque  numéro  cor- 
respond à  un  paragraphe  du  texte.  Soit  comme  document  historique,  soit 
comme  document  philologique,  les  coutumes,  trèsbien  publiées  par  M.  Ba- 
radat de  Lacaze,  seront  utilement  consultées. 

Ile-de-Fuanck.  —  M.  L.  Morize  a  tout  récemment  publié  de  très  intéres- 
santes notes  topographiques,  historiques  et  archéologiques  sur  le  Canton  de 
Chevreuse  (Tours,  imp.  Deslis,  in-8  de  X-129  p.  Société  archéologique  de 
Rambouillet.  Documents  pour  servir  à  l'histoire  du  département  de  Seine-et- 
Oise).  C'est  l'un  des  guides  les  mieux  faits  que  l'on  puisse  se  procurer  sur 
ce  coin  de  la  grande  banlieue  parisienne.  «  Cette  étude,  dit  l'auteur,  em- 
brasse les  vingt  communes  du  canton.  Elle  comprend  donc  non  seulement 
Chevreuse,  Dampicrre,  les  Vaux-de-Cernay,  Port-Iloyal,  qui  attirent  chaque 
année  un  si  grand  nombre  de  promeneurs  et  d'artistes,  mais  encore  des 
localités  moins  célèbres,  parlant  peu  visitées,  peu  connues  et  qui  méritent 
de  l'être  davantage;  tels  sont  :  le  château  de  Pontcharlrain,  le  prieuré  de 
Haute-Bruyère,  Notre-Dame  de  la  Roche,  la  Ville-Dieu,  Maurepas,  l'orpheli- 
nat d'Élancourt,  etc.  Les  planches  qui  accompagnent  cette  brochure,  au 
nombre  de  quinze,  ont  été  exécutées  d'après  les  monuments,  et  la  cai'le  que 
l'auteur  a  ajoutée,  quoicpie  très  simple,  rendra  des  services. 

Languedoc.  —  Le  tome  IV  de  la  neuvième  s(;rie  des  Mémoires  de  l'Acadé- 
mie des  sciences,  inscriptions  et  belles-lettres  de  Toulouse  (Toulouse,  imp.  Dou- 
ladoure-Privat,  gr.  in-8  de  507  p.)  contient  les  morceaux  suivants  :  L'Ange 
gardien  de  Socrate,  par  M.  A.  Duniesnil  ;  —  Considérations  sur  l'origine  des  es- 
pèces, par  M.  A.  Lavocat;  —  Le  Laliu  moderne,  élude  d'histoire  littéraire,  par 


—  18:;  — 

M.  Deschamps  (2c  partie,  la  poésie)  ;  —  Notes  sur  les  caractères  qui  distin- 
(juenl  les  races  dans  les  animaux  domestiques,  par  M.  Baisset;  —  Une  hypo- 
thèse sur  la  statue  de  Clémence  Isaure,  par  M.  Roschach  ;  — •  Cicèron  et  sa  fa- 
mille. Marcus  Tullius  Cicero,  son  fds,  par  M.  F.  Antoine;  —  Observations  sur 
le  mariaqe,  d'après  le  nouveau  code  civil  espagnol,  par  M.  J.  Brissaud  ;  — 
Note  sur  le  caractère  de  la  propriété  foncière  dans  les  poèmes  homériques,  par 
M.  Lécrivain;  —  Note  sur  l'histoire  du  roi  Chrocus,  par  le  même;  —  Ds  la 
balnéation  au  Japon,  par  M.  Berson  ;  —  Code  civil  du  Japon,,  par  M.  Paget; 

—  Notice  sur  Vétal  de  l'observatoire  de  Toulouse,  par  M.  B.  Baillaud  ;  —  Cli- 
nique médicale.  Exposition  rétrospective  de  documents  anciens,  par  M.  le  doc- 
teur Alix;  —  De  la  responsabilité  des  criminels,  par  M.  Fabreguettes;  —  La 
Lutte  pour  la  vie,  par  M.  A.  Crouzel;  —  Les  Carrés  magiques,  par  M.  Massip; 

—  Le  Marquis  de  Pégneirolles,  par  M.  l'abbé  Douais,  etc. 

—  Viennent  de  paraître  :  Les  Coutumes  de  Tarascon  (xiv^  siècle),  publiées 
par  M.  Edouard  Bondurand,  archiviste  du  Gard  (Nîmes,  Catélan,  in-8  de 
136  p.  Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  de  Nimcs). 

Limousin.  —  M.  Camille  Chabaneau  publie  une  brochure  fort  importante 
{La  Langue  et  la  littérature  du  Limousin,  notice  suivie  d'un  double  appendice 
communiquée  par  M.  Alfred  Leroux,  archiviste  de  la  Haute-Vienne.  Montpel- 
lier et  Paris,  in-8  de  58  p.)  où  sont  énumérés  tous  les  troubadours  qui  ont 
employé  dans  leurs  œuvres  ce  dialecte  limousin,  «  la  langue  littéraire  et  clas- 
sique des  provinces  d'outre-Loire.  »  D'excellents  renseignements  bibliogra- 
phiques abondent  dans  les  notes  dont  M.  Chabaneau  a  enrichi  son  étude  et  dans 
Vappendice  I,  où  son  digne  collaborateur  a  indiqué  les  Documents  rédigés  en 
limousin,  en  dehors  des  textes  littéraires.  L'appendice  II  contient  Divers  Textes 
limousins  du  moyen  âge. 

Lorraine.  —  M.  F.  des  Robert,  en  compulsant  les  vieux  papiers  de  famille 
qui  lui  ont  fourni,  il  y  a  quelque  temps,  le  sujet  d'un  intéressant  article  sur 
M.  Lattier  de  Bayane,  a  découvert  une  série  de  lettres  échangées  en  1784-1790, 
entre  deux  amis.  Il  a  pensé  que  rien  n'était  à  négliger  de  ce  qui  concerne 
cette  époque,  et  a  donné,  dans  les  Mémoires  de  l' Académie  de  Stanislas,  une 
analyse  de  sa  trouvaille,  dont  il  a  fait  faire  un  tirage  à  part  (Correspon- 
dance de  deux  officiers  de  marine  en  1181.  Nancv,  Berger-Levrault,  in-S  de 
48  p.). 

Lyonnais.  —  M.  A.  Vachez  a  lu,  dans  la  séance  du  10  décembre  1891  du 
Congrès  provincial  de  la  Société  bibliographique  tenu  à  Lyon,  une  bien  in- 
téressante étude  sur  les  Livres  de  raison  dans  le  Lyonnais  et  les  provinces  voi- 
sines, qu'il  \-ient  de  t'àirc  paraître  (Lyon,  L.  Brun;  A.  Cote,  in-8  de  70  p.). 
Grâce  à  ces  registres  de  famille  si  curieux  pour  l'histoire  des  mœurs  et  de 
la  vie  sociale  aux  temps  passés,  l'auteur  a  pu  examiner  un  ensemble  de 
choses  et  de  faits  qui,  ayant  son  point  de  départ  au  xive  siècle,  ne  s'arrête 
qu'à  la  veille  de  la  Révolution  et  s'applique  aux  classes  les  plus  diverses. 
Les  neuf  premiers  de  ces  documents  ont  été  analysés  d'une  façon  aussi  at- 
trayante que  sagace.  Puis  M.  A,  Vachez  publie  des  extraits  du  Livre  de  rai- 
son d'une  famille  de  robe  au  XVIl'^  siècle  (15-47-1693)  :  c'est  celui  de  la  famille 
Fornet,  établie  à  Étoile,  dans  le  département  actuel  de  la  Drôme.  Ensuite 
est  reproduit  intégralement  le  Livre  de  raison  d'un  paysan  du  Lyonnais 
au  XF/Jie  siècle  (1682-1763)  ;  et  c'est  par  l'analyse  et  quelques  extraits  du 
Livre  de  raison  d'une  famille  bourgeoise  au  XVIII"  siècle  (1764-1779)  que  se 
termine  cette  excellente  brochure.  Nous  souhaitons  à  M.  Vachez  de  nom- 
breux imitateurs  dans  toutes  nos  provinces. 

Périgord.  —  Parmi  les  hommages  rendus  à  M.  Jules  Delpit,  aucun  n'est 
plus  sincère  et  plus  érudit  que  celui  de  notre  collaborateur,  M.  Tamizey  de 


—   1S6  — 

Larroque,  clans  le  Bulletin  de  la  Société  liistoriquc  et  archéologique  du  Pcri- 
gord  {Pcrigueux,  in-8,  20  p.).  Il  en  résulte  que  l'homme  de  bien  égalait  tout 
au  moins  le  savant,  et  que  M.  Delpit  a  bien  mérité  de  la  patrie  languedo- 
cienne. A  noter  la  bibliographie  fort  intéressante  qui  termine  la  nottce. 

Provence.  —  M.  Blancard,  archiviste  des  Bouches-du-Rhône,  vient  de  faire 
paraître  l'inventaire  sommaire  des  archives  des  États  de  Provence  (série  C, 
tome  II;  Marseille,  in-4  de  524  p.). 

RouERGUE.  — M.  l'alobé  A.  Bouillet,  correspondant  des  Antiquaires  de 
France  et  lauréat  de  la  Société  française  d'archéologie,  vient  de  faire 
paraître  VÊglise  et  le  trésor  de  Conques  (Aveyron),  notice  descriptive  (Mâcon, 
imp.  Protat,  in-12  de  xiv-i22  p.  avec  27  gravures).  Les  touristes  et  les 
pèlerins  qui  visitent  cette  curieuse  église  et  ce  merveilleux  trésor  auront 
plaisir  et  profit  à  prendre  pour  guide  cet  excellent  opuscule. 

Vendée.  —  Les  Inventaires  de  la  maison  noble  de  la  hevraudicre  au  XVW  siècle, 
que  Mgr  Barbier  de  Montault  nous  fait  connaître  (Vannes,  imp.  Lafolye, 
in-8  de  12  p.),  sont  au  nombre  de  trois  :  de  1625,  de  1635  (répétant  à  peu 
près  le  premier)  et  de  1652.  Mobilier  fort  modeste,  réduit  au  strict  néces- 
saire :  batterie  de  cuisine,  linge,  tables,  bancs,  buffets,  coffres  et  lits.  Inté- 
ressant pour  montrer  ce  qu'était  en  Vendée,  à  l'époque,  une  simple  gentil- 
hommière. P.  9,  n°  52,  au  lieu  de  «  ung  poislon  ronge,  »  ne  faut-il  pas  lire 
«  rouge  ?  » 

Angleterre.  —  MM.  Putnam  viennent  de  publier  :  The  Campaign  of 
Waterloo  par  M.  J.-G.  Ropes.  L'auteur  est  convaincu  que,  jusqu'à  ce  jour, 
aucun  historien  n'a  pu  rendre  compte  avec  une  complète  impartialité  de  cette 
dernière  campagne  de  Napoléon.  Le  texte  est  accompagné  d'un  atlas  in-folio 
contenant  quatorze  plans  et  cartes  oîi  sont  indiquées  les  positions  respectives 
des  armées  ennemies  et  les  péripéties  de  la  bataille  des  quatre  jours. 

—  M.  T.  Fisher  Unwin  va  faire  paraître  une  édition  en  deux  volumes  de 
Sixiy  ycars  of  an  agitatofs  life,  qui  sont,  comme  on  sait,  les  «  Souvenirs  )> 
de  M.  G.-C.  Holyoake. 

—  M.  E.-F.  Knight,  l'auteur  do  The  Omise  of  thc  Alerte,  termine  un 
livre  destiné  à  MM.  Longmans,  et  qui  sera  consacré  au  voyage  qu'il  a 
récemment  accompli  dans  les  régions  du  Kashmir,  Baltistan,  Ladak  et 
Gilgit.  On  y  trouvera  une  curieuse  description  des  «  Lamaseries  »  du  Tibet 
occidental  et  des  renseignements  intéressants  sur  la  politique  anglaise  et 
sur  la  défense  des  frontières  indiennes. 

—  M.  W.-C.  Macpherson  vient  d'écrire  pour  rédilcur  Murray,  sous  le 
titre  :  The  Baronage  and  thc  Senate,  une  monographie  et  une  histoire  de  la 
Chambre  des  Lords,  où  il  étudie  toutes  les  réformes  qui  ont  été  proposées 
pour  la  modifier  ou  la  remplacer. 

—  Le  premier  numéro  de  la  Westininster  Gazette  a  paru  le  31  Janvier, 
date  de  Touverture  du  nouveau  Parlement. 

Belgique.  —  Cette  année,  V Annuaire  de  l'Académie  royale  des  sciences,  des 
lettres  et  des  beaux-arts  de  Belgique  (Bruxelles,  F.  Rayez,  in-I8  de  617  p.) 
contient  sept  notices  biographiques.  M.  Walter  Spring  raconte  la  vie  et  les 
travaux  de  l'illustre  chimiste  Jean-Servais  Stas  (1813-1891),  d'une  manière 
intéressante,  mais  dans  un  style  souvent  bizarre  et  avec  deivr^'ii^^f^s  qui 
ne  le  sont  guère  moins;  ([u'a  voulu  dire  par  exemple  M.  S[)ring  en  écrivant 
(p.  218)  que  "  l'esprit  créateur  n'est  le  plus  souvent  dans  les  sciences  qu'un 
esprit  d'à,  peu  près?  »  Astronome,  mathématicien,  historien,  Nicolas- 
Ldouard  Mailly  (1810-1891)  a  joué  un  rôle  moins  impoi'lmil  (|ue  Stas,  et  son 
biographe,  M.  François  Terby,  a  pu  résumer  sa  vie  en  f|ucl(]ues  pages.  Tous 
ceux  qui  s'intéressent  de  près  ou  de  loin  aux  liuigues  romanes  connaissent 


—  187  — 

et  consultent  les  travaux  de  Jean-Auguste-Ulric  Scheler  (1819-1890),  sur 
lequel  M.  J.  Stecher  a  écrit  une  bonne  notice.  C'est  M.  F. -A.  Gevaert  qui 
i\ous  présente  le  chevalier  Léon  de  Burbure  (1812-1889),  musicien  et 
archéologue.  Les  trois  autres  notices  sont  consacrées  à  Louis-Frédéric- 
Henri  Melsens  (1834-1886),  chimiste,  par  M.  P.  de  Heen;  à  Anatole-Fran- 
çois Hue,  marquis  de  Caligny  (1811-1892),  connu  par  ses  recherches  sur  les 
oscillations  de  l'eau,  par  M.  E.  Catalan,  et  enfin  à  Louis-Chrétien  Roersch 
(1831-1891),  bien  connu  par  ses  travaux  de  philologie  et  de  linguistique, 
par  M.  P.  Willems.  Toutes  ces  notices  sont  accompagnées  de  portraits, 
sauf  celle  de  M.  de  Caligny,  et  toutes,  sauf  celle-ci  et  celle  qui  est  consa- 
crée au  chevalier  de  Burbure,  complétées  par  des  bibliographies. 

—  De  la  Découverte  archéologique  faite  à  Foxj  en  mai  1892,  par  M.  Ma- 
thieu, d'une  inscription  latine  inédite  (Extrait  des  Bulletins  de  l'Académie 
royale  de  Belgique.  Louvain,  C.  Peeters,  in-8  de  26  p.),  M.  J.-P.  Waltzing 
tire  la  preuve  de  l'existence  à  Foy  d'une  -station  militaire  dès  le  premier 
siècle  de  notre  ère.  L'inscription  confirme  aussi  la  mention  faite  par  un 
autre^  texte  d'un  dieu  Entarabus  ou  Intarabus. 

—  M.  H.  Hauser  a  donné  au  Messager  des  sciences  historiques  de  Belgique 
(t.  LXVI)  et  a  fait  tirer  à  part  Trois  Lettres  de  Fr.  de  la  Noue  sur  la  guerre 
de  Flandre,  1516-1587  (Gand,  imp.  Vanderhegen,  gr.  in-8  de  36  p.).  Ces 
trois  lettres  sont  précédées  d'une  excellente  notice  analytique.  C'est  le  com- 
plément de  la  thèse  de  doctorat  du  savant  professeur. 

Espagne.  —  Divers  ouvrages  nous  rendent  l'ancienne  littérature  espa- 
gnole accessible,  on  peut  même  avec  Ticknor  la  sui^Te  jusqu'au  début  de 
ce  siècle,  mais  pour  l'époque  contemporaine  on  est  peu  renseigné  ;  quel- 
ques articles  d'Antoine  de  la  Tour  et  de  M.  de  Teveret,  quelques  autres 
pages  fugitives  dans  divers  périodiques,  un  volume  de  M.  Boris  de  Tan- 
nenberg  sur  les  poètes  seulement,  voilà  à  peu  près  ce  que  nous  pos- 
sédons, et  l'époque  tout  à  fait  actuelle  n'y  est  pas  représentée.  Nous  signa- 
lerons de  nouveau  une  publication  que  nous  avons  déjà  louée  et  qu'écrit 
Don  Melchor  de  Palau.  Ce  littérateur  très  distingué,  dont  nous  avons  eu  à 
faire  grand  éloge  comme  poète,  fait  dans  d'intéressants  fascicules  connaître 
les  événements  littéraires  de  sa  patrie  {Acontecimientos  literarios.  Madrid, 
libreria  de  San  Martin).  Son  dernier  cahier  (cuadcrno  10)  nous  donne  une 
étude  biographique  et  critique  sur  Velarde,  qui  ne  naquit  pas  à  Séville, 
comme  l'a  dit  de  Gubernatis,  mais  à  Conil,  et  un  examen  remarquable  de 
quatre  drames  récents.  Les  appréciations  de  Don  Melchor  de  Palau  sont 
judicieuses,  ses  connaissances  sont  très  étendues,  et  nous  sommes  heu- 
reux de  le  voir  si  bien  au  fait  des  termes  de  com.paraison  que  lui  offrent 
souvent  nos  poètes  et  nos  prosateurs.  Il  serait  à  désirer  que  M.  de  Palau 
entreprît  une  histoire  complète  des  lettres  en  Espagne  depuis  les  premières 
années  du  xix^  siècle,  car  ses  livraisons  trop  rares,  trop  brèves,  dénotent 
bien  tout  ce  qu'il  pourrait  faire. 

—  Sous  ce  titre  :  Un  Català  ilnstre,  M.  J.  Reig  y  Vilardell,  l'auteur  des 
Monograflas  de  Catalunya  dont  nous  avons  eu  à  faire  l'éloge,  a  publié  à 
cent  exemplaires  (Barcelone,  in-32  de  20  p.)  une  brochure  sur  Bernât  Boil, 
moine  du  Montserrat,  qui  eut  un  rôle  dans  la  découverte  de  l'Amérique- 
Au  moTnent  où  le  centenaire  de  ce  grand  événement  a  tant  attiré  l'atten- 
tion, la  notice  de  M.  Reig  y  Vilardell  peut  être  lue  avec  intérêt. 

—  M.  Suarez  Bravo  a  traduit  de  l'allemand,  de  M.  Charles  Justi,  et  publié 
dans  une  élégante  plaquette  imprimée  à  cent  exemplaires  (Estudios  sobre 
el  renacimicnto  en  Espana.  Barcelone,  in-32  de  114  p.)  un  travail  consacré  à 
deux  sculpteurs  fort  distingués  :  Bartolome  Ordoûoz  et  Domenico  Fancelli. 


-   188  — 

La  reproduction  de  plusieurs  monuments  dont  ils  sont  les  auteurs  orne  ce 
joli  petit  volume. 

Italie.  —  Nous  sommes  heureux  de  voir  renaître  de  ses  cendres  la  revue 
Analccia  jiiris  pontificii,  mais  renaître  avec  un  programme  plus  vaste.  Les 
Analccta  ccrlcsiastica  (Rome,  50,  via  Gregoriana,  35  fr.  par  an)  seront  une 
«  revue  théorique  et  pratique  de  théologie,  droit  canonique,  jurisprudence, 
administration,  liturgie,  histoire,  et  sciences  accessoires.  »  Voici  quelle 
en  sera  l'économie  :  L  Analecta  nouveaux  (actes  pontificaux  et  documents 
émanés  de  congrégations,  en  y  comprenant  les  procès  de  la  congrégation  du 
concile  et  des  évêques  et  réguliers);  IL  Analecta  vetera,  ou  documents  inédits 
sur  les  matières  qui  rentrent  dans  le  cadre  de  la  revue;  III.  a)  Articles  de 
fond;  b)  Ephcmeridef.  curiae  romanae,  ou  chronique  de  la  Rome  pontiiicale; 
c)  Œuvres  pontificales  ;  d)  Bibliographie.  Parmi  les  collaborateurs  qui  tra- 
vaillent sous  la  direction  de  Mgr  Félix  Cadène,  prélat  domestique  de  Sa 
Sainteté,  nous  notons:  Mgr  Isidore  Carini,  le  R.  P.  dom  Gregorio  Palmieri, 
le  R.  P.  Pie  de  Langogne. 

—  Depuis  le  22janvier,  paraît  à  Rome  une  revue  d'un  caractère  tout  nouveau 
pour  l'Italie,  hebdomadaire,  ehtièremcntconsacréeàl'actualité  politique,  éco- 
nomique, artistiqueot  littéraire.  LB.Nuova  ilfl,sst'r/«a  est  dirigée  par  M.  L.  Lodi. 
Elle  s'annonce  comme  démocratique  en  politique  et  positiviste  en  philoso- 
phie ;  mais  elle  semble  devoir  grouper  dans  une  collaboration  plus  éclec- 
tique que  ce  programme  les  noms  les  plus  en  vue  de  l'Italie  littéraire  du 
moment.  Au  point  de  vue  politique,  les  pi'emiers  numéros  étudient  la  ques- 
tion brûlante  des  banques  d'émission,  celle  de  la  réforme  des  Universités  et 
la  création  d'un  parti  agricole  dans  la  nouvelle  Chambre. 

—  II  paraît  à  Pise  une  nouvelle  revue  :  Ratiscgna  bibliografica  délia  lettera- 
tura  italiana.  D'après  un  prospectus  signé  par  un  éminent  écrivain,  M.  Al. 
d'Ancona,  cette  revue  rappellera  assez  le  Polf/biblioii,  seulement  elle  restrein- 
dra ses  indications  à  l'Italie,  tandis  que  le  Polt/biblion  a  un  cadre  beaucoup 
plus  vaste  et  étend  ses  informations  à  tous  les  pays.  Le  liasscgna  bibliografica 
publiera  chaque  mois  une  livraison  de  vingt-quatre  pages  in-8;  prix  de 
l'abonnement  annuel  :  7  lire  (Pise,  F.  Mariotti,  Piazza  dei  Cavalieri,  n"  5). 

—  Nous  avons  reçu  de  Palerme,  de  M.  Salomone  Marino,  l'ami  et  le  colla- 
borateur de  M.  G.  Pitre,  un  certain  nombre  de  brochures.  Dans  la  liivo- 
luzione  francese  de  1789  (extrait  de  VArchivio  storico  dciiiano,  Palerme, 
in-8  de  31  p.),  nous  voyons  que  les  Siciliens  ne  nous  pardonnent  pas  trop 
d'avoir  été  massacrés  chez  eux,  le  lundi  de  Pâques  1282.  Il  paraît  que  cette 
antipathie,  qui  a  diminué  cependant,  rendit  les  Siciliens  hostiles  aux  idées 
révolutionnaires  et  leur  fit  prendre  parti  pour  Louis  XVI,  sur  lequel  M.  Sa- 
lomone Marino  a  réuni  plusieurs  curieuses  poésies  populaires.  La  Rivolu- 
zione  siciliana  del  1848-49  (extrait  de  VArchivio  pcr  lo  studio  délia  lellcratuva 
popolare,  in-8  de  28  p.)  est  un  article  intéressant  par  les  morceaux  de 
poésie  populaire  qu'il  renferme,  mais  oii,si  nous  avions  à  nous  occuper  delà 
politique  chez  nos  voisins,  nous  jugerions  certains  événements  et  certains 
hommes  autrement  que  ne  le  fait  l'auteur.  La  Surci-giitraiiia  di  L.  d'Ercdia 
(extraitdc  VArchivio  stoj-ico,  in-8  de  28  p.)  est  la  publication,  précédée  d'une 
étude  d'un  poème  de  Luigi  d'EretliadontM.  S.  Marino  a  jadis  puljlié  les  œu- 
vres dans  un  joli  volume  dont  nous  avons  parlé.  La  Surri-giuraiiia  est  sui- 
vie d'un  glossaire  fort  utile.  Dans  la  Storia  de  li  miracoli  di  santo  Sano 
(extrait  de  VArchivio  pcr  lo  studio  dclle  tradizioni,  in-8  de  -iO  p.),  M.  Salo- 
mone Marino  s'occupe  de  saints  apocryphes  et  souvent  pi'u  édifiants  (pi'a 
inventés  l'imagination  populaire  et  publie  sur  l'un  d'eux,  sautu  Saïui,  un 
poème  (|u'il  a  lini  par  recueillir  patiemment  de  la  bouche  du  peuple.  Dans 


—  189  - 

Intorno  al  Parnat^^o  siciliano,  M.  S.  Marino  examine  un  manuscrit  contenant 
d'anciennes  poésies  siciliennes,  dont  plusieurs  doivent  intéresser  les  folklo- 
ristes.  Dans  les  Luoijhi  e  nomi  storici  délia  provincia  dl  Palermo  (seconda 
edizione,  Palerme,  in-8  de  15  p.),  M.  S.  Marino,  comme  l'indique  le  titre 
de  la  brochure,  se  livre  à  de  savantes  recherches  qui  touchent  à  l'histoire 
de  sa  patrie.  On  sait  qu'en  Italie,  un  lettré  ne  laisse  guère  un  de  ses  amis 
se  marier  sans,  comme  présent  de  noces,  offrir  à.  la  jeune  épouse  quel- 
que rareté  bibliographique;  un  cadeau  de  ce  genre,  c'est  le  conte  popu- 
laire imprimé  sous  ce  titre  :  La  Omnipotenza  dei  proverbi  dimostrata  da  una 
novtllctta  siciliana  (Palerme,  in-8  de  22  p.).  Ces  publications  per  nozze 
sont  des  raretés  très  estimées  des  bibliophiles.  Une  rareté  plus  grande  est 
la  jolie  plaquette  :  1/  Ora  e  la  solennita  del  battesimo  ncgli  iisi  del  popolo  sici- 
liano. Dans  cette  plaquette  tirée  seulement  à  cinquante  exemplaires,  nu- 
mérotés et  consacrés  au  souvenir  du  baptême  de  son  fils,  M.  S.  Marino  ra- 
conte les  coutumes  dont  ses  compatriotes  entourent  cette  pieuse  solennité. 

—  A  une  époque  où  quelques  esprits  hardis  essaient  de  transformer  en- 
tièrement les  théories  de  la  science  pénale,  une  revue  qui  tiendra  ses  lec- 
teurs au  courant  de  ce  mouvement  d'idées  ne  peut  être  qu'intéressante.  Tel 
est  l'objet  que  se  propose  la  Niiova  scienza  pénale  qui,  à  partir  de  cette  an- 
née, paraît  le  dernier  jour  de  chaque  mois,  sous  la  direction  de  M.  Fran- 
cesco Magri  (Pise,  Piazza  dei  Cavalieri,  5,  gr.  in-8,  10  fr.  par  an). 

—  Sous  forme  de  lettre  à  M.  Letterio  Lizio-Bruno,  M.  Giuseppe  di  Napoli 
Baudo,  dont  nous  avons  signalé  autrefois  à  nos  lecteurs  les  poésies,  publie 
dans  \ii  Rivista  MarrJiizia)ia  (Tirage  à  part.  Catanià,  G.  Ricedoli,  in-8  de  6  p.) 
une  curieuse  note  {Intorno  ad  un'  usanza  di  Troina)  sur  les  représentations 
populaires  en  usage  à  Troina,  sous  le  nom  de  'ntrillazzata  ou  de  jocu.  Ce 
dernier  nom  rappelle  —  comme  le  remarque  l'auteur,  —  le  jeu  de  nos  an- 
ciens poètes  [Jeu  de  saint  Nicolas  de  Bodel).  L'argument  de  la  'ntrillazzata 
est  aussi  pris  dans  l'Ancien  ou  le  Nouveau  Testament.  L'auteur  de  la  note 
nous  donne  sur  ces  compositions  des  renseignements  concis,  mais  précis. 

—  M.  U.  Hœpli,  le  vaillant  éditeur  de  Milan,  vient  de  publier  un  fort  inté- 
ressant catalogue  :  Manoscritti,  inrunaboli  ed  edizioni  rare  dei  Giunti,  Aldi, 
Gioliti,etc.,  délia  prima  meta  delsecolo  XVI  (in-8  de;134  p.).  Ce  catalogue,  qui 
comprend  plus  de  1,000  numéros,  dont  170  pour  les  manuscrits,  et  plus  de 
400  pour  les  incunables,  donne  la  description  abrégée  d'ouvrages  pour  la 
plupart  curieux,  quelques-uns  rarissimes,  et  est  o.ccompagné  de  cinq  curieux 
fac-similés. 

—  C'est  à  saint  Thomas  que  le  P.  Torregrossa,  de  la  congrégation  des  Servi 
de'  poveri,  emprunte  ses  explications  sur  le  rôle  de  la  charité  dans  l'orga- 
nisme social  :  La  CaritànelV  orçjanismo  sociale  (Palermo,  ix"^.  Boccone  del  Po- 
vero,  in-8  de  21  p.).  Cette  conférence,  lue  au  congrès  catholique  d'études  so- 
ciales tenu  à  Gènes  en  novembre,  montre  excellemment  que  le  christia- 
nisme seul  peut  sauver  la  société,  par  la  charité. 

—  Signalons  sans  commentaires  une  brochure  de  M.  A.-J.  de  Johannis  : 
Le  Monopole  de  la  production  de  Vargent  (Florence,  sans  nom  d'éditeur,  in-8 
de  16  p.),  écrite  en  faveur  du  monométallisme-or. 

—  Le  chevalier  Emmanuel  Portai,  dont  le  Polijbiblion  a  naguère  men- 
tionné les  Note  araldiche  e  storiche,  publie  une  curieuse  notice  sur  les 
familles  nobles  siciliennes  d'origine  française,  Siille  Famiglie  nobili  sici- 
liane  di  origine  francese  (Bari,  gr.  in-8  de  22  p.  à  deux  colonnes).  Parmi  les 
familles  que  mentionne  le  savant  généalogiste,  avec  indication  de  leurs 
armes,  on  remarque  les  Aceto,  les  Albaneto,  les  .\rdoino,  les  Aicenso,  les 
Avarna,  les   Barrese,    les  Bellacera,  les   Branciforti,  les  Chiaramonte,  les 


—  190  — 

Cottone,  les  Filangeri,  les  Gravjna,  les  Grimaldi,  les  Manno  (représentés 
aujourd'hui  par  le  savant  baron  Manno),  les  Mazzarino,  les  Palizzi,  les 
Portai  (famille  à  laquelle  appartient  l'auteur  et  à  laquelle  appartenait  le 
baron  Portai,  le  célèbre  ministre  de  la  Restauration),  les  Rosso,  les  Sam- 
martino,  les  Trigona. 

—  On  a  signalé  ici  (t.  LXVII,  p.  92)  un  recueil  d'hommages  rendus  à  la 
mémoire  de  Galilée  et  somptueusement  imprimé  à  Padoue.  Voici  un  nou- 
veau recueil  commémoratif  plus  magnifique  encore  :  Pcr  il  lerzo  ccntenario 
dalla  inaugurazione  dello  insegnamento  di  Galileo  Galilei  nello  studio  di  Pa- 
dova.  VII  décembre  MDCCCXCII  (Firenze,  tip.  di  G.  Barbera,  in-fol.  de  29  p. 
avec  25  pi.).  Le  recueil,  dédié  au  roi  d'Italie,  est  orné  d'un  beau  portrait  de 
Galilée  représenté  à  l'âge  de  quarante  ans.  La  notice  sur  le  séjour  de  Galilée 
à  Padoue  [Galileo  a  Padova)  est  faite  de  main  de  maître.  Parmi  les  docu- 
ments groupés  à  la  suite  de  ce  brillant  chapitre  de  la  biographie  du  «  Sommo 
maestro,  »  on  trouve  le  fac-similé  de  divers  autographes,  la  reproduction 
du  frontispice  de  divers  ouvrages  de  Galilée,  la  reproduction  de  diverses 
pièces  du  temps  relatives  au  professorat  à  Padoue  de  l'illustre  mathémati- 
cien, etc. 

—  M.  Vittorio  Fanucci  vient  de  publier  :  Le  Rclazioni  ira  Pisa  e  Carlo  VIII 
(Pisa,  tip.  Nistri,  in-8  de  83  p.).  L'auteur  a  pai'faitement  complété  tous  les 
travaux  antérieurs.  Il  s'est  servi  de  nombreux  documents  inédits  dont  les 
plus  importants,  au  nombre  de  treize,  ont  été  reproduits  à  la  suite  de  son 
étude. 

Portugal.  —  M.  J.  Leite  de  Vasconcellos,  professeur  à  la  bibliothèque 
nationale  de  Lisbonne,  a  écrit,  et  en  très  bon  français,  une  curieuse  disser- 
tation sur  les  amulettes  portugaises  (Résumé  d'un  mémoire  destiné  à  la 
^0"  session  du  congrès  international  des  orientalistes.  Lisbonne,  Imp.  natio- 
nale, in-8  de  12  p.).  M.  de  Vasconcellos  pense  que  les  amulettes  fort  nom- 
breuses et  d'espèces  très  différentes  qu'il  décrit  sont  les  vestiges  des  reli- 
gions des  peuples  qui  ont  tour  à  tour  occupé  le  territoire  portugais.  Il  compte 
revenir  dans  un  travail  complet  et  considérable  sur  ce  sujet. 

PuBLic.vTiONS  NOUVELLES.  —  Le  Livre  d'Hénoch,  fragments  grecs  découverts 
à  Akhmim  (Ha.ute-Égyptc),  publiés  avec  les  variantes  du  texte  éthiopien, 
traduits  et  annotés  par  A.  Lods  (in-8,  Leroux).  —  Histoire  du  bréviaire  ro- 
main, par  P.  Batiirol  (in-18,  A.  Picard).  —  Die  Lehre  von  den  heiligen  Sacra- 
menten,  von  D''  P.  Schanz  (in-8,  Fribourg  en  Brisgau,  Herdcr).  —  0Euv7'es 
posthumes  de  Mgr  Le  Courtier,  recueillies  et  publiées  par  l'abbé  Grégoire 
(t.  I  en  deux  vol.  in-18,  Féchoz).  —  Méditations  sur  la  vie  de  JSotrc-tieigneiir 
Jésus-Christ,  par  le  R.  P.  Meschler,  trad.  par  l'abbé  Ph.  Mazoyer,  1. 1  (in-18, 
Lethielleux).  —  Le  Règne  social  de  Jésus-Christ,  par  le  R.  P.  A.  Delaporte 
(in-18.  Retaux).  —  L'Année  chrétienne,  par  Don  Sarda  y  Salvany,  trad.  par 
l'abbé  A.  Thiveaud  (in-18,  Lethielleux).  —  Traité  de  l'oraison  mentale  suivi 
de  soixante  considérations  d'après  le  Vénérable  Sarnclli,  par  l'auteur  du  Chré- 
tien sanctifié  (petit  in-12,  Haton).  —  Pratique  des  vertus,  par  le  P.  Bouchage 
(3  vol.  in-8,  Haton,  Dclhommc  et  Briguet).  —  Les  Agonies  du  cœur,  par 
l'abbé  H.  Bolo  (in-18,  Haton);  —  Quelques  fleurs  du  parterre  évangclique,  par 
l'auteur  de  la  nouvelle  «  Histoire  de  saint  Augustin  n  (in-18,  Paris,  Palmé; 
Bruxelles,  Société  belge  de  librairie).  —  Nos  morts,  consolations  chrétiennes, 
par  l'abbé  L.  Roger  (in-18  carré,  Orléans,  Ilerluison).  —  Code  manuel  des 
électeurs  et  des  éligibles,  par  A.  Maugras  (in-18,  Giard  et  Brière).  —  Code 
des  cours  d'eau  non  navigables  ni  flottables  (France  continentale),  par 
A.  Boulé  et  P.  Lcscuyer  (in-12,  Pedone-Lauriel).  —  Projet  de  code  civil 
allemand,  trad.  avec  inlrod.  par  R.  de  la  Grasserie  (in-8,  Pedone-Lauriel).  — 


—  191  -- 

Estudios  sobre  cl  codigo  civil,  par  D.  Jcsi'is  Firmaty  Gabrero  (in-8,  Zamora, 
Calamita).  —  Code  de  commerce  argentin,  trad.,  annoté  et  précédé  d'une  in- 
trod.  par  H.  Prudhomme  (in-8,  Pedone-Lauriel).  —  Sancti  Thomae  Aqiii- 
jiatis  0.  P.  Doctrina  de  coopcralione  Dci,  scripsit  V.  Frins  (gr.  in-8,  Lethiel- 
leux).  —  L'Existence  de  l'âme,  par  J'abbé  H.  Ceillier  (in-18,  Delhomme  et 
Briguet).  —  Le  Paradis  terrestre  et  la  Race  nègre  devant  la  science,  par  l'abbé 
Dessailly  (in-18,  Delhomme  et  Briguet).  —  A.  E.  Brehm.  Merveilles  de  la 
nature.  La  Terre,  les  mers  et  les  continents,  par  F.  Priem  (gr.  in-4,  J.-B.  Bail- 
lière).  —  Histoire  de  la  botanique  du  XVI"  siècle  à  1860,  par  le  D""  J.  von 
Sachs,  trad.  par  H.  de  Varigny  (in-8  cart.,  Reinwald).  —  Les  Trois  Livres  de 
Jérôme  Fracastor,  sur  la  contagion,  les  maladies  contagieuses  et  leur  traite- 
ment, traduction  et  notes  par  L.  Meunier  (in-18.  Société  d'éditions  scienti- 
liques).  —  Lecciones  de  Patologia  medica,  por  el  D''  D.-M.  Alonso  Safiudo 
(in-8,  Madrid,  J.  Ducazcal).  —  De  la  cataracte  corticale  vulgaire,  dite  cata- 
racte spontanée  ou  sénile,  par  le  D'"  A.  Ferret  (in-18,  Société  d'éditions  scien- 
tifiques). —  Hygiène  et  traitement  du  diabète,  parle  D''  E.  Monin  (in-18.  Société 
d'édit.  scient.).  —  Trois  saisons  à  Hammam-Mcskoutine,  1890-4 891-1 892, 
par  le  D''  A.  Piot  (in-8.  Société  d'édit.  scient.).  —  Les  Chefs-d'œuvre  de  l'art 
au  XIXe  siècle.  La  Peinture  étrangère  au  XIX''  siècle,  par  T.  de  Wyzewa  (gr. 
in-4,  Librairie  illustrée).  —  La  Femme  dans  l'art,  par  M.  Vachon  (gr.  in-4, 
Rouam).  —  La  Vie  artistique,  par  G.  GelTroy  (in-18,  Dentu).  —  Commodien, 
Arnobe  Lactance,  et  autres  fragments  inédits,  par  Mgr  Freppel  (in-8.  Retaux). 

—  Œuvres  oratoires  de  Bossuct,  édition  critique  complète,  par  l'abbé  J.  Le- 
barq,  t.  V,  1666-1670  (in-8,  Lille  et  Paris,  Desclée  et  de  Brouwer).  —  Bossuet 
et  l'Éloquence  sacrée  au  XVU"  siècle,  par  Mgr  Freppel   (2  vol.  in-8,  Retaux). 

—  Les  Grands  Écrivains  de  la  France,  nouvelles  éditions  publiées  sous  la  direc- 
tion de  M.  Ad.  Régnier.  JTde  la  Fontaine.  Lexique,  t.  X-XI  (2  vol.  in-8.  Ha- 
chette). —  Essais  de  littérature  contemporaine,  par  G.  Pellissier  (in-12, 
Lecène  et  Oudin).  —  Les  Récréations  j^oétiques.  Poésies,  par  le  R.  P.  A.  Marc 
(in-8,  Delhomme  et  Briguet).  —  Le  Peuple,  par  H.  Bossane  (in-18.  Retaux). 

—  Les  Heures  calmes,  par  F.-E.  Adam  (in-18,  Lemerre).  —  Les  Chants  oraux 
du  peuple  russe,  par  A.  Millien  (in-18,  Champion).  —  Cœur  de  sceptique, 
par  H.  Ardel  (in-18.  Pion  et  Nourrit).  —  La  Vie  privée  de  Michel  Tessier,  par 
E.  Rod  (in-18,  Perrin).  —  Athanase  Cocardeau  l'apostat,  par  J.  Rosier 
(in-18,  Delhomme  et  Briguet).  —  Les  Alpes  françaises,  par  A.  Faisan  (in-18, 
Baillière).  —  La  France  coloniale,  histoire,  géographie,  commerce,  par 
A.  Rambaud  (in-8.  Colin).  —  La  Khroumirie  et  sa  colonisation,  par  le 
D"-  H.  Guérard  et  E.  Boutineau  (in-8,  Challamel  ;  Lecène  et  Oudin).  —  Les 
Origines  de  l'Eglise.  Saint  Paul,  ses  missions,  par  l'abbé  C.  Fouard  (in-8,  Le- 
coffre).  —  Glorification  religieuse  de  Christophe  Colomb,  par  l'abbé  Casablanca 
(in-18,  Poussielgue).  —  Saint  Louis  et  Innocent  IV,  par  E.  Berger  (in-8, 
Thorin).  —  Histoire  du  pape  Etienne  X,  par  U.  Robert  (in-12,  Bruxelles, 
Société  belge  de  librairie).  —  Messire  Jean-Louis  de  Fromentières,  évêque  et 
seigneur  d'Aire,  prédicateur  ordinaire  du  Roi,  1632-1684^,  par  l'abbé  P.  La- 
hargou  (in-8.  Retaux).  —  Monseigneur  Freppel,  par  le  R.  P.  E.  Cornut  (in-8, 
Retaux).  —  Vie  de  la  Très  Révérende  Mère  Thérèse  de  Saint-Joseph  (Ernes- 
■tine  d'Augustin),  ancienne  prieure  du  Carmel  de  Tours  (1819-1890),  par  le 
R.  P.  Mercier  (in-8.  Retaux).  —  Compendio  de  historia  antigua  Gricga  y  Ro- 
mana,  por  R.  Eyzaguirre  (in-18  cart.,  Santiago  de  Chile,  imp.  de  Emilie 
Parez).  —  L'Église  et  les  campagnes  au  moyen  âge,  par  G. -A.  Prévost  (in-8, 
Champion).  —  A  une  supérieure  religieuse  au  sujet  d'un  récent  décret  ponti- 
fical. Lettre  du  R.  P.  Secondo  Franco,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  trad.  par 
l'abbé  A.-E.  Gautier  (in-i8,  Téqui).—  L'Apothéose  de  Renan,  par  le  P.  V.  De- 


—  192  — 

laporte  (in-16,  Retaux.)  —  L'  «  A.muscz-vous  »  de  M.  Renan  et  le  Credo  du 
P.  Didon,  par  H.  de  Villeneuve  (in-12,  Bonhoure).  —  La  Franc-Maçonnerie, 
synagogue  de  Satan,  par  Mgr  L.  Meurin  (in-8,  Retaux).  —  La  Politique  de 
Léon  XIII,  par  le  R.  P.  Brandi,  trad.  par  M.  Wetter  (in-18,  Lethielleux).  — 
La  Turquie  et  l'Hellénisme  contemporain,  par  V.  Bérard  (in-18,  Alcan).  — 
Correspondance  des  beys  de  Timis  et  des  consuls  de  France  avec  la  cour,  1377- 
1830,  publiée  par  E.  Plantet,  t.  I  (1577-1700)  (in-8,  Alcan).  —  Recueil  des 
traités  de  la  France,  par  J.  de  Clercq,  t.  XVIII,  1888-1890  (gr.  in-8,  Pedoue- 
Lauriel).  — L'Europe  politique  en  1892-1893,  2e  fasc.  {L'Autriche-Hongrie. 
La  Belgique),  par  L.  Sentépury  (in-8,  Lecène  et  Oudin).  —  La  Rcstauratio7i 
impériale  au  Japon,  par  le  vice-amiral  Layrle  (in-i2,  Colin).  —  Cn  Agent  se- 
cret sous  la  Révolution  et  l'Empire.  Le  Comte  d'Antraigues,  par  L.  Pingaud 
(in-8.  Pion  et  Nourrit).  —  Napoléon  et  Alexandre  I",  t.  II,  par  A.  Vandal 
(in-8.  Pion  et  Nourrit).  —  Le  Duché  mérovingien  d'Alsace  et  la  légende  de 
sainte  Odile,  par  C.  Piîster  (in-8,  Berger-Levrault).  —  Mélangse  pour  servira 
l'histoire  des  pays  qui  forment  aujourd'hui  le  département  de  l'Oise,  par  le 
vicomte  de  Caix  de  Saint-Aymour  (in-18,  Claudin  ;  Champion).  —  Mo7io- 
graphie  de  la  paroisse  de  la  Mancelliére  au  diocèse  d'Avranches,  par  A.  de 
Tesson  (in-8,  Avranches,  imp.  Durand).  —  Armoriqitc  et  Bretagne,  par 
R.  Kerviler  (3  vol.  in-8,  Champion).  —  Le  Compte  de  l'armée  anglaise  au 
siège  d'Orléans,  1428-1429,  par  L.  Jarry  (in-8,  Orléans,  Herluison).  —  Mo- 
nographies  paroissiales  du  diocèse  de  Marseille,  par  l'abbé  E.  Brieugne  (in-8, 
Marseille,  Imp.  marseillaise).  —  Lettres  de  Francisco  Nelli  à  Pétrarque,  pu- 
bliées par  A.  Cochin  (in-8  carré,  Champion).  —  Michel-Ange,  sa  vie,  son 
œuvre,  par  L.  Roger-Miles  (gr.  in-8,  Rouam).  —  Montaigne,  l'homme  et 
l'œuvre,  par  P.  Bonnefon  (in-8  carré,  Rouam).  —  Jean  Daniel  Beykert,  pro- 
fesseur au  gymnase  de  Strasbourg .  Notice  biographique.  Relation  de  sa  capti- 
vité à  Dijon,  etc.  Lettres  à  sa  femme  (1793-1794)  (in-8,  Strasbourg,  Heitz; 
Paris,  Bouillon).  —  Joseph  Kerviler.  Souvenirs  d'un  vieux  capitaine  de  frégate, 
publics  par  son  fils.  Campagne  du  Levant  (1826-1829)  (in-12.  Champion).  — 
Lamennais,  d'après  des  documents  inédits,  par  A.  Roussel  (2  vol.  in-8.  Rennes, 
Caillièro). —  Bouquineiirs  et  bouquinistes.  Physiologie  des  quais  de  Paris,  par 
0.  Uzannc  (gr.  in-8,  May  et  Motlcroz).  —  Bibliographie  de  la  bibliographie 
générale  du  droit  français  et  étranger,  par  E.  Dramard  (in-8,  Larose  et  For- 
cel).  —  Bibliographie  générale  et  complète  des  livres  de  droit  et  de  juris- 
prudence publiés  jusqu'au  14  octobre  1892  (in-8.  Marchai  et  Billard). 

ViSKNOT. 


QUESTIOIVÏS  ET  RÉPOiMSES 

ni'POXKF  d'Elbe   raconté   d'après   la   méthode 

de    M.    Renan,   a    pour   titre  :    Le 

ï.e    Rctoui-    de    l'île    d'BCibe       Treizième  ^l;3Ô/r6'.  Cc  pet!  t  volumc  cst 

(L.WII,  9G).  —  L'ouvrage  de  M.  Las-      dédié  à  M.  Kaveict.  La  ij-^  édition  a 

serre,  où  se  trouve  le  retour  df  rilf       paru  eu  I8G(3  ciiez  V.  Palmé. 

Le  Gérant  :  CIIAPUIS. 


BESANÇON.  —  IMrR.  ET  3TÉn.  PAUL  JACQOIN. 


POLYBIBLION 

REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 

BEAUX-ARTS 

1.  Rembrandt,  sa  vie,  son  œuvre  et  son  temps,  par  Emile  Michel,  membre  de  l'iaslitut. 
Paris,  Haclietle,    1893,  gr.  in-8  de  xii-630  p.  avec  343  reproductions  directes,  40  fr. 

—  '2.  Les  Artistes  célèbres.  Les  Bruegliel,  par  Emile  Michel.  Paris,  Librairie  de  l'Art 
1892,  gr.  ia-8  de  lOù  p.  avec  45  grav.,  5  fr.  —  3.  Les  Artistes  célèbres.  Les  Van  de 
Velde,  par  Emile  Michel.  Paris.  Librairie  de  l'Art,  1892,  gr.  iu-8  de  131  p.  avec 
73  grav.,  4  fr.  50.  —  4.  Les  Artistes  célèbres.  Les  Clouet  et  Corneille  de  Lyon,  par 
Henri  Bouchot.  Paris,  Librairie  de  l'Art,  1892,  gr.  ia-8  de  66  p.  avec  37  grav.,  3  fr. 

—  5  Les  Artistes  célèbres.  Abraham  Bosse,  par  Antojjy  Valabrègue,  Paris,  Librairie 
de  l'Art,  1892,  gr.  ia-8  de  116  p.  avec  42  grav.,  4  fr.  ■ —  6.  Les  Artistes  célèbres.  Les 
Audraa,  par  G.  Duplessis.  Paris,  Librairie  de  l'.Art,  1892,  gr.  in-8  de  87  p.  avec 
41  grav.,  5  fr.  —  7.  Les  Artistes  célèbres.  J.-B.  Greuze,  parCn.  Normand.  Paris,  Librairie 
de  l'Art,  1892,  gr.  in-8  do  116  p.  avec  69  grav.,  4  fr.  50.  —  8.  Les  Artistes  célèbres. 
Les  Hùet.  Jean-Bapliste  et  ses  trois  fils,  par  G.  Gabillot.  Paris,  Librairie  de  l'Art, 
1892,  gr.  ia-8  de  180  p.  avec  177  grav.,  10  fr. —  9.  Les  Artistes  célèbres.  Les  Boulle, 
par  Henry  Havard.  Paris,  Librairie  de  l'Art,  1893,  gr.  ia-8  de  94  p.  avec  40  grav.,  4  fr. 

—  10.  Les  Arts  de  l'ameublement.  La  Serrurerie,  par  H.  Havard.  Paris,  Ûelagrave, 
s.  d.,  in-16  cart.  de  174  p.  avec  125  illuslr.,  2  fr.  50.  —  11.  Les  Arts  de  l'ameuble- 
ment. L' Horlogerie,  par  H.  Havard.  Paris,  Delagrave,  s.  d.,  ia-16  cart.  d-j  183  p.  avec 
80  illustr.,  2  fr.  50.  —  12.  Les  Arts  de  l'ameublement.  La  Tapisserie,  par  H.  Havard. 
Paris,  Delagrave,  s.  d.,  ia-16  cart.  de  199  p.  avec  90  illustr.,  2  fr.  50.  —  13.  Les 
Styles  français,  par  Lechevallier-Chevignard.  Paris,  May  et  Motteroz,  1892,  iu-8 
de  377  p.  illustré,  br.,  3  fr.  50;  rel.,  4  fr.  50.  —  14.  L'Architecture  de  la  Renais- 
sance, par  LÉON  Palustre.  Paris,  May  et  .Motteroz,  1892,  ia-8  de  352  p.  illustré,  br., 
3  fr.  50;  rel.,  4  fr.  50.  —  15.  Michel-Ange,  sa  vie,  son  œuvre,  par  L.  Pioger-.Milès. 
Paris,  Rouam,  1893,  gr.  ia-8  de  112  p.  avec  40  grav.,  3  fr.  50.  —  16.  Murillo  et  ses 
élèves,  suivi  du  catalogue  raisonné  de  ses  principaux  ouvrages,  par  Paul  Lefort. 
Paris,  Rouam,  1892,  gr.  in-8  de  102  p.  avec  22  grav.,  6  fr.  —  17.  Léonard  de  Vinci, 
l'artiste  et  le  savant,  par  Gabriel  Séailles.  Paris,  Perrin,  1892,  in-8  de  xv-550  p., 
7  fr.  50.  —  18.  L'Art  et  la  nature,  par  V.  Cherbuliez.  Paris,  Hachette,  1892,  in-16 
de  322  p.,  3  fr.  5ù.  —  19.  La  Vie  artistique,  par  G.  Geffhoy,  l"  série.  Paris,  Dentu, 
1892,  ia-16  de  xvi-375  p.,  5  fr.  —  20.  La  Peinture  étrangère  au  XIX'  siècle,  par 
T.  DE  Wyzewa.  Paris,  Librairie  illustrée,  s.  d.,  in-4  de  163  p.  avec  20  pi.  hors  texte, 
20  fr.  —  21.  La  Femme  dans  l'art,  par  Marius  Vachon.  Paris,  Rouam,  1893,  gr.  in-8 
de  VI-61G  p.  avec  400  grav.,  30  fr.  —  22.  La  Manufacture  nationale  des  Gobelins,  par 

E.  Glrspach.  Paris,  Delagrave,  1892,  in-8  de  271  p.,  5  fr.  —  23.  Le  Cicérone,  guide 
de  l'art  antique  et  de  l'art  moderne  en  Italie,  par  Jacob  Burckhardt,  trad.  par 
Auguste  Gérard  sur  la  5"  édition.  Partie  II.  {Art  moderne.)  Paris,  Firmiu-Didot, 
1892,  in-12  de  cxlvii-830  p.,  10  fr.  —  24.  Guide- programme  du  Cours  d'histoire  de 
l'art,  par  F.  Lhomme  et  S.  Rocheblave.  Paris,  Librairie  de  l'Art,  1892,  ia-16  de  vii- 
290  p.,  2  fr.  50.  —  25.  Album  classique  de  l'histoire  de  l'art,  par  S.  Rocheblave  et 

F.  Lhomme.  Fascicule  spécimeu  :  Les  Arts  sous  Louis  XIV.  Paris,  Librairie  do  l'Art, 
1892,  ia-fol.  de  20  pi.,  4  fr.  —  26.  L'Art  antique,  clioix  de  lectures,  2"  partie  :  La 
Grèce,  Rome,  par  Gaston  Cougny.  Paris,  Firmiu-Didot,  1893,  ia-8  de  306  p.,  4  fr.  — 
27.  Histoire  de  l'art  en  France,  depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours, 
par  L.  UoRSiN-DÉON,  1"  partie.  {Des  origines  au  XIV  siècle  )  Paris,  H.  Laurous,  s.  d., 
ia-8  de  330  p.,  3  fr.  50.  —  28.  La  Peinture  antique,  par  Paul  Girard.  Paris,  May 
cl  Motteroz,  1892,  iu-8  de   336  p.,  broch.,  3  fr.  50;  cart.,  4  fr.  50.   —  29.  L'Archéo- 

Mars  1893.  T.  LXVll.  13. 


—  iU  — 

logie  chrélienne,  par  André   Pératé.  Paris.    May  et  Molteroz,    1892,    in-8  de  368  p., 
br.,  3  fr.  bO  ;  cari.,  4  fr.  50. 

1.  —  Si  le  Rembrandt  de  M.  Emile  iMichel  n'était  qu'un  très  bon 
livre  de  plus,  il  y  aurait  lieu  de  féliciter  la  maison  Hachette  de  l'avoir 
édité  avec  son  soin  ordinaire.  Mais  ce  volume  me  semble  marquer,  dans 
la  librairie  d'art,  une  évolution  décisive,  dont  je  demande  la  permission 
de  dire  quelques  mots.  Le  goût  de  l'art  se  répand  de  plus  en  plus,  un 
public  avide  de  sensations  fines  et  respectueux  des  maîtres  anciens  (ce 
public  qui  fait  le  succès  de  V Histoire  de  Vart  de  M.  Miintz)  se  torme  et 
s'étend  de  jour  en  jour.  Il  n'a  eu  jusqu'ici,  pour  s'instruire,  que  des 
ouvrages  accompagnés  de  gravures  plus  ou  moins  infidèles  ou  d'autres 
excellemment  illustrés,  il  est  vrai,  mais  d'un  formai  peu  maniable  et 
d'un  prix  inaccessible  aux  bourses  moyennes.  Les  progrès  constants  de 
r  «  art  du  soleil  »  doivent  permettre  aujourd'hui  d'exécuter  le  livre 
d'art  abordable  à  tous,  qui  soit  en  même  temps  abondamment  et  entiè- 
rement illustré  de  reproductions  photographiques,  les  seules  qui  ne 
trahissent  rien  de  l'œuvre  reproduite.  Plusieurs  librairies  françaises 
travaillent  dans  cette  voie;  routillage  des  éditeurs  du  Rembrandt  leur 
a  permis  de  devancer  leurs  confrères  et  d'atteindre  dès  à  présent  le 
but.  Chacun  sent  que  le  hvre  à  cent  francs  a  fait  son  temps,  puisqu'on 
peut  avoir  aussi  bien  et  mieux  pour  quarante.  Le  caractère  particulier 
du  Rembrandt  est,  en  etïet,  d'être  illustré  entièrement  par  des  repro- 
ductions directes.  Aucun  autre  intermédiaire  que  le  soleil  entre  le 
maître  et  nous.  Toiles  de  musées  ou  de  galeries  privées,  eaux-fortes 
choisies  du  plus  génial  des  graveurs,  sanguines  ou  crayons  tirés  des 
cartons  les  moins  connus  et  réduits  habilement  aux  proportions  du 
volume,  tout  cela  est  accumulé  ici  avec  une  profusion  inaccoutumée. 
Rembrandt  illustre  ainsi  lui-môme  sa  propre  biographie,  nous  initie  aux 
secrets  de  son  atelier,  et  donne  même,  à  qui  se  borne  à  feuilleter  ce 
recueil,  une  impression  déjà  exacte  de  son  génie.  —  C'est  beaucoup 
parler  peut-être  du  côté  extérieur  du  livre  ;  mais  ce  sera  louer  assez 
l'auteur,  à  présent,  que  de  reconnaître  l'œuvre  elle-même  digne  de  la 
forme  dont  on  l'a  revêtue.  On  sait,  d'ailleurs,  qu'elle  a  achevé  d'ouvrir 
à  M.  Emile  Michel  les  portes  de  l'Académie  des  beaux-arts.  Adonné 
depuis  de  longues  années  à  l'élude  du  maître  hollandais,  à  qui  il  avait 
consacré  un  premier  essai  biographique,  ayant  longtemps  parcouru 
l'Europe  pour  chercher  et  comparer  ses  œuvres,  il  a  refait,  en  prépa- 
rant le  livre,  une  partie  de  ses  voyages  antérieurs,  afin  de  vérifier  ses 
premières  impressions,  recueillir  des  documents  nouveaux,  consulter 
les  spécialistes  nombnuix  qui  ont  travaillé  sur  l'œuvre  de  Rembrandt  et 
les  collectionneurs  qui  la  détiennent.  Aidé  surtout  du  maître  lui-même, 
qui  avait  l'usage  presque  constant  de  dater  ses  ouvrages,  il  a  pu  dresser 
une  biographie  complète,  rapprochant  sans  cesse  la  production  de  l'ar- 


—  19S  — 

tisle  de  la  carrière  de  l'homme  privé  et  du  milieu  social  où  il  a  vécu. 
On  annonce,  sur  le  même  grand  sujet,  un  autre  ouvrage  d'ensemble 
préparé  par  M.Wilhelm  Bode,  directeur  an  Musée  royal  de  Berlin,  qui  a 
déjà  rendu  les  plus  sérieux  services  à  l'œuvre  pictural  de  Rembrandt  ; 
je  doute  qu'il  ajoute,  aujourd'hui,  rien  d'important  au  livre  de  M.  E.Mi- 
chel. Le  travail  français,  en  effet,  est  singulièrement  précis  et  il  satis- 
fera diverses  sortes  de  lecteurs.  Rembrandt  compte  des  fidèles  de  tout 
genre  :  il  a  ceux  qui  célèbrent  en  lui,  avant  tout,  le  poète  de  l'ombre  et 
de  la  lumière,  le  «  lumioariste  »  par  excellence,  selon  le  mot  de  Fro- 
mentin; il  a  ceux  qui  font  de  lui  le  premier  des  portraitistes,  le  psy- 
chologue qui  a  le  mieux  exprimé  l'accord  de  la  physionomie  extérieure 
de  ses  modèles  avec  leur  vie  morale,  suave  ou  voluptueux  dans  ses 
jeunes  têtes,  plus  délicat  et  plus  touchant  dans  ses  portraits  de  vieil- 
lards ;  il  a  ceux  qu'enthousiasment  son  puissant  idéalisme,  sans  cesse 
retrempé  dans  l'étude  de  là  nature,  et  cet  effort  dont  tonte  son  œuvre 
témoigne  pour  exalter  l'âme  et  pour  exprimer  le  monde  invisible  ;  il  a 
ceux  qui  l'aiment  de  sa  haute  inspiration  religieuse  et  d'avoir  rendu  si 
profondément  la  figure  de  Jésus-Christ,  sentie  dans  son  humanité  vi- 
vante et  dans  sa  divinité  miséricordieuse.  Tous  ces  amis  de  Rembrandt 
remercieront  M.  Emile  Michel  d'avoir  aussi  patiemment  et  aussi  solide- 
ment travaillé  pour  eux. 

2,  3.  —  Deux  livres  moindres  du  même  auteur  ont  paru  dans  la 
même  année.  Ils  font  partie,  ainsi  que  les  suivants,  de  la  collection  des 
Artistes  célèbres,  aujourd'hui  très  rapidement  poussée.  Le  premier  est 
consacré  aux  Brueghel,  le  second  aux  Van  de  Velde,  deux  familles  qui 
ont  joué  un  long  rôle,  l'une  dans  l'art  flamand,  l'autre  dans  l'art  hol- 
landais, à  une  époque  où  le  talent  semblait  un  héritage  domestique.  Le 
plus  ancien  des  Brueghel  et  le  plus  important  de  tous  est  Pierre  P"", 
celui  qui  a  produit,  avec  une  vigueur  extraordinaire,  le  tableau  de 
genre,  le  tableau  religieux,  l'allégorie  et  le  pur  paysage.  Son  mérite  est 
d'avoir  ramené  dans  sa  voie  originale  la  peinture  flamande  qui  s'égarait 
à  la  suite  des  italianisants.  De  ses  fils,  Pierre  II,  dit  Brueghel  d'Enfer^ 
et  Jean,  dit  Brueghel  de  Velours,  à  cause  du  fini  caressant  de  son  pin- 
ceau, le  second  passa  en  Italie  plusieurs  années  et  travailla  pour  le  car- 
dinal Frédéric  Borromée  avant  de  devenir  le  peintre  favori  des  archi- 
ducs. Plusieurs  de  ses  fils  peignirent  à  leur  tour.  Les  questions  très 
complexes  que  soulèvent  les  attributions  aux  divers  Brueghel  sont  trai- 
tées brièvement  avec  toute  la  précision  possible  en  pareille  matière.  — 
La  dynastie  des  Van  de  Velde,  dont  les  origines  se  rattachent  aux  dé- 
buts mêmes  de  la  peinture  hollandaise,  se  trouve  plus  nombreuse  encore 
et  plus  féconde.  Le  plus>ncien  maître  de  la  famille  est  Esaïas  Van  de 
Velde,  peintre  militaire  et  paysagiste  ;  le  plus  illustre  et  le  plus  puis- 
samment doué  est  Adrien,  mort  en  1672,  qui  peignit  surtout  les  ani- 


—  196  — 

maux,  les  chasses  et  les  scènes  champêtres,  et  fut  pour  les  jBgures  le 
collaborateur  des  principaux  paysagistes  de  son  temps.  De  nombreux 
dessins  de  lui  et  d'admirables  marines  de  Willem  Yan  de  Velde  le 
jeune  donnent  un  grand  intérêt  à  Tillustration  du  volume.  Dans  ses 
Brueghel,  M.  Michel  a  groupé,  autour  de  la  biographie  des  peintres, 
beaucoup  de  renseignements  sur  la  situation  d'Anvers  et  des  Flandres 
dans  la  seconde  moitié  du  xvi*  siècle  et  au  commencement  du  xvll^  et 
sur  la  condition  des  artistes  d'alors  ;  dans  les  Van  de  Velde,  les  consi- 
dérations de  ce  genre  sont  seulement  indiquées,  l'auteur  les  avant 
réservées  pour  son  Rembrandt  et  ponr  les  études  déjà  données  dans  la 
même  collection  sur  Gérard  Terburg,  sur  Hobbema  et  sur  le  «  divin  d 
Ruysdael. 

-4.  —  Peu  de  volumes  des  Artistes  célèbi^es  ont  la  même  valeur  que 
les  précédents  et  que  le  mince  fascicule  publié  par  M.  Henri  Bouchot 
sur  les  Clouet  et  Corneille  de  Lyon.  Si  l'on  en  croit  les  collection- 
neurs, les  peintures  des  Clouet  courent  le  monde,  car  il  n'est  presque 
pas  un  de  ces  élégants  petits  portraits  que  nous  a  laissés  le  xvi"  siècle 
français  auquel  n'ait  été  attribué  ce  nom  illustre.  M.  Bouchot  a  établi, 
en  grande  partie  sur  des  documents  inédits,  la  biographie  encore  bien 
incertaine  de  ces  vieux  maîtres  et  a  montré  quel  petit  nombre  d'œuvres 
peuvent  leur  être  laissées  avec  assurance.  Ses  attributions  seront  jugées 
d'autant  plus  sûres  qu'à  beaucoup  elles  sembleront  trop  timurées  ;  il 
dit,  par  exemple,  du  peintre  de  François  I"'  :  «  Parmi  tous  les  por- 
traits, panneaux  peints  ou  crayons  conservés  au  Louvre,  à  Versailles,  à 
Chantilly  ou  à  Azay-le-Rideau,  donnés  à  Jean  Clouet  le  père  un  peu 
facilement,  je  n'en  sais  pas  trois  que  j'oserais  lui  reporter  sans  crainte.  » 
L'auteur  ajoute,  il  est  vrai,  qu'un  jour  «  viendra  peut-être  où  quantité 
d'Holbein  aujourd'hui  reconnus  reviendront  à  Janel,  »  et,  dès  à  pré- 
sent, il  apporte  sur  des  miniatures  de  la  Bibliothèque  nationale  et  des 
crayons  de  Chantilly  les  hypothèses  d'authenticité  les  plus  vraisembla- 
bles. Quant  à  Corneille  de  Lyon,  on  peut  dire  que  M.  Bouchot  nous 
révèle  ce  maître  ;  il  restitue  à  l'art  français,  à  l'aide  des  inventaires  de 
Gaignières  récennnent  publiés  par  M.  Ch.  de  Grandmaison,  les  œuvres 
d'un  peintre  qui  n'était  pas  jusqu'ici  beaucouj)  plus  sérieusement  connu 
qu'A  pelle  ou  Zeuxis.  Sur  tous  ces  points,  nous  pouvons  écouter  sans 
défiance  un  critique  qui  ne  s'avance  qu'à  couj)  sûr  et  qui  est  en  même 
temps  le  spécialiste  connaissant  le  mieux  l'histoire  de  l'ancien  portrait 
français. 

5,  6.  —  Deux  ouvrages  nous  introduisent  dans  le  monde  des  gra- 
veurs, Abruhani  Bosse,  par  M.  Anlony  Valahrègue,  les  Audran,  par 
M.  G.  Duplessis.  Bosse,  (jui  a  gravé  plus  de  cpiinze  cents  pièces,  cata- 
logui'es  autrefois  par  M.  Duitlessis,  est  le  témoin  b'  plus  fidèle  etle  mieux 
inlurmi'  de  la  société  française  du  temps  de  Louis  Xlil,  et  la  biograpliie 


—  197  — 

même  de  ce  contemporain  de  Corneille,  fort  agréablement  contée  par 
M.  ValabrègLie,  a  tout  l'attrait  d'an  roman  de  mœurs.  M.  Duplessis  a 
jeté  la  lumière  sur  la  généalogie  et  sur  l'histoire  des  divers  membres 
de  la  famille  des  Audran,  souvent  confondus  entre  eux  et  dont  il  n'y  a 
pas  moins  de  quatorze  à  avoir  marqué  dans  la  peinture  et  la  gravure  au 
XVII*  et  au  XYiii"  siècle.  On  ne  saurait  trop  féliciter  la  direction  des 
Ariisles  célèbres  de  faire  une  bonne  place  aux  graveurs,  j'entends  à 
ceux  qui  inventent  et  ne  se  contentent  pas  d'interpréter.  Ces  artistes, 
dont  le  talent  s'exerce  dans  un  domaine  plus  modeste  que  d'autres,  n'en 
sont  pas  moins  quelquefois  des  maîtres  de  premier  rang,  ce  qui  est  le 
cas  pour  Abraham  Bosse  et  Gérard  Audran.  Ajoutons  qu'avec  eux  l'illus- 
tration est  toujours  aisée  à  composer  et  toujours  intéressante. 

7,  8.  —  Les  deux  volumes  suivants  se  rapportent  k  la  seconde  moitié 
du  xviii'' siècle.  Comme  l'art  du  temps  fut  toujours  un  peu  libertin,  le 
caractère  des  gravures  ne  peut  manquer  des'en  ressentir;  maislamesure 
nécessaire  me  semble  dépassée  par  endroits,  au  moins  pour  une  collec- 
tion populaire,  didactique,  et  qui  veut  atteindre  un  jeune  public.  Je 
signale  le  fait  au  lecteur  qui  veut  être  averti.  Les  ouvrages  sur  Greuze 
et  les  Hûet  ont  d'ailleurs  un  sérieux  mérite.  L'œuvre  de  Greuze  est 
populaire  par  ses  tableaux  conservés  en  grand  nombre  dans  les  galeries 
et  par  les  estampes  innombrables  qui  les  reproduisent.  Ce  faux  observa- 
teur de  la  nature,  ce  moraliste  mièvre  et  trop  souvent  corrupteur,  a 
joui  d'une  gloire  démesurée,  que  la  postérité  met  longtemps  à  réduire  à 
de  justes  limites.  M.  Charles  Normand,  professeur  au  lycée  Janson-de- 
Sailly,  n'a  point  trop  surfait  son  héros  et  a  rais  en  exacte  lumière  ce 
«  crayon  agile,  curieux,  fureteur  et  barboteur.  »  Pourquoi  n'a-t-il  pas 
connu  une  œuvre  capitale  de  Greuze,  la  plus  importante  peut-être  de  la 
fin  de  sa  vie,  le  curieux  portrait  du  Premier  Consul  du  Musée  de  Ver- 
sailles ?  Ce  Bonaparte  grêle,  maladif,  inquiet,  le  plus  «  suggestif  »  et  le 
moins  connu  des  portraits  du  grand  homme,  est  tout  à  fait  inattendu  sous 
le  pinceau  de  la  Cruche  cassée  et  de  \ Accordée  de  village.  —  Les  Hûet,  de 
M.  Gabillot,  forment  un  volume  très  étendu,  presque  exclusivement  rela- 
tif à  Jean-Baptiste  Hûet,  avec  un  court  chapitre  sur  ses  trois  fils,  pein- 
tres et  dessinateurs  comme  lui.  Cela  fait  un  bien  grave  monument  à  la 
mémoire  d'aimables  artistes  de  second  plan  ;  mais,  outre  que  l'ouvrage 
est  grossi  par  de  nombreuses  reproductions  de  dessins  hors  texte, 
J.-B.  Hûet  a  tenu,  par  sa  féconde  production,  ime  place  plus  importante 
qu'on  ne  se  le  rappelle  aujourd'hui  dans  l'art  du  xviri'=  siècle.  Ses  décors 
de  trumeaux,  il  est  vrai,  toujours  galants,  toujours  les  mêmes,  nous 
laissent  froids,  mais  le  peintre  d'animaux  est  en  lui  très  supérieur, 
très  original  ;  c'est  un  précurseur  de  nos  grands  animaliers  modernes. 
Ce  titre  seul  justifierait  la  couronne  de  laurier,  peut-être  un  peu  touffue, 
fort  habilement  tressée  en  son  honneur. 


—  198  — 

9.  —  M.  Henry  Havard  a  rencontré  bien  des  fois  le  nom  et  l'industrie 
des  Bonlle,  en  composant  cotte  encyclopédie  historique  de  l'art  décoratif 
qui  s'appelle  le  Dictionnawede  l'ameublement.  De  là,  sans  doute,  lui  est 
venue  l'idée  de  leur  consacrer  un  livre,  dont  tous  les  éléments  se  rassem- 
blaient naturellement  sous  sa  main.  La  création  par  André-Charles 
Boulle  (et  non  Boule)  du  meuble  qui  porte  son  nom  et  qui  est  resté  le 
type  le  plus  célèbre  de  la  somptuosité  du  mobilier,  n'est  pas  le  seul  titre 
de  cet  artiste  à  la  renommée.  «  Ébéniste,  ciseleur,  et  marqueteur  ordi- 
naire du  Roi,  »  il  a  été  un  des  plus  actifs  et  des  plus  utiles  collaborateurs 
de  Le  Brun  dans  la  belle  mise  en  scène  du  «  siècle  de  Louis  XIV.  » 
M.  Havard  a  établi  avec  précision  sa  biographie,  ainsi  que  celle  de  ses 
quatre  fils,  tous  «  ébénistes  du  f{oi,  »  et  a  inventorié  sa  production  artis- 
tique. Il  a  très  bien  dégagé  son  rôle  dans  la  transformation  du  mobilier 
français,  dont  il  étudie  sommairement  les  vicissitudes  antérieures.  Il  a 
su  montrer  ce  qui  aurait  manqué  à  Boulle,  s'il  n'eût  pas  vécu  au  milieu 
des  circonstances  qui  favorisèrent  l'éclosion  de  son  génie,  et  ce  qui  au- 
rait manqué  à  l'art  du  tempS;,  si  Boulle  n'y  eût  point  travaillé. 

10,  Il  et  12.  —  L'auteur  des  Boulle  fait  preuve  d'une  belle  activité  : 
nous  le  trouvons  occupé  à  la  fois  à  écrire  l'histoire  et  à  propager  le 
rôle  de  l'art  décoratif,  à  poursuivre  ses  études  sur  la  peinture  hollan- 
daise avec  une  monographie,  qui  n'est  pas  bien  ancienne,  sur  Van  der 
Meer  de  Delft,  à  diriger  enfin  cette  œuvre  patriotique  de  mise  en  valeur 
de  nos  monuments  nationaux,  qui  a  pour  titre  la  France  artistique 
et  monumentale.  Au  milieu  de  tant  de  travaux  divers,  il  semble  revenir 
avec  prédilection  aux  arts  de  l'ameublement  et  aux  applications  de  l'art 
à  la  vie  courante.  11  met  une  passion  particulière  à  aider  au  relèvement 
ou  au  maintien  de  ces  industries  d'art,  qui  ont  donné  à  la  France  d'au- 
trefois et  gardent  à  la  France  d'aujourd'bui  un  renom  de  goût  incom- 
parable. Ce  sentiment  a  visiblement  inspiré  sa  collection  populaire  des 
Arts  de  l'ameublement,  qu'il  publie  chez  l'éditeur  Delagrave.  Aux  trois  vo- 
lumes déjà  annoncés  vient  s'adjoindre  une  série  nouvelle  :  La  Serrurerie, 
l'Horlogerie,  la  Tapisserie.  Ces  ouvrages,  d'usage  très  pratique,  com- 
prennent toujours  deux  parties,  la  première  technique,  la  seconde  histo- 
rique. Comme  tout  le  monde  aujourd'bui  s'intéresse  plus  ou  moinsà  l'art 
industriel,  en  un  moment  où  le  mobilier  de  goût  devient  de  rigueur,  ces 
monographies  seront  aussi  consultées  au  salon  qu'à  Tateher.  Bien  illus- 
trée, cartonnée  avec  élégance,  la  petite  collection  de  M.  Havard  se  pré- 
sente comme  le  complément  tout  indiqué  de  la  Blbliolhrquc  de  l'ensei- 
gnement des  beaux-arts. 

13.  —  Le  dernier  volume  de  cette  Bibliothèque,  les  Styles  français,  se 
rattache  précisément  au  jiième  ordre  d'idées  artistiques  et  en  donne, 
pour  ainsi  dire,  la  philosophie.  11  y  est  question  de  l'art  tout  entier,  de 
rarcliilcclure  aussi  bien  que  de  la  miniature,  de  l'art  de  Jean  Fouquet 


—  199  — 

comme  de  celui  de  Boulle  ou  de  Bérain  ;  et  le  cadre  chronologique  est 
immense,  puisqu'il  va  de  l'époque  gallo-romaine  (ce  dont  on  aurait  pu 
se  passer)  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Louis  XVI  (en  oubliant  l'Empire, 
qui  eut  un  style  pourtant).  On  peut  faire  des  reproches  au  plan,  trouver 
qu'il  est  beaucoup  trop  vaste,  qu'il  empiète  sur  trop  de  volumes  de  la 
même  collection,  auxquels  il  est  forcé  d'euiprunter  nombre  de  gravures, 
enfin  qu'il  résume  trop  de  faits  et  analyse  trop  de  monuments  en  un 
nombre  de  pages  insuffisant.  Tous  ces  reproches  seraient  fondés  ,  mais 
en  somme  ce  résumé,  si  condensé  qu'il  soit,  n'était  point  inutile  à  don- 
ner, et  rien  d'essentiel  ne  semble  y  avoir  été  omis.  Il  était,  en  outre, 
extrêmement  difficile  à  composer;  l'auteur,  M.  Lechevallier-Chevignard, 
à  force  de  patience  et  de  conscience,  et  grâce  à  un  art  d'écrivain  qui 
n'est  pas  commun,  s'est  tiré  à  son  honneur  de  cette  tâche  ardue. 

\A.  —  Un  manuel  de  V Architecture  de  la  Renaissance,  écrit  par 
M.  Léon  Palustre,  ne  peut  manquer  d'oflrir  grand  intérêt.  J'oserai 
pourtant  indiquer  quelques  réserves.  L'introduction  générale  sur  les  dé- 
buts de  la  Renaissance  en  Italie  me  paraît  assez  inutile  ;  la  partie  histo- 
rique relative  à  l'architecture  italienne  est  écourtée  et  par  suite  insuffi- 
sante ;  enfin  la  part  des  artistes  italiens  dans  l'éducalion  des  architectes 
français ,  autrefois  très  exagérée,  si  Ton  veut ,  est  tout  de  même  trop 
réduite  à  présent.  «  En  vain  quelques-uns  d'entre  eux,  s'écrie  l'auteur, 
parlant  des  Italiens,  comme  Serlio  par  exemple,  s'évertuaient-ils  à 
présenter  des  projets,  on  ne  leur  permettait  jamais  de  passer  à  l'exé- 
cution »  (p.  138).  iM.  Palustre,  dont  les  idées  sont  bien  connues,  n'ad- 
met ici  aucune  discussion  :  «  Sur  ce  point,  dit-il,  il  n'y  a  plus  et  il  ne 
saurait  plus  y  avoir  de  dissentiments  aujourd'hui.  »  L'auteur  ne  se 
trompe-t-il  pas  ?  La  critique  d'outre-monts,  tout  au  moins,  semble  loin 
de  le  suivre.  La  question  reste  peut-être  ouverte  encore,  bien  que 
M.  Palustre  ait  fait  plus  que  personne  pour  apporter  à  la  solution  des 
éléments  importants  et  nouveaux.  Il  convient  de  dire,  à  présent,  que  sur 
le  terrain  français,  qui  est  le  sien  avant  tout,  l'écrivain  retrouve  toute 
sa  supériorité.  Il  étudie  et  classe,  avec  l'autorité  qui  lui  appartient,  les- 
monuments  de  l'architecture  française  du  xvi*  siècle,  dernières  merveille 
créées  par  la  grande  lignée  de  nos  constructeurs  nationaux.  Les  belle- 
recherches  de  l'auteur  de  la  Renaissance  en  France  ont  déposé  ici  leur 
meilleure  substance. 

15, 16.  —  Un  court  travail  sur  Michel-Ange^  écrit  sans  prétention  et 
modestement  présenté  par  M.  Roger-Miles,  sert  de  cadre  à  une  quaran- 
taine de  gravures  groupées  par  la  librairie  Rouam  dans  un  but  de  vulga- 
risation et  représentant  les  principales  œuvres  du  maître.  Quelques 
dessins  y  ont  été  utilement  ajoutés.  Le  texte  est  exact  et  d'un  ton  juste. 
—  L'ouvrage  sur  Murillo  et  ses  élèves  a  une  portée  plus  grande.  En 
partie  publié  déjà  dans  la  Gazette  des  beaux-arts,  c'est  le  résultat  de 


—  200  — 

recherches  critiques  dues  à  l'un  des  meilleurs  connaisseurs  de  FliisLoire 
de  l'art  espagnol,  M.  Paul  Lefort,  inspecteur  des  beaux-arts.  A  la  suite 
des  chapitres  de  biographie  et  d'esthélique  figure  un  catalogue  raisonné, 
fort  étendu,  des  principaux  ouvrages  du  grand  peintre  réaliste  et  mys- 
tique. Deux  bonnes  eaux-fortes,  le  Divin  berger  et  Saint  François 
d'Assise  au  pied  de  la  croix,  ornent  le  volume. 

17.  —  Le  livre  de  M.  G.  Séailles  sur  Léonard  de  Vinci  demanderait  à 
être  analysé  et  discuté  plus  longuement  que  je  ne  puis  le  faire  dans  ces 
brèves  indications  bibliographiques.  La  personnalité  si  puissante,  si 
complexe  et,  à  certains  égards,  unique  de  Léonard  n'avait  jamais  été 
embrassée  dans  un  ouvrage  d'ensemble  clair  et  satisfaisant.  On  était  en 
droit  de  l'attendre  cependant,  après  un  si  grand  nombre  de  publications 
de  détail  sur  sa  vie  et  son  œuvre,  surtout  après  l'édition  intégrale  de 
ses  manuscrits  et  de  ses  dessins  d'étude,  faite  avec  tant  de  soin,  pour 
la  partie  qui  est  en  France,  par  M.  Ravaisson-MoUien.  M.  Séailles  a  le 
mérite  d'avoir  tenté  cette  synthèse,  dans  cet  «.  essai  de  biographie 
psychologique.  »  Il  nous  a  montré  la  formation  intellectuelle  de  Léonard, 
le  caractère  exceptionnel  de  son  rôle  et  l'importance  de  ses  conceptions 
d'artiste  et  de  savant.  Le  savant  tient  ici,  et  c'est  justice,  plus  de  place 
que  l'artiste.  C'est  le  côté  le  plus  neuf  du  hvre,  au  moins  pour  le  grand 
public;  pour  les  spécialistes  mêmes,  qui  connaissent  les  travaux  de 
M.  Grothe  et  de  M.  Richer,  c'est  une  mise  en  œuvre  très  personnelle  des 
registres  de  Léonard,  de  ce  journal  de  son  génie,  où  tant  de  découvertes 
modernes  sont  en  germe,  où  se  trouvent  posés,  cent  ans  avant  (ialilée, 
les  vrais  principes  de  la  mécanique,  où  sont  devinées  et  indiijuéos  les 
applications  les  plus  inattendues  de  la  science  dans  tous  les  domaines, 
astronomie,  géologie,  physiologie,  elc  Le  maître  de  la  Cène  et  de  la  Jo- 
co?ic/c  tient  une  place  immense  dans  rhi^ioire  de  la  science  et  du  dévelop- 
pement des  idées  qui  mènent  le  monde.  Des  réserves  de  détail  que  je 
pourrais  faire  je  n'en  reliens  ici  qu'une  seule,  relative  à  la  religion  de 
Léonard.  Le  grand  artiste  de  la  Renaissance  est  visiblement  hors  de 
l'esprit  chrétien,  cela  n'est  pas  conleslable  ;  mais  il  s'en  faut,  à  mon 
avis,  qu'il  ait  rompu  consciemment  avec  l'Église.  De  tous  les  passages 
réunis  par  M.  Séailles  pour  prouver  l'inerédulitôde  Léonard,  pas  un  seul 
ne  me  semble  probant;  tous  ont  leur  équivalent  chez  les  penseurs  un 
peu  hardis  du  temps,  demeurés  en  somme  rigoureusement  fidèles  au 
christianisme  et  même  au  catholicisme,  tels  par  exemple  qu'Érasme. 
Je  suis  plutôt  surpris  du  très  petit  nombre  de  sailUes  de  ce  genre  jetées 
par  le  maître  sur  des  pages  écrites  pour  lui  seul.  —  Le  livre  que  va  faire 
paraître  très  prochainement  M.  Eugène  Miîntz  nous  donnera  surtout  sans 
doute  Léonard  de  Vinci  artiste;  M.  Séailles  l'a  complété  par  avance  en 
nous  faisant  connaître,  dans  l'artisle,  le  savant,  l'esthéticien  et  le  philo- 
sophe. 


—  201   - 

18.  —  Avec  le  livre  de  M.  Gherbuliez,  VArt  de  la  nature,  nons  res- 
tons exclusivement  dans  le  royaume  de  l'eslhélique.  L'auteur  passe 
d'abord  en  revue  les  caractères  communs  aux  divers  arts  et  en  dégai^^e 
une  définition  de  l'œuvre  d'art  applicable  à  tous.  La  deuxième  et  la 
troisième  partie  contiennent  une  pénétrante  étude  de  l'imagination,  des 
lois,  de  son  activité,  de  ses  joies  et  de  ses  tourments  dans  ses  rencontres 
avec  la  réalité  et  dans  son  commerce  avec  la  nature;  l'auteur  aboutit  à 
ces  jolies  formules  :  «  L'art,  étant  la  nature  débrouillée  et  concentrée, 
nous  délivre  de  ce  qu'elle  a  d'obscur  et  d'accablant  pour  nous.  L'art 
nous  délivre  aussi  des  chagrins  que  causent  à  notre  imagination  le  peu 
de  durée  de  la  beauté  naturelle  et  les  hasards  perturbateurs.  »  La  der- 
nière partie  de  l'ouvrage  traite  de  la  personnalité  de  l'artiste,  des  écoles, 
des  principes  du  vrai  et  du  taux  réalisme,  du  vrai  et  du  faux  idéalisme. 
M.  Gherbuliez  prend  ses  exemples  dans  l'art  ancien  et  on  sent  en  lui  un 
fervent  des  maîtres  classiques.  Les  pages  éloquentes,  fines  ou  fortes, 
abondent  dans  ce  livre,  qui  affecte,  évidemment  par  une.  coquetterie  de 
lettré,  la  forme  didactique  d'un  «  traité.  » 

19.  —  11  y  a  aussi  de  l'esthétique,  mais  batailleuse  et  toute  contem- 
poraine, dans  le  volume  de  M.  Gustave  Geff'roy,  la  Vie  artistique. 
Toutefois,  c'est  surtout  comme  recueil  d'information  qu'il  restera. 
C'est  une  réunion  d'articles  sur  l'art  contemporain,  donnés  au  jour  le 
jour  dans  la  presse  quotidienne  par  un  de  nos  critiques  les  plus  hardis 
et  les  plus  sincères.  Le  premier  volume  de  ce  recueil,  qui  doit  être 
continué,  porte  en  tète  une  pointe  sèche  de  M.  Carrière  et  une  préface 
de  M.  de  Concourt;  c'est  assez  dire  quels  maîtres  ont  les  prédilections 
de  l'auteur,  quelle  école  compte  seule  à  ses  yeux  pour  le  mouvement  d'art 
de  demain. 

10.  —  L'évolution  artistique  contemporaine  tient  une  très  large 
place  dans  le  livre  de  M.  de  Wyzewa  sur  la  Peinture  étrangère  au 
XIX'^  siècle,  qui  complète  une  riche  collection  de  volumes  sur  Fart 
français  de  ce  siècle,  éditée  par  la  Librairie  illustrée.  Il  est  accompagné 
de  bonnes  eaux-fortes  d'après  les  maîtres  les  plus  notables  de  l'étranger, 
Kaulbaclî,  Menzel,  Edelfelt,  Leys,  Goya,  Turner,  Bonington,  J.  de 
Nittis,  Sargent,  etc.  Depuis  les  expositions  universelles,  qui  ont  amené 
à  Paris  tant  de  chefs-d'œuvre  dans  les  sections  artistiques  étrangères, 
nous  ne  sommes  plus  en  France  aussi  ignorants  qu'autrefois  du  mou- 
vement qui  s'accomplit  hors  de  nos  frontières,  ni  aussi  sottement  sûrs 
de  notre  supériorité  nationale.  Ce  livre  trouve  donc  un  public  préparé  à 
le  goûter.  La  rédaction  en  paraît  un  peu  improvisée;  l'information  est 
parfois  incomplète  :  l'Italie  actuelle,  par  exemple,  si  maltraitée  par  l'au- 
teur, est  assez  pauvre  en  artistes  de  talent  pour  qu'on  ait  tort  d'omettre, 
en  parlant  d'elle,  le  nom  populaire  de  Michetti.  Bien  peu  de  critiques 
d'art,  il  est  vrai,  seraient  en  état  de  porter  un  jugeaient  historique  et 


202  

motivé  sur  des  écoles  si  diverses  el  si  éloignées.  ÀI.  de  Wyzewa  a  le 
mérile  d'être  au  courant  de  beaucoup  d'entre  elles;  je  le  crois  excellent 
surtout  pour  l'Allemagne,  qu'il  connaît  particulièrement. 

21.  —  La  Femme  dans  l'art  tient  à  la  fois  du  livre  d'érudition  el 
du  livre  d'art,  dans  la  mesure  où  l'aime  le  grand  public  auquel  s'adresse 
l'ouvrage.  Le  sujet  en  est  si  heureusement  choisi  qu'on  s'étonne  de  ne 
l'avoir  pas  vu  paraître  plus  tôt,  et,  de  fait,  c'est  la  première  fois  qu'au- 
teur et  éditeur  songent  à  consacrer  un  volume  à  la  femme,  considérée 
comme  modèle  et  inspiratrice  de  l'art,  en  môme  temps  qu'aux  femmes 
qui  l'ont  pratiqué  avec  honneur.  M.  Marins  Vachon  nous  rappelle  les 
modiGcations  que  le  type  féminin  idéal  a  subies  à  travers  les  siècles  civi- 
lisés, et  son  admiration  pour  la  Grèce,  créatrice  des  plus  belles  formes 
humaines,  ne  le  rend  pas  injuste  pour  le  moyen  âge,  qui  a  célébré  la 
femme  avec  une  sérénité  et  une  pureté  incomparables.  Mais  ce  qui  in- 
téressera plus  encore  que  ses  considérations  esthétiques,  c'est  la  partie 
anecdotique,  où  défilent  à  tour  de  rôle  les  femmes  illustres,  princesses, 
grandes  dames  ou  dames  moins  grandes,  hélas!  qui  ont  protégé  l'art  et 
les  artistes.  Deux  époques  surtout,  et  des  plus  brillantes  au  point  de  vue 
artistique,  ont  professé  le  culte  de  la  femme  et  subi  son  influence,  la 
Renaissance  et  le  xviii°  siècle.  L'inspiration  de  ces  deux  moments  fut 
^d'ailleurs  très  différente  et  de  noblesse  très  inégale,  comme  on  peut  s'en 
rendre  compte  en  évoquant  le  nom  des  deux  plus  célèbres  Mécènes  fé- 
minins de  chaque  temps,  Isabelle  d'Esté,  duchesse  de  Mantoue,  à  côté 
de  M""'  de  Pompadour.  En  aucun  siècle,  d'ailleurs,  la  femme  n'a  exercé 
à  demi  son  influence,  bonne  ou  mauvaise,  et  le  livre  de  M.  Vachon  en 
groupe  habilement  les  preuves,  en  déguisant,  autant  que  possible,  les 
parties  scabreuses  de  son  sujet.  La  typographie,  sans  être  luxueuse,  est 
agréable,  et  c'est  dommage  que  les  noms  propres  y  soient  quelquefois 
écorchés.  Les  gravures  sur  bois  sont  au  nombre  de  quatre  cents;  il 
en  est  d'excellentes  ;  celles  qui  comportent  le  nu  ne  sont  pas  toujours 
les  plus  heureuses^  VHécate  de  Baudry,  par  exemple.  Ce  volume  a  paru 
un  peu  tard  pour  avoir  un  succès  aux  étrennes  dernières  ;  mais  il  est 
tout  indiqué  pour  les  prochaines  comme  étrenne-madrigal  aux  femmes 
artistes,  et  c'est  un  succès  qui  l'attend,  puisque  de  nos  jours  elles  sont 
légion. 

22.  —  La  monographie  do  la  Manufaciiwc  iiadonale  des  Gobclins 
a  été  préparée  et  composée  par  AL  (îerspach,  nommé  il  y  a  peu  de 
jours  administrateur  honoraire  de  la  manufacture,  alors  qu'il  était  en- 
core administrateur  en  fonctions.  La  création  de  Colbert  et  de  Le  Brun 
a  été  m\c,  des  gloires  de  l'art  national  et  tient  encore  dans  le  monde  une 
place  honorable  et  envi(''e.  .^L  (icrspach  fait  cunnailre  le  foiiclioinicinenl 
ancien  et  actuel  de  celle  vénérable  maison,  donne  la  liste  des  modèles 
qui  se  sont  succf'dé  sur  ses  méliers,  el  ii'sinnf'  |)oiir  rinslruclion  des 


—  203  — 

curieux  et  des  artistes  l'histoire  de  ses  illustres  ateliers  ;  il  analyse  les 
divers  modes  de  fabrication  des  tapisseries,  indique  le  rôle  de  l'atelier 
des  tapis  de  la  Savonnerie,  annexé  aux  Gobelins  en  1826,  celui  des 
ateliers  de  broderie,  ébénisterie,  orfèvrerie,  mosaïque,  raconte  les  vicis- 
situdes des  collections  et  l'organisation  du  musée  récemment  ouvert  au 
public.  Un  appendice  de  documents  tirés  des  archives  de  l'administra- 
tion complète  ce  volume,  qui  sera  souvent  consulté. 

23.  —  Voici  à  présent  une  bonne  nouvelle  aux  voyageurs  d'Italie  et 
aux  amateurs  qui  voyagent  dans  leur  cabinet  et  veulent  classer  avec 
méthode  et  précision  leurs  connaissances  artistiques.  La  partie  du  Cicé- 
rone de  M.  Burckhardl  qui  traite  de  l'Art  moderne  vient  de  paraître  en 
traduction,  à  un  assez  long  intervalle  de  la  première.  On  sait  que  celte 
grande  œuvre  est  tout  à  fait  classique,  puisque  la  traduction  a  été  faite 
sur  une  édition  allemande  qui  est  la  cinquième,  revue  et  complétée  par 
M.  Bode.  Le  célèbre  professeur  de  l'Université  de  Bâle  a  guidé  en  Italie 
de  nombreuses  générations  d'artistes  et  de  voyageurs  ;  le  public  français, 
qui  avait  jusqu'ici  trop  peu  profité  des  ressources  qu'ofîre  sa  précieuse 
compilation,  doit  remercier  aujourd'hui  le  traducteur,  M.  Auguste  Gé- 
rard, ainsi  que  ses  collaborateurs,  dont  l'un,  M.  de  Geymûller,  a  enrichi 
de  sa  haute  compétence  les  chapitres  relatifs  à  l'architecture,  dont  l'autre, 
M.  G.  Pawlûwski,  a  rédigé  un  morceau  capital  du  volume,  les  tables. 
L'édition  allemande,  sur  laquelle  M.  Gérard  a  travaillé,  diffère  des  plus 
anciennes  en  ce  que  la  mention  ou  la  description  des  œuvres  d'art  est 
enchâssée  dans  des  chapitres  qui  forment  un  texte  suivi  et  qui  exposent 
méthodiquement  l'histoire  de  chacune  des  périodes  de  chaque  art.  De 
même  que  le  premier  volume  formait  de  façon  semblable  une  sorte  de 
manuel  d'art  antique,  le  second  constitue  un  manuel  d'art  moderne  en 
Italie,  depuis  l'âge  des  Catacombes  jusqu'au  xviii'  siècle.  C'est  la  table 
géographique  qui  doit  servir  de  guide  pratique  au  voyageur:  sous  cha- 
que nom  de  localité  figurent  les  édifices,  éghses,  palais,  galeries,  qui 
méritent  d'y  être  visités,  et  sous  chaque  nom  d'édifice  ou  de  galerie 
est  la  hsle  des  principaux  objets  à  voir,  avec  renvoi  aux  pages  du  texte 
où  ils  se  trouvent  mentionnés.  Cette  table  est  beaucoup  plus  complète  et 
plus  exacte  que  la  table  allemande  ;  elle  est  mise  au  courant  de  certains 
remaniements  tout  récents  de  collections,  même  de  ceux  de  la  galerie 
Sciarra,  qui  sont  en  ce  moment  soumis  aux  tribunaux  de  Rome.  (  Il 
manque  peut-être  une  table  des  matières,  qu'on  aurait  pu  constituer  avec 
les  simples  titres  courants  du  volume.  L'impression  est  très  correcte  : 
p.  civ,  col.  2,  lire  Font eOrcmda  ;  a.u  litre  du  plan  I,  lire  Uffizi.)  Le  Cicc- 
rone  ainsi  rajeuni  trouvera  place  dans  les  vahses  de  tous  les  touristes 
qui  aiment  assez  l'art  italien  pour  braver  l'inévitable  ennui  de  manier 
du  matin  au  soir  un  volume  d'un  millier  de  pages. 

24,  25.  —  Avec  la  présente  année  scolaire  a  été  inaugurée,  dans  les 


—  "20i  — 

lycôes  iV  «  onseigneUient  secondaire  moderne,  »  une  élude  nouvelle, 
celle  de  l'histoire  de  l'art,  qui  est  destinée,  selon  toute  apparence,  à 
trouver  place  prochainement  dans  les  rhétoriques  classiques.  Cette  ré- 
forme n'est  pas  de  celles  qu'on  doive  blâmer  :  on  ne  verra  plus 
des  générations  entières  d'écoliers  rester  entièrement  ignorantes  de  la 
part  que  l'art  a  prise  dans  la  civilisation,  et  achever  leurs  études  sans 
connaître  de  Phidias,  de  Raphaël,  de  Rembrandt,  autre  chose  que  leur 
nom.  Mais  une  double  ditficulté  se  présente.  Lesjmailres  ne  possèdent 
pas  eux-mêmes  les  matières  de  cet  enseignement  nouveau,  plein  d'at- 
trait sans  doute,  mais  aussi  complexe  qu'étendu;  les  programmes  offi- 
ciels, d'autre  part,  ne  leur  indiquent  pas  la  forme  pratique  sous  laquelle 
ils  peuvent  le  distribuer.  Le  Guide-programme  que  j'ai  sous  les  yeux  a 
été  composé  pour  parer  à  ces  premiers  besoins.  MM.  Rocheblave  et 
Lhommp,  deux  professeurs  d'expérience,  qui  ont,  en  même  temps,  fait 
leurs  preuves  comme  écrivains  d'art,  apportent  à  leurs  confrères  embar- 
rassés l'instrument  de  travail  qui  leur  manquait.  Ils  leur  donnent,  en 
trente-sept  leçon?,  une  orientation  générale  sur  l'histoire  de  l'art  depuis 
les  origines  jusqu'à  Ingres  et  Delacroix,  terme  extrême  du  programme. 
Ces  leçons,  presque  toutes  rédigées,  ne  forment,  d'ailleurs,  ni  un  cours 
ni  même  un  manuel  au  sens  complet  du  mot  ;  ce  sont  seulement  des 
cadres  nettement  tracés,  contenant  les  définitions,  les  divisions,  les 
dates,  les  aperçus  généraux,  et  une  précieuse  bibliographie  des  princi- 
paux sujets,  distinguant  d'ordinaire  assez  bien  l'essentiel  de  l'utile.  Ce 
livret  est  consciencieux,  exact  et  surtout  pratique,  ce  que  les  auteurs 
ont  avant  tout  cherché.  Ils  vont  le  compléter  par  un  Album  classique 
de  rhisloire  de  Cart,  dont  la  pubhcation  par  livraisons  est  commencée. 
(La  livraison  spécimen,  relative  aux  Arts  sous  Louis  XIV,  illustre  la 
trentième  leçon  du  Guide.)  La  librairie  qui  édite  YArt  n'aura  qu'à 
puiser  dans  ses  abondantes  collections  de  clichés  pour  former 
presque  entièrement  les  séries  de  gravures  indispensables  pour  donner 
la  vie  au  genre  d'enseignement  dont  on  fait  l'essai  et  pour  mettre 
sous  les  yeux  des  élèves  les  documents  les  plus  significatifs  de  chaque 
époque.  La  souscription  à  l'ensemble  est  assez  coûteuse  (cent  francs), 
mais  on  pourra  se  procurer  séparément  les  fascicules.  MM.  Rocheblave 
et  Lhomme  se  flattent  de  constituer  un  recueil  historique  et  méthodique 
des  principaux  monuments  de  l'art  ancien  et  moderne,  qui  intéressera 
les  familles  aussi  bien  que  les  écoles.  Ils  préparent  en  même  temps  des 
choix  de  lectures  et  des  manuels  destinés  à  outiller  et  à  diriger  l'ensei- 
gnement nouveau;  toutes  ces  initiatives,  inspirées  par  un  esprit  très 
honnête,  seront  intéressantes  à  suivre. 

20.  —  Four  ce  qui  est  des  «  lectures  d'art  »  à  l'usage  de  renseigne- 
ment, M.  (iaston  Cougny  avait  déjà  pris  les  devants.  La  première  partie 
de  son  recueil  t'tait  relative  à  l'Orient  antique.  La  seconde,  la  Grèce, 


—  20d  — 

Rome,  vient  de  paraître.  C'est  une  ingénieuse  pensée  de  présenter  ainsi 
un  cours  complet  d'archéologie  et  d'art,  sous  la  forme  d'une  anthologie 
empruntée  aux  plus  ilhistres  ou  aux  plus  sûrs  des  spécialistes  français. 
De  bonnes  notes  et  quelques  gravures  relient  et  complètent  cette 
publication,  qui  va  aborder  l'art  moderne  et  dont  j'ai  déjà  dit  tout  le  bien 
qu'elle  mérite. 

27.  —  C'est  aussi  un  ouvrage  de  vulgarisation  et  d'enseignement  que 
ÏIJisloire  de  l'arl  en  France  depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu'au 
xiv^  siècle,  pubhée  par  M.  Horsin-Déon.  On  aime  à  voir  se  multiplier 
les  ouvrages  de  ce  genre,  qui  apprennent  à  connaître  et  à  respecter  notre 
vieux  patrimoine  artistique.  Quelle  que  soit  la  faveur  officielle  dont 
jouissent  aujourd'hui  nos  monuments  du  moyen  âge,  elle  n'a  pas  rais 
fin  malheureusement  aux  actes  de  vandalisme.  Il  n'y  aura  jamais,  dans 
ce  domaine,  trop  d'efforts  faits  pour  instruire,  car  instruire,  ici, 
c'est  sauver.  Je  souhaiterais  seulement,  sans  avoir  à  relever  d'erreur 
grave  chez  M.  Horsin-Déon,  que  son  information  fût  plus  rajeunie. 
Reproche  plus  sérieux  et  qui  porte  sur  le  plan  même  du  livre,  l'auteur 
a  divisé  son  travail  en  sections  trop  égales  ;  il  a  consacré  «  aux  temps 
les  plus  reculés,  »  à  l'art  gaulois,  à  l'art  gallo-romain,  à  l'art  mérovin- 
gien, autant  de  pages  qu'à  l'art  roman  et  à  l'art  ogival.  Cet  équilibre 
n'est  pas  équitable;  les  époques  d'art  ne  sont  pas  grandes  en  proportion 
des  années  qu'elles  ont  duré,  mais  bien  des  chefs-d'œuvre  qu'elles  ont 
produits. 

28.  —  Les  deux  volumes  d'archéologie  récemment  parus  dans  la 
collection  Quantin  y  compteront  parmi  les  meilleurs.  Illustrés  tous  les 
deux  avec  un  soin  particulier,  composés  par  des  érudits  qui  sont  aussi 
des  écrivains,  ils  font  honneur  l'un  à  l'Écuie  d'Athènes,  à  laquelle  l'au- 
teur a  appartenu,  l'autre  à  l'École  de  Rome,  où  les  éléments  en  ont  été 
recueiUis.  Il  y  a  plaisir  à  louer  ces  travaux  sans  restriction  d'aucune 
sorte.  —  La  Peinture  antique  était  un  sujet  neuf,  au  moins  en  France, 
difficile  à  traiter  sans  appareil  d'érudition,  difficile  aussi  à  exposer  avec 
précision  en  l'absence  des  monuments  principaux  détruits  parle  temps. 
On  pouvait  craindre  l'aridité  et  l'obscurité,  et  je  trouve  que  M.  Paul 
Girard  a  accompli  un  véritable  tour  de  force  en  nous  offrant  en  telle 
matière  un  livre  de  lecture  aussi  agréable.  Il  commence  par  étudier 
la  peinture  dans  son  principe  d'art  et  dans  ses  procédés  techniques  au 
berceau  de  tous  les  arts  de  l'Orient,  l'Egypte,  et  il  met  en  lumière  le 
caractère  réaliste  qu'y  revêtit  la  représentation  des  types  de  diverses 
races  et  de  la  physionomie  individuelle.  Il  parcourt  ensuite  les  régions  de 
l'Asie,  où  la  polychromie^,  par  les  conditions  mêmes  de  la  lumière,  parut 
un  élément  essentiel  de  toute  décoration;  il  indique  les  rares  monu- 
ments et  les  traditions  d'art  qui  nous  sont  restés  de  la  Chaldée,  de 
l'Assyrie,  de  la  Phénicie  et  de  la  Perse.  La  Grèce  l'arrête  plus  longtemps; 


—  206  - 

;nais  comment  juger  les  écoles  qui  s'y  sont  succédé  ?«  On  s'est  de- 
mandé souvent  si  la  peinture  des  Grecs  avait  égalé  leur  sculpture.  11  est 
bien  ditiicile,  dans  l'état  de  nos  connaissances,  de  répondre  à  une 
jjareille  cpiestion.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  peinture,  en  Grèce,  a 
été  un  grand  art,  que  les  Grecs  l'ont  aimée  et  cultivée  pour  elle-même,  » 
bien  qu'on  doive  «  probablement  renoncer  pour  toujours  à  l'espoir  d'en 
retrouver  même  d'informes  fragments  »  (p.  91).  L'auteur  reconstitue 
cette  histoire  glorieuse  au  moyen  des  témoignages  antiques  et  des  repré- 
sentations des  vases  peints,  qui  se  sont  tant  de  fois  inspirés  du  grand 
art  contemporain,  à  l'aide  aussi  des  tableaux  de  Pompéi,  dont  tant  de 
motifs  ont  une  origine  grecque.  Les  portraits  d'un  grand  intérêt  psycho- 
logique et  artistique,  découverts  dans  le  Fayoum  (Haule-Égypte)  et 
exposés  à  Paris  il  y  a  peu  d'années ,  fournissent  les  éléments  princi- 
paux du  chapitre  sur  la  peinture  hellénistique.  L'art  étrusque  et  l'art 
romain,  tous  les  deux,  et  surtout  le  second,  dérivés  de  l'art  grec,  sont 
brièvement  étudiés.  Ce  sont  les  points  les  plus  connus  du  sujet,  que 
l'auleurà  tenu  à  ne  pas  développer  particulièrement,  réservant  tout  son 
eflbrt  pour  les  parties  obscures,  où  il  y  avait  à  faire  converger  les 
rayons  d'une  claire  esthétique  et  d'une  critique  lumineuse. 

29.  —  De  laPeiniure  (oïliquc  à  tA/xhéologie  chrétienne^  la  transition 
est  aisée.  L'art  nouveau  qui  se  met  au  service  du  christianisme  nais- 
sant, pour  en  interpréter  les  leçons  et  en  populariser  les  symboles,  n'est 
qu'une  émanation  et  une  purification  de  l'art  païen.  Longtemps,  la 
technique  et  môme  une  part  du  symbolisme  restent  identiques.  C'est 
ce  que  M.  André  Pératé  met  en  lumière,  au  seuil  même  de  son  livre, 
avec  une  remarquable  netteté.  11  parcourt  ensuite  le  vaste  domaine 
de  l'art  chrétien  primitif,  qui  comprend  essentiellement  la  i)cinture 
des  Catacombes,  la  sculpture  des  sarcophages,  l'architecture  et  la  déco- 
ration des  basiliques.  Los  grandes  découvertes  dont  le  monde  savant 
i-emerciait  récemment  M.  De  Rossi  dans  une  solennité  mémorable, 
les  publications  du  P.  Garrucci,  les  importantes  recherches  de  MM.  Le 
Blant,  Duchesne  et  de  la  pléiade  romaine  et  étrangère  des  élèves 
de  M.  De  Hossi,  ont  créé,  on  peut  lo  dire,  en  ces  quarante  der- 
nières années,  l'archéologie  chrétienne.  Le  jeune  écrivain  français,  qui 
a  travaillé  lui-même  en  chercheur  à  l'œuvre  commune  et  qui  connaît 
j)ar  conséquent  lo  sujet  de  première  main,  avait  toute  qualité  pour 
j)réscnter  au  public  les  résultats  d'ensemble  acquis  par  ses  devanciers 
et  par  ses  maîtres.  Je  ne  puis  entrer  dans  le  détail  du  livre,  dédié 
d'ailleurs  à  M.  De  Rossi, et  dont  l'illustration  mémo  est  si  scrupuleuse  que 
l'auteur  a  tenu  à  on  dessiner  de  sa  main  plus  de  la  moitié.  Mais  je  tiens 
à  signaler  la  nmivcînité  de  l'exposilion,  on  ce  qui  concerne  le  symbo- 
lisme et  riconogra[)l]io  clirétionne  :  les  œuvres  d'art  sont  classées  partout 
et  étudiées  par  catégories  de  sujets  et  non  j)lus  uniquement  dans  l'ordre 


—  207  — 

chronologique;  celle  disposition,  qui  n'exisle  pas  dans  des  Irailés 
archéologiques  plus  importants,  donne  lieu  à  des  rapprochements  d'une 
fécondité  inattendue.  On  remarquera  aussi,  outre  les  pages  sur  les 
origines  païennes  du  symbolisme  chrétien,  celles  qui  se  rapportent  à  la 
peinture  de  portraits  et  aux  scènes  de  la  vie  ordinaire  dans  les  Cala- 
combes.  Quand  on  a  vécu  à  Rome  et  qu'on  a  eu  le  bonheur  d'y  suivre  sur 
place  le  mouvement  si  attachant,  mais  si  complexe,  de  l'archéologie,  on 
saisit  mieux  le  mérite  de  M.  Pératé  à  prendre  parti  sur  tant  de  pro- 
blèmes controversés  et  à  rester  clair  sans  cesser  d'être  informé.  Il  jette 
discrètement  son  avis  personnel  dans  plusieurs  questions,  quoiqu'il 
ne  s'attarde  jamais  dans  la  discussion  pure.  Enfin,  il  met,  à  exposer 
ce  grand  sujet  d'érudition  chrétienne,  le  goût  d'un  lettré  altique 
et  quelque  chose  de  mieux  encore,  ce  sentiment  de  respect  intime 
qui  fait  deviner  l'àme  rehgieuse  du  passé.  Son  livre  est  le  meilleur 
manuel  existant  à  l'heure  actuelle  sur  les  origines  et  les  neuf  pre- 
miers siècles  de  l'art  chrétien.  Nolhac. 


GEOGRAPHIE.  —  VOYAGES 

1 .  Allas  universal  para  las  esciielas  primarias,  secundarias  y  normales,  segun  los  ulli- 
mos  adelarilos  de  lapcdagogia  alemana,  publicado  por  Volckmar  :  I.  Edicion  grande 
con  38  mapas,  para  al  Reino  de  Espaùa,  6  fr.  —  II.  Ediciou  pequeûa  para  ol  Reino 
de  Espafia  con  34  mapas,  5  fr.  —  III.  Edicion  sur-americana  con  34  mapas,  5  fr.  — 
3  albums  iu-4,  Friburgo  de  Brisgovia  (Alemania),  B.  Horder,  1892.  —  2.  Géographie 
de  la  France  et  de  ses  colonies,  par  Marcel  Dubois.  Cours  supérieur.  Paris,  G.  Masson, 

1892,  in-12  de  645  p.  avec  figures,  cartes  et  croquis,  G  fr.  —  3.  La  France  coloniale. 
Histoire,  géographie,  commerce,  par  Alfred  Rambaud,  avec  la  collaboration  d'une  so- 
ciété de  géographes  et  de  voyageurs.  6' édition  entièrement  refondue.  Paris,  A.  Colin, 

1893,  in~8  de  790  p.  avec  13  cartes,  8  fr.  —  4.  Du  Sainl-Golhnrd  à  la  mer.  Le  Rhône. 
Histoire  d'un  fleuve,  par  Charles  Lenthéric.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1892,  2  vol.  in-8 
avec  17  cartes  et  plans,  18  fr.  —  5.  Bome  et  l'Italie  sous  Léon  XIII,  par  le  baron  Jehan 
DÉ  WiTTE.  Paris,  H.  Chapelliez,  1892,  gr.  in-18  do  516  p.,  orné  de  portraits,  4  fr. 
—  6.  Huit  jours  en  Italie.  Pèlerinage  de  la  jeunesse  française  à  Home  (septembre- 
octobre  i89i),  par  Louis  d'Eslion  et  J.  de  la  Nézière.  Paris,  Téqui,  1802,  in-12  de 
356  p.,  orné  de  nombr.  vignettes,  3  fr.  50.  —  7.  ^1  Rome  et  en  Italie.  Impressions  d'un  pèle- 
rin, par  l'abbé  J.-M.  Buathier,  curé-archiprêtre  de  Saint-Trivier-de-Courles.  Paris  et 
Lyon,  Delliomme  et  Briguet,  1892,  petit  in-18  de  166  p.,  1  fr.  25.  —  8.  L'Europe  illustrée 
(n°'  160-161).  Spiez  et  la  vallée  de  la  Kander  dans  l'Oherland  bernois,  par  Ernest 
MtJLLER,  pasteur.  Zurich,  Art.  Institut  Orell  Fûssli,  petit  in-8  de  71  p.,  orné  de  32 
illuslr.,  1  fr.  50.  —  9.  De  Paris  au  Cap  Nord.  Notes  pittoresques  sur  la  Scandinavie, 
par  Paul  Ginesty.  Paris,  Rouam,  1892,  gr.  in-8  de  252  p.,  orné  de  47  grav.,  8  fr.  — 
10.  Les  Etablissements  français  dans  l'Inde  et  en  Océanie,  par  G.  Haurigot.  Paris, 
Lecèno  et  Oudin,  s.  d.,  in-8  de  237p.,ornéde27grav.,  0  fr.  95.  — 11.  Lettres  sur  l' Inde, 
par  Mgr  Laouënan,  archevêque  de  Pondichéry,  publiées  par  Adrien  Launay,  de  la 
Société  des  missions  étrangères.  Paris,  V.  Lecofîre,  1893,  in-8  de  276  p.  avec  grav. 
cl  carte,  3  fr.  50.  —  12.  Une  Excursion  en  Indo-Chine.  De  Hanoi  à  Bangkok,  parle 
prince  Henri  d'Orléans.  Paris,  Calmann  Lévy,  1892,  in-12  de  94  p.,  1  fr.  —  13.  Tu- 
nisie. La  Khroumirie  et  sa  colonisation,  par  le  D"'  Guérard  et  Emile  Boutineau.  Paris, 
A.  Cballamel,  Lecène  cl  Oudin,  1S92,  in-8  de  163  p.  avec  une  carte,  3  fr.  — 
14.  Choses  d'Afrique.  Voyage  d'un  curieitx,  par  Pierre  d'Arl.ay.  Paris,  Lecoffre,  1892, 
ia-8  de  398  p.,  orné  de  4  grav.,  3  fr.  50.  —  15.  Souvenirs  de  Ut  côte  d'Afrique  [Ma- 


—  208  — 

dagascar-Saint-Barnabê),  par  lo  baron  E.  de  Mandat-Grancey.  Paris,  Pion  et  Nour- 
ri!, 189-2,  in-18  de  308  p.,  orné  d'illustr.  par  Riou,  4  fr.  —  16.  Trois  ans  dans  l'Amé- 
rique septentrionale  {i885,  iSS6,  1887).  Les  États-Unis,  par  le  R.  P.  Ch.  Croonen- 
BERGHS,  S.  J.  Paris  et  Lyon,  Delhomme  cl  Briguet,  1892,  2  vol.  in-8  de3S5  et  366  p., 
ornés  do  49  grav.  et  plans,  10  fr.  —  17.  Un  Royn.itme  polynésien.  Iles  Hawaï,  par 
G.  Sauvin.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893,  in-18  de  321  p.,  avec  une  carte,  3  fr.  50. 

1.  —  C'est  avec  regrel  que  nous  voyons  encoi^e  l'AQiérique  latine,  et 
spécialement  la  République  ai'gentine,  commander  en  Allemagne  les  atlas 
destinés  à  l'enseignement  dans  leurs  écoles  des  divers  degrés.  Cela  dit, 
il  faut  reconnaitre  qne  la  maison  Herder  a  bien  rempli  le  programme  qui 
lui  était  imposé.  Les  cartes  de  ses  atlas  sont  d'un  bel  aspect  et  d'une 
clarté  très  satisfaisante,  ce  qui  n'est  généralement  pas  la  qualité  domi- 
nante de  la  cartographie  allemande.  Les  teintes,  peu  variées  puisqu'elles 
n'embrassent  que  les  nuances  du  vert  et  du  jaune,  indiquent  les  diverses 
altitudes  et  non  les  divisions  politiques;  ce  procédé  est  conforme  aux 
nouvelles  méthodes,  qui  attachent  une  importance  capitale  à  la  géo- 
graphie physique  et  considèrent  le  tracé  des  frontières  comme  d'un 
intérêt  secondaire,  parce  qu'il  est  eu  quelque  sorte  accidentel  et  sujet  à 
des  modifications  fréquentes.  Au  premier  abord,  cette  innovation  étonne 
et  déroute  :  le  tout  est  d"y  habituer  Toeil. 

La  grande  édition  (edicion  grande)  comprend  toutes  les  parties  du 
monde,  mais  en  détaillant  plus  spécialement  l'Espagne,  ses  possessions 
d'outre-mer  et  les  républiques  sud-américaines,  notamment  le  Chili,  la 
République  argentine  et  le  Mexique. 

L'édition  réduite  f  edicion  pequena)  est  identique,  sauf  la  suppression 
des  cartes  détaillées  du  Chili  et  de  la  République  argentine;  celles-ci 
figurent  au  contraire  dans  l'édition  spéciale  de  l'Amérique  méridionale 
(Sur- Amer icana) .,  où,  par  contre,  sont  supprimées  les  cartes  détaillées 
de  l'Espagne. 

Les  cartes  de  ces  trois  atlas  sont  empruntées,  presque  sans  nioditica- 
lions,  à  l'atlas  allemand  de  Hummel,  paru  en  1886.  On  y  a  suivi  l'ortho- 
graphe réformée,  adoptée  récemment  par  l'Académie  espagnole.  Le  méri- 
dien initial  est  celui  de  Greenwich. 

2.  —  Nous  avons  eu  déjà  maintes  fois  occasion  de  louer  les  ouvrages 
classiques  de  M.  Marcel  Dubois,  dont  la  plume  infatigable  s'efforce  de 
sufïire  aux  exigences  multiples  de  l'enseignement  aux  divers  degrés; 
aussi  est-ce  avec  plaisir  que  nous  voyons  la  Société  de  géogi'ajibie  de 
Paris  lui  attribuer  cette  année  un  de  ses  ])rix.  Sa  description  de  la 
F'rance  et  de  ses  colonies  réunit  les  diverses  qualités  signalées  dans  les 
autres  volumes  du  menu;  auteur  :  style  agréabh!  et  facile,  absence  coin- 
plèle  de  parti  pris  doctrinaire,  spécialement  en  ce  (|ui  concerne  les 
systèmes  économiqut.'s,  ni'Utraliti'  bienveillante  et  courloisi^  en  tout  ce 
qui  touche  aux  questions  religieuses,  il  faut  louer  aussi  la  métbode 
rationnelle,  qui  consiste  à  procéder  de  Félude  géologique  et  j)hysique  du 


—  209  — 

sol,  ainsi  que  de  la  cliiiialologie,  pour  arriver  à  déduire  les  conditions 
ethnographiques,  politiques,  économiques,  qui  en  découlent  comme  les 
effets  répondent  aux  causes.  A  la  suite  de  chaque  chapitre  sont  indi- 
qués des  sujets  de  travaux  propres  à  développer  Tinlelligence  des  élèves, 
et  une  nomenclature  des  sources,  nécessairement  bien  sommaire^  et, 
par  conséquent,  incomplète.  Les  erreurs  de  détail  sont  peu  nombreuses, 
mais  il  nous  paraît  important  de  les  signaler  à  l'auteur  pour  qu'il  les 
fasse  disparaître  d'une  prochaine  édition  qui  ne  peut  larder  à  devenir 
nécessaire.  Page  247,  nous  lisons  que,  sur  le  littoral  de  la  Méditerranée, 
le  vent  du  sud-ouest  est  plus  violent  que  le  vent  de  nord-ouest  ;  c'est 
évidemment  le  contraire  qu'on  a  voulu  dire,  puisque  le  vent  de  nord- 
ouest  n'est  autre  que  le  fameux  mistral,  le  fléau  de  la  Provence.  Plus 
loin,  on  lit  que,  dans  le  nord-est  de  la  France,  on  ne  rencontre  guère 
d'adeptes  d'autres  cultes  que  le  culte  catholique;  or  on  sait  qu'en  Lor- 
raine, les  prolestants  et  surtout  les  israéhtes  sont  loin  d'être  en  quantités 
négligeables.  Pages  -i30  et  suivantes,  les  considérations  exposées  sur  le 
mouvement  de  la  population  française  semblent  bien  optimistes. 
Page  -480,  l'île  de  Saint-Domingue  est  citée  parmi  les  colonies  qui, 
perdues  pour  la  France,  ont  grossi  le  lot  de  l'Angleterre.  L'Oued-Medjerda, 
le  grand  fleuve  tunisien,  ne  se  jette  pas  dans  la  lagune  d'El-Bahira, 
ainsi  qu'il  est  dit  page  518,  mais  sensiblement  plus  au  nord,  près  de 
Porto-Farina,  comme  on  le  voit  page  519.  L'auteur  dit,  à  la  page  520,  que 
l'exploitation  des  torêtsa  été  organisée  plus  rapidement  en  Algérie  qu'en 
Tunisie  ;  c'est  évidemment  le  contraire  qu'il  a  voulu  afiirmer.  Page  573, 
i'Ouellé  est  indiqué  comme  un  affluent  de  l'Oubanghi;  or,  au  point  de 
vue  de  la  délimitation  de  nos  frontières  avec  l'État  indépendant  du 
Congo,  il  importe  d'établir  que  ces  deux  noms  désignent  un  seul  et 
même  cours  d'eau.  Enfin,  il  n'est  pas  exact  de  dire  que  les  deux  saisons 
qui  se  partagent  l'année  en  Cochinchine  sont  également  humides  :  l'été 
y  est  au  contraire  absolument  sec.  Sauf  ces  légères  erreurs,  pour  la 
plupart  involontaires,  l'ouvrage  de  M.  Marcel  Dubois  a  une  grande  valeur 
à  la  fois  littéraire  et  scientifique,  qu'augmentent  sensiblement  les  nom- 
breuses figures  et  cartes  disséminées  dans  le  texte. 

3.  —  Nous  avons  rendu  compte  {Polybiblion^  t.  XLVIl,  p.  196) 
de  la  première  édition  de  la  France  coloniale  par  M.  A.  Rambaud; 
nous  nous  bornerons  donc  à  signaler  la  sixième  édition,  complète- 
ment mise  à  jour  et  sensiblement  augmentée.  Les  collaborateurs  de 
cet  important  ouvrage  sont  presque  tous  les  mêmes,  sauf  M.  Paul 
Soleillet,  mort  depuis,  au  cours  d'une  mission  en  Afrique  occidentale, 
mais  dont  l'article  sur  Obock  est  maintenu  avec  quelques  corrections 
qui  ne  sont  pas  toutes  heureuses,  car  nous  y  lisons  avec  étonnement 
qu'en  1890  «  le  coup  de  main  tenté  par  le  cosaque  Achinof  sur  le  fort 
de  Sagallo  obligea  l'amiral  Gervais  de  recourir  à  la  force  ;  »  c'est 
Mars  1893.  T.  LXVII.  U. 


—  210  — 

Vamiral  Olry  qui  a  cru  devoir  tirer  le  canon  en  celle  malheureuse  cir- 
couslance  :  suum  cuique.  Ainsi  qu'il  a  élé  dil  à  propos  de  la  première 
édilion,  Tesprit  général  du  livre  est  nellement  républicain;  la  note  est 
surtout  marquée  dans  les  chapitres  consacrés  à  la  Guadeloupe  par 
M.  Isaac,  sénateur,  et  à  la  Martinique  par  M.  Hurard,  député.  Dans  la 
préface,  écrite  par  M.  Rambaud,  on  voit  que  deux  grands  hommes 
personnifient  le  génie  colonial  de  la  France  :  l'amiral  de  Coligny  dans 
le  passé,  et  M.  Jules  Ferry  dans  le  présent.  Le  même  auteur  reproche 
à  Louis  XVIII  de  n'avoir  pas  relevé  notre  empire  colonial,  comme  si  ce 
souverain  n'avait  pas  eu  assez  à  faire  de  restaurer  les  ruines  amoncelées 
par  la  Révolution  sur  le  sol  même  de  la  patrie.  Par  contre,  on  peut 
louer  sans  restriction  l'article  sur  l'Indo-Chine  française,  par  MM.  le 
colonel  Bouïnais,  de  l'infanterie  de  marine,  et  A.  Paulus,  et  ceux  sur 
l'Algérie  et  la  Tunisie,  par  MM.  Foncin  et  J.  Tissot.  Il  convient  de  signa- 
ler aussi  une  excellente  étude  de  M.  Léveillé  sur  les  colonies  péniten- 
tiaires, qui  ne  se  trouvait  dans  les  précédentes  éditions  qu'à  l'état  em- 
bryonnaire. 

i.  —  De  tous  les  ouvrages  parus  dans  le  courant  de  l'année  dernière, 
le  plus  remarquable  est  certainement  la  description  du  Rhône  par 
M.  Lenthéric,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées;  aussi  trouvons- 
nous  bien  justifiée,  comme  pour  M.  Marcel  Dubois,  la  récompense  que  la 
Société  de  géographie  de  Paris  doit  lui  décerner  prochainement.  Le 
savant  auteur  y  envisage  le  grand  fleuve  français  comme  une  person- 
nalité vivante,  et  il  décrit  son  action  puissante  sur  la  conformation 
physique  de  sa  vallée,  et  sur  la  marche  des  civilisations  qui  se  sont 
développées  sur  ses  rives.  Il  le  suit  depuis  sa  source  jusqu'à  ses  embou- 
chures, depuis  les  périodes  glaciaires  jusqu'à  l'époque  actuelle.  Dans  la 
première  partie,  consacrée  aux  temps  anciens,  il  fait  ressortir  l'accord 
qui  existe  entre  les  plus  récentes  découvertes  de  la  science  sur  l'homme 
préhistorique  et  les  traditions  chrétiennes  ;  puis  il  détermine  le  tracé 
des  grandes  voies  romaines  dans  le  bassin  du  Rhône,  et  spécialement  de| 
l'itinéraire  d'Annibal,  d'après  les  textes  des  auteurs  classiques.  La 
seconde  partie,  qui  est  la  plus  étendue,* comprend  l'étude  du  fleuve  et 
de  sa  vallée  à  travers  l'histoire.  On  y  remarque  une  magnifique  descrip- 
tion du  glacier  qui  donne  naissance  au  grand  fleuve  et  un  intéressant 
récit  du  martyre  de  la  légion  Thébéenne  (.sir),  qui  eut  pour  théâtre  le 
haut  Valais.  Le  chapitre  suivant  traite  de  la  géographie  du  lac  Léman; 
à  signaler  la  théorie  largement  exposée  des  seiches  ou  ondulations  du 
niveau  du  lac,  ce  que  l'on  a  justement  appelé  ses  mouvements  respira- 
toires. Dans  le  chapitre  intitulé  De  Genève  à  Lyon,  l'éminent  ingénieur 
donne  de  curieux  détails  sur  les  usines  de  Bellegarde  et  les  divers  sys- 
tèmes de  transmission  de  la  force  à  dislance.  Un  long  chapitre  est 
consacré  au  conilucnt  du  Rhône  cl  de  la  Saône;  on  y  lit  avec  un  vif 


—  211  — 

inLérèL  une  reconstitution  de  l'antique  Lugdunum,  de  ses  théâtres,  de 
ses  hippodromes,  des  mœurs  et  coutumes  de  sa  population  essentielle- 
ment cosmopolite. 

Le  second  vokime  s'ouvre  sur  une  belle  description  des  monuments  de 
Vienne,  la  métropole  des  Allobroges.  L'auteur  s'y  montre  bien  sévère 
pour  les  déprédations  des  seigneurs  dont  les  châteaux  forts  dominaient 
la  vallée  :  «  Cette  époque,  dit-il  en  parlant  du  moyen  âge,  aurait  été  un 
long  et  lamentable  deuil  si  la  société,  menacée  d'un  retour  à  la  barbarie, 
n'avait  trouvé  le  salut  providentiel  dans  les  hommes  d'Église  et  leurs 
puissantes  institutions.  »  Et  à  ce  sujet,  il  trace  un  beau  tableau  des  ser- 
vices rendus  par  les  ordres  monastiques  et  par  les  confréries,  notam- 
ment celle  des  pontifes,  instituée  pour  la  construction  et  l'entretien  des 
ponts.  La  légende  du  pont  Saint-Esprit,  construit  par  saint  Bénézel,  est 
vraiment  charmante.  A  l'occasion  de  la  poétique  fontaine  de  Vaucluse, 
le  lecteur  passe  agréablement  d'une  savante  dissertation  géologique  au 
récit  des  chastes  amours  de  Pétrarque  et  de  Laure.  Dans  le  chapitre  re- 
latif à  la  ville  d'Avignon,  M.  Lenthéric  donne,  d'après  Pétrarque,  de  peu 
éditiants  détails  sur  la  cour  pontiticale  et  sur  l'acquittement  de  la  reine 
Jeanne  de  Naples  par  le  conclave  des  cardinaux.  Après  une  description 
fort  érudite  d'Arles  la  Grecque,  l'auteur  aborde  la  curieuse  région,  en 
partie  aride,  en  partie  marécageuse,  qui  forme  le  delta  du  Rhône  ;  il  in- 
dique les  moyens  de  l'assainir  et  de  la  rendre  propre  à  l'agriculture.  Il 
discute  ensuite  scientifiquement  la  touchante  légende  des  Saintes-Mariés; 
à  la  vérité,  cette  froide  et  rigoureuse  dissection  produit  sur. le  lecteur 
catholique  une  impression  pénible.  Le  dernier  chapitre  est  formé  d'un 
exposé  magistral  des  travaux  exécutés  récemment  et  de  ceux  qu'il  res- 
terait à  faire  pour  améliorer  la  navigation  du  fleuve  et  tirer  de  sa  riche 
vallée  tout  le  parti  possible. 

Cet  ouvrage,  accompagné  de  cartes  et  de  plans  d'une  exécution  parfaite, 
représente  une  somme  de  travail  considérable;  le  style  en  est  élégant  et 
coloré  ;  enfin,  sauf  les  réserves  que  nous  avons  dû  faire  sur  certains  pas- 
sages, l'esprit  en  est  excellent  et  dénote  chez  l'auteur  des  convictions  re- 
ligieuses profondément  enracinées. 

5.  —  Nous  avions  déjà  de  M.  le  baron  J.  de  Witte  un  charmant  r^'- 
cit  de  voyage  en  Palestine  ;  le  volume  intitulé  :  Rome  et  V Italie  sons 
Léon  XIII  a  plus  de  valeur  encore;  le  jeune  auteur  s'y  montre  le  dignri 
fils  de  l'éminent  académicien  dont  la  science  déplore  la  perte.  Il  semble, 
au  premier  abord,  que  tout  ait  été  dit  sur  l'Italie  :  depuis  le  joyeux  pré- 
sident de  Brosses,  d'innombrables  touristes  l'ont  visitée  et  beaucoup 
l'ont  décrite.  Cependant  M.  J.  de  Witte  trouve  encore  du  nouveau  à 
glaner,  même  sur  le  terrain  classique,  et  il  apporte  dans  ses  apprécia- 
tions une  note  bien  personnelle.  Il  passe  en  revue  les  villes  principales 
de  la  péninsule,  mais  s'arrête  plus  complaisamment  à  Naples  et  surtout 


—  212  — 

à  Rome.  Parloul  il  fait  ressortir  en  homme  de  goût  et  en  fin  connais- 
seur les  beautés  naturelles  du  pays  et  les  chefs-d'œuvre  de  l'art  hu- 
main ;  en  même  temps,  son  érudition  s'applique  à  résoudre  les  problè- 
mes archéologiques  et  spécialement  la  question  si  intéressante  de  l'ori- 
gine des  catacombes  romaines.  Très  ardent  catholique,  l'auteur  conte 
avec  une  émotion  communicative  les  pieuses  légendes  des  premiers 
temps  de  l'Église  ;  il  proteste  comme  il  convient  contre  la  barbarie  des 
Italiens  modernes,  qui  s'acharnent  à  défigurer,  en  l'haussmannisant,  la 
poétique  capitale  de  la  chrétienté;  la  gallophobie  et  la  mégalomanie  de 
nos  bons  voisins  excitent  sa  verve  palriotiqne;  la  misère  qu'il  observe 
partout  lui  semble  la  juste  conséquence  de  la  triple  alliance  et  de  la  rup- 
ture des  relations  commerciales  avec  la  France.  En  revanche,  M.  de  Witte 
laisse  déborder  son  enthousiasme  en  décrivant  les  tôles  du  jubilé  sacer- 
dotal de  Léon  XIII  et  les  magnifiques  cérémonies  de  la  canonisation  des 
saints.  Il  est  regrettable  qu'un  livre  aussi  bien  pensé  et  aussi  agréa- 
blement écrit  ne  puisse  être  mis  entre  toutes  les  mains  à  cause  de  quel- 
ques passages  relatifs  aux  mœnrs  dissolues  des  empereurs  romains  et 
aux  peintures  et  bijoux  obscènes  retrouvés  dans  les  fouilles  de  Pompéi. 

6.  —  Nous  avons  à  signaler  encore  un  excellent  livre  sur  le  Pèleri- 
nage de  la  jeunesse  f7nnçaise  à  Rome  à  l'occasion  du  jubilé  sacerdotal 
de  Léon  XIII.  MM.  L.  d'Eslion  etJ.  de  la  Nézière,  qni  l'ont  signé,  ont 
toutes  les  quahtés  de  la  jeunesse;  leur  texte  est  plein  d'entrain  et  de 
bonne  humeur,  en  même  temps  ({u'empreint  d'un  vif  sentiment  reli- 
gieux ;  l'un  d'eux  est,  en  outre,  un  artiste  distingué  qui  a  illustré  le  vo- 
lume de  fort  jolies  vignettes.  Après  une  description  rapide  et  sans  aridité 
des  principaux  monuments  de  Rome,  une  large  place  est  donnée  au  récit 
du  trop  lameux  incident  du  Panthéon,  qui  a  bien  failli  tourner  au  tra- 
gique. L'accent  de  sincérité  des  auteurs  n'exclut  pas  la  légitime  indigna- 
tion que  leur  inspirent  les  procédés  stupidcs  et  odieux  des  francs-maçons 
italiens.  Ce  charmant  livre  peut  être  mis  entre  toutes  les  mains. 

7.  —  Le  petit  ouvrage  de  M.  l'abbé  Buathier  :  A  Rome  et  en  Italie, 
impressions  d'un  pèlerin,  ofire  moins  d'originalité  ;  le  digne  chanoine 
y  raconte  son  vnyage  à  Rome  en  compagnie  de  son  évêque.  11  décrit 
consciencieusement  la  basilique  dans  laquelle  il  a  le  bonheur  de 
célébrer  la  sainte  messe,  ainsi  que  celles  visitées  dans  la  journée. 
Nous  y  trouvons  aussi  la  description  enthousiaste  de  la  réception  d'une 
troupe  de  pèlerins  par  le  Saint-Père,  et  d'une  récejjtion  plus  intime 
dont  il  est  honoré  avec  son  évêque.  Le  retour  s'eflectue  à  petites  journées 
par  Assise,  Ancônc,  Loreltc,  Rologne,  Padoue,  Venise,  Milan  et  Turin. 
C'est  un  ouvrage  édifiant  qui  convient  aux  bibliothèques  paroissiales. 

8.  —  L'excellente  collection  de  l'Europe  'illustrée  compte;  un  nouveau 
fascicule  digne  de  ses  aînés  par  le  charme  du  texte  et  la  beauté  des  gra- 
vures. A  la  vérité,  aucun  pays  ni;  se  prête  mieux  à  d'alléchantes  descrip- 


—  213  — 

lions  que  les  environs  do  ce  magnifique  lac  de  Thoune,  qui  est  bien  l'un 
des  joyaux  de  la  Suisse.  La  vallée  de  laKander,  avec  ses  précipices,  ses 
pâturages  verdoyants,  ses  sombres  forêts  de  sapins,,  la  pittoresque  ville 
do  Spiez,  les  bains  de  Fauleuseeet  deHenstrich,  les  jolis  villages  d'Aes- 
chi,  de  Wimmis,  de  Frutigen,  d'Adelboden,  forme  un  ensemble  merveil- 
leusement varié,  que  ce  petit  guide  donne  grande  envie  de  visiter.  L'air 
y  est  pur  et  fortifiant,  et  l'on  y  jouit  de  la  vie  la  plus  paisible,  tout  en 
se  trouvant  à  deux  pas  des  stations  mouvementées  de  Thoune  et  d'în- 
terlaken. 

9.  —  Le  voyage  de  M.  Paul  Ginesty  De  Patois  au  Cap  Nord  est  de 
ceux  que  l'on  entreprend  aujourd'hui  sans  grande  difficulté  et  sans  forte 
dépense;  c'est  une  excursion  à  la  portée  de  tous  les  touristes.  On  traverse 
rapidement  l'Allemagne,  on  s'arrête  à  Copenhague,  on  franchit  le  Catté- 
gat  ou  le  Sund  pour  atterrir  en  Norwège  ;  puis  on  monte,  tantôt  en  chemin 
de  fer,  tantôt  en  bateau  à  vapeur,  jusqu'à  la  pointe  extrême  de  la  vieille 
Europe;  en  redescendant,  pour  varier  ses  plaisirs,  on  peut  visiter  Stock- 
holm. Si  peu  de  Français  se  laissent  encore  séduire  par  les  charmes  de 
ce  pittoresque  itinéraire,  en  revanche  les  Anglais  y  pullulent.  Et  cepen- 
dant le  plus  cordial  accueil  attend  nos  compatriotes  parmi  ces  bonnes  et 
patriarcales  populations  Scandinaves,  si  différentes  des  farouches  pirates 
normands  dont  elles  descendent  en  droite  ligne.  Et  que  de  paysages  ori- 
ginaux et  d'une  beauté  à  la  fois  majestueuse  et  mélancolique  offrent 
ces  fîords  profonds,  ces  glaciers  qui  descendent  jusqu'au  niveau  de  la 
mer,  et  les  innombrables  îles  Loffolen  !  Tout  cela  est  fort  agréablement 
décrit  par  M.  Paul  Ginesty,  avec  un  style  alerte  et  facile  avec  d'ins- 
tructives observations.  Malheureusement,  il  s'en  faut  que  toutes  les  lé- 
gendes suédoises  qu'il  raconte  soient  à  l'usage  des  pensionnats  de  jeunes 
filles  ;  on  affirme  que  les  mœurs  sont  généralement  pures  dans  les  régions 
hyperboréennes,  mais,  à  en  croire  l'auteur,  on  y  rencontre  des  passions 
dont  l'ardeur  semblerait  enflammée  parle  soleil  du  Midi.  Il  est  à  regretter 
aussi  qu'en  matière  religieuse,  M.  Paul  Ginesty  se  montre  d'un  scepti- 
cisme absolu. 

10.  —  La  librairie  Lecène  et  Oudin  continue  à  reproduire  sous  diverses 
formes,  et  séparément,  les  études  variées  qui  se  trouvent  condensées 
dans  le  volume  intitulé  «  Nos  petites  colonies.  »  Cette  fois,  elle  a  réuni 
dans  une  même  brochure  les  renseignements  relatifs  aux  Etablisse- 
ments français  dans  l'Inde  et  en  Océanie,  bien  qu'ils  n'aient  entre  eux  que 
les  plus  vagues  rapports.  L'historique  des  vicissitudes  de  la  compagnie 
française  des  Indes  résume  parfaitement  le  beau  volume  de  M.  Tibulle 
Hamont  :  Histoire  de  Dupleix ;  la  lecture  en  est  tort  attristante.  L'au- 
teur glisse  sur  les  mœurs  dissolues  des  insulaires  de  l'Océanie  ;  il  parle 
en  fort  bons  termes  des  missionnaires  catholiques,  mais  il  se  montre 
moins  tendre  pour  les  ministres  protestants. 


—  214  — 

11.  —  Les  Lettres  de  Mgr  Laouënan,  publiées  par  M.  l'abbé  Adrien 
Laiinay,  datent  de  1860,  alors  que,  simple  missionnaire,  il  accompagnait 
en  qualité  d'assesseur  son  évoque,  Mgr  Bonnand,  dans  sa  visite  apos- 
tolique aux  différentes  missions  de  l'Inde.  Il  parcourut  ainsi  l'île  de  Cey- 
lan,  la  côte  de  Malabar,  le  Maïssour,  le  Nizam,  Bombay  et  Agra.  Ces  let- 
tres, écrites  pour  la  plupart  à  des  confrères,  manquent  un  peu  d'actualité, 
mais  elles  donnent  néanmoins  des  notions  très  justes  et  assez  person- 
nelles sur  l'histoire  des  religions  de  l'Inde,  sur  la  question  si  compliquée 
des  castes,  et  sur  quelques  monuments,  notamment  les  temples  souter- 
rains d'Elephanta  et  les  grottes  de  Nassick.  Ce  volume  offre  une  lecture 
à  la  fois  édifiante  et  intéressante.  Les  gravures  sont  assez  bonnes;  la  carte 
est  suffisante. 

12.  —  On  connaît  les  idées  du  prince  Henri  d'Orléans  sur  la  colonisa- 
tion française  en  Indo-Chine;  son  ardent  patriotisme  lui  fait  entrevoir 
la  possibilité  de  fonder  un  nouvel  empire  des  Indes  dans  l'Extrême 
Orient,  et  il  se  complaît  à  redire  ce  mut  d'un  homme  d'État  anglais  que, 
grâce  à  ses  inépuisables  mines  de  houille,  le  Tonkin  est  appelé  à  jouer 
dans  les  mers  de  Chine  le  même  rôle  que  l'Angleterre  dans  l'Océan 
Atlantique.  Ces  convictions  très  sincères  n'en  donnent  que  plus  d'autorité 
aux  critiques  du  jeune  voyageur  contre  les  agissements  de  l'administra- 
tion française.  Il  a  réuni  dans  une  même  brochure  un  mémoire  pré- 
senté au  Congrès  de  l'Association  française  pour  l'avancement  des 
sciences  tenu  à  Pau,  et  un  article  sur  la  piraterie  publié  d'abord  dans  la 
Politique  coloniale.  Dans  Une  Excursion  en  Indo-Chine,  De  Hanoi  à 
Bangkok,  il  fait  ressortir  la  coupable  faiblesse  de  nos  minisires,  qui 
compromet  gravement  l'avenir  de  cette  belle  colonie.  D'une  part,  les 
autorités  chinoises  protègent  et  encouragent  ouvertement  les  chefs 
pirates  qui  violent  incessanmient  nos  frontières;  d'autre  part,  les 
Siamois,  poussés  par  les  Anglais,  nos  éternels  rivaux,  s'infiltrent 
lentement  dans  les  régions  du  Laos,  qui  naguère  appartenaient  sans 
conteste  au  royaume  d'Annam,  notre  protégé.  Bernés  ainsi  par  tous 
nos  voisins,  nous  voyons  notre  prestige  s'amoindrir  de  plus  en 
plus;  le  mot  d'ordre,  parti  de  Paris,  est  de  laisser  faire,  de  ne  pas 
créer  de  complications,  et  ceux  de  nos  agents  qui  ont  encore  quelque 
perspicacité  au  service  de  leur  patriotisme  en  sont  réduits  à  se  laisser 
impunément  insulter.  Après  avoir  lu,  la  rougeur  au  front,  ces  pages 
émues,  on  ne  peut  que  souscrire  à  la  conclusion  qu'en  tire  le  noble  voya- 
geur :  si  le  gouvernement  français  ne  se  sent  pas  capable  d'une  politique 
plus  énergique,  mieux  vaut  renoncer  à  toute  entreprise  de  colonisation 
et  abandonner  l'Indo-Chinc  à  de  plus  dignes  d'en  tirer  parti. 

13.  —  Sous  l'expression  géograpliiqu(ï  de  Kliruuniirie,  on  comprend 
le  massif  montagneux  qui  s'élève  au  nord-ouest  de  la  Tunisie  entre  la 
Méditerranée,   la  frontière  algérienne  et  l'Oued-Ghezalla,    allluent  de 


—  21S  — 

rOued-Medjerda.  C'est  une  région  encore  peu  connue,  extrêmement 
boisée,  probablement  riche  en  minéraux  variés,  et  propre  à  l'élevage  des 
troupeaux  de  bœufs  et  de  moutons.  La  population,  aujourd'hui  parfaite- 
ment soumise,  appartient  à  la  race  arabe;  elle  est  paresseuse  et  routi- 
nière. MM.  le  docteur  Guérard  et  E.  Boutineau,  tous  deux  attachés  à  l'hô- 
pital militaire  d'Aïn-Draham,  chef-lieu  de  la  Khroumirie,  l'ont  soigneu- 
sement étudiée  au  point  de  vue  de  la  colonisation.  Ils  ont  consigné  les 
résultais  de  leurs  observations  dans  une  brochure  intitulée  :  Tunisie. 
La  Khroumirie  et  sa  colonisation,  où  l'on  trouve  des  renseignements 
pratiques  sur  la  géographie,  la  climatologie,  la  faune,  la  flore,  l'ethno- 
graphie, l'agriculture  de  ce  curieux  pays,  en  distinguant  les  districts 
montagneux  propres  à  l'élevage  et  la  plaine  de  Tabarka,  où  la  culture 
proprement  dite  peut  avantageusement  se  développer.  C'est  un 
excellent  guide  pour  les  colons  qui  voudraient  tenter  l'entreprise  d'un 
établissement  dans  cette  zone  accidentée,  où  tout  est  encore  à  faire. 

14  — Avec  M.  Pierre  d'Arlay,  nous  abordons  le  genre  du  roman  géo- 
graphique que  M.  Jules  Verne  a  mis  à  la  mode.  Dans  Choses  d'Afrique, 
on  hra  les  aventures  d'un  jeune  sous-officier  de  chasseurs  d'Afrique, 
dont  les  parents  sont  morts  depuis  plusieurs  années,  dépouillés  de 
toute  leur  fortune  par  un  mandataire  infidèle.  Pris  de  la  passion  des 
voyages,  il  ambitionne  de  renouveler  les  exploits  des  Livingstone, 
des  Cameron,  des  Stanley,  des  Trivier,  et  de  traverser  l'Afrique  de 
part  en  part.  Il  se  rend  à  la  côte  de  Mozambique  ;  en  passant  par 
Aden,  il  y  rencontre  un  négociant  marseillais  et  sa  fille,  qui  s'offrent 
à  l'accompagner  sous  prétexte  de  nouer  des  relations  commerciales 
avec  les  tributs  du  continent  noir.  Les  trois  aventuriers  engagent  des 
porteurs  à  Mombaz,  et  s'enfoncent  dans  le  pays  des  Massai,  où  ils 
ne  lardent  pas  à  èlre  vigoureusement  attaqués  par  des  indigènes 
qu'excitent  contre  eux  des  Arabes  esclavagistes.  Ils  échappent,  non 
sans  quelques  pertes,  et  atteignent  une  station  de  missionnaires 
catholiques  établis  au  sud  du  Vicloria-Nyanza.  Là  ils  renouvellent  leur 
escorte,  contournent  le  lac,  échappent  comme  par  miracle  aux  embûches 
que  leur  tend  l'ombrageux  souverain  de  l'Ouganda,  gagnent  le  lac  Albert- 
Edouard,  récemment  découvert  par  Stanley,  et  s'engagent  dans  l'im- 
mense forêt  équatoriale  où  ils  ont  à  combattre  les  fameux  nains  décrits 
par  l'explorateur  anglais.  A  cette  heure  critique,  leur  escorte  les  aban- 
donne et  le  Marseillais  succombe  à  ses  fatigues  ;  en  expirant,  il  avoue 
que  c'est  lui  qui  a  dépouillé  les  parents  du  jeune  sous-officier  et,  pour 
réparer  son  crime,  il  lègue  à  celui-ci  toute  sa  fortune  et  lui  recommande 
sa  fille.  C'est  à  bout  de  forces,  épuisés  par  les  fièvres,  réduits  à  la  plus 
extrême  misère,  que  les  survivants  de  l'expédition  atteignent  le  Congo 
près  des  chutes  de  Stanley.  Là  ils  s'embarquent  sur  un  vapeur  de  l'État 
indépendant  qui  les  mène  à  Brazzaville,  où  naturellement  les  deuxjeunes 


—  216  — 

gens  contractent  un  légitime  mariage.  Ce  récit,  d'une  moralité  irré- 
prochable et  pénétré  d'excellents  sentiments  religieux,  n'est  pas 
très  ingénieusement  charpenté  ;  les  situations  y  sont  souvent  bien 
invraisemblables.  En  outre,  l'auteur,  malgré  le  soin  qu'il  a  pris 
de  compulser  les  livres  écrits  par  divers  explorateurs,  n'a  pas  su 
éviter  de  tomber  dans  quelques  erreurs  grossières  dont  nous  signalerons 
les  principales  :  il  attribue  deux  bosses  aux  chameaux  d'Afrique  ; 
il  vante  les  riches  cultures  et  les  bois  d'orangers  de  l'île  de  Malte 
qui  n'est  qu'un  rocher  aride  ;  il  confond  les  missionnaires  blancs 
d'Alger  avec  les  Pères  du  Saint-Esprit  et  donne  au  lac  Albert-Edouard 
le  nom  indigène  de  Monta-Nzigé,  qui  appartient  légitimement  an  lac 
Albert,  situé  plus  au  nord  ;  enfin,  les  indications  d'orientation  sont 
souvent  confuses.  Malgré  ces  graves  défauts,  le  livré  de  M.  d'Arlay  peut 
être  mis  sans  inconvénient  entre  les  mains  de  la  jeunesse,  pour  laquelle 
il  a  été  écrit. 

15.  —  Les  lecteurs  du  Correspondant  n'ont  certainement  pas  oublié 
les  pages  humoristiques  où  M.  le  baron  de  Mandat-Grancey,  ancien  offi- 
cier de  marine,  a  conté  ses  Souvenirs  de  la  côte  d'Afrique;  ils 
seront  certainement  heureux  de  les  retrouver  groupées  en  volume 
et  enrichies  de  charmantes  illustrations  aussi  joyeuses  que  le  texte  et 
dues  au  fin  crayon  du  dessinateur  Riou.  Certes,  l'aimable  auteur  s'est 
surpassé  cette  fois  dans  le  genre  comique  et  ses  aventures  sont  vraiment 
désopilantes.  Quel  dommage  d'avoir  à  faire  des  réserves  à  propos  d'un 
livre  aussi  amusant!  Mais  M.  de  Mandat-Grancey  lui-même  conviendrait 
volontiers  qu'il  ne  l'a  pas  écrit  pour  les  pensionnats  de  jeunes  filles, 
et  il  ne  se  plaindrait  certes  pas  si  nous  bornions  nos  critiques  à  ce  point 
sans  importance  à  ses  yeux.  Malheureusement,  il  faut  encore  condamner 
ses  théories  sur  le  célibat  des  prêtres,  bien  étonnantes  chez  un  bon 
catholique.  On  ne  peut  laisser  passer  davantage  sans  protestation  ses 
idées  sur  l'esclavage  :  il  reprend  les  pitoyables  arguments  des  philo- 
sophes du  xviii®  siècle,  qui  cherchaient  à  justifier  la  traite  des  nègres 
parce  qu'ils  y  trouvaient  leur  intérêt  :  il  faudrait  laisser  les  Arabes 
dévaster,  pilier  l'Afrique,  massacrer  ou  réduire  ses  habitants  en  escla- 
vage, car,  abandonnés  à  eux-mêmes,  ceux-ci  se  plongent  dans  la  plus 
épaisse  barbarie  ;  mieux  vaut  pour  eux  être  eunuques  dans  un  iiarem 
musulman  que  soumis  aux  caprices  d'un  despote  sanguinaire.  Quant  à 
prétendre  civiliser  ou  christianiser  les  Africains,  c'est  pure  utopie.  Pour 
s'abandonner  à  d'aussi  désespérantes  théories,  il  conviendrait  au  moins 
que  leur  justesse  fût  bien  démontrée  ;  or,  les  missionnaires  et,  avec 
eux,  la  plupart  des  explorateurs  affirment  au  contraire  que  si  le  nègre 
est  naturellement  vicieux,  comme  tout  homme  à  l'état  sauvage,  il  n'en 
est  pas  moins  perfectible  par  une  bonne  éducation.  11  ne  faut  ])as  juger 
les  peuples   africains  par  les  tristes  échantillons  que  les  marins  ren- 


—  217  — 

contrent  sur  le  littoral  et  qui  ont  été  corrompus  par  le  contact  d'Européens 
peu  scrupuleux  et  surtout  peu  attentifs  à  leur  donner  de  bons  exemples. 
Il  est  regrettable  que,  sur  ce  sujet,  M.  de  Mandat-Grancey  se  soit  laissé 
aller  au  plaisir  de  divertir  ses  lecteurs  à  coup  de  paradoxes. 

16.  _  Nous  rendions  compte,  il  y  a  six  mois,  d'un  livre  sur  le  Ca- 
nada écrit  par  le  R.  P.  Croonenberghs,  S.  J.  ;  les  deux  volumes  du 
même  auteur  sur  les  États-Unis  sont  bien  supérieurs.  Rappelons  que  le 
saint  missionnaire  a  dû  parcourir  l'Amérique  septentrionale  pour  y 
recueillir  des  aumônes  destinées  aux  chrétientés  de  l'Afrique  australe. 
Dans  ce  but,  il  a  séjourné  successivement  dans  toutes  les  grandes  villes 
de  l'Union,  donnant  des  conférences  de  trois  heures  au  moins  sans  que 
l'attention  de  ses  auditeurs  en  soit  jamais  fatiguée,  et  ses  quêtes  ont 
toujours  été  fructueuses  :  de  plus,  il  a  reçu  partout  une  large  hospitalité 
dans  de  bonnes  familles  catholiques.  Aussi  son  admiration  pour  ce  grand 
peuple  est-elle  profonde,  malgré  de  graves  défauts  sur  lesquels  il  ne 
s'aveugle  pas,  d'ailleurs.  En  première  ligne,  le  R.  P.  Croonenberghs 
salue  le  rapide  développement  du  catholicisme,  et  d'un  catholicisme 
sincère  qui  rappelle  bien  plus  celui  des  premiers  temps  de  l'Église  que 
celui  de  notre  sceptique  Europe.  L'émiettement  incessant  des  sectes 
protestantes  favorise  singulièrement  cet  admirable  épanouissement,  et  la 
lutte  semble  de  plus  en  plus  se  circonscrire  entre  la  vraie  religion  et  la 
franc-maçonnerie,  qui,  malheureusement,  gagne  aussi  beaucoup  d'a- 
deptes ;  le  grand  danger  provient  de  l'éducation  athée  donnée  dans  un 
grand  nombre  d'écoles  publiques.  Mais,  Dieu  merci,  les  cathohques  ré- 
sistent vigoureusement  à  celle  invasion,  sous  la  direction  d'un  clergé 
aussi  éclairé  que  pieux,  et  de  toutes  parts  se  créent  de  nouveaux 
établissements  d'instruction  dont  la  grande  Université  catholique  de 
Washington  est  le  couronnement.  D'autre  part,  le  R.  P.  Croonenberghs 
ne  s'illusionne  pas  sur  les  points  faibles  de  l'organisation  politique  et 
sociale  de  la  grande  République.  11  ne  croit  pas  l'union  des  États  bien 
solidement  cimentée  et  prévoit  une  scission  que  déterminera  la  diver- 
sité des  intérêts  dans  chaque  région.  En  outre,  les  grèves  sanglantes  qui 
éclatent  fréquemment  sur  divers  points  indiquent,  à  n'en  pas  douter, 
un  malaise  profond  qui  ne  peut  que  s'accentuer.  La  force  armée,  très  peu 
nombreuse,  sufïîra-t-elle  pour  maintenir  l'ordre  en  cas  de  conflagration 
générale?  Cette  dernière  appréhension  n'est  pas  sans  fondement  si  l'on 
considère  la  formidable  organisation  des  Chevaliers  du  Travail;  les  dan- 
gereuses utopies  du  socialiste  Henry  George  exercent  une  telle  séduction 
que  des  catholiques  de  bonne  foi  et  môme  un  des  prêtres  les  plus  intel- 
ligents ont  cru  pouvoir  y  adhérer  avec  enthousiasme,  et  il  n'a  pas  fallu 
moins  que  les  foudres  du  Saint-Siège  pour  enrayer  ce  pernicieux 
entraînement.  Comme  on  le  voit,  le  R.  P.  Croonenberghs  ne  craint  pas 
d'aborder  les  questions  les  plus  diverses  et  les  plus  graves  :  religion, 


—  218  — 

politique,  économie  socialo.  Son  livre  est  sérieusement  conçu  et  agréable- 
ment écrit,  malgré  quelques  locutions  plus  tlamai]des  que  françaises.  Les 
gravures  sont  assez  bonnes  et  représentent  bien  les  monuments  princi- 
paux et  les  sites  les  plus  pittoresques  des  régions  visitées  ;  quelques 
plans  facilitent  l'intelligence  du  texte.  Bientôt  l'œuvre  du  zélé  mission- 
naire sera  complétée  par  un  volume  sur  le  Mexique  que  nous  attendons 
avec  impatience. 

17. —  La  question  des  Iles  Haiva'i  ou  Sandwich  est  tout  à  fait  d'actualité  ; 
il  semblerait  que  ce  royaume  polynésien,  le  seul  qui  ail  réussi  à  s'élever 
jusqu'à  la  hauteur  d'une  réelle  civilisation,  soit  à  la  veille  de  perdre 
son  indépendance.  11  est  donc  temps  de  fixer  la  silhouette  de  ce  curieux 
microcosme  parlementaire  auquel  l'adaptation  trop  rapide  aux  mœurs 
européennes  ne  semble  pas  avoir  réussi.  M.  Sauvin  vient  de  le  faire 
dans  un  charmant  volume  d'une  lecture  très  agréable  et  qui  résume  les 
impressions  d'un  voyage  accompli  dans  les  meilleures  conditions  pour 
observer  avec  impartialité.  On  y  trouve  d'abord  un  résumé  historique  très 
complet,  puis  des  détails  sur  les  mœurs  du  pays,  le  récit  d'une  excur- 
sion au  Kilauea,  le  plus  grand  volcan  du  monde,  et  celui  bien  touchant 
d'une  visite  avec  la  reine  des  îles  Hawaï  à  Molokaï,  le  lazaret  des  lé- 
preux. L'auteur  manifeste  d'excellents  sentiments  à  l'égard  des  mis- 
sionnaires catholiques,  qui  représentent  dignement  la  France  sur  cette 
terre  lointaine  ;  mais  sa  description  d'une  danse  indigène  est  vraiment 
trop  suggestive  pour  que  son  livre  puisse  être  laissé  entre  des  mains  trop 
jeunes.  C'est  la  seule  restriction  que  nous  puissions  faire  à  notre  éloge 
de  cet  amusant  volume  écrit  d'un  style  correct  et  coloré,  et  où  se  suc- 
cèdent des  tableaux  vivement  peints,  pittoresques  et  bien  vécus. 

Comte  de  Bizemont. 


PHILOLOGIE 

1.  Le  Français  cl  le  Provençal,  par  H.  Sucuier.  traduclioa  par  P.  Moaet.  Taris,  E.  Bouil- 
lon, 1891,  in-8  de  ii-223  p.,  6  fr.  —  2.  La  Langue  française  depuis  les  origines 
jusqu'à  la  fin  du  XI'  siècle,  par  E.  Etienne.  Paris,  1890,  E.  Bouillon,  iu-8  de  ix-37'2  p., 
10  fr.  —  3.  Glossaire  de  la  langue  d'oïl  {XI'-XIV  siècles),  par  le  docteur  A.  Bos.  Paris, 
Maisoniieuve,  1891,  in-8  de  ivii-465  p.,  16  fr.  —  4.  Les  plus  anciens  Chansonniers 
français  (XII'  siècle),  publiés  d'après  lous  les  manuscrits  par  Jules  Brakelmann. 
Paris,  E.  Bouillon,  1870-18111,  in-lG  de  ni-2.!8  p.,  5  fr.  —  ô.  Essai  d'élymologie  historique 
el  géographique,  par  Charles  Toubin.  Paris,  Alphonse  Picard,  1892,  in-16  do  4t)2  p., 
4  fr.  —  6.  La  Philologie  classique,  par  Max  Bonnet.  Paris,  C.  Klincksiecli,  1892,  iu-lti 
de  III-224  (I.,  '■)  fr.  ôO.  —  7.  Le  Latin  dans  la  langue  française,  par  M.  Micuelin- 
TaoNsoN  DU  CouDRAV.  Paris,  Uelagrave,  1890,  in-lG  de  ix-146  p.,  2  fr.  —  8.  La  lie- 
vision  de  l'orthographe  el  l'Académie  française,  par  A.  Coty.  Paris,  Firraiii-Didot, 
1892,  in-16  de  iii-l:i4  j..,  2  fr. 

i.  —  C'est  un  livre  écrit  par  un  maître,  que  nous  avons  la  bonne 
fortune  de  présenter  en  première  ligne  à  nos  lecteurs,  et  nous  devons 
ajouter  que  l'excellente  traduction  de  M.  Monet  sert  le  texte  de  M.  Su- 


—  219  — 

chier.  Quelles  sont  les  limites  du  domaine  gallo-romaa  :  limites  actuelles, 
limites  anciennes?  Celte  question  posée  et  bien  résolue,  M.  Snchier 
étudie  les  limites  des  races,  et  fait  la  statistique  des  habitants  de  langue 
française.  Ce  chapitre  est  un  modèle  de  précision,  de  méthode,  et  aussi 
un  sujet  d'encouragement  à  nos  espérances  patriotiques. 

Le  chapitre  II  est  consacré  au  développement  phonétique  de  la  langue 
littéraire.  Pour  cette  étude,  il  distingue  trois  périodes;  la  première 
s'étend  jusqu'au  xii*  siècle.  Alors  les  voyelles  provençales  subissent  le 
même  traitement  ou  à  peu  près  que  les  voyelles  françaises.  Le  même 
phénomène  se  reproduit  aussi  pour  les  consonnes,  bien  qu'il  y  ait  quel- 
ques dissemblances  dans  les  deux  langues.  Après  avoir  tracé  un  aperçu 
des  sons  français  et  provençaux  (consonnes  et  voyelles)  il  expose,  au 
xiii^  siècle  d'abord,  le  développement  des  sons  français,  dont  la  caracté- 
ristique est  la  séparation  du  normand  (français  ancien)  d'avec  le  francien 
(irançais  pur),  séparation  qui  se  traduit  par  la  graphie  et  le  son.  Au 
xiv^  et  au  XV*  siècle,  ce  sont  précisément  les  changements  phonétiques 
(quatre,  d'après  l'auteur)  qui  amènent  l'ancien  français  à  la  langue  mo- 
derne. Au  xvi^  siècle,  altération  des  diphtongues  au,  oi,  ai,  et  amuettis- 
sement  des  consonnes  finales  sauf  r  devant  un  mot  commençant  par 
une  consonne.  Le  xvii'  siècle  a  favorisé  la  prononciation  ouverte  pour 
les  voyelles  nasales;  le  xviii^  siècle  donne  à  ^  et  à  le  leur  prononcia- 
tion actuelle.  Puis  il  passe  au  français  moderne.  Il  démontre  que  la 
langue  actuelle  a  encore  de  véritables  diphtongues.  Elle  fournit  une  arti- 
culation précise  et  bien  définie^  et  une  labialisation  énergique.  Au  point 
de  vue  de  la  quantité,  la  prononciation  parisienne  a  devant  r,  par  exemple 
dans  di?^e  et  finir,  un  excès  de  longueur.  Mais  la  remarque  maîtresse  de 
ce  chapitre,  à  notre  avis,  consiste  dans  la  comparaison  de  l'accent  fran- 
çais avec  l'accent  allemand  :  au  dire  de  M.  Snchier,  le  français  est  moins 
fort,  et  répartit  en  proportions  à  peu  près  égales  dans  la  prononciation 
la  somme  d'intensité  attribuée  aux  diverses  syllabes. 

Pour  étudier  les  dialectes,  il  a  pris  comme  base  les  traits  linguistiques. 
Ces  traits  se  rencontrent  dans  les  patois  vivants.  Seulement,  comme  en 
beaucoup  de  cas  on  manque  de  textes  imprimés  et  d'études  grammati- 
cales, M.  Suchier  a  dû  se  contenter  des  textes  dialectaux  du  xiii*  siècle. 
C'est  l'A  hbre  accentué  qui  lui  sert  à  déterminer  les  dialectes.  Tous  les 
dialectes  qui  conservent  l'A  sont  provençaux  ;  tous  ceux  qui  le  trans- 
forment en  E  sont  français.  Entre  les  provençaux  et  les  français  se 
trouvent  le  franco-provençal,  appelé  moyen-rhodanien  par  M.  Suchier. 
Deux  des  traits  importants  de  ce  dialecte  sont  la  conservation  de  Vo 
atone,  et  la  chule  des  explosives  T  et  D  dès  le  xi^  siècle,  c'est-à-dire 
avant  que  pareil  phénomène  se  produisit  en  français.  Au  sud,  il  faut 
distinguer  le  gascon  du  provençal.  Dans  les  groupes  provençaux,  la  dis- 
tinction s'opère  surtout  par  le  traitement  des  groupes  C'A  et  CT.  A  si- 


—  220  — 

gnaler,  oommp  une  ombre  au  tableau,  la  légère  confusion  qni  se  produit 
dans  l'ordre  admirable  de  cet  ouvrage  par  suite  de  la  remarque  sur  les 
domaines  du  CH  (p.  73),  qui  aurait  mieux  trouvé  sa  place  dans  des  con- 
sidérations d'ordre  général. 

En  français,  c'est  la  limite  qui  sépare  le  domaine  de  ca  du  domaine  de 
cha  qui  peut  servir  à  diviser  les  dialectes  français,  y  compris  ceux  de  la 
Suisse  romande.  La  transformation  de  en  devant  une  consonne  en  an 
amène  aussi  une  nouvelle  scission  des  dialectes  fiançais.  A  l'est,  on 
trouve  le  bourguignon  et  le  lorrain,  qui  n'ont  entre  eux  que  peu  de  dif- 
férences. 

Le  chapitre  IV  est  consacré  aux  changements  associatifs  dans  les 
formes  de  flexion^.  Dans  le  verbe  d'abord,  influence  du  simple  sur  le 
composé,  unification  des  formes  et  tendance  à  reporter  dans  les  formes 
du  présent  l'accent  de  l'antépénultième  sur  la  pénultième.  L'étude  de 
toutes  le?  personnes  de  l'indicatif  présent,  de  l'imparfait,  dn  parfait,  du 
futur,  du  subjonctif  présent,  etc.,  termine  le  paragraphe.  Au  nom, 
maintenant.  D'abord  plus  que  quatre  déclinaisons,  puis  perte  dn  neutre, 
enfin  assimilation  par  la  seconde  déclinaison  latine  de  la  plupart  des 
noms  masculins,  et  par  la  première,  de  la  totalité  des  féminins,  ce  qui 
était  resté  réfractaire  ayant  pris  la  forme  de  la  seconde  déclinaison.  La 
formation  dn  féminin  dans  l'adjectif  donne  lieu  à  d'intéressantes  re- 
marques. Pour  le  pronom  personnel,  M.  Suchier  admet  la  formation  ex- 
pliquée par  Tobler,  tout  en  citant  celle  de  Diez. 

Dans  la  permutation  de  sons  (ch.  V),  M.  Suchier  étudie  les  phéno- 
mènes tels  que  la  présence  de  ch  dans  évêché.  Il  détermine  l'âge  auquel 
ces  phénomènes  se  sont  produits,  et  il  les  retrouve  à  l'heure  actuelle 
dans  <(  les  cuirs,  les  velours  et  les  pataquès.  »  Le  croisement  entre 
deux  mots  lui  donne  lieu  à  d'utiles  remarques  (ch.  VI).  Exemple  :  Doins, 
de  don  et  dois,  oreste  de  orage  et  tcmpcste.  De  même  les  assimilations 
de  vocables,  les  étymologies  populaires  ot  (ch.  Vil)  les  changements  de 
signification.  Dans  les  changements  d'emploi  (ch.  VIII),  il  y  aurait  peut- 
être  linn  à  quelques  critiques  sur  l'étymologie  et  la  signification  de  cer- 
tains mots,  mais  en  de  rares  points.  Au  contraire,  il  n'y  a  que  des  éloges 
à  adressera  la  théorie  sur  la  relation,  l'accord  et  le  genre,  l'ellipse  et  les 
phénomènes  semblables,  le  croisement  syntaxique,  l'ordre  des  mots  et 
des  propositions,  l'origine  des  formes  de  flexions,  la  création  de  mots  et 
l'emprunt,  la  perle  des  mots  et  les  {jhénomènes  d'isolement. 

Nous  regrettons  que  l'espace  limité  dont  nous  disposons  ne  nous 
ail  pas  permis  de  donner  une  analyse  plus  complète  de  cet  excellent  ou- 
vrage, aussi  indispensable  aux  débutants  qu'aux  érudits  dans  la  philo- 
logie franco-provençale. 

2.  —  Le  livre  de  M.  Etienne  concerne  une  j)ériode  fort  restreinte  de 
la  Langue  française  depuis  ses  origines  jusqu'à  la  fin  du  XI"  siârle.  11 


221  

se  justifie  de  ne  pas  pousser  plus  loin  en  montranl  tout  rintéiél  tant  au 
point  de  vue  phonétique  qu'à  celui  de  la  déclinaison,  de  la  conjugaison 
et  de  la  syntaxe.  Les  mots  «  s'allègent,  »  dit-il  très  justement,  des  sons 
latins.  Ils  prennent  la  déclinaison  et  la  conjugaison  qu'ils  vont  garder 
pendant  deux  siècles.  Dans  la  syntaxe,  «  la  phrase  a  déjà  la  netteté  qui 
sera  une  des  qualités  distinctives  de  notre  idiome.  »  Son  avertissement 
contient  en  neuf  numéros  une  très  utile  bibliographie  des  plus  anciens 
monuments  de  la  langue  française.  Il  y  a  lieu  de  lire  ce  que  iM.  Etienne 
dit  des  éditions  critiques  de  nos  anciens  textes  (p.  viii).  D'où  il  résulte 
qu'il  ne  reste  guère  comme  certains  que  trois  textes  sur  neuf.  Ce  sont 
les  Serments  de  Strasbourg,  la  Prose  de  sainte  Eulalie,  et  le  Fragment 
de   Valenciennes. 

Dans  la  phonétique,  il  étudie  les  lois  de  la  transformation  des  sons, 
voyelles  et  consonnes.  Des  graphiques  et  des  tableaux  permettent  de  s'y 
reconnaître.  Sa  règle  de  l'accent  tonique  est  très  claire.  Il  y  a,  du  reste, 
le  même  éloge  à  faire  de  tout  ce  qu'écrit  M.  Etienne  ;  ce  qui  est  assez 
rare  chez  les  philologues.  Sa  division  même  :  en  voyelles  accentuées  et 
atones,  hiatus,  consonnes  au  commencement,  au  milieu  et  à  la  fin  du 
mot,  et  groupements  de  consonnes  (deux,  ou  plus  de  deux)  soit  en  latin, 
soit  en  roman,  permet  à  tout  travailleur  de  se  retrouver  dans  une  étude 
qui,  autrefois,  à  cause  de  son  obscurité,  présentait  aux  commençants  quel- 
ques difiicultés.  Or,  si  nous  avions  peut-être  quelque  réserve  à  formuler 
sur  certains  cas,  surtout  ceux  très  nettement  tranchés,  nous  n'avons  que 
des  éloges  sur  le  plan  et  la  méthode,  qui  sont  parfaits. 

iNous  aimons  moins  l'exposé  de  la  déclinaison,  où  l'auteur  a  suivi  les 
règles  tracées  en  parlant  d'abord  de  l'article,  puis  du  substantif,  de  l'adjectif 
et  du  pronom.  Mais  il  faut  lui  accorder  qu'il  a  tiré  tout  le  parti  possible 
de  chacune  de  ses  têtes  de  chapitre.  Ses  divisions  méthodiques  sont  ri- 
goureusement enchaînées  les  unes  aux  autres.  Notez  ses  recherches  sur 
l'emploi  du  démonstratif  latin  avec  le  sens  affaibh  de  notre  article,  qui 
sont  un  des  nombreux  points  nouveaux  et  intéressants  de  ce  travail, 

La  conjugaison  est  traitée  non  moins  bien  et  d'une  façon  nouvelle, 
parce  qu'au  lieu  de  passer  immédiatement  du  latin  au  roman,  M.  Etienne 
a  placé  une  élude  intermédiaire  :  celle  des  vicissitudes  éprouvées  par  la 
conjugaison  latine  du  v''  au  ix**  siècle.  Les  principaux  points  sont  la 
transformation  de  l'imparfait,  et  la  conjugaison  populaire  du  verbe  latin 
Habere.  Puis  vient  la  conjugaison  romane  que  domine  la  répartition  des 
conjugaisons,  basée  sur  celle  du  latin  vulgaire.  En  guise  d'appendice, 
un  résumé  sommaire  de  la  phonétique,  destiné  aux  commençants,  et 
qui  leur  sera  précieux. 

Il  serait  à  souhaiter  que  ^tous  nos  manuels  de  philologie  romane  se 
distinguassent  par  les  mêmes  qualités  que  celui  de  M.  Etienne.  Le  sien 
est  parfait. 


C)i)C)     


3.  —  Le  Glossaire  de  la  langue  d'oïl,  par  le  docteur  A.  Bos,  est  un 
travail  destiné  à  la  jeunesse.  «  Tous  les  mots  qui  pouvaient,  même  de 
loin,  offenser  la  pudeur  ont  été  rigoureusement  exclus  »  (p.  xvii).  Il  y 
a  cependant  (p.  386)  tel  verbe  qui  est  le  cousin  germain  d'un  mot  sale 
et  réputé  toujours  pour  tel.  La  base  de  ce  glossaire  est  le  dictionnaire  de 
M.  Godefroy,  que  M.  Ros  n'a  pu  «  malheureusement  consulter  que  pour 
une  partie  de  son  travail  »  (p.  x).  Il  est  venu  à  l'idée  de  M.  Bos  qu'à 
l'heure  actuelle  encore  nombre  de  jeunes  gens  croyaient  qu'avant 
Malherbe  «  le  français  n'était  qu'un  informe  et  grossier  langage  »  (p.  v), 
et  «  qu'un  Français  lettré,  comprenant  Homère  et  Virgile,  ne  savait  pas 
lire  la  chanson  de  Roland  et  Joinville  (p.  vi).  »  Pour  leur  faire  com- 
prendre nos  anciens  textes,  il  leur  a  donné  ce  glossaire,  «  catalogue  né- 
crologique en  commémoration  des  mots  trépassés  »  (p.  vu).  Il  a  éliminé 
les  mots  qui  comportaient  deux  sens,  l'un  ancien  et  l'autre  moderne;  il 
a  même  éliminé  «  les  mots  techniques  qui  ne  sont  point  entrés  dans 
l'usage  commun  ;  »  les  adverbes  dont  il  donne  le  radical  et  qui  sont 
formés  de  ce  radical  et  de  la  terminaison  ment  ;  la  plupart  des  diminu- 
tifs, les  mots  formés  d'une  préposition  et  d'un  autre  mot;  les  mots  de 
même  sens  mais  de  terminaison  différente.  On  le  voit,  c'est  la  fine  fleur 
de  l'ancien  français  qui  se  trouve  dans  ce  volume. 

4.  —  L'avertissement  nous  indique  tout  ce  que  contiennent  les  qua- 
torze feuilles  d'un  petit  volume  :  Les  phis  anciens  Chansomiicrs  fran- 
çais, imprimé  en  1870  et  livré  à  la  publicité  plus  de  vingt  ans  après. 
L'éditeur  a,  par  avance,  excusé  les  défaillances  de  l'auteur  en  les  reje- 
tant sur  l'état  de  la  philologie  à  cette  époque.  Il  explique  le  noble  but 
que  s'était  proposé  Brakelmann,  ct'lui  de  former  «  un  corpus  delà  poésie 
lyrique  française  des  xii"  et  xiii"  siècles.  »  La  quatorzième  feuille  était 
déjà  imprimée  quand  la  guerre  éclata  :  Brakelmann  fut  rappelé  en  Alle- 
magne, et  tué  dans  les  rangs  de  l'armée  envahissante  le  lO  juillet  1870. 
Au  lieu  de  livrer  au  pilon  les  feuilles  tirées,  le  successeur  de  Vieweg, 
M.  Emile  Bouillon,  nous  les  a  données  telles  quelles.  Elles  contiennent 
les  chansons  de  Gantiers  d'Espinal,  de  Crestiens  de  Troies,  de  Mûrisses 
de  Creon,  de  Hues  d'Oisy,  Quenes  de  Bethune,  li  chastelains  de  Couci, 
Blondels  de  Neele,  et  Richars  d'Engleterre.  On  voit  tout  l'intérêt  de 
cette  publication,  ([uoiqu'clle  soit  faite  avec  des  méthodes  vieillies. 

5.  —  Feu  M.  Charles  Toubin,  officier  de  l'instruction  publique,  a  écrit 
un  essai  d'élymologie  historique  et  géographique,  que  son  frère  Edouard 
(p.  338  et  -40-2,  n°  1),  a  revu  et  corrigé.  L'auteur  ne  se  contente  pas  de 
l'élymologie  immédiate,  il  remonte  jusqu'au  celte  et  au  sanscrit  avec 
une  imagination  vertigineuse.  Ainsi  Laumes  (p.  227),  pour  lui,  ne  vient 
pas  du  latin  :  Larrymas  (vallée  des  larmes),  mais  du  gaélique  :  Lo7n.  — 
Les  Véliocasses  (p.  3r)0)  no  se  trouvent  ]ias  à  l'endroit  indiqué  par  le 
renvoi.  Ne  faudrait-il  pas  (railleurs  lire  et  interpréter  par  Viducasses? 


Diément  au  POLYBIBLION 


r  de  Mars  1893 

Boussielgue-J^usand  :E(ils 

3,  Rue  Cassette,  PARIS 
BONZES     -     ORFÈVRERIE     -     CHASUBLERIE 


EXTRAIT    DU     CATALOGUE 

des  Objets    d'Art    et   des  Présents   de    Première    Communion 
Envoi  sur  demande  du  Catalogne  complet  et  d'objets  à  condition 


ppie  d'une  Croix 

.  ancienne. 
Ut  cuivre  doré  500 


hier  de  lit, 
'  '  argenté  sur 

èois, 
!'s  ou  marbre 

l  55.  » 


Souvenir  de  Mariage,  d'après  Raphaël, 
Bronze  doré, 
Avec  patines  d'or  et  d'argent   .    .       250. 
Le  SJ4 jet  central,  avec  cadre  simplifié       125 . 


Copie  du  Bénitier  de 

M""'  de  Maintenoa. 

Cristal    et    cuivre    dore 

200.   « 


Bénitier  de  lit, 

style     Louis    XV, 

bronie  argenté 

sur  bois, 

velours  ou  marbre 

70,    » 


3?oussielg 

3.    Rue 


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en  bron\e. 

Croix  et  support  en  chêne 

j    difnensions,     à    partir    de 

100  francs. 


Copie    d'une    Croix 

du  Xlll"  siècle. 

Filigranes  et  pierres  fines. 

Cuivre.   .    .       -^20.   » 

Ar(rent.  .  -100.    » 


Vierge    de    Feurs 

par    Bonnassieux, 

hauteur  o'",40. 

165.   " 


Émail  sur  raillons  d-aprèsBotticclU. 

Cadre  cuivre  doré  sur  velours. 

450.    >' 


Try 

cuivre    doré   avec 

Chaque  sujet  séj 

Le  Baptême.  —  L' 


REPRODUCTION 

DES    MUSÙKS 

Émaux  cloisonnés 

CRIVELLI,   MANTEGN 

Collections    de 

Bénitit 
Cop 

Bas-reliefs,  d'apri! 

Statue 

De   Bonnassieux 

Copies  ( 
Reproduction 

STATX 

Sainte  Genev 
Sailli  Louis  de  k  Chà 


LIVRHS  DE  MARIAGE  -  MÉDAl 

Ivnvoi    >sup    demande    du    Cat; 


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d'argent.       225.  r 
(r  velours.      65.  » 
:  La  Confirmation . 


'Art  Religieux 

i\RTICULIÈRES 

I 

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isins  etsiir  pa/llons 

\CEIU,  BEILIHI,  etc. 

S    et    modernes 

ptiques 
;iens 

délia  Robia,  etc. 
/ierge 

e,    Frémiet,    etc. 

)yen  âge 
Charles-Quint 

NTES  : 

e  Montmartre 

nés  de  N.-D.  de  Paris 


Vierge  Immaculée. 

avec    Crédence- Bénitier. 

hron\e  ciselé. 

150     ... 


#-^.X 


Le  «  Christ  expirant  »,  par  Clésinger. 
Grandeur  nature     .    .       700.    » 
Hauteur  o'",^o  ....        160.    j; 

—  o^-'i•  .    .    ,    "       120.   X. 

—  o"./6  ....  80.    ., 


Bas-relief  de  Donatello, 

avec  cadre  en  chêne  ou  noyer  gravé. 

Haut.  o"',^2,  larg.  o'^.4^    100.  » 

—  o'',j4,     —     o'^.sp     60.  » 

—  o'',26,     —     o",,2j     35.   » 


ET  DE  PREMIÈRE  COMMUNION 

Plet    et    d'objets    à     condition 


Saint  Michel, 

statuette  en  hron\^ 

doré,  socle  bois  ou 

mii-hre  .    .      135.   » 


j^oussielgue-Kusand  Bils 

3,  Rue  Cassette,   PARIS 


.•V/' 


Il 'Ml 


Bénitier  irypiique 
[     m  t'-JJ-r     argenté. 


Bas-relief 
«  la  Sainte  Famille  », 

par  Lancelot, 

haut.   o'"40,  larg.  o"',î" 

125.   » 


Bénitier  dyptiquL-, 
en  bois,  marbre  et  broii{ 
trois  émaux,  sur  paillon 
1000.   » 


Croix-bénitier 

avec  Christ 

hron;e  ciselé, 

1').    » 


Bénitierde  lit, 

style  ^ 

Louis  XV, 

hroUyC  ciselé 

115.   » 


Envoi   sur  demande,  du  Catalogue  complet 
et  d'objets  a  condition. 


—  223  — 

6.  —  Quel  beau  et  bon  livre  nous  avons  lu  en  prenant  dans  nos  mains 
la  Philologie  classique  de  M.  Max  Bonnet.  Le  jeune  professeur  à  la  Fa- 
culté des  lettres  de  Montpellier  a  donné  un  exemple  que  nous  souhaite- 
rions voir  suivre  par  tous  ses  confrères.  Il  a  convié  les  élèves  des  Facul- 
tés de  lettres  et  les  professeurs  de  l'enseignement  classique  secondaire  à 
étudier  la  philologie  comme  science  appliquée  (p.  1).  Rien  de  plus  juste 
et  de  plus  difficilement  compréhensible  cependant  pour  la  majorité  des 
travailleurs.  M.  Bonnet  s'est  élevé  à  lapins  grande  hauteur  en  définissant 
la  philologie,  en  étudiant  son  histoire,  en  disséquant  ses  diverses  bran- 
ches :  grammaire,  rhétorique  et  poétique,  en  montrant  son  affinité  étroite 
et  nécessaire  avec  l'histoire  et  les  antiquités,  l'art  et  la  littérature. 
Parmi  tant  de  vues  si  judicieuses,  si  neuves  (en  dépit  de  la  modestie  de 
routeur),  et  malgré  la  brièveté  imposée  à  noire  analyse,  il  nous  est  im- 
possible de  passer  sous  silence  les  lignes  excellentes  où  M.  Bonnet  traite 
à  la  fois,  au  point  de  vue  dogmatique  et  au  point  de  vue  pratique,  de 
l'étude  des  textes.  Un  pareil  manuel  devrait  être  entre  les  mains  de 
tous  ceux  qui  aiment  la  philologie.  Il  l'est,  sans  aucun  doute. 

7.  —  Le  Latin  dans  la  langue  française  est  une  charmante  plaquette 
écrite  par  M.  Michelin  Tronson  du  Goudray  et  dédiée  à  sa  petite  fille. 
La  locution  latine  (ex.  per  absnrdum)  est  suivie  d'un  exemple  où  elle  a 
été  prise  et  citée  sans  traduction  par  un  auteur  français  (ex.  Laboulaye). 
Malheureusement  il  n'y  a  pas  assez  de  sources  citées  (par  ex.  pour  Ali- 
borum,  p.  1 1).  Ailleurs  [Committimus]  n'est  pas  suffisamment  défini.  (Nous 
ne  connaissons  pas  d'exemple  de  Commitlitur.)  D'autres  fois  l'explication 
n'est  pas  exacte  :  D.  0.  M.  aux  temps  païens  voulait  dire  :  Diis  omni- 
bus Manibus,  et  ce  sont  les  chrétiens  qui  ont  postérieurement  changé 
la  signification  en  :  Deo  om7iipotenti  maximo.  —  /.  B.  S.  signifie  Jésus 
Chrislus  (grec  :  xpla-zoç;  d'où  le  H  latin  =-  x  grec),  Salvator  (grec  : 
awTJî/s).  C'est  une  ancienne  inscription  grecque  traduite  en  lettres  ro- 
maines, etc.  Dans  la  seconde  partie  :  Age  quod  agis  n'est  pas  d'origine 
inconnue,  mais  a  pour  auteur  saint  Augustin.  Hic  locus  ;  la  première 
source  n'est  pas  indiquée.  N'est-ce  pas  Sévigné? —  Petits  défauts,  grandes 
qualités. 

8.  —  L'Académie  française,  disent  les  journalistes,  s'occupe  enfin  de 
l'orthographe  ;  lasse  du  dictionnaire  historique  et  incapable  de  tout  nou- 
veau travail  de  souris.  Juste  à  point,  M.  Coly  nous  sert  une  remarquable 
brochure  où  il  nous  expose  l'élat  de  la  question  et  où  il  réclame  avec 
une  modération  parfaite  les  plus  justes  réformes.  C'est  un  sage;  et  il  est 
d'autant  plus  à  craindre  qu'il  ne  soit  pas  écouté.  En  tous  cas,  gens  du 
monde  et  savants  (nous  ne  parlons  pas  de  l'Académie  française)  feront 
bien  de  hre  ce  judicieux  opuscule  où,  signalant  tant  au  point  de  vue 
historique  qu'au  point  de  vue  pratique  les  bizarreries  du  phonétisme  à 
outrance,  et  celles  de  l'orthographe  à  outrance,  il  requiert  humblement 


la  Dame  du  quai  (au  bout  du  pont)  de  ne  se  laisser  entraîner  ni  dans 
une  réforme  excessive  ni  dans  un  rigorisme  oulré.  Il  est  douteux  que 
les  grands  hommes  du  salon  de  ladite  Dame  se  rendent  à  d'aussi  bonnes 
raisons.  Ce  serait  pourtant  justice.  B.  A. 


THEOLOGIE 

Couréreuces  de  H'otre-Dante.  Carême  de  1892,  par  Mgr  d'Hulst. 
Paris,  Ch.  Poussielgue,  1892,  iii-8,  iv-495  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Après  avoir  traité  en  1801  des  fondements  généraux  de  la  morale, 
Mgr  d'Hulst  a  employé  sa  seconde  station  quadragésimale  à  expliquer  nos 
devoirs  envers  Dieu.  Il  devait  d'abord  montrer  à  des  auditeurs  dont  la  foi 
est  souvent  faible  et  vacillante  comment  on  connaît  Dieu,  et  quels  sont 
les  vrais  caractères  qui  dislinguent  le  vrai  Dieu  du  Dieu  vague  de  l'idéa- 
lisme et  du  Dieu  nature  du  panthéisme.  Trois  chemins  mènent  l'intel- 
ligence à  Dieu,  la  nécessité  d'un  ordonnateur,  la  nécessité  d'une  cause 
première,  et  la  nécessité  d'un  être  absolu.  Tout  homme  a  le  sentiment 
implicite  de  ces  trois  nécessités;  aussi  n'est-ce  jamais  avec  sérénité 
quon  nie  Dieu.  Mais  co  n'est  pas  seulement  avec  la  raison  qu'il  faut 
chercher  Dieu,  c'est  avec  son  cœur.  C'est  par  le  cœur  surtout  qu'on  con- 
naît non  seulement  l'existence,  mais  la  véritable  nature  de  Dieu.  Sui- 
vant la  belle  expression  de  l'orateur,  «  le  cœur  perce  les  ténèbres,  il  prend 
le  contact  de  l'infini.  »  Dieu  n'est  pas  en  effet  une  idée  abstraite  que  l'on 
démontre  comme  un  théorème,  c'est  une  réalité  vivante,  qui  fait  vivre 
toutes  choses,  et  qui  a  sa  vie  propre.  L'Église  nous  a  indiqué,  par  le 
mystère  d'un  Dieu  en  trois  personnes,  quelque  chose  de  cette  vie  im- 
muable par  laquelle  Dieu  précède  et  domine,  du  haut  de  son  éternité, 
les  effets  de  son  activité  créatrice. 

Dieu  connu  nous  impose  des  devoirs,  et  c'est  précisément  par 
crainte  de  ces  devoirs  que  plusieurs  ont  tant  de  peine  à  convenir  qu'il  est 
connu.  Ces  devoirs  se  ramènent  à  quatre  principaux,  qui  font  le  sujet  de 
quatre  conférences:  la  foi,  l'obéissance,  l'espérance  et  l'amour. 

Comme  l'année  dernière,  l'éditeur  a  joint  aux  conférences  les  ser- 
mons prêches  pour  la  retraite  pascale  et  qui  ont  pour  sujet  la  nature, 
les  suites  et  rex[iiation  du  péché. 

Le  succès  des  conférences  de  Noire-Dame,  tant  au  point  de  vue  de 
l'assistance  nombreuse  et  sympathique  qu'au  point  de  vue  du  livre,  est 
aujourd'hui  un  fait  acquis  et  devant  lequel  tout  éloge  risquerait  de  pa- 
raître banal.  Nous  nous  bornerons  donc  à  remanpier  que  celte  seconde 
année,  l'orateur  nous  paraît  avoir  pris  définitivement  possession  du  genre 
d'éloquence  approprié  à  sa  tâche.  On  avait  reproché  à  ses  premières  confé- 
rences d'être  ln»|)  abstraites  et  trop  subtiles.  On  ne  fera  pas  ce  reproche 
à  celles  de  1802.  Le  philosophe  y  paraît  sans  doute,  le  prêtre  encore 


—  225  — 

plus.  Toujours  le  même  style  éléirant  et  limpide  qui  est  la  marque  pro- 
pre du  talent  de  l'orateur,  mais  un  raisonnement  plus  large,  plus  popu- 
laire, des  vues  justes  à  la  fois  et  originales  renouvelant  le  point  de 
vue  auquel  on  se  place  d'ordinaire,  une  connaissance  fort  exacte  des  be- 
soins de  l'apologétique  contemporaine,  une  chaleur  douce  de  conviction 
s'élevant  parfois  jusqu'à  la  haute  éloquence,  surtout  quand  l'orateur 
puise  ses  accents,  comme  il  le  fait  souvent  avec  bonheur,  à  cette  source 
intarissable,  si  connue  de  Bossuet,  et  qu'on  appelle  l'Écriture  Sainte. 
Nous  avons  été  particulièrement  frappé  de  la  conférence  sur  la  soumis- 
sion à  Dieu,  ainsi  que  des  beaux  sermons  sur  les  suites  du  péché  et  sur 
la  confession.  Non  seulement  ces  discours  nous  ont  instruit,  mais  ils 
nous  ont  fait  du  bien. 

Mgr  d'Hulst  aura  donc  été,  cette  seconde  année,  à  la  lois  plus  élevé  et 
plus  à  la  portée  du  grand  nombre.  Quant  à  ceux  que  réjouissent  surtout 
les  fines  dissertations  philosophiques,  ils  auront  de  quoi  se  satisfaire 
dans  les  notes,  où  ils  trouveront  un  grand  nombre  des  questions  dif- 
ficiles :  la  valeur  de  l'argument  de  saint  Anselme,  le  devoir  absolu,  la 
doctrine  du  pur  aaiour,  etc.,  traitées  avec  une  vigoureuse  logique  et 
une  grande  pénétration.  D.  V. 

OEavres  postbameiti  de  Mgr  Le  Courtier,  ancien  évêque  de  Mont- 
pellier, archevêque  de  Sébaste,  pieusement  recueillies  et  publiées  par 
M.  l'abbé  Grégoire,  chanoine  titulaire  de  Montpellier.  Tome  I^',  en  deux 
parties  séparées.  Temps  de  l'Avent  et  de  l'Epiphanie.  —  Temps  du  Carême. 
Paris,  Féchoz,  1893,  2  vol.  in-12  de  vi-760  p.  —  Prix  :  6  fr. 

Mgr  Le  Courtier  a  été  l'un  de  nos  meilleurs  orateurs  contemporains. 
A  Paris  surtout,  où  il  exerça  longtemps  le  saint  ministère,  soit  comme 
vicaire  à  Saint-Roch,  à  Saint-Nicolas-des-Champs  et  à  Saint-Étienne-du- 
Mont,  soit  comme  curé  des  Missions-Étrangères  et  comme  archiprêtre 
de  Notre-Dame,  il  obtint  un  succès  inouï  auprès  des  esprits  d'élite  qu'il 
attira,  séduisit  et  subjugua.  Le  genre  où  il  excella  fut  l'homélie  :  «  Ses 
instructions  simples,  sans  exclure  l'élégance,  avaient  surtout  un  caractère 
pratique  dont  le  fond,  pris  dans  l'Évangile,  charmait  et  touchait  les 
cœurs  les  plus  rebelles.  »  Il  iaut  savoir  gré  à  M.  le  chanoine  Grégoire 
d'avoir  pris  un  si  grand  soin  pour  recueillir  toutes  ces  instructions  pro- 
noncées par  l'ancien  évêque  de  Montpellier  :  cette  tâche,  que  lui  avait 
imposée  une  sincère  et  fidèle  amitié,  le  vénéré  chanoine  a  su  l'accom- 
plir avec  le  rare  discernement  du  théologien,  avec  le  goût  et  le  tact  d'un 
bon  httérateur.  L'ordre  qu'a  dû  adopter  le  pieux  éditeur  lui  était  tout 
indiqué  par  la  méthode  de  l'auteur  lui-même.  Mgr  Le  Courtier  s'était  atta- 
ché, dans  ses  prédications,  à  s'inspirer  des  circonstances  dans  lesquelles 
il  devait  les  prononcer,  à  suivre  l'ordre  que  lui  imposait  le  roulement 
de  l'année  liturgique  ;  H  s'efforçait  en  outre  de  ramener  tous  les  com- 
mentaires de  l'Évangile  à  l'explication  de  la  doctrine  catholique,  de  telle 
Mars  1893.  T.  LXVIL  IS. 


—  226  — 

sorte  que  l'ensemble  de  ses  alloculions  pourrait  être  donné  comme  un 
cours  à  peu  près  complet  de  l'enseignement  catéchistique.  M.  l'abbé 
Grégoire  a  eu  raison  de  respecter  cette  méthode  :  les  œuvres  du  célèbre 
orateur  revêtiront  ainsi  un  caractère  d'unité  qui  servira  à  mettre  davan- 
tage en  relief  leur  incontestable  mérite  et  à  éclairer  d'une  plus  vive  lu- 
mière les  esprits  sérieux  qui  voudront  les  méditer. 

Les  œuvres  inédites  de  Mgr  Le  Courtier  seront  partagées  en  trois  vo- 
lumes. Le  premier,  qui  vient  de  paraître,  contient  les  prônes  sur  l'année 
ecclésiastique,  depuis  l'Avent  jusqu'à  Pâques:  trois  Avents,  un  Carême, 
des  Homélies  pour  les  fêles  et  les  dimanches  qui  se  trouvent  dans  cette 
époque  de  l'année  liturgique.  Les  deux  autres  volumes,  qui  suivront 
bientôt,  renfermeront  un  second  carême  et  des  homélies  pour  tout  le 
propre  du  temps  jusqu'à  la  Dédicace;  puis  des  homélies  pour  les  fêtes 
de  la  sainte  Vierge,  des  panégyriques,  des  sermons  de  charité,  etc.,  etc. 
«  Car,  ajoute  M.  l'abbé  Grégoire,  Mgr  Le  Courtier  emprunta  de  temps  à 
autre  les  accents  de  l'éloquence  solennelle;  plusieurs  de  ses  discours 
de  circonstance  révèlent  la  riche  fécondité  de  son  génie....  Presque  tous 
ses  sermons  de  charité  sont  les  œuvres  d'un  maître.  En  ce  genre  il  n'a 
été  égalé  par  aucun  prédicateur  de  notre  temps....  Ces  sermons  et  ces 
discours  seront  «  le  joyau  le  plus  précieux  de  cette  publication.  » 

En  publiant  ces  œuvres  posthumes,  M.  le  chanoine  Grégoire  n'aura 
pas  eu  seulement  la  douce  satisfaction  de  prouver  sa  respectueuse  affec- 
tion pour  celui  qui  fut  son  maître  et  sou  père;  il  aura  encore  la  conso- 
lation de  pouvoir  perpétuer  auprès  d'un  grand  nombre  de  fidèles  le  bien 
spirituel  que  produisit  dans  les  âmes  la  parole  de  Mgr  Le  Courtier.  Un 
critique  distingué  écrivait  en  1840  :  «  L'éloquence  simple,  paternelle  de 
M.  Le  Courtier,  est  celle  que  nous  croyons  la  plus  utile  en  ce  moment 
dans  notre  pays....  Elle  s'estréservéplus  particulièrement  d'éclairer  ceux 
qui  sont  déjà  réunis  sous  la  houlette  jiaslorale,  de  consoler  les  douleurs 
qui  viennent  demander  dans  le  temple  appui  à  l'Évangile....  Il  y  a  comme 
un  parfum  véritablement  apostolique  dans  celte  église  des  Missions- 
Étrangères  chaque  fois  que  l'admirable  pasteur  monte  en  chaire....  »  Ce 
«  parfum,  »  le  lecteur  le  respirera  encore  aujourd'hui,  s'exhalant  de  ces 
pages  si  remplies  de  l'esprit  de  l'Évangile  et  de  solide  piété;  il  y  trou- 
vera <f  les  grands  principes  de  la  vie  chrétienne  tracés  d'une  main  sûre 
et  des  observations  qui  sont  le  fruit  d'une  litugue  expérience  et  d'une 
connaissance  approfondie  du  monde  contemporain.  » 

Nous  croyons  aussi  que  cette  publication  aura  encore  le  précieux  avan- 
tage de  fournir  au  clergé  de  nos  paroisses  et  à  tous  nos  prédicateurs  de 
carême  ou  de  mission  de  véritables  modèles  d'instructions  pratiques  et 
populaires.  F.  Coapot. 


227  

ConstitutioucN  dogiiiaticac  sacroKaucti  «ecuiiieuici  cou- 
cilii  Yaticani  e%.  ips>isi  ejns  acti««  ex.plicatac  at(|uc  lllus- 
tratae  aTHEOOORO  Granderatii,  S.  J.,  presbytero.  Fribourg  en  Brisgau, 
Herder,  1892,  in-8  de  243  p.  —  Prix  :  3  fr.  ôo". 

Si  l'on  possédait  pour  les  conciles  anciens,  et  parliculièrementpoiir  le 
fameux  concile  de  Trente,  tous  les  documents  relatifs  aux  discussions 
théologiques,  aux  propositions  et  corrections  qui  ont  précédé  la  rédac- 
tion détinilivedu  texte,  il  est  incontestable,  remarque  le  P.  Granderath 
dans  sa  préface,  qu'au  point  de  vue  dogmatique  ou  disciplinaire,  ces 
éléments  historiques  fourniraient  des  renseignements  d'une  valeur  inap- 
préciable. Le  concile  du  Valican  est  heureusement  près  de  nous  encore, 
et  il  a  pu  être  dirigé  avec  assez  de  prévoyance  et  de  régularité  pour  que 
ce  souhait  ne  se  change  pas  à  son  égard  en  un  irréalisable  desideratum. 
Nous  avons  donné  ici  même,  il  y  a  deux  ans,  le  compte  rendu  du  sep- 
tième volume  de  la  CoUectio  Lacencis  entièrement  consacré  à  ces  grandes 
assises  de  la  religion,  interrompues  d'une  façon  si  fâcheuse.  C'est  une 
source  documentaire  d'nne  extrême  richesse  et  qu'on  n'apprécie  bien 
qu'on  recourant  fréquemment  à  ses  multiples  renseignements.  Le 
R.  P.  Granderath  est  un  des  travailleurs  persévérants  qui  ont  le  plus 
contribué  à  l'achèvement  définitif  de  celte  grande  œuvre  :  mieux  que 
tout  autre  par  conséquent,  il  se  trouvait  désigné  pour  la  mettre  à  profit 
en  composant  un  commentaire  des  constitutions  dogmatiques  de  Fide 
et  de  Ecclesia. 

Sous  forme  de  Pi^olégomènes^  le  savant  jésuite  donne  d'abord  un 
rapide  aperçu  de  l'ordre  observé  pour  la  rédaction  des  décrets  du 
concile  et  indique  les  sources  auxquelles  il  a  recouru.  Du  premier  cha- 
pitre, qui  se  borne  à  rappeler  la  constitution  Multipliées  inter  et  l'in- 
telligente application  qui  en  a  été  faite,  nous  n'avons  rien  à  dire,  sinon 
qu'il  est  le  meilleur  exposé  qu'on  puisse  faire  de  la  police  intérieure  des 
séances.  Le  second,  où  se  trouve  l'énumération  des  documents  employés 
pour  la  composition  de  l'ouvrage,  a  par  cela  même  une  signification 
particulière.  Signalons  rapidement  ces  sources,  en  partie  imprimées  dans 
les  Acta  et  Décréta  sacrosancti  Œcum.  Conc.  Vaticani  :  1°  les  deux 
Schemata  «  de  doclrina....  contra....  errores  ex  rationalismo  derivatos  » 
et  «  de  Ecclesia  Christi  ;  »  2°  le  protocole  des  sessions  «  de  fide  »  con- 
servé aux  archives  du  Vatican  et  dont  la  publication  complète  n'a  pas 
encore  été  autorisée  ;  3"  le  journal  privé  d'un  des  Pères  du  Concile  ; 
A"  les  Schemata  Constitutionum.  Ceci  suffit  à  faire  supposer  l'intérêt  que 
va  présenter  au  théologien,  au  canoniste,  à  l'historien,  le  double  com- 
mentaire rédigé  par  le  P.  Granderath.  Dans  l'étude  des  deux  constitu- 
tions, il  suit  une  marche  analogue  et  d'une  logique  entraînante  pour 
l'esprit  :  I.  Histoire  de  la  Constitution.  IL  Explication  détaillée  de  cer- 
tains points  difiiciles.  Et  enfin  :  III.  Texte  richement  annoté  de  la 


—  228  — 

constitution  elle-même.  Un  excellent  index  des  personnes  et  des  ma- 
tières termine  le  tout.  C'est  là  un  de  ces  livres  qui  demeurent  et  qui 
dénotent  chez  leur  auteur  une  érudition  consciencieuse  et  une  recti- 
tude de  jugement  qu'on  souliaiterait  rencontrer  dans  de  semblables 
proportions  chez  beaucoup  d'écrivains.  Nulle  pari,  en  effet,  le  P.  Gran- 
derath  n'affecte  le  ton  outré  de  l'apologie  et  ne  s'oublie  à  ces  vaines 
flagorneries  qu'on  se  croit  souvent  obligé  de  prodiguer  dès  qu'il  s'agit  de 
Rome  et  de  concile.  Son  style  reste  toujours  digne  de  la  science,  à  la 
hauteur  de  n'importe  quelle  critique,  et  en  face  de  la  franche  simpli- 
cité de  ses  exposés,  on  constate  vraiment  que  la  foi  s'éclaire  en  même 
temps  que  la  raison  s'affermit.  De  telles  pages  rendent  véritablement  fier 
d'être  chrétien  catholique,  membre  de  cette  noble  société  où,  en  dépit 
de  défaillances  individuelles,  on  est  toujours  sûr  de  rencontrer  la  vérité, 
la  justice  et  la  charité.  G.  Péries. 

Table  générale  alpltaSiétiqiie  de  tous  les  sujets  traités 
«laus  la  eolleetiou  intégrale  et  universelle  des  Orateurs 
sacrés,  par  le  P.  J.-B.  Nicolas,  de  la  Société  de  Jésus.  Chez  l'auteur,  à 
Notre-Dame  du  Mont-Roland,  près  Dole  (Jura),  1892,  in-4  de  267  p.  — 
Prix  :  20  fr. 

La  collection  des  Orateurs  sacrés  recueillie  parle  savant  abbé  Migne 
renferme  quatre-vingt-dix-neuf  volumes  in-i,  où  se  trouvent  réunis  une 
foule  de  sermons  qu'il  est  souvent  assez  difficile  de  retrouver  au  momen 
opportun,  soit  parce  qu'on  a  oublié  par  quel  orateur  ils  ont  été  composés, 
soit  parce  qu'il  est  impossible  de  parcourir  quatre-vingt-dix-neuf  tables 
des  matières,  dans  le  but  de  comparer  entre  eux  divers  morceaux  d'élo 
quenceoù  Ton  cherche  l'inspiration  d'une  œuvre  personnelle  souventhâ- 
tive.  Ajoutons  à  cela  que  chacun  n'a  pas  toujours  souslamain  lacoUectioi 
Migne  des  Orateurs  sacrés  tout  entière.  —  Nous  ne  saurions  donc  trop  féli 
citer  leR.  P.  Nicolas  du  travail  qu'il  apris la  peine  de  faire.  Assurémen 
il  a  fallu  du  temps  et  de  la  patience  pour  dresser  la  table  fort  nette  qu'i 
a  composée,  et  il  évitera  ainsi  bien  des  dérangements  et  des  pertes  inu 
tiles  d'instants  précieux  aux  prédicateurs  pris  au  dépourvu  et  obligés  d^ 
chercher  dans  leurs  devanciers  les  idées  que  leur  esprit  se  refuse  à  en 
fanler.  —  Une  première  colonne  est  réservée  au  titrer  des  sujets  rangé 
par  ordre  alphabétique,  la  seconde  aux  auteurs  qui  les  ont  traités,  1 
troisième  au  tome,  et  la  quatrième  à  la  page  de  la  collection.       G.  P 


.JURISPRUDENCE 

Code  manuel  des  électeurs  et  des  éligiiiles,  par  A.  MAUcuAi 
Paris,  A.  Giard  et  E.  Brière,  1893,  in-12  de  344  p.  —  Prix  :  3  l'r. 

Une  année  d'élections  voit  toujours  éclore  plus  d'un  manuel  de  Vùlei 
leur  ou  du  candidat.  Mais  de  tous  les  ouvrages  de  ce  genre  que  nou 


229  

connaissions,  celui  que  vient  de  publier  M.  Maiigras  est  certainement  le 
plus  complet  et  le  plus  pratique.  C'est  le  plus  complet,  car  il  embrasse 
toute  la  législation  électorale  relative  au  Sénat  et  à  la  Chambre  des  dé- 
putés, aux  conseils  généraux,  aux  conseils  d'arrondissement,  aux  con- 
seils municipaux,  aux  tribunaux  de  commerce,  conseils  de  prud'hommes, 
chambres  de  commerce  et  chambres  consultatives  des  arts  et  manufac- 
tures. C'est  aussi  le  plus  pratique^  parce  qu'il  ne  se  borne  pas  à  fournir 
pour  tous  les  cas  la  règle  juridique  :  il  y  ajoute  le  moyen  de  la  mettre 
en  action,  la  formule  qu'il  convient  d'employer  dans  chaque  hypothèse. 
Ce  petit  livre  est  ainsi  de  nature  à  rendre  service  à  bien  des  électeurs, 
sans  parler  des  candidats  et  sans  excepter  même  ceux  qui  par  état  ou 
par  fonctions  connaissent  généralement  les  principes  de  notre  droit  élec- 
toral. 11  sera  surtout  très  utile  aux  membres  des  commissions  adminis- 
tratives chargées  de  la  confection  et  de  la  revision  des  listes  électorales. 
Il  doit  être  aussi  recommandé  aux  hommes  dévoués  qui,  comprenant 
l'importance  de  ces  opérations,  veulent  bien  prendre  la  peine  de  véri- 
fier les  listes  et  d'en  demander,  quand  il  y  a  lieu,  la  rectification.  Il 
fournira  enfin  toutes  les  indications  dont  on  pourra  avoir  besoin,  au 
moment  des  élections,  touchant  les  affiches  et  les  professions  de  foi,  les 
réunions  publiques,  la  constitution  des  bureaux  de  vote,  les  opérations 
du  scrutin  et  les  réclamations  contre  l'élection.  M.  L. 


^Souvenirs  d'un  président  d'assises.  Les  Passions  crimi- 
nelles, leurs  causes  et  leurs  remèdes,  par  M.  Bérard  des 
Glajeux,  président  de  Chambre  à  la  cour  d'appel.  Paris,  Pion  et  Nourrit, 
1893,  in-12  de  vii-271  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Cette  seconde  série  des  Souvenirs  de  M.  Bérard  des  Glajeux  n'oSre 
pas  moins  d'intérêt  que  la  première  série ,  dont  hous  avons  rendu 
compte  (Cf.  Polybiblion,  t.  LXIV,  p.  160).  Il  s'agissait  surtout,  dans  la 
première,  de  la  situation  des  accusés  au  moment  où  ils  comparaissent 
devant  la  cour  d'assises.  Maintenant  M.  Bérard  des  Glajeux  remonte 
aux  causes  qui  font  les  accusés  et  qui  les  amènent  sur  le  banc  d'infamie. 
Il  en  signale  trois  principales  :  la  passion,  les  mauvaises  mœurs  et 
l'argent.  Il  s'occupe  dans  ce  second  volume  de  ce  qu'il  appelle  les  crimes 
d'amour  et  les  crimes  de  mœurs.  Un  troisième  volume  sera  consacré 
aux  crimes  d'argent. 

Les  crimes  d'amour  ou  de  mœurs  ont  un  caractère  qui  les  rend  par- 
ticulièrement odieux  :  les  victimes  qu'ils  font  sont  presque  toujours  des 
enfants  ou  des  jeunes  filles  ;  quelquefois  aussi  des  mères  de  famille, 
comme  dans  l'affaire  Chambige.  C'est  aussi  dans  ce  genre  de  crimes  que 
la  passion  semble  le  plus  irrésistible,  et  M.  Bérard  des  Glajeux  a  eu 
raison  d'étudier  à  cette  occasion  la  question  du  libre  arbitre  ;  il  montre 
l'inanité  des  doctrines  lombrosiennes  et  des  prétendus  effets  delasug- 


—  230  — 

gestion  en  matière  criminelle.  Enfin,  dans  la  dernière  partie  du  volume, 
l'éminent  magistral  se  préoccupe  des  remèdes  qui  peuvent  prévenir  ou 
guérir  les  excès  des  passions  coupables.  Il  rapporte  à  ce  sujet  les  idées 
d'un  vieil  aumônier  de  filles  repenties,  qui  disait  :  «  Je  suis  comme  les 
vieux  médecins  qui  ne  croient  plus  qu'à  l'hygiène;  la  mienne  est  une 
ûygiène  religieuse,  non  pas  parce  que  je  suis  prêtre,  mais  parce  que 
l'expértence  de  toute  ma  vie  a  formé  ma  conviction.  »  M.  Bérard  des 
Glajeux  ne  dissimule  pas  que  pour  lui  les  remèdes  religieux  et  moraux, 
qui  rendent  l'âme  plus  forte  que  l'amour  et  supérieure  à  l'entraînement 
des  sens,  sont  incontestablement  les  plus  efficaces.  Dans  les  derniers 
chapitres,  il  signale  et  recommande  à  tous  les  cœurs  charitables  les 
œuvres  de  patronage  qui  se  consacrent  à  la  régénération  des  condam- 
nés. M.  L. 


Mannale  «li  Ntoria  del  «liritio  Italiano,  dalle  invasioni  Germa- 
niche  ai  nostro  giorni,  per  G.  Salvioli,  professore  ordinario  di  diritto 
nella  R.  Università  di  Pa]ermo.Torino,Unione  tipogr.,  1890,  in-8de  575  p. 

Ce  volume  appartient  à  la  collection  de  Manuels  entrepris  sous  la 
direction  de  M.  le  commandeur  Saredo,  qui  doivent  résumer  pour  le 
public  ^italien  les  connaissances  nécessaires  dans  le  domaine  du  droit, 
de  l'éconoujie  politique,  de  la  science  administrative  et  de  la  science 
financière.  M.  le  professeur  Salvioli  a  entrepris  d'y  présenter  en 
raccourci  toute  l'histoire  du  droit  italien  public  et  privé.  La  tâche  était 
rude  :  M.  Salvioli  dit  dans  sa  préface  qu'il  a  mis  quatre  ans  à  l'accom- 
plir :  je  l'admire  d'avoir  pu  s'en  tirer  en  un  délai  aussi  bref. 

Dans  une  première  partie,  l'auteur  traite  assez  longuement  de  la 
Germanie  avant  les  invasions.  —  Il  aborde  l'histoire  des  sources  dans  la 
seconde  partie;  étudiant  d'abord  les  lois  germaniques,  les  capitn- 
laires,  les  formules,  les  documents  (tout  ceci  le  plus  souvent  en  une 
forme  extrêmement  sommaire).  Du  droit  germanique  il  passe  au  droit 
féodal  et  communal,  et  signale  successivement  les  constitutions  des 
empereurs,  les  livres  des  fiefs  et  les  ouvrages  analogues,  la  jurisprudence 
lombarde,  les  statuts  des  villes  et  des  corporations,  les  textes  de  droit 
maritime;  un  chapitre  particulier  est  occupé  par  l'histoire  du  droit  et  de 
la  législation  de  l'Italie  méridionale,  pour  laquelle  l'auteur  manifeste  une 
prédilection  particulière.  En  troisième  lieu,  l'attention  de  M.  Salvioli 
se  porte  sur  l'histoire  du  droit  romain  ;  il  fait  connaître  les  études  dont 
ce  droit  fut  l'objet  dans  les  siècles  du  haut  moyen  âge,  la  restauration 
des  compilations  jusiiniennes  à  laquelle,  d'.iprès  lui,  l'inthience  de 
l'Italie  byzantine  a  dû  largement  contribuer,  le  rôle  des  glossateurs  et 
des  commentateurs,  l'enseignement  des  Universités,  enfin  la  jurispru- 
dence qui  en  sortit;  il  pousse  jusqu'à  nos  jours  l'histoire  de  la  jurispru- 
dence italienne.  Celte  partie  s'achève  par  l'indiiation  des  législations 


—  231  — 

qui  se  sont  succédé  dans  la  Péninsule,  depuis  l'origine  de  la  période  mo- 
dernejusqu'à  l'époque  contemporaine. 

La  troisième  partie  est  intitulée  :  Le  droit  public  italien.  L'auteur  y 
passe  en  revue  les  constitutions  politiques  des  divers  pouvoirs  aux- 
quels obéit  l'Italie  :  royaumes  germaniques ,  byzantin ,  lombard, 
franc;  il  en  vient  ensuite  à  la  féodalité,  aux  communes,  au  Saint- 
Empire,  et  montre  le  rôle  (médiocre  à  la  vérité)  que  les  parlements  ont 
joué  en  Italie.  Il  ne  néglige  pas  l'histoire  des  doctrines  politiques  :  après 
avoir  esquissé  celles  du  moyen  âge,  il  indique  les  précurseurs  doctri- 
naux de  l'État  moderne.  J'ajoute  qu'au  préalable  il  a  fait  assister  le 
lecteur  à  la  chute  de  la  féodalité. 

La  quatrième  partie,  de  beaucoup  la  plus  considérable,  contient  exclu- 
sivement l'histoire  du  droit  privé  :  droit  des  personnes,  de  la  famille, 
des  biens,  successions,  obligations,  législation  particulière  aux  biens 
nobles.  Enfin,  la  cinquième  partie  résume  très  brièvement  l'histoire  de 
la  procédure  civile,  de  l'instruction  criminelle  et  du  droit  pénal. 

Ce  livre,  quoique  rapide  d'allure,  et  peut-être  pour  cela,  est  bien 
adapté  à  la  vulgarisation  :  les  idées  générales  n'y  manquent  pas,  les 
matières  y  sont  présentées  avec  clarté  et  intérêt,  les  indications  biblio- 
graphiques y  sont  suffisantes.  Le  livre  de  M.  Salvioli  pourra  être  con- 
sulté utilement  par  les  Français,  qui  y  trouveront  des  renseignements 
utiles  sur  certaines  matières  purement  italiennes.  —  Évidemment,  un 
tel  livre  prête  par  plus  d'un  côté  le  flanc  à  la  critique.  Le  plus  grave 
reproche  que  je  ferai  à  M.  Salvioli,  est  de  n'avoir  pas  donné  à  l'ÉgUse 
la  place  qui  lui  appartient  parmi  les  facteurs  de  la  civilisation  italienne. 
Tandis  qu'il  fait  la  part  belle  à  la  Germanie  et  n'atténue  pas  — 
tant  s'en  faut  —  l'importance  des  sources  germaniques,  pas  un  cha- 
pitre n'est  consacré  à  l'Église,  pas  un  aux  sources  canoniques  :  com- 
bien plus  heureusement  M.  Viollet  a  été  inspiré  !  Et  lorsque  M.  Salvioli 
rencontre  l'influence  de  l'Église,  il  ne  la  juge  pas  sans  faire  preuve,  en 
certains  cas,  d'une  partialité  qui  n'est  nullement  scientifique.  Ainsi  le 
rôle  de  l'Église  vis-à-vis  des  classes  serviles  est  amoindri  et  méconnu  : 
le  langage  des  Pères  est  fort  inexactement  résumé  par  quelques  courte 
citations  arbitrairement  choisies  (p.  T19  et  suiv.).  —  D'après  l'auteur, 
le  droit  canonique  fait  de  la  procréation  des  enfants  la  seule  fin  de  l'union 
conjugale,  et  par  ce  motif  rabaisse  la  condition  de  la  femme  (p.  248  et 
passim).  —  A  l'entendre,  le  principe  de  l'égalité  des  conjoints  est  un 
principe  d'origine  romaine  (p.  318}  :  M.  Salvioli  a-t-il  oublié  que  ce 
principe  n'a  été  reconnu  que  dans  l'empire  chrétien?  —  Il  enseigne  aussi 
qu'avant  l'an  1000  l'Église  n'a  pas  tenu  compte  du  consentement  de  la 
femme  lorsqu'il  s'agit  de  contracter  mariage  (p.  319  et  325),  renouve- 
lant ainsi  une  opinion  très  mal  fondée  de  M.  Scaduto  (//  Consenso  nelle 
nozze,  nella  professione  e  nelV  ordinazione.  Naples,  1885,  in-8,  p.  242 


—  232  — 

et  siiiv.).  —  Il  ne  paraît  pas  comprendre  la  valeur  de  la  législation  ma- 
trimoniale de  l'Église  :  il  se  plaît  d'ailleurs  à  en  ramener  à  une  date 
relativement  tardive  l'acceptalion  par  les  divers  États  de  l'Europe.  — 
Ceci  prouve  que  les  maîtres  de  la  jeune  Italie  feraient  bien,  suivant 
l'exemple  de  leurs  collègues  d'Allemagne  et  de  France,  de  se  reprendre  à 
étudier  l'histoire  et  le  droit  de  celte  vieille  mère  Église  si  intimement 
liée  au  passé  de  leur  patrie.  P.  F. 


SCIENCES  ET  ARTS 

Beitra^e  zur  CrCfscliiclite  der  Philosophie  des  llittelal- 
ters,  von  Dr  Clemens  Baeumker.  Fons  vitae,  fasc.  2.  Munster,  Aschen- 
dorir,  1892,  in-8  de  209  p.  —  Prix  :  5  fr.  65. 

Nous  avons  insisté  précédemment  sur  l'utilité  et  l'importance  des 
publications  de  textes  des  docteurs  du  moyen  âge  entreprises  par 
M.  Baeumker,  professeur  à  l'Université  de  Breslau.  Ce  savant  vient  de 
nous  donner  une  nouvelle  livraison  contenant  le  troisième  livre  du  Fons 
vitae,  cet  ouvrage  de  Ibn  Gebirol  qui  a  joui  d'une  si  grande  célébrité  au 
moyen  âge.  Dans  cette  partie,  le  philosophe  arabe  s'attache  à  établir  qu'il 
y  a  des  substances  simples  et  intelligentes.  C'est  une  sorte  d'exposé  de 
son  système  du  monde.  Conformément  aux  idées  d'Aristote,  il  admet 
dans  l'univers,  outre  la  matière  corporelle,  des  âmes  intelligentes  et  no- 
tamment une  âme  universelle  dont  le  rôle  est  d'agir  sur  la  matière  et 
de  lai  communiquer  ses  formes.  Cette  doctrine,  établie  avec  un  luxe  de 
considérations  logiques  qui  donne  la  plus  haute  idée  de  la  puissante 
dialectique  de  l'auteur,  n'est  pas  à  recommander  assurément  pour  son 
orthodoxie.  Mais  l'ouvrage  et  la  méiliode  d'ibn  Gebirol  ont  exercé  une 
telle  influence  au  xii"  siècle  et  au  conuiiencomenl  du  xiii%  que  la  con- 
naissance en  est  indispensable  pour  ceux  qui  veulent  se  rendre  compte 
de  l'origine  et  des  premiers  développements  do  la  philosophie  scolas- 

tique.  D.  V. 

1 

L'KnNeij^iienient   supérieur   eu   Frauce.  Ce  qu'il  est  ;  ce  qu'il 

devrait  iHrc,  ]iar  Feruinam)  Lot.  Paris,  II.  Weltcr,  1892,  in-12  de  \'i\  p.  — 
Prix  :  2  fr. 

Il  y  a,  dans  le  mémoire  de  M.  Lot,  d'excellentes  idées;  il  y  en  a  de 
contestables,  et,  souvent  aussi,  la  forme  fait  tort  au  fond.  Certes,  la  belle 
ardeur,  «  les  longs  espoirs  et  les  vastes  pensées  »  d'un  homme  bien 
doué  et  laborieux,  qui  vient  d'entrer  en  plein  dans  la  vie  intellectuelle, 
excitent  tout  naturellement  l'intérêt  et  la  sympathie  des  hommes  mûrs 
qui  ont  l'expérience  des  choses  et  qui  en  ont  éprouvé,  hélas!  le  désen- 
ciianti-ment.  Mais,  sans  être  des  Géronles,  aveugles  panégyristes  du 
passé,  les  liommes  de  notre  âge  éprouvent  quelque  difficulté  à  garder 


—  233  — 

un  parfait  sang-froid,  en  présence  des  exagérations  de  pensée  et  des 
outrances  de  style  qui  déparent  le  travail  de  M.  Lot. 

Que  l'organisation  de  l'enseignement  national  ait  chez  nous,  comme 
partout,  d'ailleurs,  ses  côtés  défectueux  ;  qu'il  y  ait  lieu  de  procéder  à 
des  réformes,  mais  à  des  réformes  sages  et  mûries,  personne  ne  le  nie. 
Mais  qu'on  vienne  à  nous  parler  du  «  bourbier  d'ignorance  où  nous 
croupissons  depuis  cent  ans;  »  qu'on  nous  exhorte  à  effacer,  à  propos 
de  l'enseignement  supérieur,  les  «  hontes  du  xix®  siècle,  »  sans  être  aveu- 
glé par  le  chauvinisme  et  ignorant  de  ce  qui  se  passe  en  dehors  de  nos 
frontières,  on  aura  le  droit  de  protester  vivement.  Grâce  à  Dieu,  dans 
tous  les  ordres  de  travaux  intellectuels,  notre  pays  a  pu  s'honorer,  en 
ce  siècle,  de  maîtres  incontestés,  et  ces  maîtres  ont  produit  des  œuvres 
qui  r3steront.  Nous  n'avons  manqué  ni  de  mathématiciens,  ni  de  chi- 
mistes, ni  de  physiologues,  ni  de  juristes,  ni  d'historiens,  ni  d'archéo- 
logues, ni  d'orientalistes,  ni  même  de  philologues.  La  philologie  !  Voilà, 
si  on  en  croit  M.  Lot,  à  peu  près  «  l'unique  nécessaire,  »  et  la  supério- 
rité, en  ce  genre,  de  nos  rivaux  d'Allemagne  suffirait  à  motiver  sa  dure 
critique  de  notre  situation  présente  sur  le  terrain  des  hautes  études.  Ici 
encore  il  y  a  exagération  manifeste.  Un  autre  argument  auquel  revient 
souvent  notre  réformateur,  c'est  la  comparaison  —  comparaison  numé- 
rique d'ordinaire  —  entre  notre  production  scientifique  et  historique  et 
celle  de  nos  voisins,  entre  le  chiffre  de  leurs  thèses  de  doctorat  et  le 
chiffre  des  nôtres.  Sans  doute,  il  y  a  là  un  indice  d'activité  intellectuelle 
qu'on  aurait  tort  de  négliger.  Mais,  d'autre  part,  n'y  a-t-il  pas  en  Alle- 
magne un  souci  trop  exclusif  du  détail?  Ces  milliers  de  dissertations, 
surtout  philologiques,  font-elles  tant  avancer  la  science  et  contribuent- 
elles  si  fort  au  développement  normal  des  esprits?  Je  ne  serais  pas 
étonné  qu'il  se  trouvât  plus  d'un  penseur  en  Allemagne  et  même  en 
France  pour  appliquer  à  son  pays  le  mot  de  Tacite  :  Ut  multarum  7'erum, 
sic  litterarum  hitemperantia  laboramus. 

Je  ferai  à  M.  Lot  un  autre  reproche.  Il  semble  croire  que  l'organisa- 
tion plus  ou  moins  parfaite  de  l'enseignement,  surtout  de  l'enseigne- 
ment supérieur,  est  le  facteur  unique  du  développement  intellectuel  des 
nations:  facteur  important,  oui,  assurément,  et  c'est  pour  cela  que  les 
questions  qui  s'y  rapportent  appellent  et  retiennent  l'attention  de  tous 
les  hommes  soucieux  des  intérêts  de  la  patrie  et  des  intérêts  de  la 
science;  facteur  unique,  non.  Au  xviii^  siècle,  les  Universités  françaises 
étaient  en  décadence  surtout  parce  qu'efies  étalent  restées  beaucoup 
trop  en  dehors  du  mouvement  scientifique  du  temps;  mais  il  n'en  est  pas 
moins  vrai  que  ce  mouvement  existait ,  très  puissant  et  très  fé- 
cond, que  les  savants  de  premier  ordre  abondaient  ;  que  pour  donner  un 
exemple  précis,  malgré  l'état  vraiment  misérable  des  anciennes  Facultés 
de  droit,  la  Constituante  et  le  Conseil  d'État  du  Consulat  ont  réuni  un 


—  234  — 

très  grand  nombre  de  jurisconsultes  éniincnts.  Aujourd'hui  encore,  il  j  a 
en  deliors  du  corps  enseignant  officiel  et  parmi  les  hommes  qui  n'ont  pas 
pu  ou  n'ont  pas  voulu  passer  par  les  écoles  supérieures  de  l'Ëtat  des  tra- 
vailleurs éminenls  qui  honorent  la  science  et  l'érudition  françaises. 

Il  me  semble,  pour  ces  motifs,  que  M.  Lot  ne  peut  échapper  au  re- 
proche d'exagération  et  de  généralisation  excessive. 

Si  maintenant  j'en  viens  aux  parties  essentielles  de  son  travail,  j'ai 
le  plaisir  de  constater  qu'il  est  rempli  de  renseignements  utiles  et  de 
chiffres  précis  en  ce  qui  concerne  l'état  présent  des  facultés  françaises  et 
des  Universités  allemandes.  II  expose  fort  bien  l'organisation  de  celles- 
ci  et  les  avantages  que  présente  le  système  adopté  pour  le  recrutement 
des  professeurs  d'abord,  privai  docenten,  puis  professeurs  extraordi- 
naires, enfin  professeurs  ordinaires;  ce  qu'il  y  a  de  bon  dans  l'usage 
des  cours  payés,  dans  l'affranchissement  pour  les  Universités  de  la  ser- 
vitude des  examens  analogues  à  notre  baccalauréat.  Comme  chez  nous 
les  choses  vont  d'une  laçon  toute  différente,  louer  l'organisation  d'outre- 
Vosges,  c'est  blâmer  la  nôtre,  et  je  souscrirais  volontiers  à  la  sentence 
de  M,  Lot  s'il  avait  su  la  formuler  en  termes  plus  modérés.  On  peut 
admettre  aussi  ses  critiques  à  l'endroit  de  notre  hcence  et  de  notre 
agrégation,  où  évidemment  de  profondes  réformes  s'imposent.  J'ajouterai 
enfin  que  beaucoup  de  celles  qu'il  indique  en  ce  qui  concerne  les  chaires 
de  Faculté  et  l'enseignement  des  écoles  spéciales  méritent  d'être  prises 
en  considération.  Sur  celles-ci,  notamment,  on  relèvera  dans  son  livre 
beaucoup  de  faits  intéressants  et  d'idées  justes.  Il  m'est  évidemment  im- 
possible ici  de  discuter  l'une  après  l'autre  les  innombrables  observations 
et  critiques  de  M.  Lot.  Je  me  contenterai  de  dire  qu'on  aurait  grand  tort, 
après  avoir  lu  son  exorde,  de  «  rejeter,  comme  il  le  dit  lui-même, 
cette  étude  avec  incréduhlé  et  dégoût.  »  Mais  c'est  une  œuvre  composée 
et  écrite  avec  précipitation  et  dont  le  ton  n'est  pas  pour  concilier  à  son 
auteur  les  sympathies  du  public;  et,  encore  une  fois,  il  y  aura  lieu,  pour 
les  esprits  sérieux,  d'y  faire  soigneusement  le  départ  entre  les  réformes 
réalisables  et  les  utopies  plus  ou  moins  spécieuses.      Ernest  Allain. 


I/liiKtriiction  rr1igie«iKC  dauM  roiiNclg;itcinent  secondaire, 

j);u-  l'abbé  Cn.  Dkmknthun.  Lyon,  E.  Ville,  1891,  iu-8  de  iU  p. 

L'enseignement  religieux  a-t-il  dans  nos  collèges  catholiques  la  place 
qu'il  devrait  avoir  ?  Cet  enseignement  y  est-il  d'ordinaire  organisé  et 
donné  de  façon  à  produire  son  maximum  d'effet  dans  l'esprit  des 
jeunes  gens?  M.  Dementhon  estime  que  non,  et  il  n'est  pas  seul, 
tant  s'en  faut,  à  penser  ainsi.  Après  avoir  constaté  le  mal,  il  se  met 
immédiatement  en  devoir  d'indiquer  les  moyens  de  rendre  plus  inté- 
ressantes, plus  fortes,  plus  utiles  par  suite,  les  leçons  d'instruction 


—  235  — 

religieuse  dans  nos  élablissemenls.  Il  y  a  là  sur  la  division  des  cours  de 
religion,  sur  leur  objet,  sur  la  méthode  à  employer  (choix  des  questions, 
choix  des  preuves,  choix  des  objections  à  résoudre,  forme  caléchislique, 
usage  des  histoires  et  images,  piété,  style  convenable),  une  série  de 
considérations  théoriques  et  de  renseignements  pratiques  qui  m'ont 
paru  toujours  marqués  au  coin  du  bon  sens  et  de  l'expérience.  La 
forme  en  est  d'ailleurs  excellente,  et  dénote  chez  son  auteur  un  rare 
talent.  Il  n'a  pas  manqué  de  fournir  toutes  les  indications  bibliogra- 
phiques désirables  avec  une  précision  toujours  suffisante.  Je  ferai,  à 
propos  de  cet  opuscule,  une  seule  observation.  Malgré  les  avantages  que 
M.  Dementhon  reconnaît  aux  «  travaux  personnels  longuement  médi- 
tés »  qui  servent  de  thème  d'enseignement  à  certains  catéchistes,  il 
pense  qu'en  raison  des  inconvénients  manifestes  soit  de  la  dictée  de  ces 
thèmes,  soit  de  ce  que  peuvent  avoir  d'incomplet  ou  d'inexact  les  notes 
prises  par  les  élèves,  il  faut  renoncer  à  ce  système  et  se  servir  d'un 
cours  imprimé.  Il  y  a  pourtant  un  moyen  pratique  très  simple  d'éviter, 
dans  l'espèce,  soit  la  dictée,  soit  l'enseignement  simplement  oral,  et 
j'en  parle  en  connaissance  de  cause.  C'est  l'autographie  ou  l'autocopie, 
qui  est  aujourd'hui  très  facile  et  ne  coûte  à  peu  près  rien.  Au  surplus, 
je  donne  cette  idée  pour  ce  qu'elle  vaut  et  on  peut  toujours  recourir  aux 
ouvrages  existants,  parmi  lesquels  il  en  est  de  fort  bons.      E.  A. 


Annuaire   de  l'économie  politique  et  de  la  statistique, 

fondé  par  MM.  Guillaumin  et  J.  Garnier,  continué  depuis  1856  par 
M.  Maurice  Block,  49«  année.  Paris,  Guillaumin,  1892,  in-18  de  1048  p. 
—  Prix  :  9  fr. 

Avec  le  présent  volume,  Y  Annuaire  de  r  économie  politique  est  à  la 
quarante-neuvième  année  de  sa  publication.  Se  complétant  chaque  fois, 
il  est  arrivé,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  précédemment,  à  être  une 
véritable  encyclopédie  des  matériaux  nécessaires  ou  simplement  utiles 
au  statisticien  et  à  l'économiste.  Tous  les  documents  parus  çà  et  là,  en 
France  et  à  l'étranger,  qui  offrent  un  intérêt  pour  l'étude  des  sciences 
morales  et  politiques,  se  trouvent  reproduits  in  extenso  ou  analysés 
avec  grand  soin.  Comme  toujours,  le  classement  est  le  même:  documents 
concernant  la  France  en  général,  Paris  plus  spécialement  ensuite,  puis 
l'Algérie  et  les  colonies.  Les  pièces  relatives  aux  pays  étrangers  sont 
rangées  dans  la  quatrième  partie,  et  l'ouvrage  se  termine  par  des  Variétés 
comprenant  des  index  de  bibliographie,  de  bourse,  et  les  sommaires  des 
travaux  des  Académies  des  sciences  morales  et  politiques  et  de  la  Société 
d'économie  politique.  G.  de  S. 


—  236  — 

Aiiuiiaire  (le  l'Observatoire  de  Moittsouris  pour  les 
aunéeM  IS93  et  IHï)3.  Météorologie.  —  Chimie.  —  Micrographie. 
—  Applicatiom  à  Vhygiène.  Paris,  Gauthier-Villars,  1892.  in-18  de  vi- 
584  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Annuaire  du  Bureau  des  longitudes  pour  IH93.  Paris, 
Gauthier-Villars,  1892,  in-18  de  v-692  p.,  A.  10,  B.  75,  G.  20,  D.  3,  E.  16, 
F.  12,  G.  38  =  V  -f  866  p.  —  Prix  :  1  fr.  50. 

Depuis  quelques  années,  la  publication  de  VAtviuaire  de  Monisouris 
avait  été  graduellement  relardée  jusqu'à  ne  paraître  plus  que  dans  les 
derniers  mois  de  l'année  à  laquelle  il  se  rapportait,  tout  en  ne  donnant 
d'ailleurs  que  les  résultats  des  travaux  de  l'année  précédente.  Ne  pou- 
vant parvenir,  paraît-il,  à  retrouver,  pour  cette  publication,  la  célérité 
des  années  écoulées,  on  a  pris  un  moyen  terme.  Le  présent  annuaire, 
rendant  compte  des  travaux  de  l'année  1891,  porte,  entête,  le  calendrier 
dp  l'année  1892  et,  à  la  fin,  le  calendrier  de  1893;  on  l'intitule:  An- 
nuaire pour  les  années  1 80.2-1  893.  C'est  la  transition.  Celui  qui  pa- 
raîtra à  la  fin  de  la  présente  année  1893  sera  VAn7iuai7'e  pour  1894, 
bien  que  donnant  les  résultats  seulement  des  travaux  de  l'année  1892. 
Et  ainsi  de  suite.  Pas  de  changements  importants  dans  la  disposition 
générale  de  l'ouvrage.  A  la  suite  des  renseignements  et  tables  diverses 
fournis  chaque  année,  les  mémoires  habituels  occupent  le  surplus  et  la 
majeure  partie  du  volume. 

Dans  le  premier  de  ces  mémoires,  qui  est  dû  à  M.  Léon  Descroix,  chef 
du  service  météorologique,  et  qui  est  intitulé:  Climatologie  parisienne, 
on  remarque,  en  plus  de  la  continuation  dns  données  fournies  les  années 
précédentes,  la  série  des  températures  extrêmes  à  Paris,  de  1699  à  1890; 
les  températures  moyennes  de  1763  à  1891;  les  hauteurs  mensuelles 
des  pluies  do  1()89  à  1890;  le  nombre  des  jours  de  gelée  par  mois,  et 
diverses  autres  indications  comparées  relatives  à  la  pluie,  à  la  tempéra- 
ture, à  la  pression  barométrique,  avec  de  très  importantes  considérations 
sur  la  relation  constatée  entre  les  troubles  cUmatériques  et  les  variations 
de  l'état  sanitaire  à  Paris. 

*  Le  second  mémoire,  dont  l'auteur  est  M.  Albert  Lévy,  a  pour  objet 
VAnahjse  chimique  de  Vair  et  des  eaux.  En  premier  lieu,  dosage  des 
substances  contenues  en  combinaison  ou  dissolution  dans  chaque  échan- 
tillon. Il  y  trouve  des  acides  carbonique,  phospliorique,  sult'urique,  de 
l'oxygène,  du  chlore,  de  l'azote  organique  et  ammoniacal,  de  la  silice, 
du  for.  de  l'alumine,  de  la  maguésin^  de  la  chaux,  etc.  Ensuite,  exposé 
des  résultats  dos  analyses,  les  unes  rapides,  les  autres  détaillées  et 
complètes,  mais  j)lus  minutieuses,  beaucoup  plus  longues  et,  par 
suite,  non  toujours  possibles.  De  même  que  les  autres  années,  l'au- 
teur donne,  le  résultat  d(!  l'analyse  des  eaux  de  toutes  les  provenances 
(sources,  fleuves,  rivières,   égouts,  drainages,  nappe  souterraine  en 


—  237  — 

amonl  et  en  aval  de  Paris).  — Même  marche  pour  l'analyse  de   l'air. 

M.  le  docteur  Miquel  complète  le  volume  avec  son  XI V  Mémoire  sur 
les  poussières  organisées  de  l'air  et  des  eaux.  C'est  la  continuation  des 
recherches,  commencées  depuis  d'assez  nombreuses  années,  sur  les 
microorganismes  contenus  dans  l'almosphère,  avec  le  récit  des  opérations 
qui  ont  élé  pratiquées  en  vue  de  l'exposition  internationale  de  micro- 
graphie générale  et  rélrospeclive  d'Anvers  en  1891,  et  où  les  appareils 
exposés  par  son  laboratoire  de  micrographie  ont  valu,  à  l'Observatoire 
météorologique  de  Montsouris,  les  plus  flatteuses  distinctions. 

—  Passant  de  l'Observatoire  de  Montsouris  au  Bureau  des  longitudes, 
nous  trouvons,  comme  toujours,  dans  YAnnuaire  de  ce  dernier,  une 
partie  technique,  —  de  beaucoup  la  plus  volumineuse,  mais  n'oflrant, 
sur  celle  de  l'année  précédente,  qu'un  petit  nombre  de  changements,  — 
et  des  Notices. 

I.  —  Une  éclipse  de  soleil,  en  partie  visible  à  Paris,  est  annoncée 
pour  le  16  avril,  de  3  h.  58'3  à  \  h.  28'3.  Elle  n'y  sera  que  de  28  mil- 
lièmes seulement  du  diamètre  de  l'astre. 

Un  tableau  supplémentaire  de  celles  des  petites  planètes  comprises 
entre  Mars  et  Jupiter,  qui  ont  élé  découvertes  par  la  photographie,  est 
ajouté  au  tableau  des  322  autres. 

L'existence  d'un  5''  satellite  de  Jupiter  a  été  constatée,  le  9  septembre 
1892,  à  l'observatoire  de  Lick,  en  Californie^  par  M.  Barnard.  Il  figure, 
avec  ceux  de  ses  éléments  qui  ont  pu  être  déterminés  jusqu'ici,  au  ta- 
bleau des  éléments  écliptiques  des  satellites  :  ce  satellite  n'est  distant 
du  centre  de  la  planète  que  de  deux  fois  et  demie  le  demi-diamètre 
équatorial  de  celle-ci,  et  accomplit  sa  révolution  en  moins  de  douze 
heures  (exactement  11  h.  48"38). 

Des  Tables  de  mortalité,  communiquées  par  la  Société  des  Actuaires 
français,  ont  élé  ajoutées  aux  données  diverses  comprises  sous  la  ru- 
brique :  Géographie  et  statistique. 

Enfin,  on  a  complété  le  tableau  comparatif  des  thermomètres  Fah- 
renheit et  centigrade,  en  y  ajoutant  les  concordances  de — 40°  F=  —  40°  G 
jusqu'à  —  4°  F,  correspondant  à  —  20"  C,  et  de  +  107°  F  équivalant  à 
41°67  C  jusqu'à  212  F  correspondant  à  100^  C,  puis  de  100°  en  100'^  F 
jusqu'à  500°,  au  regard  des  degrés  centigrades  équivalents  qui  sont  res- 
pectivement :  93»33  —  148°89  —  204"-44  —  260''00. 

Telles  sont  les  principales  additions  apportées  à  la  partie  technique 
de  V Annuaire. 

II.  —  Les  Notices  sont  au  nombre  de  huit  (si  toutefois  l'on  compte 
pour  trois  Notices  les  discours  prononcés  aux  obsèques  de  M.  l'amiral 
Mouchez  et  compris  tous  trois  sous  la  lettre  E). 

La  première,  lettre  A,  est  la  continuation,  par  M.  l'astronome  Jans- 
sen,  du  compte  rendu  des  travaux  qui  se  poursuivent,  sous  sa  direction 


—  238  — 

et  par  suile  de  son  iaitialive,  pour  la  construction  d'un  Observatoire  au 
somniel  Qième  du  Mont  Blanc. 

La  seconde  Notice  (B),  de  beaucoup  la  plus  importante,  est  un  savant 
mémoire,  qui  vise  jjourlantà  être  élémeu taire  età  la  portée  de  tout  esprit 
cultivé  non  étranger  au  mouvement  scientifique;  dû  à  M.  Cornu,  il  est 
intitulé  :  Notice  sur  la  corrélation  des  ■phénomènes  d'électricité  statique 
et  dynamique  et  la  définition  des  unités  électriques.  Il  serait  impossible, 
dans  un  compte  rendu  aussi  restreint  que  celui-ci,  de  donner  un  résumé 
même  incomplet  d'un  exposé  qui  est  lui-même  un  résumé  très  succinct 
des  données  générales  et  des  principes  premiers  de  la  science  actuelle 
de  l'électricité.  Nous  dirons  seulement  que  l'auteur  montre  l'identité 
qui  existe  au  fond  entre  les  deux  électricités  statique  et  dynamique,  que 
si  longtemps  l'on  avait  crues  différentes  ;  il  fait  voir  comment  la  première 
se  retrouve  tout  entière  dans  la  seconde,  qui  n'est  qu'une  manifestation 
difléronle  d'une  même  cause.  Il  donne  enfin,  en  les  faisant  précéder  des 
explications  et  démonslratioriç  nécessaires,  les  définitions  de  ces  termes 
nouveaux  et  qui  seraient  barbares  s'ils  n'étaient,  «  le  plus  souvent, 
exacts,  brefs  et  expressifs,  »  tels  que  potentiel,  volt,  oh7ns,  watts,  am- 
pères, mégohlts,  kilowatni,  etc.,  etc.  Nous  ne  pouvons  que  renvoyer  à 
ce  très  savant  mémoire  ceux  de  nos  lecteurs  qui,  sans  tenir  à  posséder 
une  connaissance  approfondie  des  théories  électriques  et  de  leur  appli- 
cation, quoique  cependant  familiarisés  déjà  avec  les  éléments  de  cette 
science,  seraient  désireux  de  connaître  les  idées  générales  qui  y  régnent 
aujourd'hui,  ainsi  que  le  langage  technique  qu'elle  a  dû  adopter  pour 
exprimer  des  idées  nouvelles  et  des  phénomènes  nouvellement  re- 
connus et  étudiés. 

L'auteur  de  la  Notice  A,  M.  l'aslronoaie  Jansscn,  publie,  en  Notice  G, 
le  discours  qu'il  a  prononcé,  au  congrès  des  sociétés  savantes,  sur  VAé- 
ronautique.  C'est  un  aperçu  historique  sur  les  tâtonnements  empiriques 
d'abord,  puis  sur  les  essais  méthodiques  entrepris  à  la  lumière  de  la 
science,  dans  l'art  de  se  soutenir  et  de  se  diriger  dans  les  airs.  Des  ré- 
sultats concluants  ont  enfin  été  obtenus,  cis  années  dernières,  quant  à  la 
solution  théorique,  ou,  si  l'on  veut,  scientifique  du  problème  :  s'appuyant 
sur  eux,  le  savant  astronome  voit  déjà  le  xx"  siècle  en  possession  delà 
solution  {iralique  et  industrielle,  et  aussi  ujaîlre  des  profondeurs  atmos- 
phériques qui'  les  générations  contemporaines  sont  aujourd'hui  souve- 
raines de  l'emjiire  des  mers....  C'est  le  cas  de  dire  :  Qui  vivra  verra. 

La  lettre  b  marque  le  Discours  prononcé  aux  funérailles  de  M.  Os- 
sian  lionncl,  le  2.i  juin,  p;irM.  Tisserand  au  nom  du  Bureau  des  longi- 
tudes, dont  M.  Bonnet  était  membre.  Ce  sont  quelques  paroles  affec- 
tueuses à  la  mémoire  de  ce  savant  qui  avait  bien  mérité  de  la  science  par 
son  beau  mémoire  sur  la  «  Figure  de  la  terre,  »  ainsi  ({ue  par  l'accroisse- 
ment de  précision  qu'il  avait  donné  aux  forinules  de  la  mécanique  céleste. 


—  239  — 

Une  perte  non  moins  sensible  pour  la  science  a  été  celle  du  conlre- 
amiral  Mouchez,  directeur  de  l'Observaloire  astronomique  de  Paris.  Trois 
discours  ont  été  prononcés  sur  sa  tombe  le  28  juin,  et  figurent  sur  l'An- 
nuaire, à  la  lettre  E.  Au  nom  du  conseil  de  l'Observatoire,  M.  Paye  s'est 
attaché  surtout  à  faire  ressortir  les  titres  scientifiques  du  regretté  ami- 
ral, notamment  sa  belle  conception  du  levé  .photographique  de  la  carte 
du  ciel.  Le  Bureau  des  longitudes  avait  pour  interprète  l'éminent  hydro- 
graphe, M.  Bouquet  de  la  Grye,  qui  a  mis  en  relief  la  carrière  à  la  fois 
militaire  et  scientifique  de  l'illustre  marin.  Enfin,  parlant  au  nom  de 
l'Observatoire,  M.  Lœwy,  de  l'Institut,  a  rappelé  les  travaux  et  les 
œuvres  du  défunt  au  service  de  la  science  ;  il  a  signalé  l'aménité  de  son 
caractère,  qui  lui  avait  fait  des  amis  de  tous  les  savants  qui  ont  été  en 
rapport  avec  lui. 

La  Notice  F,  qui  clôt  la  série,  est  due,  comme  la  première  et  la  troi- 
sième, à  M.  Janssen.  C'est  un  Discows  prononcé  à  V inauguration  de 
la  statue  du  général  Perrier,  à  Valleraugue  fGard).  Pendant  de  longues 
années,  membre  du  Bureau  des  longitudes  appartenant  au  ministère  de 
la  guerre,  le  commandant,  puis  colonel,  puis  général  Perrier  a  rendu 
d'immenses  services  en  matière  géodésique,  au  point  que  l'orateur  a  pu, 
en  toute  justice,  le  qualifier  de  restaurateur  de  la  géodésie  française. 

Jean  d'Estienne. 


BELLES-LETTRES 

Altkeltlscber  Spracbschatz,  von  Alfred  Holder.  Dritte  Liefe- 
rung  :  BranoscMS-Corentius.  Col.  513-768.  Leipzig,  Teubner,  1892,  in-8  de 
109  p.  —  Prix  :  10  fr. 

La  rapide  apparition  de  cette  troisième  livraison  du  grand  répertoire 
onomatologique  de  l'antiquité  celtique  montre  combien  l'œuvre  de 
M.  Holder  était  mûrie  et  complète.  Elle  s'étend  sur  cette  antiquité  dans 
tous  les  sens,  puisqu'elle  comprend  : 

Les  noms  d'hommes  :  nous  avons  ainsi,  par  exemple,  les  textes 
relatifs  aux  deux  hardis  conquérants  qui  s'appelèrent  Brennus  ; 

Les  noms  de  lieux  et  de  pays  :  les  articles  Brittani,  Brittania,  Binl- 
tones,  Burdigala,  Cadurci^  etc.,  donnent  tous  les  testes  et  documents 
anciens  relatifs  à  ces  pays  ou  à  ces  villes,  —  A  propos  de  Britto,  remar- 
quons que  le  superlatif  pittoresque  Brittonissimus  a  été  récemment 
fabriqué  pour  être  appliqué,  comme  compliment,  à  l'auteur  de  Barzaz- 
Brelz,  M.  de  la  Villemarqué.  —  M.  Holder  ne  se  borne  ni  à  la  Gaule 
ni  à  l'Europe  occidentale  :  il  a  réuni  toutes  les  traces  de  l'expansion 
de  la  race  gauloise  ;  ainsi  l'article  sur  les  Britolagae  qui  occupaient  la 
Bessarabie  actuelle. 

Les  mots  de  la  langue  gauloise  conservés  dans  les  inscriptions  gau- 


—  240  - 

loises  ou  signalés  par  les  écrivains  anciens,  noms  d'armes,  d'instru- 
ments, de  vêtements,  de  plantes,  d'animaux,  etc.  La  collection  scru- 
puleuse de  ces  mots  et  des  textes  qui  les  concernent  est  utile  pour 
riiisloire  de  la  civilisation  celtique  :  aussi  nous  pensons  que  son  ou- 
vrage achevé,  M.  Holder  classera  dans  un  index  rapide  tous  les  noms 
de  ce  genre^  dispersés  ici  par  l'ordre  alphabétique  du  dictionnaire. 

H.  Gaidoz. 

Tbc  Tzegilia  laug;uag^e,  by  James-Owen  Dorsey,  formant  le  t.  VI  de 
Contributions  to  iSorth  American  ethnology,  édité  pour  le  Department 
of  the  Interior  [United  States  geoyraphical  and  geological  Siirvey  of  thc 
Rocky  mountain  région),  par  J.-W.  Powell.  Washington,  Government 
printing  Ofllce,  1890,  in-4  de  xvni-794  p. 

Le  nom  de  Tzcgiha,  qui  signifie  autochtone  dans  l'idiome  des  Omahas, 
est  apphqué  par  M.  Uorsey  non  seulement  à  ceux-ci,  mais  encore  aux 
Ponkas,  leurs  frères,  pour  distinguer  ce  groupe  des  Kansas,  des  Osages 
et  des  Kwapas,  qui  apparlienuenl  comme  eux  à  la  l'amille  des  Sionx. 
Les  deux  tribus  (de  onze  à  douze  cents  [âmes)  qui  parlent  le  tzegiha, 
après  avoir  habité  à  l'est  du  Mississipi,  le  traversèrent  au-dessous  de 
son  confluent  avec  le  Missouri,  dont  elles  remontèrent  le  cours  jusqu'au 
Nebraska,  où  elles  sont  actuellement  établies  dans  la  péninsule  formée 
par  le  confluent  de  ce  fleuve  avec  la  Plalle-River.  L'auteur  de  ce  volu- 
mineux ouvrage,  après  avoir  été  missionnaire  chez  les  Ponkas  de  1871 
à  1873,  et  chez  les  Otnahas  de  1878  à  1880,  est  actuellement  attaché  au 
Bureau  d'ethnologie.  Il  a  publié  une  trentaine  de  monographies  snr  les 
idiomes,  les  croyances,  les  traditions,  les  chants,  les  institutions  des 
Sioux,  et  il  prépare  une  grammaire  et  un  diclionuaire  du  tzegiha  qui 
devaient  paraître  avec  le  présent  recueil  et  en  justifier  le  litre.  Celui-ci 
n'est  plus  rigoureusement  exact,  car  le  volume  auquel  il  s'applique  ne 
comprend  que  la  phqjarl  des  textes,  une  partie  d'entre  eux  [Omaha  and 
Ponka  Lelters.  Washington,  1891,  in-8)  ayant  été  réservés  pour  le  Bul- 
letin du  Bureau  d'ethnologie. 

M.  Dorsey  n'a  rien  voulu  laisser  perdre  de  cet  idiome,  pour  lequel  il 
a  forgé  un  alphabet  et  qui  n'est  écrit  que  par  un  seul  Omaha,  Frank  La 
Flèche,  ancien  chasseur  de  bisons,  devenu  en  1881  secrétaire  au  com- 
missariat des  affaires  indiennes.  Il  a  donc  transcrit  tout  ce  qui  lui  a  été 
conté  par  celui-ci,  par  son  père  le  Ponka  Jose[)h  La  Flèche,  ancien  chef 
de  la  tribu  des  Omahas,  par  sa  mère  Marie,  issue  d'une  famille  de  Blancs, 
et  par  une  douzaine  d'autres  indigènes.  Il  a  de  plus  reproduit  nombre  de 
lettres  dictées  par  des  Omahas  et  des  Ponkas.  Chaque  texte  est  accom- 
pagné d'une  traduction  interlinéaire,  suivi  de  notes  grammaticales  ou 
autres  et  d'une  traduction  moins  littérale.  Il  y  a  donc  là  de  précieuses 
ressources  pour  l'étude  du  tzegiha,  mais  la  plupart  des  lettres  ne  con- 
cernent que  des  affaires  privées  ou  contiennent  des  plaintes  contre  les 


—  241  — 

iisnrpalions  des  Blancs.  Un  peu  plus  inléressanls  sont  les  récits  histo- 
riques, qui,  d'ailleurs,  ne  remontent  pas  au  delà  d'un  demi-siècle.  Mais 
ce  qui  a  le  plus  de  valeur  à  nos  yeux,  ce  sont  les  contes  et  légendes. 
Non  pas  que  tout  soil  original  dans  les  soixante-cinq  spécimens  (sans 
compter  les  diverses  versions  de  quelques  sujets)  qui  sont  mis  sous  nos 
yeux.  Par  suite  d'un  coniact  deux  fois  séculaire  avec  les  chasseurs  et 
colons  européens,  les  Indiens  ont  bien  pu  adopter  quelques  traits  de  nos 
contes,  d'autant  plus  que  certains  narrateurs  sont  de  sang  mêlé  et 
portent  même  des  noms  français.  M"^  Marie  La  Flèche  croyait  qu'une 
des  traditions  rapporlées  par  son  mari  était  d'origine  française  (p.  426). 
Comme  chez  nous,  c'est  le  cadet  qui  a  les  sympathies  du  conteur  et  qui 
joue  le  beau  rôle;  de  même  pour  l'orphelin,  qui  remplace  notre  Cen- 
drillon  et  qui,  grâce  à  ses  chiens  et  à  son  épée  magique,  tue  le  monstre 
à  sept  têtes  et  obtient  en  récompense  la  fille  du  chef  (p.  108-H6).  Nous 
retrouvons,  dans  ces  contes  d'oulre-mer,  le  chapeau  qui  rend  invisijjle 
celui  qui  en  est  coiflé  (p.  203-204).  Le  coyote  (chacal)  est  la  personnifi- 
cation de  la  ruse  et,  par  ses  tours  de  maître  Gonin,  il  triomphe  non  pas 
d'un  simple  ours,  comme  fait  le  renard  des  contes  norvégiens  (Asb- 
jœrnsen  et  Moe,  2''  édit.,  1852,  p.  91)  et  lapons  (Friis,  1871,  p.  2-3),  mais 
bien  du  retors  Iclinike  (p.  96-98),  l'esprit  malin  des  lowas.  Si  une  fois 
le  coyote  se  laisse  tromper  par  le  renard  gris,  c'est  que  le  conte  où  ce 
fait  est  rapporté  (p.  570-571)  doit  être  emprunté  au  cycle  européen,  car  il 
peut  servir  de  pendant  à  un  conte  lapon  (Friis,  p.  1)  et  un  homme  blanc 
y  figure.  Le  coyote  a  d'ailleurs  pour  émule  le  lapin,  qui  ne  tient  pas 
moins  de  place  chez  les  Omahas  que  chez  les  Micmacs  {The  Algonquin 
Legends  of  New-England,  par  Charles-G.  Leland,  Boston,  1884,  in-18). 
Quoique  celui-ci  soit  généralement  patient,  il  devient  parfois  agressif, 
de  sorte  que  là-bas  on  pourrait  dire,  sans  ironie  :  «  C'est  le  lapin  qui  a 
commencé  !  »  On  lui  attribue  la  supériorité  non  seulement  sur  des  êtres 
beaucoup  plus  gros,  comme  les  ours  et  les  géants,  mais  encore  sur 
l'hiver  et  le  soleil.  Beaucoup  de  ces  contes  ont  la  prétention  d'expliquer 
l'origine  de  telle  ou  telle  particularité  chez  les  animaux,  et  l'un  d'eux 
offre  d'étranges  parallèles  avec  un  épisode  de  YEdda  de  Snorré  [Gylfa- 
ginning,  ch.  44).  Il  nous  représente  Ictinike  rendant  la  vie  à  un  castor 
qu'il  vient  de  manger,  rien  qu'en  replaçant  les  os  de  celui-ci  dans  la  peau 
de  l'animal  (p.  557);  de  même  dans  YEdda  prosaïque,  le  dieu  Thor 
avec  son  compagnon  Loké,  qui  correspond  à  Ictinike,  tue  ses  deux 
boucs,  les  fait  cuire  et  les  ressuscite  après  avoir  remis  les  os  dans  la 
peau. 

Si  l'on  peut  signaler  quelques  analogies  entre  ces  contes  et  ceux  de 

l'ancien  monde,  les  différences  sont  bien  plus  importantes.  A  force  de 

croire  aux  métamorphoses,  de  prendre  les  animaux  pour  emblèmes,  d'en 

adopter  les  noms  et  de  se  déguiser  avec  lenrs  peaux,  les  Indiens  ont  fini 

Mars  1893.  T.  LXVII.  16. 


par  en  contracter  les  mœurs;  la  barbarie  domine  dans  leurs  récits;  la 
morale  en  est  absente.  Il  n'y  a  pas  trace  d'esprit  chevaleresque;  les 
traîtres  y  sont  applaudis,  et  l'un  des  héros  tue  quatre  femmes  sans  dé- 
fense pour  les  scalper  (p.  302).  On  peut  remarquer,  à  ce  propos,  que  le 
chiffre  quatre  y  joue  presque  toujours  le  môme  rôle  que  trois  chez  nous; 
les  continuelles  quadruplicalions  du  même  fait  ne  contribuent  pas  à 
alléger  le  récit,  qui  est  d'ailleurs  alourdi,  coQime  ceux  de  nos  paysans, 
par  les  fréquentes  répétitions  de  «  disent-ils  {biama),  dit-on.  >>  Mais,  si 
ce  recueil  a  peu  de  valeur  au  point  de  vue  littéraire,  il  n'en  manque  ni 
pour  la  linguistique,  ni  pour  la  mythologie  ou  la  démomathie. 

E.  Beauvois. 


Das  Faustliucb  des  cliristlicli  llcynendcn,  d'après  réditioii 
de  1725,  édite  par  Siegfried  Szamatôlski,  avec  trois  portraits  d'après 
Renibrandt.  Stuttgart,  Gôschen,  1891,  in-8  de  xxvi-30  p.  —  Prix  :  2  fr. 

La  rédaction  de  la  légende  populaire  du  docteur  Faust  connue  sous  le 
nom  de  Faustbuch  des  christlich  Meunenden,  a  pris  place  dans  la  pré- 
cieuse collection  des  Monuments  de  la  littérature  allemande  aux 
XVJP  et  XVni^  siècles.  Avant  de  reproduire  le  texte  primitif  de  1725, 
M.  Szamatolski  étudie  dans  une  courte  introduction,  avec  ce  soin  qu'ap- 
porte aux  pkis  petites  choses  un  véritable  érudit,  les  variantes  et  la 
filiation  des  éditions  de  l'opuscule.  Il  a  eu,  en  outre,  l'heureuse  idée  de 
donner  le  tac-similé  de  trois  des  portraits  du  docteur  Faust  qui  ornent 
ces  différentes  éditions.  Le  type  représenté  n'est  pas  constant  :  le  por- 
trait n'en  est  pas  moins  toujours  attribué  à  Rembrandt,  sans  que  per- 
sonne se  soit  jamais  préoccupé  jusqu'ici  d'en  rechercher  l'original. 
M.  Szamatolski  l'a  retrouvé  dans  une  planche  de  Jan  Joris  van  Vliet, 
d'après  le  maître  hollandais.  Mais  si  le  monogramme  «  RHL  in  >>  per- 
met d'attribuer  en  toute  certitude  l'esquisse  de  la  figure  à  Rembrandt, 
rien  n'indique  que  celui-ci  ait  voulu  portraiturer  le  docteur  magicien 
plutôt  que  crayonner  une  tête  d'étude.  E.  S.  A. 


Poèmes  et   Poésies  de  Nicolas  Lenau,  traduction  de   V.   Descreux. 
Paris,  Savine,  1892,  in-18  de  cv-258  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Nicolas  Nieuibsch,  baron  de  Slrehlenau,  devenu  célèbre  sous  le  pseu- 
donyme de  Lenau,  était  né  à  Csatad,  en  Hongrie,  en  1802.  Il  étudia 
pendant  dix  années  à  Vienne,  tantôt  les  lettres,  tantôt  le  droit  ou 
la  médecine,  fit  un  voyage  en  Amérique,  fut  atteint  d'aliénation 
mentale  en  1844  et  mourut  six  ans  plus  lard  à  Dœbling,  près  de 
Vienne.  Lenau  étant  presque  un  inconnu  parmi  nous,  ce  simple  cro- 
quis de  biographie  n'eût  pas  été  inutile  en  tête  de  ses  Poèmes  et  Poé- 
sies. M.  Descreux  n'en  a  pas  jugé  ainsi.  Ce  n'est  pas  qu'il  n'ait  senti  la 
nécessité  de  nous  renseigner  sur  la  vie  et  les  œuvres  de  son  poêle,  mais. 


—  243  — 

par  modestie  sans  doute,  il  s'est  borné  à  traduire  une  centaine  de  pages 
extraites  des  souvenirs  de  M.  Frankl.  L'ensemble  de  ces  notes,  pour 
qniaiirale  courage  de  les  lire,  rend,  il  est  vrai,  avec  un  certain  relief 
la  physionomie  si  mobile  de  Lenau.  Malheureusement,  destinées  au 
public  allemand,  elles  ne  sont  qu'un  complément  d'information,  l'anec- 
dote intime  à  côté  de  l'histoire,  et  supposent  une  connaissance  préala- 
ble de  l'essentiel.  Elles  sont  en  outre  fort  décousues,  n'ont  ni  ordre  ni 
méthode,  confondent  les  temps  et  les  lieux,  et  gardent  une  telle  saveur 
allemande  qu'elles  pourraient  bien  être  indigestes  pour  nos  estomacs 
français.  Des  œuvres  dramatiques  de  Lenau,  Faust,  Savonarole,  les 
Albigeois^  Don  Juan,  M.  Descreux,  sans  nous  donner  le  motif  de  son 
choix,  n'a  traduit  que  la  première.  Tout  inachevé  qu'il  est,  et  nonobs- 
tant la  comparaison  qu'il  provoque  avec  l'œuvre  de  Gœthe,  le  f^aust  de 
Lenau  est  peut-être  la  plus  intéressante  des  grandes  compositions  du 
poète  hongrois.  Il  s'y  met  lui-même  en  scène  avec  la  fougue  de  son 
cœur  et  les  inquiétudes  de  son  esprit  :  ses  longues  études  dans  presque 
toutes  les  branches  des  connaissances  humaines  ne  lui  avaient  laissé 
que  doute,  ennui  et  soufirance;  une  sorte  de  fatalité  l'entraînait  à  la 
folie.  Racontant  une  lecture  de  Faust  que  fit  un  jour  Lenau  devant  un 
cercle  d'amis,  M.  Frankl  ajoute  :  «  C'était  comme  un  chant  de  ten- 
dresse douloureuse  qui  résonnait  sur  le  mode  mineur  et  dont  la  mélodie 
monotone  s'interrompait  soudain  pour  laisser  passer  un  son  aigu,  de 
sauvages  accords.  Le  noble  visage  de  Lenau  était  un  vivant  commen- 
taire de  son  poème;  on  l'y  voyait  passer  en  images  successives;  ses 
yeux  s'ouvraient  largement,  fixement,  puis  les  paupières  retombaient 
pour  longtemps.  Tous  les  auditeurs,  au  nombre  desquels  étaient  Grill- 
parzer,  Hammer-Purgslall,  Zedlitz,  Schurz,  bien  d'autres  encore,  furent 
enthousiasmés;  nous  dûmes  convenir  que  dans  son  Faust,  dont  le  pan- 
théisme n'est  guère  d'accord  avec  la  tendance  chrétienne  du  Faust 
légendaire,  Lenau  avait  représenté  ua  individu,  un  certain  homme^ 
d'une  haute  portée,  il  est  vrai,  tandis  que  Gœthe  avait  fait  du  sien  le 
symbole  de  ce  qu'il  y  a  d'éternel,  d'universel  dans  l'homme.  »  Cepen- 
dant le  poète  lyrique  chez  Lenau  est  incontestablement  supérieur  au 
poète  dramatique,  et  M.  Descreux  nous  donne  un  excellent  choix  de 
ses  poésies  diverses.  On  gofitera  certainement  la  sensibilité  touchante, 
presque  maladive,  qui  y  règne.  Lenau  aimait  la  nuit  et  les  fantômes, 
les  horizons  déserts  et  les  sommets  inaccessibles,  la  musique  et  les  tzi- 
ganes ;  les  tableaux  charmants  qu'il  fait  passer  sous  nos  yeux,  pour  être 
le  plus  souvent  voilés  de  mélancolie,  ne  sont  pas  monotones.  Il  est  si 
sincère,  et  il  a  tant  observé,  tant  médité!  Je  citerai  parmi  les  meilleures 
pièces  :  Le  Postillon,  une  des  perles  de  la  htléralure  allemande,  l'Au- 
berge  de  la  Lande,  les  Sirènes,  le  Voyage  nocturne,  l'Armoire  ouverte, 
le  Lac  noir,  Anna,  légende  fantastique  qui  donne  le  frisson.     E.  S.  A. 


—  244  — 

Histoire  de  la  littérature  i;recqae,  par  Max  Egger.  Paris,  Dela- 
plane,  s.  d.,  in-12  de  vii-396  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Cet  ouvrage  fait  partie  d'une  coWeoûoa  à' Histoires  littéraires  dont  les 
auteurs  se  sont  sagement  proposé,  tout  en  étant  1res  précis,  de  «  res- 
treindre le  plus  possible  les  indications  qui  chargent  la  mémoire  sans 
grand  profil  pour  l'esprit.  »  Donnons  acte  à  M.  Egger  du  talent  avec  le- 
quel il  a  réalisé  ce  programme.  Ainsi,  le  génie  d'Aristote  est  assurément 
tout  autre  que  celui  d'Aristophane  ;  néanmoins,  le  métaphysicien  sévère 
et  le  comique  folâtre  sont  ici  appréciés  et  analysés  avec  une  netteté  que 
l'on  demanderait  parfois  vainement  à  de  gros  et  savants  volumes.  Sans 
doute,  l'auteur  n'est  pas  toujours  aussi  heureux  :  ce  qu'il  écrit,  par 
exemple,  sur  les  origines  lointaines  de  la  prose  grecque  on  sur  les  carac- 
tères dislinctifs  du  style  de  Sophocle  n'est  pas  exempt  de  quelque  obs- 
curité. En  revanche,  comme  l'âme  hellénique  est  parfaitement  saisie  dans 
ce  peu  de  lignes  :  «  Il  y  a  chez  les  Grecs  de  l'optimisme  et  de  la  gaieté  ;  ils 
ont  senti  les  peines  de  la  vie,  mais  la  plainte  douloureuse  est  chez  eux 
chose  rare;  ils  ne  connaissent  pas  les  longs  désespoirs,  ils  aiment  l'ac- 
tion et  la  recommandent,  et  par  là  l'étude  de  leurs  œuvres  est  éminem-  . 
ment  saine  et  morale  »  (p.  3).  1 

J'ajoute  que  le  sens  philosophique  qui  s'attache  à  expliquer  les  vicissi- 
tudes de  la  littérature  se  joint  ici  dans  une  juste  mesure  au  sens  his-  ' 
torique  qui  les  retrouve  et  les  raconte.  A  ce  point  de  vue,  le  premier  cha-  • 
pitre,  intitulé  :  L'Épopée  héroïque,  est  moins  satisfaisant  que  ceux  qui  ) 
suivent  :  les  chefs-d'œuvre  de  l'époque  atlique,  nolamment,  semblent 
passer  dans  l'admiration  de  l'auteur  bien  avant  VJliade  ot  YOdijssée.  La 
partie  peut-être  la  plus  irréprochable  du  livre,  ce  sont  les  traductions, 
encore  que  dans  telle  et  telle  occasion  on  éprouve  quelque  étonnement 
en  face  des  passages  auxquels  est  fait  l'honneur  d'une  citation.  Certains 
jugements  particuliers  trouveront  peut-être  des  contradicteurs  :   est-il 
exact  de  dire  que  les  histoires  grecques  et  romaines  sont  «  froides,  »  que 
Socrate  a  fait  «  table  rase  »  des  études  de  ses  devanciers,  que  c'est  «  par 
bonté  que  le  Dieu  de  Platon  a  créé  les  Idées?  » 

En  se  souvenant  que  l'ouvrage  est  avant  tout  destiné  aux  élèves  de 
nos  collèges,  on  comprendra  mieux  pourquoi  les  premiers  philosophes 
sont  si  parcimonieusement  traités,  même  ceux  qui,  comme  Parménide 
et  Heraclite,  se  sont  fait  une  réputation  d'écrivains;  pourquoi  aussi  la  pé- 
riode alexandrine,  dont  les  odes  et  les  élégies  ont  eu  à  Uomc  tant  d'imi- 
tateurs, s<!  trouve  ici  réduite  à  la  seule  pastorale  de  Théocrilc.  i'iutarque 
lui-même,  tout  elassiijue  qu'il  est  par  certains  côtés,  est  obligé  de  par- 
tager le  sort  des  auteurs  de  la  décadence  ;  M.  Egger  n'a  ^{\u^  quatre  pages 
à  lui  consacrer.  Plotin,  (|ui  nous  a  laissé  dans  ses  L'uncades  tant  de  dis- 
scrtatidns  éloquentes,  doit  se  contenter  de  la  sèche  metitiou  de  son  nom. 
Même  les  quinze  pages  réservées  à  la  litléraliu'e  chrétienne  i»;u'aitront 


—  245  — 

bien  courtes  à  quiconque  connaît  le  rang  éniinent  qu'occupent  les  Pères 
dn  iv"  siècle. 

En  somme,  par  la  finesse  dn  goût  et  la  sûreté  de  la  doctrine,  cette 
Histoire  de  la  Littérature  grecque  mérite  le  plus  favorable  accueil  tant 
dans  nos  collèges  libres  que  dans  les  établissements  universitaires.  Après 
avoir  écrit  dans  son  Avertissement  :  «  Élevé  dans  le  culte  de  l'hellén-isme, 
je  dois  beaucoup  aux  livres  et  aux  nombreuses  notes  manuscrites  du 
père  qui  fut  pour  moi  le  premier  et  le  meilleur  des  maîtres,  »  le  jeune 
auteur  a  pu  sans  présomption  ajouter  ce  soubait  filial  :  a  Puisse  ce 
modeste  essai  ne  pas  paraître  trop  indigne  de  sa  mémoire  et  de  son 
nom  !  »  C.  Huit. 

Trois   poètes   italiens,    Dante,   Pétrarqne,    le   Tasse,  par 

A.  DE  Lamartine.  Paris,  Lemerre,  1893,  in-18  de  ii-373  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

La  publication  de  ces  pages,  tirées  du  Cours  familier  de  littérature, 
est  doublement  opportune,  au  moment  où  s'accuse  de  plus  en  plus  la 
réaction  en  faveur  de  Lamartine,  et  où  les  récents  progrès  de  la  critique 
en  Italie  et  ailleurs  ont  éclairé  bien  des  points  obscurs  de  Thistoire 
des  trois  poètes  en  question.  Outre  cet  intérêt  d'actualité,  le  volume 
offre  une  grande  valeur  littéraire,  surtout  en  certaines  de  ses  parties,  et 
il  contient  de  fort  belles  pages,  écrites  dans  cette  langue  colorée  et  déli- 
cieusement facile,  avec  ce  cbarme  souple  et  cette  irrésistible  séduction 
d'éloquence,  qui  sont  les  apanages  incontestables  de  la  prose  lamar- 
tinienne.  La  critique  y  relèvera  même  un  mérite  assez  inattendu  chez 
l'écrivain  dont  Sainte-Beuve  disait  à  tort  : 

Lamartine  ignorant  qui  ne  sait  que  son  âme, 

c'est-à-dire,  du  moins  en  ce  qui  concerne  Pétrarque  et  le  Tasse,  une 
connaissance  sérieuse  du  sujet  traité,  et  une  compréhension  parfois 
étonnante  des  caractères  et  des  œuvres.  Soit  que  l'on  ait  le  plaisir  de 
constater  la  justesse  des  aperçus  et  la  sûreté  de  l'interprétation,  ou  qu'on 
se  sente  obligé  d'y  mettre  des  réserves,  on  est  constamment  intéressé  et 
subjugué  souvent. 

La  partie  consacrée  à  Pétrarque  est,  sous  ce  rapport,  tout  à  fait  re- 
marquable. Lamartine  reconstitue  l'histoire  du  poète,  non  seulement 
d'après  ses  sonnets,  mais  aussi  et  surtout  d'après  ses  œuvres  familières, 
notamment  sa  correspondance.  Il  nous  rend  un  Pétrarque  bien  vivant, 
et  qui  ne  doit  guère  différer  du  véritable  que  par  une  certaine  idéalisa- 
tion; hâtons-nous  d'ajouter  que  cette  idéalisation  est  toujours  inévitable 
quand  on  a  à  parler  d'un  poète,  et  que,  dans  ce  cas,  elle  est  plus  voisine 
de  la  vérité  que  le  réalisme  :  c'est  pourquoi  niais  préférons,  en  somme, 
le  Pétrarque  de  Lamartine  à  celui  de  M.  Blaze  de  Bury  dans  ses  Dames 
de  la  Renaissance.  On  trouvera  peut-être,  surtout  après  avoir  lu  les 
savants  travaux  de  M.  de  Nolhac,  que  le  rôle  immense  de  Pétrarque 


—  2-16  — 

dans  l'hisloire  de  rhumanisme  est  ici  quelque  peu  négligé;  mais  il  est 
indiqué  cependant,  et  tous  les  autres  traits  de  cette  grande  physio- 
nomie littéraire  sont  marqués  avec  une  rare  délicatesse  de  louche, 
Lamartine  nous  a  prouvé  maintes  fois  qu'il  savait  lire  jusqu'au  fond  de 
l'àme  de  son  poète  préféré  :  cette  étude  littéraire,  qui  est  une  vraie  bio- 
graphie morale,  offre  donc  presque  autant  de  valeur  critique  que  de 
charme,  et  ce  n'est  pas  peu  dire. 

Quant  au  morceau  sur  le  Tasse,  nous  devons  constater  que,  malgré  des 
prétentions  un  peu  ingénues  à  l'érudition,  il  ne  contient  pas,  à  propre- 
ment parler,  la  vérité  historique  :  c'est  une  reproduction  de«  vieilles 
légendes  auxquelles  le  talent  enchanteur  de  Lamartine  prête  une  appa- 
rence de  vie  et  de  réalité,  ou  plutôt  c'est  un  beau  chapitre  de  roman 
chevaleresque.  Toutefois,  on  y  trouvera  d'excellentes  définitions  du 
genre  littéraire  de  la  Jérusalem  délivrée,  et  des  qualités  particulières 
du  génie  de  Torquato.  Ici  encore,  Lamartine  s'est  montré  excellent  juge 
et  parfait  interprète. 

Nous  ne  pouvons  blâmer  l'éditeur  d'avoir  ajouté  à  ces  deux  études  le 
factum  relatif  au  poème  de  Dante  :  c'est  un  document.  Mais  ce  n'est  que 
cela.  Jamais,  depuis  Voltaire  et  Bettinelli,  on  n'a  rien  écrit  d'aussi  ré- 
voltant sur  la  Divine  Comédie.  Nous  n'osons  pas  dire  d'aussi  inintelli- 
gent par  respect  pour  une  grande  et  pure  mémoire.      Maxime  Formont. 


HISTOIRE 


nouvelle  Géo^srapliie  tiuiverselle.  La  Terre  et  /es  Hon^mes,  par 
Elisée  Reclus.  T.  XVIII.  V Amérique  du  Sud,  les  Régions  andincs,  Trini- 
dad,  Véiiézuéla,  Colombie,  Ecuador,  Pérou,  Bolivie,  Chili,  l^aris.  Hachette, 
1893,  gr.  in-8  de  800  p.,  avec  3  cartes  en  couleurs,  170  cartes  insérées 
dans  le  texte  et  70  grav.  —  Prix  :  25  l'r. 

Le  nouveau  volume  qui  vient  de  sortir  de  la  plume  féconde  de  M.  E. 
Reclus  est  le  XVIiP  delà  magnifique  collection  que  nous  kii  devons.  Celte 
fois,  il  aborde  l'élude  de  l'Amérique  méridionale.  Il  se  borne  à  ce  qu'il 
appelle  les  Régions  andines,  occupées  par  tous  les  États  sud-américains, 
sauf  les  Guyanes,  le  Brésil,  la  Ré])ubli(jue  Argentine,  l'Uruguay  et  le 
Paraguay.  Dans  une  sorte  de  préface  générale  sur  tout  l'ensemble  du 
vaste  continent,  l'auteur  en  décrit  la  configuration,  les  systèmes  orogra- 
phiques et  hydrographiques,  le  climat,  la  llore,  la  l'aune,  la  population. 
Il  y  joint  un  aperçu  historique  sur  les  voyages  de  découverte  et  d'ex- 
ploration dont  il  a  été  l'objet,  et  des  considérations  économiques  sur  son 
connnerce.  A  lire  celte  remarquable  synthèse  de  soixante-dix  pages,  on 
s'aperçoit  vite  combien  on  ignore  ces  régions,  et  on  ne  peut  s'empêcher 
de  savoir  grand  gré  au  savant  qui  les  révèle  d'une  façon  si  intéres- 
sante. Ce  sont  là  des  senl'menls  qu'on  éprouve  plus  vivement  encore 


—  247  — 

lorsqu'on  passe  avec  M.  Reclus  à  l'étude  détaillée  des  Régions  andines. 
S'il  les  a  séparées  ainsi  du  reste  de  ce  continent,  c'est  que  cette  im- 
mense arête  des  Andes  constitue  une  région  à  part  et  a  une  importance 
capitale  dans  l'Amérique  du  Sud. 

Les  Antilles  du  littoral,  le  Venezuela,  la  Colombie,  l'Ecuador,  le  Pé- 
rou, la  Bolivie  et  le  Chili,  sont  décrits  tour  à  tour.  Le  plan  de  l'auteur 
ne  laisse  rien  échapper  :  à  la  suite  de  la  configuration  physique  de  cha- 
cun de  ces  pays,  la  flore  et  la  faune  ont  leur  place.  Puis  il  aborde  l'étude 
des  races  qui  les  peuplent  et  des  institutions  qui  les  régissent.  Ainsi 
l'œuvre  est  complète.  La  description  physique  de  ces  contrées  nous  fait 
explorer  tour  à  tour  et  ces  formidables  massifs  montagneux,  mysté- 
rieux encore,  presque  inaccessibles  et  perpétuellement  secoués  par  les 
éiuplions  volcaniques,  et  ces  fleuves  aux  verdoyantes  vallées,  aux  eaux 
larges  et  profondes,  aux  cours  bizarres  et  bifurques  comme  l'Orénoque. 
On  y  retrouve  tous  les  aspects  d'une  nature  tantôt  souriante,  tantôt  ma- 
jeslueuse,  tantôt  sauvage,  sous  des  climats  tour  à  tour  torrides  et  gla- 
cials. 

Et  comment  parler  des  richesses  de  l'Amérique  du  Sud  sans  noter 
ses  gisements  précieux,  les  légendaires  mines  du  Pérou  ?  On  verra, 
dans  ce  volume  que  le  Pérou  n'est  pas  seul  privilégié  sous  ce  rapport. 
Tous  les  Élats  andéens  participent  à  sa  fortune  et  possèdent  en  abon- 
dance des  mines  variées.  C'est  là  une  richesse  depuis  longtemps  large- 
ment exploitée,  et  bien  loin  encore  d'être  épuisée.  Il  est  seulement 
fâcheux  pour  ces  régions  que  le  bénéfice  en  soit  surtout  accaparé  par 
l'étranger.  Ce  n'est  pas  d'ailleurs  la  seule  richesse  de  ces  contrées  :  leurs 
produits  végétaux  en  constituent  pour  elles  une  incalculable  et  nos 
vieux  continents  sont  ici  les  tributaires  de  ces  pays  nouveaux. 

Ce  qui  concerne  leur  population  n'est  certes  pas  la  partie  la  moins  cu- 
rieuse et  la  moins  intéressante  du  volume.  La  lenteur  de  l'immigration 
des  Européens  et  leurs  sanglants  conflits  ont  épargné  les  tribus  in- 
diennes bien  plus  que  dans  l'Amérique  du  Nord.  Aussi  leurs  représen- 
tants sont-ils  plus  nombreux  et  plus  faciles  à  étudier.  M.  Reclus  se  fait 
historien  pour  narrer  les  vicissitudes  de  leur  passé,  de  leur  civilisation, 
de  leurs  empires  ;  linguiste  pour  rappeler  la  merveilleuse  richesse  et  lu 
littérature  étonnamment  développée  de  leurs  idiomes  ;  archéologue  enfin 
pour  faire  parler  leurs  nombreux  vestiges,  dont  le  musée  ethnologique 
du  Trocadéro  peut  donner  une  idée. 

M.  Reclus  ne  s'en  tient  pas  là.  Il  raconte  le  sort  des  tribus  en  face  de 
la  conquête  et  depuis.  Cette  transition  l'amène  à  parler  des  nouveaux 
venus,  blancs  et  noirs.  Les  voyages  de  conquête  et  d'exploration  mon- 
trent côte  à  côte  la  rapacité  sanguinaire  des  Espagnols  et  l'action  paci- 
fique des  missionnaires. 

En  dépit  de  tant  de  raisons  de  séparation  entre  ces  races  différentes, 


—  248  — 

nulle  région  pourtant  ne  présente  le  spectacle  d'une  fusion  entre  elles 
plus  facile,  plus  rapide,  et  déjà  plus  avancée.  Au  point  de  vue  écono- 
mique, bien  des  inégalités  sans  doute  se  remarquent,  et  la  cause  en 
tient  aux  difficultés  souvent  insurmontables  des  communications.  L'in- 
dustrie, toutefois,  n'y  est  pas  nulle,  mais  elle  est  en  grande  partie  acca- 
parée par  des  étrangers  plus  riches  en  capitaux.  L'exploitation  des 
mines,  des  voies  de  transport,  de  tant  de  richesses  en  un  mot,  est  assu- 
rément un  grand  appât,  et  malgré  leur  cloignenient,  les  Anglais  accou- 
rent et  se  montrent  singulièrement  envahissants.  Certes,  les  peuples 
sud-américains  ne  se  laisseront  pas  l)altre  sans  résister.  Les  progrès  de 
leur  civilisation  sont  proportionnellement  plus  considérables  que  dans 
notre  vieux  monde.  Le  Chili  tient  la  tète,  et  pour  tous  l'avenir  est  in- 
contestablement plein  de  promesses. 

Le  point  de  vue  politique  n'est  pas  négligé  dans  le  nouveau  volume 
de  M.  Elisée  Reclus.  Après  l'histoire  de  la  conquête  espagnole,  il  rap- 
pelle celle  de  l'affranchissement,  et  celle  aussi  des  perpétuelles  révolu- 
lions  do  ces  pays.  Sans  doute  le  manque  de  traditions  politiques  y  a  sa 
part,  mais  ce  qui  y  entre  davantage,  c'est  que  les  différents  Etats  de 
l'Amérique  du  Sud  en  sont  encore  à  leur  période  de  formation.  Lors  de 
l'affranchissement,  les  chefs  de  l'indépendance  rêvaient  la  constitution 
en  une  seule  République  de  toutes  les  anciennes  colonies  espagnoles  ; 
mais  la  difficulté  des  communications  créa  des  centres  rivaux  qui  se  sé- 
parèrent violemment  et  qui  sont  demeurés  jusqu'à  ce  jour  dans  un  étal 
de  conflit  permanent  :  pas  un  de  ces  Élals  n'a  de  frontière  délimitée,  et 
chacun  d'eux  revendique  sur  tous  ses  voisins  d'immenses  territoires. 

Leur  pacification  définitive  n'est  vraisemblablement  qu'une  question 
de  temps.  En  effet,  la  grande  analogie  de  leur  situation  économique, 
de  leurs  institutions  politiques  où,  chose  curieuse,  le  suffrage  n'est 
point  universel,  mais  censitaire  et  capacitaire,  de  leur  religion  qui  fait 
partout,  chez  eux,  delà  <<  religion  catholique,  apostolique  et  romaine  » 
la  religion  d'Etat,  de  leurs  races  enfin  si  facilement  fusionnées;  cette 
analogie,  disons-nous,  qui  existe  par  tant  de  côtés  entre  ces  Etats,  tend 
à  les  ramener  à  l'unilé.  L'Amérique  du  Nord  seconde  cette  aspiration 
de  tout  son  pouvoir  dans  un  but  intéressé  sans  doute,  mais  qui  lui  atti- 
rera peut-être  plus  d'une  di';ce{)tion.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  peut  prévoir 
que  le  développement  des  voies  de  comnmnication  contribuera  grande- 
ment à  la  réaliser.  Le  jour  où  ce  sera  fait,  nul  doute  que  la  vieille  Eu- 
rope ne  soit  congédiée  et  qu'elle  n'en  pâtisse  grandement.  Nous  n'y 
sommes  pas  encore,  il  est  vrai;  mais  il  est  intéressant  de  voir  les  pre- 
miers symptômes  de  si  grands  changements,  et  de  constater  l'impor- 
tance, plus  grande  ([u'(jn  ne  croit  en  ces  matières,  de  la  condilion  géo- 
graphi(|ue  d'une  contrée.  Rouukfeuil. 


—  249  — 

Ueiix.  papyrus  déinoticiucK,  expliqués  par  L.  Denisse.  Paris,  Leroux, 
1892,  in-4  de  60  p.  autographiées. 

Ne  pouvant  entrer  dans  un  examen  approfondi  de  la  thèse  que 
M,  Denisse,  élève  de  M.  Revilloul,  l'éminenL  professeur  de  démoLique  à 
l'école  du  Louvre,  vient,  avec  succès,  de  soutenir  sur  deux  papyrus, 
je  dois  me  borner  à  signaler  l'ingénieux  et  correct  procédé  qu'il  a  em- 
ployé pour  découvrir  la  date  précise  du  papyrus  n"  31  du  fonds  Eisenlorh 
(précieux  document  sur  un  partage  de  biens  entre  parents),  qui  n'avait 
été  soumis  à  aucune  étude  jusqu'à  ce  jour;  peut-être  bien  aussi,  les  dil- 
fîcuités  qu'on  y  rencontrait  à  première  vue  ont-elles  arrêté  les  essais 
tentés  pour  sa  traduction.  Ce  papyrus  n'a  pas  de  protocole,  mais  une 
simple  mention  «  l'an  52.  »  Après  une  étude  comparative  de  la  pa- 
léop:raphie  de  ce  papyrus,  M.  Denisse  a  conclu,  avec  raison,  qu'il  ne  pou- 
vait appartenir  qu'à  l'époque  des  Lagides;  cependant,  ne  trouvant,  dans 
la  dynastie  des  Lagides,  aucun  prince  qui  ait  compté  cinquante  an- 
nées de  règne,  M.  Denisse  s'est  appliqué  à  coordonner  des  faits,  et,  par 
des  rapprochements,  il  en  est  arrivé  à  pouvoir  affirmer  ceci  :  Evergète  II 
n'a  bien  régné  effectivement  que  pendant  vingt-neuf  années,  mais  de 
plus,  il  avait  occupé  le  trône  pendant  la  captivité  de  son  père  Philomé- 
tor,  et  lors  de  la  mort  de  celui-ci,  quand  il  reprit  la  couronne  qu'il  lui 
avait  rendue  à  son  retour,  on  compta  les  années  de  son  règne  comme 
partant  de  son  premier  avènement,  d'où  il  résulte  que  son  règne  fut  de 
cinquante-quatre  ans;  1'  «  an  52  »  écrit  sur  le  papyrus  est  donc  logique- 
ment la  cinquante-deuxième  année  du  règne  d'Evergète  II  (115  av. 
J.-C). 

Par  le  seul  exemple  que  je  viens  de  citer  et  qui  appartient  à  la  section 
d'égyplologie,  il  est  facile  et  satisfaisant  de  constater  qu'à  l'école  du 
Louvre  on  n'enseigne  et  ne  travaille  pas  en  vain.  Ab  uno  disce  onines! 

L.-Ad.  Duhoux. 


L'Armée  roenalne  d'Afrique  et  l'occupation  militaire  de 
l'Afrique  sous  les  empereurs,  par  René  Gagnât.  Paris,  Impri- 
merie nationale,  1892,  in-4  de  xxiv  et  811  p.,  22  pi. 

M.  Gagnât  vient  de  publier  un  livre  qui,  malgré  ses  dimensions  consi- 
dérables, est  destiné  à  figurer  sur  le  bureau  de  tous  ceux  qui  s'occupent 
de  l'histoire  et  des  antiquités  de  l'Afrique.  Il  aurait  pu  lui  donner  un 
volume  moindre;  là  où  les  documents  africains  font  défaut,  l'auteur  a 
recours  à  des  textes  étrangers  à  l'Afrique,  concernant  l'armée  romaine 
en  général,  qu'il  suppose  avoir  été  appliqués  à  cette  province.  Il  en  ré- 
sulte qu'il  s'étend  parfois  longuement  sur  des  questions  auxquelles  il 
donne  des  solutions  conjecturales.  Toutefois  on  ne  peut  lui  chercher 
querelle,  puisqu'il  a  réuni  ainsi  une  foule  de  renseignements  que  son 
lecteur  n'a  pas  à  chercher  un  peu  partout.  Celui-ci  se  trouve  parfaite- 


—  2o0  — 

ment  éclairé  sur  ce  qui  esL  acquis  à  la  science  et  sur  ce  qui  reste  encore 
à  déterminer. 

L'ouvrage  commence  an  règne  d'Auguste  et  se  termine  à  l'arrivée  des 
Vandales  ;  il  est  divisé  en  quatre  livres.  —  Le  premier  est  consacré  aux 
guerres  d'Afrique,  d'abord  contre  les  Gétules  jusqu'au  règne  de  Domi- 
lien,  ensuite  contre  les  Maures,  depuis  Antonin  jusqu'au  moment  où 
Boniface,  voulant  se  défendre  contre  des  intrigues  de  cour,  appela  à 
son  aide  les  Vandales,  qui  mirent  fin  à  l'occupation  romaine. 

Le  deuxième  livre  traite  de  l'armée  d'occupation  jusqu'à  Dioclétien  : 
des  trois  corps  d'armée  de  Numidie,  de  Mauritanie  Césarienne  et  de 
Mauritanie  Tingilane;  —  pour  chaque  corps,  M.  Gagnai  fait  l'histoire  de 
l'étal-major  jusqu'aux  grades  les  plus  inférieurs  ;  —  de  la  légion  III*  Au- 
guste qui  tient  garnison  sédentaire  en  Numidie  et  sur  laquelle  Lambèse 
a  conservé  de  nombreux  souvenirs;  des  troupes  auxiliaires  formant  les 
deux  autres  corps  ;  de  l'escadre  d'Afrique  ;  de  tout  ce  qui  se  rattache 
aux  services  administratifs,  culte,  état  civil  des  soldats,  caisses  d'épar- 
gne, vétérans.  Les  connaissances  spéciales  de  M.  Gagnât  lui  ont  permis 
de  trouver  dans  l'épigraphie  africaine  de  précieuses  indications  com- 
plétées par  ses  recherches  personnelles  sur  les  lieux.  —  Le  troisième 
livre  est  relatif  à  l'occupation  territoriale,  camps,  postes  de  frontières, 
routes  stratégiques,  le  limes  et  son  système  défensif.  Le  chapitre  qui 
traite  du  limes  est  fort  intéressant  bien  que,  dans  l'état  des  «onnais- 
sances,  il  ne  soit  encore  qu'une  ébauche. 

A  propos  de  ce  livre,  nous  lerons  quelques  réserves  :  il  semble  que 
M.  Gagnât  aurait  pu,  non  sans  utilité,  avoir  recours  à  un  spécialiste  qui 
lui  aurait  évité  quelques  erreurs  en  fait  de  fortifications  et  de  castramé- 
tation.  On  peut  être  un  excellent  latiniste  et  ne  pas  saisir  la  valeur 
exacte  de  certains  termes  employés  par  Végèce.  Le  grand  mérite  de  la 
traduction,  malheureusement  inachevée,  des  Commentaires  de  César, 
par  MM.  Alex.  Bertrand  et  Creuly,  vient  de  ce  que,  de  ces  deux  collabo- 
rateurs, l'un  était  un  latiniste  éprouvé  et  l'autre  un  officier  du  génie. 

Le  quatrième  livre  est  consacré  à  l'occupation  militaire  de  l'Afrique 
après  Dioclétien.  A  cotte  époque,  le  gouvernement  de  l'Empire  subit  de 
grandes  reformes.  L'Afrique  fut  divisée  en  six  provinces;  au  lieu  d'un 
légal  et  de  procurateurs  il  y  eut  un  fuiictionnaire  militaire,  le  coûtes,  et 
des  fonctionnaires  civils,  des  praesides  ;  dans  les  circonstances  graves, 
an  (lux.  L'armée  fut  divisée  en  deu\  groupes,  l'armée  sédentaire  et  l'ar- 
mée mobile.  A  propos  de  ces  modifications,  M.  Gagnât  fait  connaître 
tout  ce  qu'il  a  pu  recueillir  sur  la  composition  de  ces  deux  armées  et  il 
termine  par  une  étude  sur  le  limes,  c'est-à-dire  la  ligne  stratégique  qui 
limitait,  au  sud,  le  territoire  occupé  par  les  Romains  en  Afrique. 

Il  ne  faut  pris  omettre  de  signaler  les  plans,  les  héliogravures  et  les 
caries,  qui  ofîrcnt  un  grand  intérêt  non  seulement  aux  lecteurs,  mais  en- 


—  2ol  — 


core  à  tous  les  savants  qui  seront  (entés  de  continuer  les  recherches  si 
heureusement  entreprises  par  M.  Gagnât.  Jehan  de  Malmy. 


Klrcbengeschichtlichc  l^iitudieii.  Wolfenbiittler  Fragmente,  Ana- 
lekten  zur  Kirchengeschichte  des  Mittelaltcrs,  von  Max  Sdralek.  Munster 
i  W.  H.  Schoningh,  1891,  in-8  de  x-191  p.  —  Prix  :  5  fr.  75. 

Les  professeurs  A'nô/?/?^?' de  Munich,  Schrôrs  de  Bonn,  et  Sdralek  de 
Miiiisler,  se  sont  réunis  pour  éditer  de  concert  une  série  d'études  ou  de 
manuscrits  relatifs  à  l'histoire  ecclésiastique.  A  en  juger  par  les  deux 
premiers  fascicules,  cette  entreprise  promet  des  résultats  d'une  impor- 
tance considérable,  à  cause  de  l'excellente  méthode  qui  semble  présider 
au  choix  et  à  la  disposition  des  documents.  Sans  nous  attarder  à  repro- 
cher à  M.  Sdralek  d'avoir  adopté  un  titre  qui  fait,  malgré  tout,  naitre  dans 
l'esprit  une  certaine  confusion  due  au  souvenir  de  Lessing,  nous  consta- 
terons l'intérêt  des  manuscrits  que  le  rédacteur  a  mis  en  ordre,  et  dont 
il  nous  lait  connaître  le  contenu.  Le  diocèse  de  Térouanne,  aujourd'hui 
profondément  remanié,  et  partagé  entre  plusieurs  sièges,  était  autrefois 
une  église  importante  du  nord  de  la  France  ;  c'est  à  lui  qu'appartenait  la 
compilation  canonique  qui  nous  est  d'abord  présentée.  Une  collection  en 
neuf  livres,  inconnue  jusqu'ici,  les  synodes  de  Rome  (1099)  et  de  Poitiers 
.(1100),  des  canons  ecclésiastiques  assez  insignifiants,  rangés  en  soixante- 
dix-sept  chapitres,  des  documents  divers  et  une  réunion  de  lettres 
variées  en  forment  les  éléments  principaux.  (Cod.  Gude,  212,  xii"  siècle). 
Un  autre  manuscrit  (Cod.  Helmst.,  451)  dont  l'origine  semble  devoir 
être  attribuée  à  Trêves,  et  le  Cod.  ;Helmst.  718,  concernant  des  contro- 
verses théologiques  de  l'époque  des  luttes  des  investitures,  nous  sont 
ensuite  décrits  et  commentés  dans  leurs  principaux  éléments.  Ce  dernier 
manuscrit  contient  trois  écrits  anonymes  dont  un  seul  était  jusqu'à 
présent  connu.  Après  nous  avoir  ainsi  fourni  les  indications  historiques 
et  bibliographiques  qu'il  a  pu  recueillir,  M.  Sdralek  réunit  enfin  dans  la 
seconde  partie  de  son  livre  les  sources  mêmes  qu'il  a  extraites  dans  un 
ordre  logique  et  par  rang  de  date.  Une  excellente  table  des  matières  ter- 
mine l'ouvrage.  Il  est  incontestable  que  c'est  là  un  fécond  travail,  faisant 
le  plus  grand  honneur  à  son  auteur,  et  destiné  par  sa  correction  et  sa 
méthode  rigoureusement  scientifique  à  prendre  (malgré  le  peu  d'impor- 
tance relative  et  le  caractère  très  spécial  des  points  qui  en  font  l'objet) 
une  place  respectable  au  milieu  des  études  de  critique  qui  se  multipUent 
si  heureusement  aujourd'hui.  G.  Péries. 


La  Minorité  de  Louis  %.IlI,llarie  deMédicis  et  f^nllj  (leiO- 

IGl"?),  par  Berthold  Zeller.  Paris,  Hachette,  1892,  in-8  de  xxx-394  p.  — 
Prix  :  7  i'r.  50. 

M.  B.  Zeller  semble  s'être  fait  une  spécialité  de  l'histoire  de  France 


—  2o2  — 

SOUS  Lonis  Xllf.  Après  avoir^publié  deux  ouvrages  sur  le  connétable  de 
Luynes  el  sur  Richelieu  el  un  volume^snr  Henri  IV et  Maine  de  Médicis, 
il  a  entrepris  de  raconter  les  débuts  de  la  régence  de  la  veuve,  très  vile 
consolée,  du  grand  Béarnais.  En  dehors  d'une  connaissance  fort  com- 
plète des  sources  générales,  Fauteur  a  cherché  particulièrement  ses  in- 
formations dans  l'abondante  correspondance  des  ambassadeurs  florentins 
à  Paris.  La  Reine,  très  attachée  à  sa  patrie,  ne  semble  pas  avoir  eu  de 
secrets  pour  eux  ;  el  la  faveur  insigne  de  Tltalien  Concini  et  de  sa  femme 
acheva  de  leur  donner  à  la  Cour  petites  et  grandes  entrées.  De  là  des 
renseignements  très  précis,  dont  quelqnes-uns  fort  importants,  sur  les 
mobiles  cachés  de  la  politique  de  la  Régente.  De  là  aussi  une  foule  d'a- 
necdotes sans  grande  portée,  de  ce  que  nous  nommons  aujourd'hui, 
dans  notre  langage  peu  français,  des  «  potins  ■>  d'antichambre,  qui  en- 
lèvent à  l'histoire  sa  gravité  et  à  l'historien  l'unité  de  son  œuvre.  Il 
juge  ÏMarie  de  Médicis  d'après  la  tradition  française,  qui  est  la  bonne, 
comme  une  l'emnie  légère,  inconsidérée,  amie  des  expédients  et  dont  la 
direction  fut  souvent  néfaste;  mais,  en  môme  temps,  il  la  peint  quel- 
quefois d'après  les  impressions  bienveillantes  et  intéressées  des  Italiens, 
et  il  lui  attribue  des  qualités  qu'elle  n'avait  pas  toujours.  Son  principal 
mérite  est  de  bien  faire  comprendre  les  événements  et  d'expliquer  leur 
suite  naturelle.  Son  récit  ne  comprenant  guère  que  les  deux  années 
1610  et  1611,  nous  voyons  se  dérouler  peu  à  peu  des  faits  qui  de  loin 
nous  semblaient  s'être  accomplis  tout  d'un  coup.  C'est  une  surprise  de 
curiosité,  à  laquelle  les  amateurs  de  détail  seront  sensibles. 

Ainsi  la  disgrâce  dn  Sully  nous  paraissait  avoir  presque  suivi  la  mort 
de  Henri  IV.  Elle  mit  neuf  mois  à  se  produire,  et  se  passa  avec  une  sorte 
de  convenance  apparente,  qui  fut  très  habile  de  la  part  de  la  Roine-mère 
et  empêcha  le  surintendant  de  se  créer  un  parti  d'opposition  à  la  cour. 
Sully  tomba  sur  une  question  de  finances,  ce  qui  en  France  ne  fait  ja- 
mais grand  elTet,  tandis  que  c'était  toute  la  politique  extérieure  de 
Henri  IV  qui  était  en  jeu.  Gela  était  si  vrai  que  parmi  les  grands  sei- 
gneurs de  médiocre  valeur  qui  entouraient  le  trône,  les  rôles  d'autrefois 
se  trouvèrent  intervertis  :  ce  furent  les  Guises,  le  vieux  Mayenne,  le 
cardinal  de  Joyeuse,  le  duc  d'Épernon,  qui  soutinrent  avec  le  grand  mi- 
nistre prolestant  les  intérêts  français,  tandis  que  les  princes  du  sang, 
Condé  et  Boissons,  se  tournaient  avec  la  Régente  du  côté  de  l'Espagne  et 
de  l'Autriche.  Au  fond,  Marie  de  Médicis,  très  soucieuse  de  suivre 
l'exemple  de  la  grande  reine,  dont  elle  portait  le  nom  sans  en  avoir  le 
génie,  n'avait  aucune  des  aptitudes  de  gouvernement  de  la  mère  des 
Valois.  Sa  politique  de  bascule  consistait  à  ruiner  le  trésor  royal,  en  dis- 
tribuant des  places  et  de  l'argfïnt  aux  représentants  des  deux  partis. 
Mais,  une  fois  l'épargne  dilapidéf,  elle  n'eut  plus  d'inlluence  à  exercer 
sur  personne,  et  elle  devint  l'instrument  presque  inconscient  de  cet 


—  2o3  — 

infâme  Concini,  dont  M.  B.  Zeller  ne  non?  parle  encore  qu'incidemment. 
Le  règne  de  l'étranger  ne  pouvait  commencer  que  quand  tous  les  amis 
de  Henri  IV  auraient  disparu. 

Un  autre  point,  par  lequel  la  mère  de  Louis  XIII  diffère  essentielle- 
ment de  Catherine  de  Médicis,  c'est  qu'elle  n'jiime  ni  son  mari  ni  ses 
enfants.  Celle  Florentine  avait  plus  de  vanité  que  d'ambition,  et  elle 
ne  parait  pas  avoir  été  douée  d'un  cœur  facile  à  émouvoir.  M.  Zeller 
passe  légèrement  sur  l'accusation  de  complicité  dans  le  meurtre  de 
Henri  IV,  récemment  remise  en  lumière.  Mais  il  cite,  d'après  le  témoi- 
gnage de  l'ambassadeur  Cioli,  une  scène  singulièrement  déplacée  qui  ?e 
passa  publiquement  à  Compiegne,  un  mois  après  l'assassinat  de  Ravail 
lac,  à  la  veille  des  obsèques  solennelles  de  Saint-Denis,  dans  laquelle  la 
Reine  plaisante  gaiement  le  duc  d'Épernon  sur  un  changem